Bijouterie et joaillerie. Oeuvres de M. Duron

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Bijouterie et joaillerie. Oeuvres de M. Duron

Message par worldfairs » 16 août 2018 03:02 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Arts, design, mode - Bijouterie et joaillerie. Oeuvres de M. Duron - Vase de Duron - vaseduron.jpg
Vase de Duron

On ne saurait donner un nom bien précis à la spécialité adoptée par M. Duron.

Cette spécialité tient à la fois du sculpteur, du lapidaire, du joaillier, de l’orfèvre et de l’émailleur, car tous ces arts réunis concourent à l’exécution des œuvres que nous admirons dans la vitrine de cet exposant.

Mais, si l’on ne peut assigner une dénomination particulière à cette alliance heureuse des arts les plus divers, à coup sûr nul n’hésitera à reconnaître que les produits de M. Duron sont la manifestation de l’art industriel dans ses inspirations les plus élevées.

Quel autre artiste qu’un orfèvre saurait trouver ces formes exquises auxquelles M. Duron assujetti ses vases, ses coupes, ses buires, ses aiguières?
Quel autre qu’un joaillier pourrait exceller plus merveilleusement dans ces montures fines et délicates, dont M. Duron entoure et soutient ses compositions? quel autre saurait plus harmonieusement enchâsser ces émaux et ces pierres précieuses qui viennent se fondre dans l’ensemble de l’œuvre et concourir à son aspect saisissant?

Nous donnons aujourd’hui dans notre gravure un spécimen de ces créations hors ligne dans notre joaillerie française.

Le petit vase que nous reproduisons est en onyx oriental.

Il affecte la forme ovoïde écrasée dans sa partie supérieure; et il a 15 centimètres de hauteur sur 8 centimètres de diamètre.

L’onyx oriental employé dans ce vase est remarquable par sa beauté.

Le fond en est noir, veiné de blanc. Cette qualité est des plus rares. On sait, en effet, que l’onyx n’est autre chose que de la calcédoine, pierre dure qui fournit elle-même toute une famille de pierres colorées, telles que la cornaline, l’agate et le silex.

Cette variété de calcédoine ne prend le nom d’onyx que lorsque les diverses couleurs qui la caractérisent se trouvent réunies par zones ou par bandes.
Le premier cas est celui du vase qui nous occupe.

Or, le morceau qui a servi à former le corps du vase de M. Duron, est d’une qualité toute spéciale et, comme je l’ai dit plus haut, fort rare.

Aussi notre artiste a-t-il dû renoncer à trouver un morceau semblable pour lapider le goulot.

C’était un obstacle de plus à vaincre, après la dureté de la pierre elle-même.

M. Duron a heureusement su tourner la difficulté, en exécutant cette partie du vase en émail sur or.

Les veines y sont peintes, et l’émail imite si parfaitement la pierre elle-même— chose très-difficile à obtenir — que les parties veinées semblent transparentes et produisent une illusion complète même pour un œil exercé.

Enfin, le pied et les anses sont formés de grandes et longues feuilles émaillées, peintes et rehaussées à la manière des émailleurs de la renaissance avec lesquels notre artiste lutte de science et de ressources.

L’exposition de M. Duron contient encore bien d’autres œuvres capitales dont nous ne pouvons ici faire que la description écrite, description bien pâle quand elle n’est pas appuyée du crayon éloquent de nos habiles dessinateurs.

Je ne veux pas cependant passer sous silence une aiguière en sardoine orientale, autre chef-d’œuvre de bon goût et de délicatesse.

La sardoine, qui est aussi une variété de calcédoine, genre agate, prend son nom quand à la condition de translucidité se joint une teinte jaunâtre ou brunâtre dont les reflets produisent des effets singuliers et inattendus.

L'aiguière dont je m’occupe est composée de deux parties qui paraissent homogènes, tant la réunion en est fondue avec art; et cependant les deux parties n’ont absolument aucun rapport.

Le haut fait partie d’un bol, tandis que le bas est un fragment de terre.

La retouche du lapidaire a su les transformer d’une façon ingénieuse, de manière à former un ensemble ravissant.

.L’objet lui-même est une imitation d’une pièce qui figure dans la belle collection du Louvre et qui est justement citée comme une œuvre remarquable.
Telle est l’intelligence artistique de M. Duron qu’il parvient, à l’aide de deux fragments de matières précieuses de nature différente, à composer un objet qui reproduit une des plus charmantes créations de nos anciens artistes.

Le goulot est en or massif poli à l’intérieur, et bordé de feuilles découpées et émaillées en relief dans le ton vert le mieux réussi.

Un fond d’écaille en émail blanc décore l’intérieur, et sur cet émail se détache en relief un masque de satyre d’une expression fine et minutieusement rendue.

En opposition à cette figure, on voit une tête de bélier en ronde bosse repoussée et émaillée servant de point d’appui aux ailes d’une cariatide de femme, également exécutée en ronde bosse et repoussée.

Cette aile forme l’anse de l’aiguière ; des reflets chatoyants s’échappent de l’émail vert qui la décore.

Les chairs sont de couleur naturelle, et la chevelure est figurée en or.

Une foule de procédés des anciens émail-leurs se sont perdus, n’en déplaise à notre science moderne, et pour accomplir un travail semblable on est obligé de rechercher, et de suppléer souvent, les procédés que les anciens ont poussés jusqu’à la perfection.

Je n’hésite pas à affirmer pourtant que l’exécution de cette aiguière surpasse peut-être en fini celle du modèle qui est au Louvre.

Il n’est pas difficile de voir, par la description de ces deux pièces, qui ne sont qu’une faible partie de l’exposition de M. Duron, à quel genre de public s’adresse cet artiste ; ce public est restreint et disséminé dans le monde entier. Aussi les œuvres de M. Duron ne sont pas aussi connues du public qu'elles méritent de 1 être par leur perfection. C’est pour cela même que nous avons cru devoir les signaler.

Je ne puis m’empêcher d’être surpris de ce que M. Duron n’ait pas exposé de bijoux.

En 1855 et en 1862 on admirait, les comptes rendus de cette époque le constatent, ses bracelets, ses colliers, ses émaux; cette année, il y a chez lui comme un parti pris de ne pas sortir des œuvres d’art les plus exceptionnelles. Nous déclarons ne pas deviner pourquoi.

Quoi qu’il en soit, nous constatons en terminant que, si M. Duron a remporté la première médaille d’or de la classe 36 qui comprend la joaillerie et la bijouterie, c’est absolument à l’éclat de son mérite qu’il doit cette distinction si recherchée des exposants.
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