Le pavillon Britanique

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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Le pavillon Britanique

Message par worldfairs » 30 juil. 2018 12:55 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 22 novembre 1925

Le Pavillon britannique qui s’élève au Cours-la-Reine au débouché du pont Alexandre-III, près le Pavillon d’Italie, contraste étrangement avec ce dernier. Il montre que les Italiens sont restés, comme nous l’écrivions, attachés jusqu’à ce jour aux classiques et que les Britanniques, au contraire, rompant avec toutes les traditions, se sont lancés vers une architecture nouvelle.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - Le pavillon Britanique - Le pavillon Britannique - Façade et porte principale - britannique.jpg
Le pavillon Britannique - Façade et porte principale

Comme pour le Pavillon italien, Il a été beaucoup écrit sur le Pavillon britannique, on a même écrit des énormités, comme nous le verrons plus loin.

Le catalogue de la Section britannique nous indique que ce Pavillon a été construit d’après les plans et dessins de MM. Easton et Robertson, de Londres, heureux candidats d'un concours organisé, à cet effet par le Département du Commerce d’outre-mer britannique, d’autre part, l’assesseur M. Goodhart-Rendel a été désigné par l’Institut royal des Architectes britanniques et sa décision a été l’objet de l’approbation de la Commission des Beaux-Arts de création récente.

Nous sommes d’autant plus étonné de cette conception nouvelle que l’architecte Robertson a fait une grande partie de ses études à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris et qu’il a composé des œuvres charmantes.

Par son ensemble extérieur, la forme du Pavillon britannique nous rappelle l’aspect extérieur d’une église, il en a l’entrée et même le clocher. A ce propos, qu’il nous soit permis de citer l’avis d’un critique d’un grand périodique français sur le Pavillon britannique : « Nous le proposons comme modèle à qui voudrait construire un casino. Ce n’est pas le moindre étonnement que suscite ce spectacle de l’Exposition que de voir côte à côte deux pavillons qui paraissent bien peu ressembler au génie des deux nations qui les construisirent : le Pavillon de la sage Angleterre, si profondément attachée à son passé artistique, participe d’un casino ou d’un bar d’une station balnéaire et celui de l’Italie, patrie du futurisme et des a audaces esthétiques, est un compendium de tous les classiques périmés. »

Paris 1925 - Architecture, pavillons - Le pavillon Britanique - Le pavillon Britannique - Vue d'ensemble - britannique1.jpg
Le pavillon Britannique - Vue d'ensemble

Ainsi ce critique d’architecture ignore que les Italiens vont excessivement lentement. Il nous parle des futuristes en Italie, il en ignore certainement le nombre et l’importance. Il ignore aussi dans son article que les Anglais ont créé le « Modem Style », qui est un art moderne, il y a plus de vingt ans.

L’ensemble du Pavillon britannique est composé de quatre parties unies entre elles; de l’extérieur il est aisé de se rendre compte de la destination de chacune.

D’abord une grande partie haute, sur un plan presque carré contenant le hall d’entrée avec une avancée dans laquelle s’ouvre l’entrée principale.

Puis une longue partie plus basse et plus étroite contenant les stands d’exposition ouverts sur les côtés d’une longue galerie médiane.

Ensuite une haute partie, sur un plan carré, la plus haute de l’édifice pour former un grand hall réservé à l’Art religieux qui est fort important dans l’Empire britannique.
Et enfin une autre partie, la plus basse du Pavillon, rectangulaire, avec deux pans pour terminer l’édifice, contenant les bureaux, les offices, comme on dit en Angleterre, communiquant par deux portes symétriques avec le bail réservé à l’Art religieux et ayant, aussi une entrée sur chacun de ses côtés par laquelle on peut accéder sans passer par les salles d’exposition.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - Le pavillon Britanique - Le pavillon Britannique - Tapisserie "Service et Sacrifice" de A. K. Lawrence - britannique2.jpg
Le pavillon Britannique - Tapisserie "Service et Sacrifice" de A. K. Lawrence

Nous avons rarement vu un plan, aussi pratique pour une exposition. Il a certainement été inspiré par le plan d’une église : le Hall d’entrée peut servir de nartex et recevoir la tribune et les orgues, la galerie réservée aux stands peut former la nef, le Hall de l’art religieux permet d’aménager le chœur, les bureaux d’installer la sacristie. Le grand Hall de l’art religieux est d’ailleurs surmonté par une Tour qui pourrait servir de chœur et sa girouette serait aisément remplacée par une croix.

La photographie d’ensemble que nous donnons permet de se rendre compte de l’architecture du Pavillon Britannique.

La partie avant qui contient le Hall d’entrée a ses angles arrondis, elle est de ton crème comme tout l’ensemble, cette partie haute se complète par une avancée contenant une niche de forme élancée, formée par un grand ébrasement au fond de laquelle est la porte d’entrée principale. Cette avancée plus haute que la partie contenant le Hall est obtenue par quatre décrochements latéraux avec arrondis et couronnée par un motif qui tient plus de la couronne que du fronton, ce n’est pas cependant une couronne mais, presque une palissade de couleur marron faite de parties plates pointues comme des épieux alternées avec d’autres parties non pointues de même couleur mais en légère saillie. Une moulure composée de deux bourrelets superposés lie ce motif à la partie supérieure de l’avancée ; cette moulure est marron, rompue de distance en distance par un élément en saillie de même profil que la moulure contre cette haute avancée, contre cette sorte de porte monumentale, d’arc de triomphe accoté au pavillon s’appuient en arrière deux contreforts modernes ornementés qui ont pour but de cacher l’arrière de cette partie plus haute.

Les façades de la partie contenant le Hall d’entrée sont surmontées d’une gorge prenant naissance en haut et en arrière du nu des parements, gorge ornée d’une enluminure de tons ocre jaune, rouge et noir, cette enluminure est complétée par d’autres enluminures peintes sur les parements en tons violents qui contrastent avec celles décorant la partie haute de l’avancée.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - Le pavillon Britanique - Le pavillon Britannique - Un stand : pièces et meubles rustiques - britannique3.jpg
Le pavillon Britannique - Un stand : pièces et meubles rustiques

Chaque façade latérale de la partie contenant le Hall d'entrée est ornée par une niche de peu de profondeur, au fond de couleur jaune sur lequel se détachent des bandeaux plats de peu de saillie du même ton plus foncé qui s’élèvent verticalement pour s’épanouir autour de la partie supérieure. Celle niche est protégée par un auvent qui en épouse la forme avec plus de saillie en haut que sur ses côtés, la tranche de cet auvent est bordée par une cannelure colorée qui descend en s’amincissant pour finir sur le soubassement. Les tableaux de la niche sont peints en outremer. Le dessous de l’auvent est une gorge dorée décorée par une ligne d’écailles rondes d’or bordant la niche tranchant sur de grandes écailles de ton outremer qui se détachent sur une rangée de grosses écailles vertes ; cette décoration polychrome, non en relief, peinte, est d’autant plus comparable à de l’enluminure que les écailles sont éclairées par des touches de blanc comme les ornements des missels du moyen-âge. Chaque niche est flanquée de chaque côté d’un mât couleur rouge cerise qui s’amincit vers le haut et porte une boule garnie de pointes formant paratonnerre.

Le soubassement de cette partie contenant le Hall d’entrée et celui de la partie avancée sont bordés par une ligne de postes (de chiens courants) verts bordés d’un filet noir peints sur le parement des façades.
La porte d’entrée est aussi assez compliquée, l’ébrasement très large, très biais est jaune, orné de onze motifs de forme ovale, encadrés dans un filet en saillie doré, ornés par les attributs des arts et des métiers se détachant sur un fond de couleur turquoise. La niche formée par cet ébrasement est couronnée des armes de l’Empire britannique, sculptées, peintes et rehaussées d’or. La porte est surmontée d’un auvent traité en dais horizontal, mince, de très petite saillie, en bois peint en blanc, rehaussé de lignes sinueuses vert véronèse ; ce dais est soutenu par deux bois inclinés, argentés et terminés par un fer de lance. L’imposte est protégée par une grille losangée dorée.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - Le pavillon Britanique - Le pavillon Britannique - Hall d'entrée et galeries des stands - britannique4.jpg
Le pavillon Britannique - Hall d'entrée et galeries des stands

Les niches latérales sont décorées de sculptures, c’est à droite un long montant en bois peint ornementé de sculptures dorées supportant une statuette très petite, de pur cubisme, à gauche une statue grandeur nature représentant une femme toute dorée, vêtue d’une robe si mince qu'elle paraît nue, qui s’abrite sous des feuilles cubistes vert Véronèse et bleu d’outremer.

Cette simple énumération que nous ne pouvons prolonger pour toutes les parties extérieures du pavillon suffira à montrer combien lu décoration extérieure est particulièrement bizarre.

La longue partie contenant les stands est éclairée par quatre fenêtres s’ouvrant du côté Seine. Ces fenêtres méritent d’être décrites car elles sont d’une conception essentiellement originale tout montrera jusqu’à quel point peut atteindre un architecte voulant faire du nouveau. Ce sont de grandes fenêtres à la partie supérieure, aux linteaux de forme un peu concave. Les tableaux sont couleur rouge cerise, leurs arêtes sont occupées sur presque toute leur hauteur par une sorte de pilastre très plat, bleu vert, soutenant un arbuste peint sur le parement, au droit de l’arbuste pointe le trumeau à son arête normale ; la fenêtre se trouve ainsi décorée sur ses côtés par une partie plate arrondie (presque un pilastre) et par un arbuste peint sur le trumeau. On peut donc dire que les auteurs ont rompu avec toutes les traditions de l’architecture, mais l’originalité extrême n’étant pas encore atteinte, ils y sont parvenus en plaçant dans chaque fenêtre contre les petits bois une étrange chose en bois, toute nouvelle et n’ayant aucune dénomination en architecture. Pour nous faire mieux comprendre, nous dirons que c’est un portique en bois occupant toute l’ouverture de la fenêtre. De chaque côté de celle-ci, à quatre-vingts centimètres en bas du linteau un bois est planté dans le tableau et a une longueur d’environ trente-cinq centimètres ; de l’extrémité de chacun de ces bois plantés horizontalement descend, jusqu’à l’appui, un long élément sinueux en bois, un montant ondulé, les bois 2rlantés horizontalement sont reliés entre eux par un fronton découpé; tout cet ensemble bizarre est de ton rouge cerise tranchant sur les petits bois dorés des croisées.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - Le pavillon Britanique - Le restaurant Britannique - britannique5.jpg
Le restaurant Britannique

Les appuis des fenêtres sont de très faible épaisseur, moulurés et de ton bleu vert.

La partie contenant le grand hall réservé à l’art religieux est couverte en terrasse ; du centre de cette terrasse s’élève un clocheton entièrement vitré sur un plan bizarre, déterminé par un carré auquel on enlèverait les angles par un grand quart de rond. Ce clocheton entièrement vitré est couvert par un dôme octogonal à quatre petits pans de couleur verte, pointu, surmonté d’un vaisseau jaune à toutes voiles dehors dorées formant girouette, rappelant la suprématie de la marine britannique.

L’intérieur de l’édifice est d’une décoration très sobre. La Galerie sur laquelle s’ouvrent les stands est surmontée d’un plafond formé par quatre pans longitudinaux décorés par un diapré de couleur rouge saturne inspiré des diaprés des fonds de miniatures des missels du moyen-âge.

Le Pavillon britannique n’abritait qu’un certain nombre d’œuvres d’art choisies par les meilleures figurant à l’exposition ou prêtées par des collectionneurs particuliers parmi lesquels figuraient S. A. R. le Prince de Galles et la Princesse Marie.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - Le pavillon Britanique - La salle du restaurant britannique - britannique6.jpg
La salle du restaurant britannique

Ne pouvant donner la description des œuvres les plus remarquables nous signalerons la belle tapisserie de A.K. Lawrence, frise allégorique portant comme légende « Service et Sacrifice » et représentant le service des femmes et le sacrifice des hommes pendant la guerre. L'auteur, pour cette frise, a obtenu en 1914 le prix de Rome. Elle est reproduite en frontispice de cette monographie.

Nous mentionnerons aussi la magnifique sculpture du a Monument funéraire de l’Evêque Ephinstone », par Henry Wilson.

Les ensembles mobiliers étaient d’une composition trop sobre, mais d’une très bonne exécution, la décoration proprement dite des stands nous a paru trop sévère. Nous donnons la vue de l’un de ces intérieurs et ensembles mobiliers.

Les auteurs de l’architecture du Pavillon britannique reconnaîtront peut-être le bien fondé de notre critique. Nous préférons le Restaurant Britannique, dû aussi aux mêmes architectes, MM. Easton et Robertson, parce que sa construction provisoire répondait bien à sa destination, les services de cuisine étaient admirablement aménagés el pouvaient servir d’exemple aux architectes. La Salle du Restaurant, dont nous reproduisons une photographie, conçue dans une note simple et élégante, était particulièrement gaie et agréable grâce aux baies s’ouvrant sur les rives de la Seine sur le point le plus animé, le mieux décoré du fleuve.

M. Maurice Chatenay, architecte parisien de l’Ambassade britannique, a dirigé les travaux de construction du Pavillon et du Restaurant avec son activité et son amabilité coutumières ; avec de bons plans il construit, comme on l’a vu, selon la nouvelle architecture anglaise, pourvu qu’il ne devienne pas trop anglais !... Nous n’en avons nulle crainte parce que c’est, au contraire, le Secrétaire général, Major Keatinge, D.S.O., qui semble être devenu un Parisien. L’aimable Major paraît tout heureux de se trouver à Paris et si nous allions lui annoncer la réouverture de l’Exposition pour 1926, il pousserait certainement un joyeux : « All right ».
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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