La femme fellah de M. Landelle

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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La femme fellah de M. Landelle

Message par worldfairs » 22 août 2018 07:55 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Arts, design, mode - La femme fellah de M. Landelle - femmefellah.jpg

Est-ce une reine? Est-ce une bergère? Si c’est une bergère, elle est à coup sûr de celles qu’épousaient les rois.

Sa longue tunique, entr’ouverte par le haut, laisse sa poitrine à demi découverte. Elle se tient debout, les mains appuyées sur l'amphore grecque, dans une pose simple et noble.

Non, ce n’est pas une reine. Et cependant Nausicaa, la blanche fille d’Alcinoiis, prince des Phéaciens, allait aussi laver son linge à la rivière et remplir sa cruche à la fontaine. Pourquoi celle-ci ne serait-elle pas une petite-fille de Nausicaa?

Mais les filles d’Europe ont plus de vivacité dans le regard, plus de douceur dans le sourire.

A cette tiare qui couvre à demi son front, à ces sequins, parure des peuples barbares, qui pendent sur son visage, à la naïve hardiesse des yeux, on reconnaît une autre race de femmes.

Vous souvenez-vous du roi Candaule, ce modèle des maris, si fier de sa femme qu’il n’aurait pas cru son bonheur parfait s’il ne l’avait raconté et détaillé à un ami? La reine apprit qu’il l’avait montrée toute nue à Gygès, et tout de suite, sans hésiter, fit.venir Gygès et lui commanda de tuer le roi, — ce qu’il fit avec le plus grand plaisir, ayant en perspective la femme et la couronne.

La veuve de Candaule devait ressembler à cette figure étrange, quoique parfaitement belle.

Elle devait être, comme celle-ci, pudique et hardie tout à la fois, ne connaissant pas de moyen terme entre l’adultère et l’assassinat. Dès qu’elle sort des rites religieux et des formules inventées par le prêtre, elle ne distingue plus le crime de la vertu. Candaule l’a offensée (que d’amour pourtant et d’admiration dans cette offense!): il faut qu’il meure. C’est elle qui conduira l’amant, qui donnera le poignard et qui montrera la place où il doit frapper.

Plus on regarde la femme fellah, de M. Landelle, et plus on est étonné. C’est une paysanne d’Asie Mineure; le livret le dit, le costume l’indique, rien ne fait soupçonner que le peintre se soit trompé dans le choix de son modèle, et cependant on ne sait à quelle classe de la société attribuer ce visage énigmatique. Elle pourrait-être aussi bien sultane que paysanne. La fierté est égale des deux parts, —et l’ignorance aussi.

Ce qui manque dans cette femme, d’ailleurs si belle, c’est la pensée. A ce trait l’on reconnaît une race qui va périr.

Certains peintres et poètes de ce siècle ont beaucoup admiré l’immobilité fataliste des figures d’Orient. C’est le thème ordinaire de M. Théophile Gautier. Pour lui, rien n’est plus beau qu’un derviche accroupi dans une attitude contemplative, fumant sa pipe et ne pensant à rien. Mais 1 herbe aussi ne pense à rien, et cependant n’en est pas plus admirable ; et le rocher, qui vit et s’agite encore moins que l’herbe (car enfin elle naît et meurt comme nous), le rocher n’est pas supérieur à l’homme.

S’agiter, même au hasard, c’est vivre. Qui demeure immobile est déjà mort ou ne vaut guère mieux. C’est pourquoi l’Orient que rien n’agite est depuis longtemps la proie du premier venu.

« Mieux vaut être assis que debout, couché qu’assis, et mort que couché, » dit le proverbe turc.

C’est la maxime d'un peuple condamné par le destin.

Je lisais ces jours derniers un livre fort remarquable de M. Taine :
Frédéric - Thomas - Graindorgc, où il est dit que la Française est un hussard.

Certes, la société d’un hussard en jupon ne serait pas fort agréable; cependant j’aimerais autant le hussard qu’une créature immobile, inerte, résignée à tout, et attendant l’arrivée du malheur avec cette pensée consolante:
C'était écrit. La femme, aussi bien que l’homme, a souvent besoin d’initiative, d’énergie et de volonté.

Après tout, c’est un hussard , Jeanne d’Arc, qui a sauvé la France du plus grand danger qu’elle ait jamais couru. Ne disons donc pas de mal des hussards.

Mais ce sujet me mènerait trop loin. Je reviens à la femme fellah, de M. Landelle, et je l’admire comme une révélation. Tout le destin d’un peuple est tracé en quelques coups de pinceau sur cette figure de femme. Peindre ainsi, c’est éclairer d’une vive et éclatante lumière l’histoire du passé, c’est faire entrevoir au philosophe les horizons de l’avenir.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

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