Bains de Diane

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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Bains de Diane

Message par worldfairs » 23 août 2018 11:15 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

bainsdediane.jpg

Versailles, on-l’a dit cent fois, est un musée. Tous les arts y sont représentés par des chefs-d’œuvre, et ces brillants échantillons du génie humain, sous toutes ses formes, abondent dans les jardins et les palais de cette royale et majestueuse cité.

La peinture et la sculpture, tout ce qui parle aux jeux par les couleurs, les lignes et les contours ; puis les souvenirs historiques d’une époque glorieuse entre toutes dans nos annales françaises, la trace successive et persistante de nos autres prospérités, de nos luttes et de nos victoires, de nos progrès et de notre avancement, tout ce qui parle à l’esprit et fait battre le cœur, rien ne manque à Versailles, et l’on peut affirmer à coup sûr que l’étranger qui verrait Paris sans voir Versailles, ressemblerait au voyageur ignorant et maladroit qui visiterait Rome sans voir le Capitole.

Les jardins de Versailles, comme un bois de la Grèce antique, sont tout peuplés de dieux et de déesses. L’élégant et spirituel paganisme y revit de toutes parts, et c’est là surtout qu’on sent bien que Jupiter et Neptune, Apollon, Vénus et Diane, et Téthys et les nymphes étaient bien vraiment des immortels.
Leurs autels sont détruits; mais ils vivent! et ils n’ont pas cessé d’inspirer les artistes et les poètes, tous les amants du beau, qui ressemble au vrai, convenons-en.

Or, entre ces statues et ces groupes, ces bas-reliefs et ces colonnes qui s’essaiment en quelque sorte çà et là, lequel de nous, dites-moi, n’a point remarqué cette œuvre admirable de Girardon qu’on se désigne l’un à l’autre sous ce nom : les Bains de Diane ?
Les Bains de Diane sont une merveille de goût suprême, et Ton n’y saurait trouver, quelque attention qu’on mette à en saisir les défauts et les taches, rien que de l’élégance et de la grâce. Voyez plutôt cette reproduction qui en a été faite et qui, dans une des allées de l’Exposition universelle, y rayonne comme un joyau de prix.

Onze nymphes nues se baignent en se jouant et en riant, et l’eau semble rire aussi et se jouer autour d’elles. Ces corps délicats et sveltes, ces mines jeunes et espiègles, avec un air de naïveté cependant et de pudeur innocente, comme il convient aux dignes compagnes et aux amies de la chaste Diane, toutes ces merveilleuses séductions de l’expression et de la pose se marient aux arbres et aux fleurs, qui se penchent et se relèvent au milieu des charmantes baigneuses de l’air dont on acclamerait ou saluerait des sœurs.

Girardon, vous le savez, appartient tout entier au dix-septième siècle, à la date du goût sévère encore et des beautés décentes. Il a hérité des meilleures traditions de la Renaissance, et bien que déjà l’amour des sensualités commence à se lever pour la peinture et la sculpture, lui, il se tient, sans broncher, sur la limite, mais en deçà et du côté de l’art sérieux.

Ses naïades et ses nymphes ont une pureté de formes et une sveltesse, une délicieuse simplicité d’attitude et d’expression qu’on ne retrouvera plus après lui, sous les influences de S. A. R. Monseigneur le régent. A ce moment, ce qu’on prise avant tout et ce qu’on recherche, c’est la beauté charnue, un peu lourde, maniérée et provocante dans sa pose, et ne laissant pas de tenter et d’affriander le regard par je ne sais quoi d’effronté jusque dans le regard et dans le sourire. De là les peintures de Boucher et les sculptures de Coustou. L’un et l’autre nous ont laissé de parfaites images, d’authentiques témoins des idées et des tendances d’un siècle où, sur un fonds de matérialisme déterminé et raisonné, on raffinait et on quintessenciait à perte de vue.

Mais comparez les produits du dix-huitième siècle avec les Bains de Diane et les autres œuvres de Girardon ou de ses contemporains, et votre choix, quelles que soient d’ailleurs vos pentes personnelles et vos indulgences, n’hésitera point, je l’espère.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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