Les Coucous de la Forêt-Noire

Paris 1867 - Inventions, novelties and means of transport
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6495
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Les Coucous de la Forêt-Noire

Message par worldfairs » 23 août 2018 10:42 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Ils sont dans la section attribuée au grand-duché de Bade, et le bruit monotone et régulier de leurs balanciers frappe de loin l’oreille du visiteur qui parcourt cette partie de l’Exposition. Tous les quarts d’heure une sorte de frémissement se produit dans chaque horloge ; la petite boîte ménagée dans la partie supérieure s’ouvre, le coucou sort et lance, en remuant sa gorge bleuâtre, en agitant ses ailes grises, le cri mélancolique qu’on écoute avec tant de charme lorsqu’il se fait entendre1 dans la profondeur des grands bois.

Les industriels de la Forêt-Noire ont tenu à justifier une fois de plus leur vieille réputation d’habileté. Chacun sait que les vallées agrestes de la Murg, de la Kintzig et de la Houb, sont habitées par des populations de travailleurs actifs qui ont conservé, de nos jours, l’originalité des usages, des mœurs et des costumes antiques. C’est parmi eux qu’on retrouve le large tricorne, le grand habit à la mode du dix-septième siècle, la culotte de velours, les souliers à boucle. L’habitant de la Forêt-Noire est doué d’une dextérité réellement prodigieuse. Avec son seul couteau il confectionne pendant les longues soirées i hiver ces mille menus chefs-d’œuvre en is si appréciés dans le monde entier. La nature, du reste, lui a abondamment départi les matériaux. Si pendant neuf mois de l'année les montagnes, dont la chaîne constitue le Shwartzwald, ont leurs cimes couronnées de neige, les parties basses et moyennes sont couvertes de forêts épaisses que la hache du bucheron ne peut parvenir à entamer, et composées principalement de sapins blancs, arbre qui se prête le mieux aux usages les plus divers. Mais de toutes les industries auxquelles se livre l’habitant de la Forêt-Noire, la plus répandue et la plus fructueuse, est l’horlogerie. L’horlogerie, dans la Forêt-Noire, est moins une industrie qu’une institution. Les ouvriers, suivant les différents travaux qui concourent à la fabrication d’une horloge, forment autant de corporations ayant chacune leurs attributions bien distinctes: ébénistes, horlogers, doreurs, fondeurs, mécaniciens, émailleurs. Par les soins lu grand-duc Léopold, une école spéciale a été établie à Furtwangen d’abord, puis transférée dans ces derniers temps à Fribourg en Hrisgau. Enfin, la création, en 1851, d’une société d’horlogerie anonyme et par actions, a été un véritable bienfait pour les travailleurs de cette contrée industrieuse. Tout se fait dans les ateliers de la société, depuis le dépouillement des matières premières jusqu’au travail des pièces qui exigent la plus grande perfection, tels que les boîtes des régulateurs et la plupart des pièces mécaniques. Les ouvriers contribuent par un apport aune caisse de secours et de retraite, grâce à laquelle, ils sont assurés de recevoir des secours en cas de maladie, et de petites pensions lorsque la vieillesse ou toute autre cause ne leur permet plus de travailler.

Il n’entre, ni dans le cadre de notre sujet, ni dans nos intentions, d’entreprendre l’énumération des rouages dont est composée mute machine à mesurer le temps, et le récit des différentes transformations qu’a subies l'art de l'horlogerie, depuis sa naissance jusqu'a nos jours. Aux gnomons, aux cadrans solaires, aux clepsydres à eau, puis à sable succédèrent peu à peu des mécanismes plus complets, dans lesquels la force motrice était donnée par l’eau, s’écoulant avec une vitesse constante et par un orifice invariable. Mais un pareil mode de construction ne pouvait être propre qu’aux pays seuls où l’eau conservve toujours sa limpidité. Aussi l’eau tombante fut-elle bientôt remplacée par un poids, et une résistance constante, qu’il fallait vaincre pour entretenir le mouvement, fut le régulateur de tout le système. La première horloge à poids dont nous parle l’histoire est relie que le calife Haroun-al-Reschid envoya, entre autres présents, à Charlemagne. Mais fut seulement cinq siècles plus tard, sous le règne de Charles V, que fut construite à Paris, et placée dans la tour du palais qui est encore nommée tour de l’Horloge, la première horloge publique. La découverte capitale du pendule fit entrer l’art de l’horlogerie dans une ère nouvelle. On sait comment Galilée, en observant dans l’église métropolitaine de Pise, le mouvement réglé et périodique d’une lampe suspendue à la voûte, reconnut l’égale durée des oscillations, et de cette observation, confirmée par des expériences réitérées, fut amené à déduire quel pouvait être l’usage d’un pareil phénomène pour la mesure exacte du temps. Galilée, comme tant d’autres inventeurs, ne devait pas être témoin du triomphe de sa découverte, dont Huygens donna l’application utile en adaptant le pendule aux horloges comme régulateur et non plus comme premier moteur. Le problème était trouvé, l’horloge existait ; mais l’horlogerie de précision ne date véritablement que du siècle dernier, après les travaux de Pierre Leroy qui inventa l’échappement libre et le pendule à compensation, en fabricant un balancier composé de lames de métal inégalement dilatables, afin de remédier aux changements de longueur de la tige du pendule. Depuis près de soixante ans, chaque jour a vu apporter de nouveaux perfectionnements à la fabrication de tous les genres d’horlogerie. Mais si l’on parvient aujourd’hui à produire des instruments presque irréprochables, ils ne peuvent être livrés qu’à des prix fort élevés et tout à fait inabordables pour les classes peu aisées et travailleuses. C’est ici qu’éclate l’utilité de l’antique coucou, accessoire indispensable du mobilier même le plus modeste, du coucou dont le tic tac résonnant dans la mansarde de l’ouvrier, dans la chaumière du paysan, leur rappelle à chaque instant la vérité de ce grand proverbe : Le temps, c’est de l’argent.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1867 - Inventions, nouveautés et moyens de transport »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité