La Maison de Tous

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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La Maison de Tous

Message par worldfairs » 30 juil. 2018 01:14 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 22 novembre 1925

Il était à penser que M. D. A. Agache, que nos lecteurs connaissent comme un ardent urbaniste et un architecte moderne, profiterait de l’Exposition des Arts Décoratifs et Industriels Modernes pour réaliser quelques idées et conceptions originales; nous trouvons, en effet, sa participation à cette Exposition en différentes classes. Nous examinerons aujourd’hui son œuvre au Village français.

Dans le Village français moderne, l’architecte Agache souhaite une maison commune aux habitants qu’il nomme « la Maison de Tous », c'est cette maison qu’il a réalisée au Village français de l’Exposition. L’idée est nouvelle et ne peut être qu’encouragée, la construction est moderne et intéressera les architectes.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La Maison de Tous - La maison de tous - lamaisondetous.jpg
La maison de tous

L’idée de M. Agache est originale et ne mérite, en effet, que des encouragements, car elle a pour but le bien-être des habitants auxquels elle facilite un complément d’instruction. La Maison de tous serait dans nos villages modernes « une potinière » située sur un coin de la Place publique où les habitants pourraient se réunir autour des tables et causer, sans obligation de consommer; pour ne pas être « américain » et imposer le régime sec, M. Agache admet que l’on pourrait y débiter des boissons hygiéniques, telles que le vin et la bière. Les habitants pourraient ainsi y échanger des idées, trouver du plaisir à s’y rencontrer sans être obligés aussi de stationner debout sur la place qui apparaîtrait tout entière à la vue, grâce à la multiplicité des ouvertures. La salle serait au rez-de-chaussée, elle recevrait une bonne lumière et serait bien aérée; elle éloignerait les habitants du danger de boire au cabaret, elle serait au point de vue hygiène parfaite et nullement comparable aux installations défectueuses des débits souvent au niveau du sol, imprégnés d’humidité et de l’odeur des moisissures ayant des parquets vieux et difficiles à nettoyer. La Maison de tous aurait une bibliothèque où on pourrait consulter des livres et organiser une prêt à domicile; ces livres seraient naturellement des bons livres, d’une lecture aussi saine que possible; il y aurait des manuels pour l’agriculture, pour l’industrie intéressant les gens de la localité, des traités pour faciliter l’art dans la maison; ces livres retiendraient certainement l’attention des habitants et développeraient leur instruction et leurs connaissances dans leurs professions. La Maison de tous, véritable club campagnard, aurait aussi des salles de lecture où l’on pourrait faire également sa correspondance; elle aurait encore une grande salle où on pourrait se réunir, échanger des idées, faires des conférences, jouer des petites pièces, donner des représentations cinématographiques souvent instructives.

Telle est l’idée originale de M. Agache.

Nous examinerons maintenant ce qu’il a réalisé à l’Exposition pour la « la Maison de tous » au Village français de l’Exposition.

La construction devant être avant tout économique pour avoir chance d’aboutir, pour ne pas imposer de lourds sacrifices aux petites communes, l’auteur préconise un système intéressant. Le bâtiment aurait une ossature, des planchers, des porte-à-faux en ciment armé; tes parements seraient, par exempte, en « Solo-mite » qui est de la paille tressée et pressée sur laquelle les enduits prennent très bien, qui est imperméable même sous une petite épaisseur d’enduit extérieur et qui est incombustible.

Nos gravures montrent d’abord les façades. Le système de construction a mis l'architecte dans l’obligation d’avoir tous les éléments de façades sans arrondis, sauf une colonne d’angle, unique partie ronde de ce bâtiment; on reconnaîtra à l’auteur une inspiration heureuse puisque, malgré toutes ses parties droites et plates, ta Maison de tous a un aspect extérieur particulièrement plaisant.

M. Agache a eu aussi une autre idée originale en construisant au rez-de-chaussée une série de petites parties biaises, vitrées, permettant ainsi d’avoir le maximum de vue sur la place, d’air et de lumière, et de mettre à l’intérieur une table avec des chaises dans des « petits coins intimes » très agréables.

La Maison de tous adossée à la Mairie de l’architecte Guimard est à trois façades d’une composition très réussie dans une note moderne et coquette.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La Maison de Tous - La maison de tous - Façade latérale droite - lamaisondetous1.jpg
La maison de tous - Façade latérale droite

La façade principale a une partie avancée avec une grande porte d’entrée par laquelle on accède à un grand vestibule séparant la salle de consommation de l’escalier qui monte à l’étage. Ge vestibule forme un dégagement qui se complète par un autre vestibule établi le long du mur mitoyen et qui prend jour à chacune de ses extrémités par une porte à deux vantaux 's’ouvrant dans les façades latérales. La salle de consommation est ainsi bordée, sur deux de ses côtés, par un vestibule large permettant une circulation facile.

La partie avancée a un pan coupé qui évite un décrochement droit plus disgracieux et plus lourd, ce pan coupé permet de donner à l’intérieur une circulation plus spacieuse au débouché d’un retour d’escalier composé de trois marches.

L’architecte, pour gagner de la hauteur pour l’escalier intérieur, a, en effet, établi un perron de cinq marches montant à un palier intermédiaire avec trois marches pour descendre au vestibule du rez-de-chaussée.

Les façades, les paravents sont en gros mouchetis de ton ocre jaune, elles sont couronnées par un entablement au-dessous bleu foncé soutenu par deux bandeaux à sections carrées en moucheti également de ton ocre jaune aux dessous du même bleu foncé.

La partie avancée est ornée de deux panneaux sculptés avec personnages, ces panneaux sont en saillie d’environ trois centimètres sur le nu du mur, les sujets légèrement en relief de ton jaune comme les parements se détachent sur des fonds de ton bleu foncé décorés par un semis de grosses fleurs et de grandes feuilles dessinées d’un large trait jaune.

La façade principale comprend donc cette partie avancée au-devant de laquelle s’élève le perron et une autre partie composée au rez-de-chaussée de trois paravents séparés entre eux par un étroit trumeau et une loggia à l’étage.

La façade côté Seine est percée au rez-de-chaussée par une porte, à l’étage par une baie large formée de trois fenêtres séparées par un meneau; sur le côté droit de, cette façade s’étayent, en gradins, cinq fenêtres hautes et étroites donnant une très bonne lumière à l’escalier, sur les appuis de ces cinq fenêtres sont disposées des jardinières garnies de fleurs pour agrémenter la façade. Au rez-de-chaussée une sorte de petit bow-window vitré donne le maximum de lumière à l’intérieur et rompt agréablement la grande surface du parement.

L’autre façade, latérale, qui est presque aussi importante que la façade principale comprend au rez-de-chaussée trois paravents, la porte qui s’ouvre, sur le vestibule qui est précédée, d’une marche, sur le trottoir qui donne le niveau du rez-de-chaussée; cette porte a deux vantaux, de composition très simple mais élégante est semblable à celle qui s’ouvre à l'autre extrémité du vestibule longeant le mur mitoyen.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La Maison de Tous - La maison de tous - La salle de réunions - lamaisondetous2.jpg
La maison de tous - La salle de réunions

Sur les deux façades au bas des loggias une inscription « La Maison de tous » se détache en lettres taillées dans le mouchetis au nu du parement tranchant sur un fond bleu foncé orné d’un semis de grandes fleurs semblable à celui décorant les panneaux sculptés de la partie avancée.

En angle, de la façade principale et de la façade latérale de droite, reproduite par la photographie, est, une colonne également en mouchetis jaune qui s’élève d’un socle bas et rond de, fort diamètre en ciment, qui déborde d’un trottoir étroit également en ciment, ce moucheti enrobe tout le pilier en ciment armé soutenant l’angle de la construction.

Les deux groupes de paravents du rez-de-chaussée sont reliés par un pan coupé formé de trois baies semblables à celles des côtés des paravents. Ces côtés de paravents sont en même mouchetis jaune encadrant la menuiserie de la baie. La partie supérieure du moucheti est décorée par un panneau de même couleur jaune orné de fleurs et de feuillages sculptés au même nu que le parement et gravés sur un fond bleu foncé. Le bâti de, la baie est bleu foncé comme toute la menuiserie extérieure; la baie est à trois châssis : 1° le supérieur est dormant; 2° celui du milieu à glissière, peut s’abaisser; 3° celui du bas à glissière également peut s’élever. Les trumeaux étroits séparant les paravents sont garnis sur toute leur hauteur par un motif latté, également bleu foncé, pouvant recevoir des plantes grimpantes.

Sur le trottoir et entre les paravents sont des jardinières basses en ciment peintes également en bleu foncé, une autre longue jardinière à pans également en ciment et de même couleur borde le pan coupé laissant un passage entre elle et la colonne d’angle. Elles sont toutes garnies de géraniums constituant autant de corbeilles fleuries.

La salle de consommation est extrêmement simple, mais cependant fort coquette avec un beau carrelage noir et blanc; des revêtements Elo garnissent les parements à une certaine hauteur, au-dessus de ces revêtements les parements sont tapissés de papier au ton clair orné de semis de fleurs très pâles. La salle est éclairée par des appliques en cuivre martelé ayant aussi la forme des paravents, ils sont ornés par des éléments de décoration très simple, garnis d’ampoules électriques, l’éclairage est complété par un plafonnier central blanc opaque sur un plafond jaune pâle. Toute la menuiserie intérieure est peinte en rouge cerise.

La salle de réunions /située à l’étage, réservée aux causeries, aux soirées, est particulièrement réussie quoique d’une composition très simple. Un des cédés est occupé par un très grand panneau de Mlle Yvonne Sjoestedt représentant un bois aux environs de Paris où s’ébattent des enfants avec des ménages d’ouvriers parisiens, ce tableau peint à l’huile porte comme légende : « Il a mis ce jour-là sa bure du dimanche », parce qu’un ouvrier endimanché se remarque au centre. Mlle Sjoestedt est une jeune artiste qui dessine d’une manière fort plaisante. Sur un autre côté de la salle est installée une petite scène élevée au-dessus de deux marches bleues, flanquée de chaque côté par un socle de stuc du même ton bleu foncé. Un soubassement peint à la colle toujours bleu foncé semblable au ton des encadrements des trois croisées qui sont elles-mêmes de couleur gris souris comme les tables et les chaises qui meublent cette, jolie salle de réunion, des panneaux de papier peint bordés de larges bandeaux bleus foncés constituent la décoration. La scène est surmontée d’un large bandeau de tissu bleu, garni de tentures de même ton, son rideau est jaune pâle. Le plafond est jaune, son centre est une sorte de coupole octogonale plate dont, les côtés sont formés par un large bandeau jaune surmontés d’une ligne de petits châssis en bois de ton bleu foncé garnis de verre blanc cathédrale. Ce large bandeau est orné de huit sujets dessinés d’un trait au pinceau par la même artiste auteur du panneau décoratif, Mlle Yvonne Sjoestedt; ils sont si amusants qu’il nous paraît intéressant de le décrire, d’autant plus qu’un certain nombre se rapportent à l’architecture et à la construction : 1° chez l’architecte, Monsieur le Maire examine le projet de la Maison de tous chez l’architecte fier de lui montrer sa composition épatante, les nègres du patron perchés sur de hauts tabourets dessinent avec entrain; 2° les corps de métiers, là c’est la construction qui bat son plein, on en met pour construire la Maison de tous; 3° on s’installe, c’est l’arrivée des meubles que des gars transportent pendant que de grosses gaillardes époussettent ou essuient ceux déjà mis en place; 4° l’inauguration de la Maison de tous, Monsieur le Maire ayant son discours à la main, écoute un air poussé par la fanfare pendant que des fillettes troublées, alignées, attendent pour lui offrir des bouquets, et que les habitants semblent ébahis par une telle cérémonie; 5° à la Maison de tous, on y lit, on y travaille, un brave et gros homme raconte des histoires à des petites filles, etc...

C’est fort bien, c’est très bien et quand nous adressions nos compliments à l’architecte Agache en le priant de les transmettre à celle jeune artiste il nous répondit qu’en effet, c’était très amusant et qu’il avait fait faire des frises semblables pour égayer un centre d’hygiène construit pour la Municipalité de Creil pour la consultation des nourrissons parce que ce genre décoratif donnait un gros effet avec le minimum de moyens.

Partout d’ailleurs dans cette Maison on sentait la recherche d’un art simple, pratique, permettant d’orner facilement la Maison et le Village, on y voyait aussi affichées des chansons illustrées en couleurs à la manière d’Epinal avec des paroles gaies, drôles, plus curieuses que les stupidités de Dranem ou les gourderies de Polin.

La Maison de tous était fort intéressante, les visiteurs s’y rendaient en foule et la cohue en empêchait l’entrée; c’est là une indication qui nous montre que M. Agache avait fait quelque chose allant au cœur de nos provinciaux, et, beaucoup doivent se dire : « Si nous avions une Maison comme celle-là dans notre village, nous serions heureux et satisfaits. »
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