Statue de Léopold Ier

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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Statue de Léopold Ier

Message par worldfairs » 23 août 2018 11:43 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Arts, design, mode - Statue de Léopold Ier - statueleopold1.jpg

Voyez, en regard de la statue de Guillaume Ier, roi de Prusse, la statue de Léopold Ier, roi des Belges. Quelle différence d’attitude et de caractère! et si les artistes se sont bien inspirés de leur sujet respectif, on doit comprendre qu’un abîme est entre les deux monarques représentés.

Le cheval qui porte le roi Guillaume semble soulevé par la passion qui exalte et qui pousse son cavalier, et l’on sent que son sabot levé est prêt à piétiner sur tout ce qui lui fait obstacle. Quel artiste compromettant que M, Drake! Ne s’est-il pas inspiré de l’Apocalypse en sculptant son héros? C’est l’homme inspiré par le droit divin qu’il nous a représenté là; et Dieu sait quels bouleversements vont surgir devant cette volonté implacable que rien n’arrête.

En face est la statue du roi Léopold. Quel contraste! Voici bien le roi constitutionnel par excellence. Monté sur un cheval qu’à son allure au repos on devine avoir été nourri dans les gras et paisibles pâturages des Flandres, le roi, chapeau bas, semble faire la révérence à un peuple libre.

Léopold Ier a été, en effet, un philosophe couronné, — un peu sceptique comme tous les philosophes, sans grande passion pour le bien, mais détestant le mal, ou plutôt l’iniquité et les agitations qu’elle cause. — La révolution de 1848 avait ébranlé tous les trônes. Léopold Ier, se sentant mal à l’aise, plutôt que menacé, convoqua les principaux de son royaume, et leur tint, dit-on, ce langage : "Ne me pas de révolution : si je ne vous conviens plus, dites un mot, et je m'en vais".

Je ne sais pas si ces paroles qu’on lui prête ont été dites, mais elles sont conformes au caractère de toute sa vie.

Lorsqu'il fut appelé à régner sur les Belges. à défaut d'un fils se Louis-Philippe, le 4 juin 1881, il accepta sans enthousiasme,
mais avec la ferme volonté de ne pas s'écarter de la ligne qui lui était tracée. Il était alors dans la force de l'âge, étant né le 16 décembre 1790. Il était allié à la reine Victoria, ayant épousé a fille du roi Georges IV, qu’il perdit le 16 novembre 1817, et à la plupart des failles royales d’Allemagne, étant duc de Saxe-Cobourg.

La prise d’Anvers par l’armée française, en 1832, avait mis fin a la résistance de la Hollande; et la conférence de Londres régla le sort du nouveau royaume. Comme gage de protection, Louis-Philippe accorda à Léopold la main de sa fille Louise, une des princesses les plus ai niables et les • plus accomplies qui aient honoré un trône. La reine Louise mourut en 185O, et sa mort, hélas ! prévue, causa une véritable désolation dans toute la Belgique.

Le roi Léopold s’était acquis dans toute l'Europe un renom d’habileté et de sagesse qui le rendit plus d'une fois l’arbitre respecté des cabinets ; et ses relations de famille, surtout depuis le mariage du prince Albert avec la reine Victoria, n’avaient fait qu’ajouter à son influence.

Cette habileté et cette sagesse, il les mit au service du pays dont les destinées lui étaient confiées, d’abord en restant strictement fidèle a la Constitution, et puis en tenant une balance égale entre les. partis qui se disputaient le pouvoir.

Cette tâche n’était pas facile alors; elle ne l’est pas non plus aujourd’hui. Il y faut un sentiment de la pondération que peu de rois constitutionnels possèdent, et sans lequel toute la machine gouvernementale manque d’assiette et d’équilibre.

Mais le roi Léopold, je l’ai déjà dit, était un grand philosophe, ce qui implique toujours un bon politique. Il n’avait ni ambition ni enthousiasme, mais il avait une raison saine et un esprit libéral qui lui faisaient toujours suivre la droite voie. Pourvu qu’on restât dans la constitution, il laissait faire et laissait dire, n’y mettant jamais du sien. Malgré ses souvenirs de 1832, il laissa discuter et voter les fortifications d’Anvers, quoiqu’il sût bien qu’aucune défense du côté de la terre ne pouvait servir Anvers, et que le danger était plutôt du côté du fleuve.

Quoi qu’il en soit, à force de respecter la volonté nationale, il se fit respecter du peuple et finit par s’en faire aimer. Il n’eut jamais de caprices dispendieux, ni aux dépens de sa fortune personnelle, qui était considérable, ni aux dépens de la fortune de la Belgique.
Très-économe, quoique aimant la magnificence et s’en donnant les apparences, il sut toujours rester maître de lui et plaire à tous.

De son mariage avec la princesse Louise de France, il a eu trois enfants, le roi Léopold II, son successeur, le comte de Flandres, et cette aimable et infortunée princesse Charlotte que le Mexique a rendue folle.

Léopold a été un bon roi et un homme remarquable. Sa statue du Champ deMars le représente bien tel qu’il a été, aimant la droiture et la conciliation. Je sais bien où cette œuvre estimable ferait le meilleur effet : c’est sur la place de la ville de Luxembourg.
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