Fontaine Durenne

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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Fontaine Durenne

Message par worldfairs » 23 août 2018 11:30 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Arts, design, mode - Fontaine Durenne - fontainedurenne.jpg

Depuis le règne de M. Haussmann, l’architecture,-les décorations, les dispositions de nos jardins publics tendent à une transformation complète. On fuit la grande ligne au profit d’un pittoresque de convention, façon nature. Partout les cascades en rochers artificiels tendent à remplacer les anciennes fontaines de bronze ou de marbre, et ces cascades ont trouvé de si nombreux approbateurs — sans doute parce qu’elles symbolisent les mœurs modernes — que nous hésitons un peu à nous en déclarer les adversaires. Mais, nous ne pouvons, au milieu des squares modernes, nous empêcher de regretter cependant ces belles fontaines à larges vasques, à figurines élégantes, qui surgissaient si à propos, suivant la mode italienne, d’un parterre de verdure et de fleurs. Le style renaissance de Jean Goujon et de Germain Pilon valait bien à notre avis cette recherche de la nature dans ses étrangetés pittoresques, cette réduction, à la taille du citadin , des grands sites qui perdent leur véritable prix en perdant leurs justes proportions.

Tous ces rochers collés ensemble, ces vallonnements à la pioche, ces grottes en béton sont des joujoux très-chers , qui ne contribuent en rien à infuser, par les yeux, aux masses le sentiment du beau. Mais pourquoi quelques œuvres d’art ne réjouissent-elles pas çà et là, le regard, au milieu de vos jardins anglais? Certainement le bois de Boulogne est un magnifique parc de plaisance; mais n’aurait-il pas été possible d’adjoindre un peu plus d’artistes aux jardiniers et aux maçons chargés de l’embellir? Nous ne regretterions pas les Jardins de Lenôtre si, comme à Versailles, nous rencontrions dans ceux de M. Barillet de beaux groupes, d’élégantes statues, des fontaines d’un bon style. L’ensemble y gagnerait puissamment.
Les lacs à fond bitumé du bois de Boulogne •ont jolis, mais le plus petit lac creusé par le temps, encombré de roseaux et peuplé -le grenouilles, peut causer une émotion que vous n’obtiendrez jamais. Dans le domaine de la convention idéale, nous pouvons créer d’une façon supérieure, être vraiment grands et prétendre à produire des émotions.

La conclusion est facile. Sans nuire à ces fantaisies de réductions au cinquantième, on peut dans nos paysages arrangés trouver la place de quelques grandes œuvres. A certains ronds-points du bois le promeneur rencontrerait avec une vraie jouissance une belle fontaine à l’italienne ou quelque autre motif artistique. On trouverait là l’occasion d’un concours utile pour nos jeunes sculpteurs qui pour la plupart sont condamnés pour la vie à la statue en pied des célébrités de sous-préfectures.

La remarquable fontaine que représente notre gravure se trouve à la droite de l’entrée principale de l’Exposition, près du pont d’Iéna. Elle est due à M. Klagmann, un de nos plus habiles sculpteurs. Elle a été fondue dans les ateliers de M. Durenne.

Au-dessous de la petite vasque qui forme, avec la gerbe de bronze d’où s’échappe à gros bouillons la prise d’eau principale, le couronnement de la fontaine, M. Klagmann a placé quatre grandes figures de femmes adossées à la colonne qui supporte l’édifice. Ces figures sont belles, bien que les formes en soient un peu massives. Mais quelle allégorie l’artiste a-t-il voulu traduire par les attributs de ses personnages? L’une de ces femmes tient d’une main une palette et un pinceau, de l’autre une branche d’olivier : c’est la peinture encouragée par la paix. Celle-ci, demi-nue, le torse et la gorge entièrement découverts, personnifie la pêche, si j’en crois le lourd épervier qu’elle porte sur son bras gauche et l’aviron qu elle tient de la main droite. La troisième enferme des gerbes de fleurs dans un pli de sa robe et semble se pâmer aux parfums du bouquet qu'elle respire. La dernière, couronnée de pampres, égrène une grappe de raisins. M. Klagmann a sans doute voulu personnifier les jouissances et les bienfaits de la paix qui permet de demander à la terre ses fleurs et ses fruits, à fonde ses poissons, et qui seule peut faire grandir les arts en toute liberté. Mais l’intention est obscure.

Dans les cartouches du piédestal de ces statues, des enfants, sculptés en bas-reliefs, enlacent de leurs petits bras un grand cygne aux ailes déployées, dont le bec en saillie fait jaillir dans la grande vasque un large filet d’eau. Aux angles l’eau s’échappe également des larges bouches de faunes.

La grande vasque est très-élégante et ornée avec goût. Sur la bordure, quinze guivres, surgissant du sein des guirlandes de fleurs, déversent l’eau en trombes puissantes dans le bassin inférieur. Enfin sur chaque face latérale du socle qui supporte l’ensemble de la fontaine, un amour ailé, aux formes charmantes, debout dans une large coquille marine, s’amuse à verser de haut dans une coupe qu’il tient à la main l’eau échappée d’une aiguière qu’il élève au-dessus de sa tête. A ses pieds, frétillants et se tordant, des dauphins aux larges têtes lancent par leurs narines ouvertes de minces filets d’eau qui retombent en pluie argentée.
Cette œuvre fait le plus grand honneur à M. Klagmann et à l’habile fondeur qui a su si bien traduire la pensée de l’artiste.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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