Glacières artificielles - Appareils Toselli

Paris 1867 - Inventions, novelties and means of transport
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6498
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Glacières artificielles - Appareils Toselli

Message par worldfairs » 26 juil. 2018 01:11 pm

Article tiré de "L'exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Inventions, nouveautés et moyens de transport - Glacières artificielles - Appareils Toselli - glacieresartificielles.jpg

Les appareils pour fabriquer de la glace ont le don d’attirer vivement l’attention des visiteurs à l’Exposition. La glace n’est pas seulement agréable à l’homme bien portant et altéré : elle est souvent essentielle à l’homme malade; et la difficulté de s’en procurer dans un cas urgent est un des grands soucis de la médecine. En dehors des grandes villes, comment se procurer de la glace, dans des villages, dans les ambulances, par exemple? Ce qui était impossible hier, est devenu facile aujourd’hui, sans trop de frais.

L’invention de la glace artificielle est donc un grand service rendu à l’humanité.

Nous devons à la chimie de pouvoir renverser les lois physiques qui rendent solidaires le froid atmosphérique et la formation de la glace, puisque c’est par elle que nous arrivons à produire la congélation des liquides au milieu d’une température ambiante de 20 à 30 degrés.

C’est avec de nouveaux perfectionnements à cette découverte que M. Toselli a composé son exposition de glacières artificielles.

Or c’est peu que de produire de la glace, il faut encore la produire facilement et à bon compte : c’est ce dont s’est préoccupé et c’est ce qu’a trouvé M. Toselli.

Il y a surtout, dans la fabrication artificielle de la glace, à éviter l’emploi de certaines matières dangereuses ou d’acides à émanations désagréables. Je sais bien qu’il faut des agents puissants pour congeler l’eau, car il faut qu’elle absorbe bien moins de calorique pour arriver à 0 que pour passer de 0 à l’état solide; chaque fois que l’on produit un kilogramme de glace, c’est 80 calories qu’il faut faire perdre à l’eau en sus de celles qu’il lui a fallu perdre pour descendre à 0. Il est clair qu’il faut pour en arriver là employer des moyens énergiques, c’est-à-dire des agents chimiques qui, ayant l’un pour l’autre une affinité puissante, fassent naître une réaction donnant naissance à un grand abaissement de température.

Toutes les opérations chimiques entraînent la production de vapeurs plus ou moins agréables, et attaquant plus ou moins les objets qu’elles atteignent.

Les mélanges les plus ordinaires sont composés d’acide chlorhydrique et de sulfate de soude cristallisé, ou d’acide azotique et de phosphate de soude; ce dernier produit un abaissement de température de + 10° à - 29°. Mais il ronge les appareils et oblige à employer des matières insensibles à l’action des acides, c’est à dire des poteries ou du verre, ce qui rend les récipients fragiles ou d’une fabrication coûteuse.

Dans la fabrication en grand de la glace artificielle, on n’a pas à se préoccuper de ces difficultés; on emploie pour activer les évaporations, source du froid, le feu et les moyens les plus compliqués. Il n’en est pas de même dans la fabrication domestique, pour laquelle il faut éviter jusqu’au moindre inconvénient, car quand on veut chez soi, sans dérangement, se donner le plaisir de glacer les sorbets, quand, à la campagne surtout, où les glacières n’abondent pas, on veut fabriquer de la glace, il faut pouvoir disposer d’un appareil simple et pratique en même temps.

Or, en mettant à la portée des familles un moyen facile et puissant de congélation, l’exposant, dont notre gravure représente la vitrine, a résolu un problème qui intéresse au double point de vue de l’agrément et de la santé, la consommation générale.

Voici les simplifications et les perfectionnements introduits par cet inventeur : il existe un grand nombre de mélanges réfrigérants, mais tous ont leur inconvénient pratique. Ici, c’est un acide rongeant les appareils ; là des émanations capables d’influer désagréablement sur les sirops délicieux que l’on veut réduire en sorbets et en glaces.

M. Toselli se sert d’un mélange inoffensif composé de sel ammoniac et de sous-carbonate de soude, mais tout inoffensif qu’est ce mélange, il fallait user de certaines précautions. Il fallait surtout trouver une fermeture hermétique dont les orifices fussent indépendants l’un de l’autre, c’est-à-dire arriver à ce que le côté par lequel on introduit le liquide à congeler n’ait aucune communication avec celui qui reçoit le mélange chimique.

Le cylindre tournant sur un axe horizontal, adopté par M. Toselli, a résolu parfaitement le problème. En effet, le mouvement favorisé par cette disposition, permet de stratifier les liquides en multipliant leurs couches réfrigérantes près des couches à refroidir, ce qui produit une congélation d’une promptitude extraordinaire : on conçoit facilement aussi que le liquide à congeler étant obligé de présenter successivement des couches plus minces, plus nombreuses, abandonne plus rapidement son calorique latent, tandis que le mélange réfrigérant étant forcé de se renverser pour retomber ensuite dans lui-même, dissout plus aisément les sels et agit sans perte d’aucune des phases du travail utile ; douze ou quinze minutes suffirent à l’appareil Toselli pour faire ce que d’autres appareils anciens faisaient en une heure.

Voici, du reste, en quels termes M. l’abbé Moigno, dont le nom fait autorité en matière d’inventions utiles, apprécie les appareils de M. Toselli :
« En réalité, rien de plus difficile à produire artificiellement que le froid et la glace, et c’est à peine si, après vingt années de recherches et d’expériences, après des sommes énormes dépensées, nous entrons en possession de glacières véritablement pratiques. Or, une grande partie de l’honneur de la production facile et économique de la glace sur petite ou sur grande échelle, revient à Toselli. »

Dans les grandes chaleurs de l’été, le public sera-t-il attire par la vitrine de M. Toselli dans l’espérance de voir fabriquer ce précieux desideratum du visiteur qui se hasardera au Palais par la saison torride ?

Je crois que notre exposant n’a pas compté sur cet attrait, se basant sur notre caractère, qui a cela de commun avec l’alouette, qu’il se laisse attirer par les miroirs brillants, et en même temps pour faire pièce à la Commission impériale, qui ne lui a donné qu’un mêtre de vitrine, M. Toselli, évoquant à propos tous les démons de la kaléïdoscopie, a très ingénieusement quadruplé l’espace et le ombre des objets exposés, de sorte que cette petite vitrine résume deux prodiges de la science moderne : la solidification à vue d’un liquide, et le contenant plus petit que le contenu.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1867 - Inventions, nouveautés et moyens de transport »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité