Pièces anatomiques de M. Brunetti

Paris 1867 - Inventions, novelties and means of transport
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6495
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Pièces anatomiques de M. Brunetti

Message par worldfairs » 13 août 2018 04:14 pm

Article tiré de "L'exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Inventions, nouveautés et moyens de transport - Pièces anatomiques de M. Brunetti - piecesanatomiquebrunetti.jpg

Aucun genre de documents n’autorise à penser que l’antiquité ait connu l’art des préparations anatomiques; tout se borne pour les anciens à préparer le squelette. La superstition de la mort était universelle et proscrivait les autopsies.

Les Égyptiens ignorants en anatomie momifiaient leurs cadavres dans un grand but d’hygiène sous le prétexte religieux ; ils abritaient les momies dans les pyramides et les chambres mortuaires; les eaux du Nil inondaient et fertilisaient leurs terres, sans se putréfier au contact des corps en décomposition.

Les Romains étaient aussi superstitieux que les Grecs; et Gallien ne put disséquer que des singes. La statuaire grecque, toujours sans rivale, ne s’inspira jamais que de la nature vivante.

Aujourd’hui nous demandons à la mort le secret de la vie; nous cherchons et nous découvrons les causes qui abrègent, suspendent ou brisent notre existence. Cette curiosité, cette investigation est la plus légitime, la plus utile. La première et la plus importante connaissance de l’homme est celle de l’homme lui-même. Se connaissant mieux il se respectera davantage, et partant respectera les autres.

L’histoire naturelle de l’homme doit faire partie intégrante de la première instruction pour toutes les classes de la société.

Un hommage est dû aux savants, aux artistes qui travaillent à répandre les études anatomiques en les rendant, non-seulement accessibles, mais attrayantes par le dessin, la gravure, les reproductions plastiquées, et encore par la conservation des formes, des couleurs et de la densité des corps qui jouirent de la vie, et qui sont ainsi soustraits, pendant un temps plus ou moins long, et même pendant nombre d’années, à la putréfaction et à la décomposition, lois inévitables de tous les corps qui ont cessé de vivre.

C’est à dater seulement du moyen âge que les études anatomiques devinrent florissantes. Le médecin du roi d’Espagne, Philippe II, fabriquait pour des démonstrations anatomiques des mannequins. Le cuir, le parchemin représentaient les viscères, des cordonnets et des fils en soie les vaisseaux et les nerfs; le tout était colorié d’une manière habile et variée.

Quelle immense distance il a fallu parcourir par le travail et le progrès, pour arriver jusqu’à l’homme élastique de M. le docteur Auzoux, dont chaque pièce se monte et se démonte avec une facilité aussi prompte que simple; les rapports les plus exacts sont conservés et, couche par couche, on peut étudier l’homme complètement; rien n’est omis, rien n’est négligé, rien n’échappe à l’anatomiste qui peut s’exercer et étudier à l’abri des émanations, sans avoir besoin de recourir aux recherches cadavériques.

Mais pour le médecin-opérateur, rien ne dispensera jamais de savoir manier le scalpel; c’est le bistouri à la main qu’il doit faire le grave et sérieux apprentissage de cet art qui sauvera son semblable par le sacrifice d’un membre, ou d’une partie de son être. On sait jusqu’où la précision des connaissances anatomiques actuelles a permis de porter la scie et le couteau, pour enlever des dégénérescences, des productions amorphes, pour réunir des divisions accidentelles, pour réparer, restaurer des lésions produites par les accidents dans les industries, ou les affreuses mutilations des détestables champs de bataille.

La science de l’homme, pour opérer tant de merveilles, avait besoin, non-seulement de la perfection des instruments actuels de la chirurgie, qui a fait appel à tout ce que la mécanique a de plus fin, de plus ingénieux; mais il fallait encore que l’anatomie normale et pathologique fût parfaitement étudiée ; les méthodes de conservation des corps devenaient donc indispensables. Depuis moins d’un demi-siècle, un grand nombre de découvertes vers ce but marchent parallèlement avec les découvertes faites en physique et en chimie : ces préparations figurent aujourd’hui à l'Exposition universelle. De ce nombre se trouvent les préparations anatomiques de M. le docteur Louis Brunetti, professeur à l’université de Padoue et conservateur de son musée. La méthode de ce professeur est nouvelle et secrète, elle n’avait pas été publiée, mais seulement communiquée à une commission composée de MM. Liebig, Tardieu et Milne Edwards, lorsque le 22 août le docteur Brunetti est venu lire devant une assemblée, composée de plus de six cents médecins français et étrangers réunis, pour le congrès médical international, dans le grand amphithéâtre de la Faculté, un mémoire contenant l’histoire de sa découverte et les détails les plus précis sur tout ce qui concerne sa belle méthode de conservation des corps, de manière à ne laisser aucune hésitation à ceux qui voudront la mettre en pratique.

Après avoir reçu la grande médaille d’or justement décernée par le jury de l’Exposition, M. le docteur Brunetti obtient de ses contemporains une véritable ovation que la postérité ratifiera, pour avoir libéralement livré au domaine public le fruit de ses veilles, les travaux de son intelligence. Les applaudissements les plus chaleureux, avec triple salve, ont accompagné la communication du docteur Brunetti.

Ce merveilleux procédé, sans nocuité aucune pour ceux qui l’exécutent comme pour la salubrité publique, comporte plusieurs temps et se décompose dans les opérations suivantes : lavage, dégraissage, tannage et dessiccation.

Pour laver la pièce ou le corps à conserver, M. Brunetti fait passer un courant d'eau à travers les vaisseaux sanguins et les divers conduits excréteurs, ce qui en expulse tous les liquides, sang, lymphe, etc.; pour chasser à son tour l’eau, il injecte de l’alcool.

Le dégraissage s’effectue, en remplaçant l’alcool par l’éther sulfurique, qu’il passe également dans les vaisseaux et les conduits naturels : l’éther pénètre dans la trame des tissus et, paraît-il, en dissout les matières grasses ; cette partie de l’opération exige quelques heures, mais la pièce anatomique peut dès lors se conserver abreuvée par l’éther, sans se compléter immédiatement par les autres temps de l’opération, qui consistent à chasser l’éther par une solution concentrée de tannin dans de l’eau bouillante, toujours par le procédé de l injection : cette injection a été précédée d’une injection d’eau distillée qui fait sortir l’éther sulfurique.

Il ne reste plus qu’à faire dessécher la pièce anatomique, fût-ce même un cadavre entier, en l’introduisant dans un récipient à double fond, rempli d’eau bouillante entre les deux parois, par un système de tubes à robinet : on fait passer de l’air chaud comprimé à deux atmosphères, dans un vase contenant du chlorure de calcium, afin de le priver de toute humidité. Cet air est poussé dans les vaisseaux et les conduits excréteurs : ce courant d’air chasse tout ce qu’ils contenaient, et l’opération est entièrement achevée.

Les résultats sont une pièce anatomique souple, légère, ayant conservé son volume et ses rapports normaux : les liquides seuls n’existent plus.

Cette admirable découverte rendra les plus signalés services à l’anatomie saine et à l’anatomie pathologique, les organes pouvant se conserver indéfiniment dans la position qu’ils avaient pendant la vie : moins la dureté et Je poids, ils sont comme s’ils avaient été subitement gelés.
La collection de 31. Brunetti, exposée dans la section italienne, se compose de 6G pièces. Une des principales est un emblème d’un goût risqué : c’est une jeune fille qui s’est noyée à la suite d’un amour trompé ; elle est représentée les yeux dévorés par des poissons; elle ne méritait pas pareil supplice.

Le merveilleux palais de l’Exposition compte encore au nombre de ses richesses anatomiques de très-belles préparations du sein, du foie, des poumons, de nombreux squelettes de poissons rares , dus à M. le professeur Hyrpl, de Vienne.

M le professeur Tiechmann, de Cracovie, a exposé beaucoup de préparations ostéologiques parfaites et des lymphatiques injectés, non plus avec du mercure, mais avec une substance solidifiable.

MM. Vasseur et Talrich ont des vitrines, avec de belles pièces anatomiques, soit comme squelettes, soit en cire, qui sanctionnent la supériorité de ces deux préparateurs.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1867 - Inventions, nouveautés et moyens de transport »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité