Le pavillon du Commissariat Général

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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Le pavillon du Commissariat Général

Message par worldfairs » 02 août 2018 02:18 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 6 décembre 1925

Le Commissariat général de l’Exposition des Arts décoratifs installé depuis de longs mois au premier étage du Grand-Palais, a voulu avoir un pavillon particulier dans l’enceinte même de l’Exposition sous les grands arbres du Cours-la-Reine. Ce pavillon devait être naturellement digne du Commissariat général d’une telle exposition d’art ; l’exécution en a été confiée à l’architecte Chrétien-Lalanne.

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Le pavillon du Commissariat Général

Comme tous les autres pavillons, celui-ci devait tenir compte des arbres qui devaient être respectés et des crédits relativement peu élevés qui lui avaient été accordés, il devait, en outre, naturellement constituer un pavillon particulièrement élégant et pratique permettant de le faire distinguer avec avantage parmi ceux qui rivalisaient avec lui. M. Chrétien-Lalanne est parvenu à surmonter toutes les difficultés, et son Pavillon a fait l’admiration des visiteurs, des architectes et des artistes.

Ce pavillon, contrairement à ceux d’autres expositions, n’était pas destiné, à recevoir des bureaux ouverts au public, il devait permettre au Commissaire général d’y recevoir les délégués étrangers, les membres des Commissions et les exposants ; le cas échéant, le Commissaire général retenu par ses multiples occupations devait pouvoir y trouver un gîte et une table servie ou même pouvoir y retenir à déjeuner ou à dîner un certain nombre de personnes. Le pavillon devait enfin être accessible, dans une certaine mesure, au public puisqu’il devait offrir un exemple d’intérieur particulièrement soigné au point de vue des arts décoratifs.

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Le pavillon du Commissariat Général - Grand salon de réception, vue longitudinale

La composition du plan et la conception de l’élévation étaient particulièrement intéressantes, elles marquaient une curieuse originalité de M. Chrétien-Lalanne, qui est un véritable artiste soucieux de rester dans une note moderne sans excentricité.


Le Plan

Il convient, tout d’abord, d’examiner le plan très bien composé ; la multiplicité des pièces nous le fait paraître, à première vue, compliqué, alors qu’il n’en est rien. L’architecte, pour placer le Hall ou Salon de réception, pièce principale, a choisi un octogone allongé dont les quatre petits côtés ou petits pans étaient percés par une baie. Sur trois des grands côtés il a disposé les autres pièces formant autant de groupes ou d’annexes, tandis qu’à l’avant il a placé le porche et le vestibule d’entrée, avec trois portes à deux vantaux s’ouvrant sur le hall; porche flanqué de chaque côté d’un petit local destiné à recevoir l’un le matériel de nettoyage, l’autre les tableaux de distribution électrique. Ces annexes étaient réunies extérieurement deux à deux par une petite terrasse au droit des petits pans de l’octogone et par conséquent des baies avec portes éclairant le Hall et ce sur trois petits pans, tandis qu’au droit du quatrième, sur la façade arrière, s’élevait une tourelle permettant la disposition d’un escalier montant à la terrasse supérieure, couvrant le Hall de réception. L’examen du plan permettra donc de se rendre compte d’une circulation extérieure rendant le service facile.
Les décrochements du plan, les courbes des terrasses et celle du péristyle rompent enfin la rigidité de l’ensemble.

En réalité, quelques pièces du « Pavillon du Commissariat général » ont porté d’autres noms que ceux indiqués au plan. Le bail est resté le Salon de réception, tandis qu’une annexe comprenait le Bureau du Commissaire général (grand salon), le Bureau du secrétaire (fumoir), la salle de bains avec lavabo, un petit salon de repos avec divan, et l’autre annexe : le bureau du secrétaire général (studio) et un lavabo. L’annexe des services comprenait une très belle cuisine fort bien installée, les waters et lavabos.

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Le pavillon du Commissariat Général - Grand salon de réception, vue latérale

Nous donnons à toutes ces petites ailes le nom « d’annexes » qui nous paraît mieux leur convenir parce que pour l’élévation, l’originalité de M. Chrétien-Lalanne était encore plus manifeste ; l’architecte avait donné,
en effet, à la partie octogonale contenant le bail une hauteur assez grande et aux annexes une hauteur moindre qui les faisait contraster heureusement avec la partie octogonale du pavillon, la tourelle de l’escalier étant encore plus élevée que celte partie octogonale. Le contraste était d’autant plus marqué et plus agréable que les annexes étaient d’un ton ocre assez intense et que la partie octogonale et sa tour se détachaient et s’élevaient avec un ton très pâle : blanc crème.


L’extérieur

L’architecte a obtenu ainsi un maximum d’effets avec le minimum de moyens grâce aux parties basses formant annexes et à quelques décrochements.

La partie avant formant porche, s’élevant sur un plan légèrement arrondi, donnait une entrée d’un effet agréable, un abri spacieux d'une grande commodité pour l’arrivée des hôtes souvent fort nombreux. Cette partie à deux pilastres octogonaux à petits pans rehaussés simplement d’un filet doré à la base et au sommet était sur- ' montée connue toutes les annexes par une corniche de faible saillie de section rectangulaire soutenue simplement par un bandeau de section carrée.

Les parements des parties basses formant annexes étaient occupés, au-dessous de ce bandeau, par des panneaux en faible creux sur le nu des façades.

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Le pavillon du Commissariat Général - Le bureau du commissaire général

La partie octogonale plus haute et la tourelle plus élevée encore que cette dernière contrastaient enfin avec les parties basses de l’ensemble par un entablement en grande saillie qui couronnait leurs façades. Celui de la partie octogonale contenant le Hall avait sa' face inférieure décorée par une suite de panneaux de faible creux et était séparé du parement des façades par un large creux de 10 centimètres environ avec une hauteur de 20 centimètres donnant de l’ombré, du noir au-dessous de l'entablement. Au bas de ce creux les façades étaient surmontées par une frise moderne ' sculptée formée de draperies avec, chutes se détachant d’un semis supérieur de fleurs et de feuillages modernes.

L’originalité de la composition de l’architecture extérieure du pavillon de M. Chrétien-Lalanne était encore accentuée par un curieux motif de couronnement, sorte de haute balustrade en fer forgé rappelant un peu avec des proportions plus grandes les « crêtes » d’autrefois. Cette sorte de balustrade en fer était ornée aux centres par des têtes simplement traitées, mais ayant beaucoup de caractère, encadrées par des enroulements, par les initiales R. F. de la République, par des grands rayons et aux angles par des faisceaux de licteurs et des cornes d’abondance. Ce beau travail en grosse ferronnerie, d’une très belle exécution, était l’œuvre de Marcel Bergue, qui avait fait aussi les appuis de fenêtres, les rampes de balcon et d’un escalier extérieur caractérisées par leur faible hauteur qui apportait un cachet particulier. Les portes de service donnant sur les terrasses avaient au-dessous des linteaux un curieux motif d’ornementation imaginé par l’architecte : une frise en fer forgé fixée sur les tableaux parallèlement à la porte.
En résumé, architecture particulièrement originale, tant au point de vue du plan qu’en celui de l'élévation et de la décoration ; mais d’une originalité très heureuse, très moderne excluant toute extravagance.


Les Intérieurs

Pour les intérieurs, l'architecte a travaillé en étroite collaboration avec le décorateur Jean Fressinet, artiste de talent, tandis que d’autres spécialement choisis contribuaient par leurs œuvres à l’aménagement, à la décoration et a l’ameublement du « Pavillon du Commissariat général », réalisant ainsi un ensemble admirable d’un goût moderne extrêmement délicat et élégant.

Les intérieurs du Commissariat général ont satisfait les plus difficiles cl ceux qui ne s’intéressent pas encore au goût et à l’art modernes n’ont pas caché leur admiration ; c’est là, peut-être, la manière la plus agréable de résumer l’impression produite sur tous par l’œuvre de M. Chrétien-Lalanne et de ses habiles collaborateurs. Si ces intérieurs n’avaient pas la somptuosité et la richesse de ceux de l’ambassade, ils avaient, au moins, un caractère discret, charmant, séduisant, convenant fort bien à leur destination officielle.

On pénétrait tout d’abord dans le vestibule par trois portes à deux vantaux de ton brun, garnis de glaces sans tain. Ce vestibule était décoré sur chacune de ses extrémités et au haut de chacune des trois portes d’entrée par un panneau peint par Fressinet; cette série de cinq peintures, constituant une frise aux riches couleurs, représentait des femmes sur un paysage traité à la moderne. Le vestibule s’ouvrait par une large baie sur le hall.

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Le pavillon du Commissariat Général - Le bureau du secrétaire général

Le Hall ou Salon de réception était naturellement la salle la plus importante du pavillon ; c’est là que se réunissaient les plus importantes commissions et où se servaient les repas ayant un certain caractère d’intimité. Au droit de chacun des quatre petits pans de ce salon s’élevaient deux pilastres octogonaux revêtus de « nacrolaque » de ton bleu de France aux irisations incomparables, cette belle matière nouvelle duc à J. Paisseau. Ces pilastres portaient à la partie supérieure des faces nacrées une sorte de chapiteau moderne soutenant un bandeau en quart de rond en verre laiteux garni d’ampoules électriques et se terminaient par un exhaussement octogonal de même section que la partie nacrée et de ton jaune pâle, aux arêtes rehaussées d’une bordure montante dorée. Ces pilastres étaient reliés à leurs parties supérieures par une frise en fer forgé composée d’éléments en guirlandes entourant toute la partie principale et centrale de ce grand salon, frise exécutée comme toute la ferronnerie du pavillon par Marcel Bergue ; au long de cette frise courait un cordon incandescent ; elle soutenait de grands rideaux de velours de soie de ton bronzé bordés d’un étroit filet d’or. Lorsque les rideaux soutenus par de longues boucles en fer martelé étaient fermés, la lumière emprisonnée derrière, autour de la salle, débordait d’une manière féerique, en traversant la frise en fer forgé.

L’éclairage était complété par un grand plafond lumineux disposé dans une grande baie rectangulaire encadrée par une ligne de godrons terminés en quart de rond, séparés par un creux doré, de ton jaune pâle comme le plafond de la salle. Ce plafond lumineux exécuté par le maître verrier Charles Lorin, composé par son principal collaborateur Louis Piébourg, était véritablement magnifique. Piébourg avait représenté un vol de grands oiseaux bleus, ayant 1 m. 60 d’envergure, semblant planer sur la salle, se détachant sur des nuages tranchant sur de longs rayons lumineux.

Ce vitrail comme ceux de chacune des quatre baies des pans coupés était formé d’une mosaïque de verres montés en plomb, sans emploi de traits de peinture et-sans modelé ; à part les verres bleus employés pour les oiseaux, il était fait, quant aux images, de verres blancs coulés opalescents et quant aux rayons, de verres blancs imprimés de Saint-Gobain. Le verre opale ayant la propriété de changer de ton suivant l’éclairage, il en résulte qu’au grand jour une baie prend, des tons dorés et à contre-jour des tons bleutés et si elle se détache sur un fond soutenu des tons d’un gris neutre nacré. De sorte que les quatre baies portes changeaient d’aspect suivant les heures de la journée et la marche du soleil. On peut juger ainsi du magnifique effet obtenu par Charles Lorin dans ses vitraux.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - Le pavillon du Commissariat Général - Le pavillon du Commissariat Général - Plafond lumineux - commissariatgeneral5.jpg
Le pavillon du Commissariat Général - Plafond lumineux

Les baies des pans coupés, percées chacune d’une porte s’ouvrant sur les terrasses de communication existant entre les annexes ou sur l’escalier de la tourelle, étaient garnies d’une grille en fer extrêmement légère, fort simple, formant encadrements aux baies et aux portes. Cet encadrement enchâssait une glace à gros grains d’un aspect givré fort joli, décorée en mosaïque de verre à sa partie supérieure ; l’ornementation consistait en une grande palme retombant sur un fond de grandes fleurs modernes tranchant sur des nuages, ornementation composée aussi par Louis Piébourg. La porte s’ouvrant dans chaque baie était ornée en son milieu par un très petit panneau doré, sculpté, représentant une femme sur un fond de fleurs, d’une composition moderne particulièrement remarquable.

Les parements des murs étaient revêtus de hauts lambris aux encadrements d’acajou de ton rouge uni se détachant sur celui des panneaux en ébène macassar, c’est-à-dire brun aux longues veinures noires et serrées. Les deux portes latérales s’ouvrant sur les côtés du hall avaient un large encadrement de même bois ; tandis que la grande baie s’ouvrant en face du vestibule d’entrée au-devant de la porte du Bureau du Commissaire général était entourée par une grande peinture de Henri Gaulet. Cet excellent peintre avait composé un grand tableau bien en harmonie avec l’ensemble de ce joli salon représentant cinq femmes nues, deux d’un côté, trois de l’autre accueillant des pigeons sur un grand paysage montagneux et boisé.

Les beaux lambris en acajou et macassar exécutés par E. Blanchong tranchaient agréablement sur un soubassement en stuc de ton gris fer bordé par deux bandeaux larges et plats limitant des godrons, un soubassement semblable décorait le bas des huit pilastres octogonaux revêtus de nacrolaque. Ces lambris tranchaient aussi sur les tentures en « papier tissé » de Constant Balay aux ornements géométriques modernes gris et violacés sur un fond chaudron. Une corniche formée de longs godrons avec arrondi à leur partie inférieure surmontait les parements de ce grand salon.

Le parquet, sorte de grande mosaïque formée de longs rayons, d’éléments géométriques, de triangles, etc., exécuté par Emile Fender, était particulièrement remarquable; le chêne, le bois de violette, le sycomore, l’érable apportaient à la décoration générale leurs agréables tonalités.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - Le pavillon du Commissariat Général - Le pavillon du Commissariat Général - Un des cinq panneau de la frise de J. Fressinet - commissariatgeneral6.jpg
Le pavillon du Commissariat Général - Un des cinq panneau de la frise de J. Fressinet

Le mobilier de cette vaste réception se composait d’une-grande table très belle, de seize fauteuils comme elle en macassar recouverts d’un très joli tissu de soie aux ornements modernes d’une très belle coloration dû à Brunet, Meunié et Cie, de huit stèles et de quatre guéridons en macassar et enfin de quatre crédences en acajou. Tous ces meubles, conçus dans un genre moderne simple et fort distingué, étaient d’une exécution parfaite. La note d’art était complétée encore par des grès et des céramiques de Lachenal ou de Raoul.

M. Gosselin, Ingénieur des Arts et Manufactures, Conseiller technique du Commissariat général, avait voulu apporter aussi sa collaboration au Pavillon, c’est pourquoi on remarquait un grand régulateur à pendule électrique pour la distribution de l’heure. Ce régulateur était enfermé dans une cage en fer forgé et martelé supportée par un socle en macassar et « distribuait l’heure » à toutes les jolies pendules réceptrices, réparties dans les différents bureaux du pavillon. M. Gosselin avait ainsi su allier l’utile à l’agréable puisque sa savante construction était complétée par des pendules très décoratives dues aux Etablissements Hatot.

Pour ce salon, il reste enfin à mentionner le superbe et grand tapis de Fressinet, au centre vert céladon entouré de fleurs modernes encadrées du même vert et d’un large bandeau formé d’ornements géométriques aux tons lilas, rose et violet foncé apportant une note claire à ce bel ensemble décoratif.

Le Bureau du Commissaire général était naturellement fort joli et composé d’une manière ravissante; l’architecte Chrétien-Lalanne avait conçu un bureau d’un genre tout à fait nouveau et toujours d’une grande originalité.

Les parements étaient couverts sur une certaine hauteur par un grand revêtement en bois laqué bordé en bas par une plinthe de ton gris fer, à la partie supérieure en longues ondulations et en haut par un bandeau rond de même couleur masquant une ligne incandescente répandant une lumière agréable sur le haut des parois du bureau qui était plutôt un salon. Ce revêtement laqué était une très belle composition décorative de Mme Gaston Weil, divisée par des petites baguettes montantes également de couleur gris fer en un certain nombre de panneaux dont l’ensemble constituait un joli paysage aux différents tons gris, aux eaux et quelques parties blanches, avec des plantes, des arbres des fleurs, de grands oiseaux et une antilope; celte peinture exécutée avec la minutie des Japonais en teintes plates était caractérisée par un dessin soutenu par un trait large, foncé et très en relief.

La partie haute des parements, le grand arrondi encadrant le plafond et le plafond lui-même étaient tapissés par un semis de petites fleurs dorées sur un fond gris à peine perceptible.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - Le pavillon du Commissariat Général - Le pavillon du Commissariat Général - Rampe de Marcel Bergue - commissariatgeneral7.jpg
Le pavillon du Commissariat Général - Rampe de Marcel Bergue

Du centre du plafond descendait un lustre d’une rare élégance formé par une grande coupe de cristal opalescent aux ornements foliacés et gravés et par six oiseaux aux ailes éployées et entrelacées soutenant la coupe dont le culot terminal était enveloppé par leurs queues fourchues. Ces six oiseaux rappelant ceux décorant le grand vitrail du plafond lumineux du Hall de réception étaient en bronze doré mat de différents tons. Ce joli lustre était l’œuvre de Cheuret.

Le parquet magnifiquement mosaïqué, exécuté par Godefroy Imbert et Cie, contrastait agréablement avec l’ensemble et la menuiserie des portes et de la baie également en tons gris.

La place nous manque malheureusement pour reproduire les jolis meubles de Gemen V. Fleuret qui formaient avec cette belle décoration un des intérieurs les plus admirés de l’Exposition.

Une stèle en bois macassar supportait le buste de M. Fernand David, le sympathique Commissaire général de l’Exposition des Arts décoratifs, buste dû au talent du sculpteur Cogné.

Le fumoir ou Bureau du Secrétaire présentait une toute autre décoration, bien différente et aussi fort remarquable. De grands panneaux tapissés de papier « tête de nègre » aux grandes marbrures d’or encadrés par une plinthe, des pilastres étroits et un bandeau supérieur rehaussé de cannelures donnant avec les portes une note d’un vert olive décoraient les parements de ce joli bureau; la partie haute des parements étant de couleur jaune pâle comme le plafond encadré par un large arrondi de même couleur. Les meubles dus à Georges Picard étaient extrêmement beaux et plus particulièrement le casier-bibliothèque orné en son centre d’une jolie marqueterie en bois précieux inspirée de la fable : « le loup et l’agneau ». Un grand panneau de Henri Montassier présentait un bel exemple de ce que devrait être à notre avis la peinture moderne. Montassier peint dans une manière nouvelle, c’est incontestable; mais avec un talent dans le dessin et dans la couleur que beaucoup de peintres décorateurs de l’Exposition des Arts décoratifs ne possèdent certainement pas. Et quelle délicatesse dans le choix du sujet ! Dans ce panneau décoratif, ce peintre habile a représenté un jeune homme lisant et une jeune fille rêvant, assis sur un tapis de verdure émaillé de jolies petites Heurs aussi nombreuses que variées, et à quoi rêve cette jeune fille, sans doute au sujet du livre qu’elle lisait et qu’elle tient encore, car ce n’était qu’un beau rêve, celui que l’on aperçoit au fond d’un sous-bois délicieux : le cortège d’un prince hindou juché sur un éléphant qu’escortent des personnages asiatiques et qu’entourent et suivent des jolies femmes et des élégants du temps des rois de France. C’est tout simplement ravissant.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - Le pavillon du Commissariat Général - Le pavillon du Commissariat Général - Couronnement de la partie centrale - commissariatgeneral8.jpg
Le pavillon du Commissariat Général - Couronnement de la partie centrale

Le Bureau du Secrétaire Général, indiqué au plan comme studio, était également très beau et dans un genre très différent. Il était de nuance café au lait en deux tons avec des plaques de propreté, des paumelles et des béquilles en or mat comme les appliques à deux branches ornant les pilastres de même couleur. La porte d’entrée à deux vantaux pleins et unis, ornés en leur milieu d’un petit panneau en creux décoré de la même manière que celui ornant les portes simples destinées au service et semblablement composées était comme ces dernières également de ton café au lait et surmontée comme elles d’un panneau décoratif moderne formé par des ondulations sombrement colorées tranchant sur un fonds jaune aux mouchetures estompées de ton rouge saturne.

De chaque côté de la porte, s’ouvrant sur le Hall de réception et à deux vantaux, des rayons étaient disposés dans une sorte de niche quadrangulaire, également café au lait, destinés à recevoir des livres, en l’espèce c’étaient les meilleurs parmi ceux relatifs aux arts et édités par les grandes librairies françaises.

A l’extrémité du bureau était une sorte d’alcôve occupé par un grand divan en macassar, aux coussins recouverts de tissu violet foncé, flanqué de chaque côté d’une petite étagère également en macassar et occupée par de jolis livres.

La décoration des parements était complétée par des panneaux de ton clair également café au lait, ornementés au Irait par des éléments triangulaires rayonnés, au sommet garni d’un groupe de trois fleurs également au trait; ces traits étaient des traits d’or et ces éléments tirés de l’éventail comme beaucoup de motifs de décoration moderne de notre époque.

Le plafond aussi de ton café au lait était encadré par deux bandeaux larges et plats de même couleur, mais plus foncée aux tranches agrémentées de larges louches rectangulaires dorées donnant l’apparence de cannelures.

Le parquet chêne était recouvert d’un tapis assorti aux panneaux décorés en éventails; ce tapis était orné par un semis des mêmes éventails tracés d’un trait brun sur un fond d’un bleu vert clair.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - Le pavillon du Commissariat Général - Le pavillon du Commissariat Général - La cuisine - commissariatgeneral9.jpg
Le pavillon du Commissariat Général - La cuisine

Les meubles étaient de forme très rectiligne, en macassar et en bois noir, d’une composition sévère par la forme, riche par la coloration bronzée du macassar. Sur la photographie que nous publions on distingue au fond une grande glace ronde en bois sculpté et doré soutenue par de longues cordelières sur un fond de tissu violet semblable à celui recouvrant, les grands fauteuils exécutés également en macassar.

Il n’est guère possible de donner un aperçu sur les autres parties du Pavillon du Commissariat général ; parce que môme un aperçu nous entraînerait trop; il nous faudrait expliquer la manière heureuse, les « modernités » adoptées par M. Chrétien-Lalanne pour la commodité des services, tel que celui de la cuisine. Il convient cependant de mentionner que les revêtements et le beau carrelage imaginé par l'architecte ont été exécutés par la « Société de carrelages et de produits céramiques », que les meubles, laverie, plonge, etc., ont été fournis par Bonazzi et ses fils et que la Société des Métaux ouvrés a apporté la batterie de cuisine.

Le Pavillon du « Commissariat général » était fort joli sous les arbres du Cours-la-Reine, bordé d’une petite haie de troènes de Californie avec des corbeilles de chrysanthèmes jaunes au droit de ses petites terrasses et son perron flanqué de chaque côté par un grand laurier d’Apollon taillé en pyramide, avec ses remarquables intérieurs il était vraiment digne de la Direction de l’Exposition des Arts décoratifs et Industriels modernes; il était digne aussi de l’architecte Chrétien-Lalanne qui a su communiquer à ses habiles collaborateurs ses heureuses inspirations.
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Message par worldfairs » 11 août 2018 12:00 pm

Le pavillon du Commissariat Général - Plan

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Le pavillon du Commissariat Général - Plan
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