Les machines de MM. Powel de Rouen

Paris 1867 - Inventions, novelties and means of transport
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6779
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Les machines de MM. Powel de Rouen

Message par worldfairs » 24 juil. 2018 01:14 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

machinepowel.jpg

L’Angleterre nous a pris nos artistes, nous lui avons demandé ses ingénieurs; plusieurs constructeurs qui, il y a une trentaine d’années, étaient venus monter en France des machines à vapeur se sont fixés dans notre pays et y ont fait souche de manufacturiers. MM. Powel, malgré leur nom britannique, sont Français, fils d’un Anglais ils sont enfants de la terre normande qui autrefois a jeté sur la Grande Bretagne des conquérants et des rois, et qui maintenant en reçoit des fabricants et des ingénieurs. C’est se venger avec magnanimité.

Dans le monde entier, on peut le dire, c’est la race anglaise qui organise les diverses applications des machines à vapeur, ces machines que quatre Français, Salomon de Caux, Denis Papin, Cugnot et le marquis de Jouffroy, avaient inventées.

MM. Thomas Powel fils et cousin soutiennent l’ancienne réputation du fondateur de leur maison. A l’Exposition, le premier secteur leur a été dévolu. C’est à leur habileté que l’on a confié la mise en mouvement des machines ingénieuses qui fabriquent les tissus exposés dans la quatrième galerie, depuis les rouets qui filent le coton ou la laine, jusqu’aux métiers qui tissent les étoffes élégantes et à bas prix, recherchées aujourd’hui par toutes les classes de la société.
Les Mercier de Louviers, les Berthelot de Troyes, les Schlumberger de Mulhouse et cent autres grands industriels ont confié leur fortune à MM. Powel, dont les machines n’ont jamais failli à la tâche qui leur était imposée.

A 70 mètres environ du Palais, entre les allées de Bretagne et de Champagne, s’élève le bâtiment occupé par la chaudière de ces constructeurs. C’est un des neuf bâtiments semblables, surmontés de cheminées hautes de trente mètres qui entourent le Palais et distribuent la vapeur sur toute sa circonférence. Chacun de ces bâtiments, comme on le sait, est occupé par un ou plusieurs constructeurs différents. Celui qui est consacré à MM. Powel est le plus rapproché de la grande avenue.

Leur chaudière se compose d’un énorme cylindre de deux mètres de diamètre et huit de longueur. Au sein du générateur, entièrement entourés par l’eau dans laquelle ils sont plongés, se trouvent deux foyers dont l’axe de chacun est occupé par un bouilleur également rempli d’eau, de sorte que la flamme forme une sorte d’anneau dont l’extérieur et l’intérieur sont également remplis par le liquide séparé de la flamme par la paroi de tôle de la chaudière.

Les gaz de la combustion, encore très-chauds, ne sont point perdus, ils font deux fois en dessous et à l’extérieur le tour de la chaudière, dont ils parcourent ainsi en tout trois fois la longueur (dont une fois dans l’intérieur) avant de se rendre à la cheminée.

Un des avantages les plus précieux de ce système de générateur est de pouvoir brûler les plus mauvaises houilles sans presque produire de fumée. On sait aujourd’hui que brûler la fumée est un problème peut-être impossible à résoudre complètement; mais on sait aussi qu’on peut l’empêcher de se produire par une combustion complète du charbon. Il faut pour cela que l’air se mêle intimement à la flamme et que sa température soit suffisamment élevée. La première de ces conditions est remplie par le bouilleur qui forme l’obstacle et, par l'étranglement qu'il détermine, aide au mélange et au tirage; la seconde, par le système d'introduction de l’air dans les foyers; le fluide traverse les portes qui forment une sorte de boîte de tôle percée de trous inégaux et différemment disposés sur chaque face, et il acquiert dans cet espace clos la haute température de la tôle rougie.

Les derniers progrès ont tous été appliqués aux accessoires de la chaudière. Elle est alimentée par l’injecteur Giffard, et le niveau de l’eau est marqué par l’ingénieux indicateur magnétique composé d’un flotteur qui porte un aimant dont l’attraction fait glisser sous les yeux du chauffeur un petit barreau d’acier indiquant par ses mouvements tous les changements de niveau de la surface liquide.

Maintenant que nous savons comment la vapeur se produit, visitons la machine où elle exerce son action.

La machine de MM. Powel est double, c’est-à-dire composée de deux machines identiques agissant ensemble sur un seul volant denté de 5m,60 de diamètre qui engrène avec un pignon à dents de bois dur qui commande à son tour les poulies mettant en mouvement, par l’intermédiaire des courroies, l’arbre de couche dont la longueur dépasse 50 mètres.

Les deux machines représentent ensemble une force de 60 chevaux nominaux pouvant développer une force effective double, ce qui est un rendement sinon remarquable du moins très-satisfaisant. L’avantage particulier de ces machines jumelles est de permettre les réparations sans arrêter tout travail, puisqu’on peut se servir d’une machine pendant qu’on répare l’autre.

La machine Powel est une des très-rares machines verticales à balancier de l’Exposition. Les conditions particulières dans lesquelles on se trouvait, ont donné lieu à une modification intéressante du mode ordinaire de support du balancier, qui consiste à en appuyer l’axe sur des murs latéraux. N’ayant pas de murs à leur disposition au Champ de Mars, MM. Powel ont fait porteries paliers du balancier sur des colonnes creuses, et il est à croire que ce procédé de construction sera dorénavant assez fréquemment employé.

La machine est construite dans le système qui porte le nom de Woolf son inventeur. Nous allons tenter d’en faire connaître le mécanisme.

Elle se compose (pour chacune des deux machines jumelles, bien entendu) de deux cylindres. Après avoir circulé entre une chemise métallique et les cylindres, ce qui les empêche de se refroidir, la vapeur pénètre dans le plus petit des cylindres et y agit directement ; de là le jeu du tiroir la fait passer dans un second cylindre plus grand où elle se détend comme un ressort, ajoutant une certaine somme de force à celle de la vapeur arrivant de la chaudière. De ce dernier cylindre la vapeur passe dans un vase où elle est condensée par une pluie d’eau froide, ce qui a fait donner à cet organe le nom de condenseur. Une pompe attelée au balancier, vide ce condenseur de l’eau et de l’air échappé de l’eau qui tendent à le remplir. A l’Exposition cette eau échauffée par la vapeur est perdue, mais d’ordinaire on s’en sert pour alimenter la chaudière.
Malgré cette circonstance, elle ne consomme pas plus d’un kilogramme et demi de charbon par heure pour produire une force d’un cheval (c’est à dire la force nécessaire pour élever 75 kilogrammes par seconde à un mètre de hauteur). Enfin, par kilogramme de charbon brûlé la chaudière vaporise sept litres et demi d’eau.

Terminons en disant que la bonne disposition de la machine la rend facile à surveiller et à entretenir, et lui donne le cachet de grandeur qui ennoblit ces puissants engins de l’industrie.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1867 - Inventions, nouveautés et moyens de transport »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité