Les amours des Anges

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worldfairs
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Les amours des Anges

Message par worldfairs » 23 août 2018 11:40 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Arts, design, mode - Les amours des Anges - amourdesanges.jpg

Les amours des Anges.
GROUPE EN MARBRE DE M. BERGONZOLI.

Vous avez lu l’Ecriture, n’est-ce pas? Elle abonde en révélations poétiques sur nos origines et sur l’enfance de cette création dont nous faisons partie.

Maintenant la création est vieille et, comme les portes banales qui ont longtemps tourné sur leurs gonds, notre terre, en allant et venant sur ses pivots de toute espèce, ne jette plus qu’une clameur monotone et uniforme; mais elle fut jeune autrefois, et verte et blonde, parée de rameaux vigoureux, de fleurs et de rayons. Une population, qui ressemblait, par la force et la beauté, à ces fleurs, à ces rayons, à ces rameaux, était répandue partout, sur les montagnes et dans les vallons; et si 1a. terre, en ces époques heureuses, vivait les yeux fixés vers le ciel, le ciel ne laissait point de regarder beaucoup vers .la terre.

Or, suivant la Genèse, il advint que les fils du ciel, c’est-à-dire les anges, ayant vu les filles des hommes, jugèrent qu’elles étaient belles et dignes d’être aimées, d être protégées peut-être, et dès lors il y eut, entre le monde d’en haut et le monde d’en bas, de pudiques entretiens et de mystiques alliances.

C’est de là, je me plais à le croire, que date la pieuse et jolie tradition des Anges gardiens, ces amis et ces compagnons inséparables de toute créature humaine. Placés d’abord auprès des berceaux, on dirait qu’ils sont enfants eux-mêmes et qu’ils prennent l’aspect de doux petits frères. Puis ils semblent aussi se développer et grandir, et suivre pas à pas, vigilants, attentifs et tendres, les divers degrés de l’existence qui leur est confiée.

Les amours des anges, ce sont les délicates protections du ciel. Les anges ont le soin de toutes les innocences; et, à mesure que telle jeune fille, qui est confiée à l’un d’eux, Ariel ou Abbadiel, entre de plus en plus dans la vie, il se préoccupe et s’alarme. Que deviendront, dans leur grâce et leur élégance, ces fleurs de jeunesse, de beauté et de santé? L’ange gardien est jaloux de les préserver et de les retenir loin de toute voie douteuse où s’égareraient des pas ignorants, et c’est comme sous une céleste cuirasse de pudeur rougissante, qu’il abrite la beauté de sa jeune sœur mortelle. La pudeur est de la beauté encore.

Ce passage si remarquable de la Genèse n’a cessé d’inspirer les poètes. Milton l’a interprété à sa manière, en vers majestueux et calmes, qui coulent comme ces-fleuves célestes dont les eaux reluisent aux yeux, lucid streoms. C’est là qu’Alfred de Vigny a trouvé plus tard le sujet de son mystique poème à Eloa, et que M. de Lamartine a pris son épopée surnaturelle de la Chute d'un Ange.

Là où vont les poètes se pressent aussi les artistes, peintres, ou sculpteurs, ou musiciens, car toutes les Muses se donnent la main, et la poésie, diverse dans ses effusions, est toujours une à sa source. Ce n’est qu’au bas des vallées sinueuses que le courant se partage et se divise.

Et voilà pourquoi un statuaire italien d’un talent rare et d’une pensée délicate, M. Bergonzoli, a rajeuni et renouvelé en marbre cette vieille histoire de la Bible, déjà variée dans ses motifs les plus touchants par les poètes chrétiens de l'Angleterre et de la France. L’œuvre est digne de notre attention la plus sympathique.

Sous le ciseau de M. Bergonzoli, un ange et une jeune fiUe ont jailli du bloc inanimé tout à l’heure, et ils s’en élèvent avec un harmonieux ensemble au-dessus d’un beau buisson de roses mêlées à d’autres fleurs des champs et des jardins.

Le groupe est plein de grâce attendrie, de charme aérien et de sveltesse. C’est de la poésie pure, et par conséquent les âmes qui ne sont pas fermées à tout sentiment d’idéal en ressentent dès l'abord la plus agréable et la plus douce impression.

Le chérubin, — toujours Ariel ou Abbadiel, — enlève la jeune fille; mais il n’y a là aucune violence ni même aucun semblant de violence. C’est l’amour des chérubins, des cœurs candides et doux, qui ravit une âme et l’emporte au ciel. La jeune enfant ne résiste pas ; elle se détache de la terre et des fleurs qui s’élancent après elle comme pour la retenir. Ces roses et ces camélias s’entrouvrent avidement. Il semble qu’ils disent :
Reste avec nous! sois notre reine!

Ils rappellent aussi ces fleurs du mont Ida qui, s’il faut s’en fier aux vers de Pétrone, s’épanouissent glorieusement et à l’envi aux heures où les dieux et les déesses se rencontrent aux rendez-vous. Les roses, les violettes, les œillets et les boutons d’or rivalisent alors d’éclat.

Emicuere rosæ, violæque et molle cypêron : Albaqué de viridi riserunt lilia prato.

Quoi qu’il en soit, Ariel aies ailes ouvertes et déployées en signe de joie victorieuse, et la jeune fille résignée, mais heureuse, trahit, dans son attitude et dans sa pose, les secrètes pensées de son esprit, les vœux intimes de son cœur. Rien n’est plus chaste ni plus enfantin.
C’est une enfant d’ailleurs, et ses cheveux qui roulent en boucles blondes sur ses épaules et sur son front, ses bras, ses mains, ses pieds
mignons aux découpures frêles et charmantes, toute sa personne offre ces lignes et ces contours frais et délicats, à peine éclos pour ainsi dire, qui sont la marque si vite effacée de l’adolescence et de la première jeunesse. D’une main, elle s’appuie au cou de l’ange; l’autre main est tournée vers le ciel, là où ils vont s’en aller tous les deux.

L’ange est jeune lui-même, irrésistible et charmant. Ses cheveux, à lui aussi, retombent en boucles épaisses et, dans son allégresse contenue, il se montre bien l’habitant des sphères supérieures. On devine le demi-dieu, et, en effet, on dirait qu’il répand autour de lui et qu’il enveloppe tout le groupe de blancheurs lumineuses et transparentes, du reflet de son auréole.

Cette scène, qui se passe entre ciel et terre, qui se tient entre les étoiles et les fleurs, ' comme on nous peint l’extase, est pourtant chrétienne au premier chef, et rien, dans ce groupe tout éthéré, jeune, gracieux et pudique, ne ramène notre esprit aux amours païennes, à celle par exemple d’Eros et de Psyché. La forme en est irréprochable, et les Grecs ne l’eussent point désavouée; l’inspiration en est pure et correcte, comme il appartient à un Italien catholique de la trouver dans son esprit et dans son cœur.

' C’est sur de telles données, selon moi, que devrait, pour nous qui sommes du même coup des païens raffinés et des chrétiens convaincus , je l’espère, — se modeler l’art du peintre et du sculpteur. Victor de Laprade l’a exprimé ingénieusement dans un vers qui dorera. Il faut, pense-t-il, que le style et la pensée soient comme
Un vase athénien plein des fleurs du Calvaire.

Les fleurs du Calvaire, les poésies de la Bible et de l’Évangile, quelles que soient les mille ressources de l’art antique, ne laissent pas d’avoir de quoi défrayer longtemps nos aptitudes et nos besoins.
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