Statue d’Ambiorix

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worldfairs
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Statue d’Ambiorix

Message par worldfairs » 23 août 2018 11:29 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

statueambiorix.jpg

Les Belges ont grand souci de leurs gloires nationales et aiment à consacrer les souvenirs héroïques de la Gaule. Le monument que reproduit notre gravure en est la preuve.

C’est à Tongres, sur la place de l’hôtel de ville qu’a été érigée l’an dernier, en l’honneur d'Ambiorix, cette statue que la Commission belge a fait reproduire exactement par son auteur, M. Jules Berlin, dans le Parc de l’Exposition universelle. Déjà, sans doute, en traversant l’avenue qui se dirige vers l’Ecole militaire vous avez rendu hommage à cette œuvre remarquable.

Ambiorix fut le héros de l’une des plus terribles révoltes des Gaulois contre Rome, sous le proconsulat de César. C’était le précurseur de Vercingétorix, le type de l’énergie féroce de ces races celtiques contre lesquelles « la guerre était pour Rome la conséquence d’un antagonisme séculaire qui devait amener une lutte suprême et la ruine de l’un des deux adversaires, » dit l’empereur Napoléon III, dans la Vie de César. Et Salluste : « Tous les autres peuples doivent céder au courage de nos soldats, disait-il, mais avec les Gaulois, ce n’est plus pour la gloire, c'est pour le salut qu’il faut combattre. »

César se reposait à Samarobrive de la deuxième expédition de Bretagne. La Gaule semblait calme et peut-être allait-il, comme il avait coutume de le faire chaque hiver, se rendre en Italie pour surveiller la marche des événements et préparer ses grands desseins dont la conquête de la Gaule n’était que le prélude, quand une première insurrection des Carnutes, dans la Beauce et l’Orléanais, lui fit différer tout voyage.

La nouvelle que Targits, un roi imposé par César, venait d’être mis à mort par les Carnutes, courut comme un frémissement, comme un appel, comme un signal d’un bout à l’autre de la Gaule.

Dans la province belgique, de Tongres à Liège, et de Liège à Luxembourg tout est en rumeur. Indutiomar soulève lesTrévires. Ambiorix est déjà prêt avec ses guerriers éburons. C’est lui qui commencera l’attaque. C’est la forteresse d’Atuatuca qu’il veut tout d’abord enlever aux Romains.

Deux lieutenants de César commandaient cette forte position, Titurius Sabinus et Aurunculeius Cotta. Des détachements de légionnaires, sortis du camp pour aller aux vivres, au fourrage, au bois, sont entourés, massacrés, et bientôt la tribu entière des Éburons vient investir Sabinus. Leur premier assaut est vigoureusement repoussé. Ambiorix demande à parlementer. On lui envoie Arpineius et Junius, chevaliers romains, qu’il reçoit avec de grandes démonstrations d’amitié. « Je n’ai pas oublié, leur dit-il, les nombreux bienfaits de César. Mais la Gaule en révolte redemande la liberté. Je ne suis roi qu’à la condition d’obéir à mon peuple. Aujourd’hui de toutes parts les Romains seront attaqués. Les Germains eux-mêmes franchissent le Rhin pour nous soutenir.

Vous le voyez, la résistance est inutile et la défaite inévitable. Que Sabinus et ses légions sortent d’Atuatuca, qu’ils quittent le territoire éburon, je promets de leur livrer passage et personne n’inquiétera leur retraite. »

Cotta repoussait de toutes ses forces cette pensée d’évacuation. Sabinus, trop confiant, fit décider dans le conseil des officiers qu’on irait rejoindre un autre lieutenant de César, L. Cicéron, frère de l’orateur, qui campait chez les Nerviens dans une très-forte position. Et sur la foi d’un barbare les légions romaines quittent ce fort inexpugnable d’Atuatuca. Dix mille hommes s’engagent dans un défilé de 2500 mètres qui traversait le vallon de Lawaige, au fond duquel coule un ruisseau nommé le Geer. « Les collines aujourd’hui dénudées, étaient il y a un siècle encore couvertes de bois. C’est là que les Éburons attendaient l’armée romaine. » (Napoléon III.)

Quand il se vit cerné de toutes parts, quand il s’aperçut que les crêtes du défilé étaient garnies de guerriers Gaulois, que l’avant-garde était tenue en échec, que la retraite était coupée, Sabinus se troubla, mais l’énergique Cotta se multipliant eut bientôt organisé la résistance. Le premier choc des Éburons fut terrible, cependant les Romains formés en cercle en firent un carnage épouvantable. Ambiorix comprit que ses soldats ne parviendraient pas à rompre ces lignes serrées. Il change de tactique. Il ordonne aux guerriers éburons de lancer les traits de loin, « de ne point s’approcher, de cesser toutes les fois que les Romains se précipiteraient en avant, de ne les attaquer que dans la retraite, lorsqu’ils retourneront à leurs enseignes, manœuvre facile aux Éburons, rompus aux exercices et agiles à cause de la légèreté de leur équipement.

« L’ordre fut fidèlement exécuté. Lorsqu’une cohorte sortait du cercle pour charger l’ennemi, il s’enfuyait avec vitesse; mais la cohorte en s’élançant laissait son flanc exposé aux traits, car il n’était pas protégé par les boucliers ; quand elle reprenait son ancienne position, elle était enveloppée de tous côtés, et par ceux qui avaient cédé et par ceux qui étaient restés sur les flancs. Si au lieu de faire avancer successivement les cohortes, les Romains se maintenaient de pied ferme en cercle, ils perdaient l’avantage de l’attaque et leur ordre serré les exposait d’autant plus à la multitude des traits. Cependant le nombre des blessés augmentait à chaque instant ; il était deux heures, le combat durait depuis le lever du soleil, et pourtant les soldats romains n’avaient cessé de se montrer dignes d’eux-mèmes. A ce moment, la lutte devient plus acharnée. T. Balventius, homme brave et respecté, qui l’année précédente avait commandé comme primipile, a les deux cuisses traversées par un javelot; Q. Lucanius, officier du même grade, est tué en combattant vaillamment pour secourir son fils entouré d’ennemis. Cotta lui-même, tandis qu’il court de rang en rang animer les soldats, est blessé au visage d’un coup de fronde. » (Napoléon III.)

Sabinus perd courage et veut parlementer. Ambiorix l’invite à se rendre près de lui, promettant la vie sauve au général et à ceux qui l’accompagneront. Le désaccord de la veille se reproduit entre Sabinus et Cotta. Ce dernier prévoit une trahison nouvelle, il refuse d’accompagner son collègue qui court en aveugle dans tous les pièges qu’on lui tend. Il devine qu’Ambiorix ne cherche qu’à diviser les forces romaines. En effet, les quelques cohortes que Sabinus a entraînées à sa suite sont enveloppées, la conférence des deux chefs n’aboutit qu’au massacre des Romains. Cotta assiste de loin à cette boucherie prévue sans pouvoir porter secours à ces imprudents. Le nombre des soldats qui l’entoure diminue d’heure en heure. Il tombe les armes à la main après tout un jour de combat sans trêve. Et quand les ombres de la nuit vinrent interrompre ce carnage, les quelques soldats romains qui restaient encore debout au milieu des dix mille cadavres de leurs compagnons d’armes, ne voulant pas survivre à tant de héros, s’entr’égorgèrent mutuellement.

Ivre de sa victoire, Ambiorix appelle à la révolte toutes les tribus voisines ; Aduatiques, Nerviens, Centrons, Crudiens, Lévaques, Pleumoxiens, Geidunes accourent à lui, et à la tête de cinquante mille hommes il vient mettre le siège devant le camp retranché de Cicéron.

César était tranquille à Amiens, ignorant tout. A la défaite de Sabinus et de Côtta, pas un soldat n’avait survécu. Toutes les dépêches de Cicéron avaient été interceptées, tous ses envoyés saisis au passage et massacrés. Enfin un esclave de Verdicon, chef nervien dévoué à Rome, réussit à traverser le camp d’Ambiorix et apporta au proconsul ces désastreuses nouvelles.

La fureur de César fut terrible. Il jure de ne couper ses cheveux ni sa barbe que ses soldats ne soient vengés. Il envoie aux légions les plus proches l’ordre de le rejoindre au plus vite, et seul avec la légion de Trébonius il part et franchit en quarante-huit heures 170 kilomètres. Averti de son approche, Ambiorix interrompt le siège pour se porter à sa rencontre. A la vue de ces six mille hommes retranchés sur le mont sainte-Aldegonde, la confiance des Gaulois s’exalte. Ils oublient toute prudence, tant ils se croient sûrs d’un nouveau triomphe. Ils ne savaient pas ce que valait la présence de César. Les Romains les attendent, les laissent s’élancer jusqu’aux palissades, pénétrer même dans le camp ; par ordre du proconsul ils jouent la frayeur. Puis tout à coup reprenant l’offensive, sur un signal, avec cette énergie indomptable qui triomphait toujours de toutes les résistances, ils culbutent les bandes gauloises, les renversent dans les fondrières, en font un carnage énorme et détruisent en quelques heures l’armée d’Ambiorix qui dut chercher son salut dans la fuite.

Pendant deux ans, sans relâche et sans merci, César poursuivit contre les Éburons la vengeance du sanglant affront fait aux aigles romaines. Il saccagea leur pays, brûla tous leurs villages, toujours en quête d’Ambiorix sans le supplice duquel son triomphe restait incomplet. Mais ce chef audacieux, harcelant les Romains, à la tête d’un escadron dévoué, sut toujours leur échapper. On le vit plus tard, lors du siège de Gergovie, commandant à côté de Vercingétorix; mais on ignore s’il mourut sur un champ de bataille.

Tel est le chef Gaulois dont la statue de M. Jules Bertin consacre le souvenir héroïque. Outre les qualités d’énergie qui distinguent cette œuvre puissante, nous ne voulons pas oublier de louer la scrupuleuse exactitude historique que l’auteur a su porter jusque dans les moindres détails du monument. Le costume du guerrier Éburon, ses armes sont d’une vérité rigoureuse. M. Bertin a eu de plus l’heureuse idée de remplacer par un dolmen le piédestal banal que l’on inflige trop souvent aux statues historiques. Bien que l’Académie royale de Belgique ait jugé à propos, on ne sait pourquoi, de se gendarmer contre ce dolmen, il est incontestablement d’accord avec la vérité chronologique et concourt puissamment à l’effet général de l’œuvre. M. Bertin a d’ailleurs fait justice, dans une brochure très-spirituelle et très-savante, de cette critique malencontreuse.
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