Les galeries des marbres

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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Les galeries des marbres

Message par worldfairs » 18 juil. 2018 09:29 am

Article de la revue "La construction moderne" du 8 novembre 1925

Les longues galeries bordant de chaque côté l’Esplanade des Invalides, situées entre « les Tours de Plumet » et réservées à l’exposition des Stands des Ensembles mobiliers sont bordées elles-mêmes par une galerie-préau très fréquentée par les visiteurs et qui se prolonge par un grand passage couvert, en grand quart de rond, qui la raccorde au bâtiment contenant les appartements de l’Ambassade et la Cour des Métiers.

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Galerie des marbres - Panneaux céramique et mosaïque

Ces galeries non dénommées officiellement, sont désignées par les Visiteurs sous le nom de « Galeries des Marbres » parce que leur auteur M. Charles Plumet, architecte en chef de l’Exposition, a utilisé le parement des Galeries des Mobiliers pour exposer les marbres de la Chambre Syndicale des Marbriers de France, celle agréable utilisation a ainsi conduit à se servir de ce parement, sur la galerie côté de la rue Constantine, pour l’exposition de revêtements de céramiques qui ont été présentés par des encadrements de fenêtres octogonales ou de portes d’accès aux Galeries. On a confié à la Maison Biret la décoration en mosaïque sur onze travées et à la Maison Gentil et Bourdel la décoration sur treize travées.

La Maison Biret présente des mosaïques intéressantes se rapprochant des mosaïques habituelles avec des décorations nouvelles, tandis que la Maison Gentil et Bourdet a exécuté, en outre, des encadrements de portes en carreaux de grès cérame plats ou à forts reliefs.

Il y a là un très remarquable effort et il nous a paru impossible d’en parler sans entrer dans les détails, parce que cette mosaïque est quelque peu nouvelle, impressionnante, et ses carreaux de grès cérame d’un caractère tout à fait particulier.

Les éléments de décoration employés par cette maison sont tellement différents par la forme, le volume et le rapport d’échelle, leur façon de faire jouer ces éléments dans le ciment qui remplit aussi un rôle décoratif est tellement particulier, qu’il faudrait un autre nom que celui de « mosaïques » pour désigner ces revêtements, mais il reste à trouver.

Ces mosaïques spéciales associent agréablement au grès mat ou brillant les émaux de Venise, l’or, la pâte de verre, le marbre. Elles se caractérisent par la disposition des joints qui laissent au ciment apparent ou teinté un rôle décoratif et permet aux éléments employés de jouer à la fois par les rapports d’échelles, des grands morceaux moulés rompent la monotonie, des grands motifs en relief agrémentent les surfaces.


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Galerie des marbres - Panneaux mosaïques

Quand on a eu l’avantage d’entendre un artiste tel que M. Bourdel s’exprimer sur la composition d’une mosaïque, sur l’harmonie et le contraste de ses éléments, sur leurs échelles on comprend qu’il convient à l’architecte, même au plus habile architecte de laisser à ces artistes le soin de composer eux-mêmes la décoration, car c’est un métier véritable, long à connaître et ceux qui n’en comprendront pas la nécessité s’exposeront à faire exécuter par leur mosaïste des énormités, des fautes inadmissibles, pour un critique quelque peu initié.

Après avoir passé l’inspection, pouvons-nous écrire, de cette Maison, il nous a semblé également très intéressant pour nos lecteurs d’aller faire une visite à la Maison Dervillé et Cie. En l’absence de M. Stéphane Dervillé, Président du Jury International des Récompenses, nous avons été reçu par l’aimable directeur de cette Maison qui a tenu à nous donner quelques explications sur les marbres et à nous montrer les manières de les travailler.

M. Stéphane Dervillé, Membre du Conseil de l’Ordre de la Légion d’honneur, Président du Conseil d’administration de la Compagnie des Chemins de fer P.L.M. et du Comité de Direction des Grands Réseaux Français, vient de mourir avant d’avoir pu assister à la consécration finale et solennelle du succès de l’Exposition des Arts décoratifs à laquelle il avait apporté, malgré son grand âge, un concours dévoué et son activité habituelle. Il y a quelques mois, M. Roger Bouvard, architecte en chef de la Ville de Paris, nous faisait remarquer qu’il n'avait pu réaliser le Pavillon de la Ville à l’Exposition que grâce à l’appui et au désintéressement de cet homme de bien qui lui avait fourni gratuitement tout le marbre nécessaire à la grande frise de Sienne, faune qui couronne ce beau pavillon. La Maison Dervillé n’a d’ailleurs pas limité à ce beau geste sa participation désintéressée à l’Exposition, elle a fourni encore à titre gracieux les marbres de « la Maîtrise », ceux des Galeries des Invalides dont nous entretenons nos lecteurs, le dallage du Club des Architectes de Tournon, la margelle de la Fontaine des nénuphars de Laprade, les marbres de l’Entrée du Pavillon des Arts appliqués de Ch.-H. Besnard et H. Haubold, ceux de la Chambre syndicale des Marbreries de Paris, au Vestibule des ensembles mobiliers par Selmersheim (pour ce dernier, seul le marbre a été fourni brut, pour les autres il a été fourni, terminé et posé), c’est là pour la maison Dervillé une dépense d’un million.

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Galerie des marbres - Panneaux mosaïques spéciales

Les carrières de la Maison Dervillé et Cie sont en France, en Belgique, en Algérie et surtout en Italie.

En France, les carrières des Alpes fournissent les marbres verts, la région de Marseille les marbres jaunes veinés de rouge, les Pyrénées toutes les tonalités dans les verts. En Belgique, ses carrières donnent le marbre rouge royal, celles d’Algérie les marbres dans les couleurs jaunes et roses, tandis que celles d’Italie fournissent le blanc clair dit « blanc clair de l’Administration » parce qu’autrefois ces carrières appartenaient à la Ville de Carrare.

Pour les Galeries de l’Esplanade, qui font l’objet de cet article, la Maison Dervillé a fourni 2.000 mètres carrés de marbre nécessaires au revêtement des parements et des pilastres.

Notre visite aux Ateliers du Quai de Jemmapes, nous a particulièrement intéressés. Les marbres sont débités en plateaux par des châssis pouvant recevoir jusqu’à 35 lames à l’aide de poudre de grès et d’eau ou par un fil d’acier d’environ 5 millimètres de diamètre avec rainure hélicoïdale toujours avec du grès et de l’eau. Ce fil est d’une très grande longueur, pouvant atteindre jusqu’à un kilomètre. A l’Usine du Quai de Jemmapes, le fil contourne les bâtiments pour arriver sur des poulies jusqu’à un dispositif spécial. Le fil est d’une très grande longueur, le plus long possible, pour s’user moins facilement, le sciage du marbre est plus rapide par ce procédé que par celui des lames.

Le façonnage est obtenu par des matériaux pneumatiques à mains qui actionnent des ciseaux de formes diverses à biseaux droits ou dentelés.

Le polissage se fait à la main ou à l'aide de machines de différents types.

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Galerie des marbres - Panneaux mosaïques spéciales

Puisque nous parlons des marbres à l’Exposition, il est intéressant de faire remarquer que les Colonnes du Pavillon de « la Maîtrise » des Galeries ont été façonnées d’une manière spéciale. Ces Colonnes de 5 m. 27 de hauteur en marbre blanc auraient pesé, massives, 15.000 kilogs; chacune aurait coûté environ 12.000 francs au moment de leur fabrication. Pour faciliter le travail de façonnage des longs godrons, des montants demi-cylindriques qui les décorent, on a employé une colonne en ciment armé qui a été revêtue de marbre blanc. Ce marbre a d’abord été débité en autant de morceaux longs et de sections rectangulaires qui ont
été façonnés suivante la coupe des godrons, puis assemblés autour de la colonne en ciment, sans que l’on puisse soupçonner cet assemblage par suite de filets rainés qui les séparent. Le marbre étant blanc à très minces veinures, il a suffi de réunir les morceaux de manière à ce que celles-ci ne présentent pas des lignes interrompues d’un effet trop visible.

Les Galeries des Marbrés ont chacune 186 mètres de longueur sans compter les parties rondes les raccordant au Bâtiment de la Cour des Métiers, elles ont 4 m. 25 de large.

La galerie située du côté de la rue Constantine a ses parements entièrement revêtus de marbres, c’est celle reproduite par nos planches, les pilastres carrés sont de marbre rouge. Les panneaux de marbre ont été sciés deux à deux et les faces intérieures retournées et assemblées de manière à présenter des morceaux symétriques réunis pour former des ornements comme les « loupes de bois » d’un meuble. Le sol est constitué par des carreaux d’un type nouveau de la Manufacture Douzies-Maubeuge formant des tapis de dessins différents obtenus par les mêmes carreaux ornementés d’éléments semblables, mais disposés de manières différentes.

Un panneau de volutes posées sur un damier de petits carreaux gros bleu foncé et de petits carreaux de ton bleu azur ornés d’une croix marron ayant en leur centre un carré d’or. Les volutes sont de ton grès jaune, enrichies de pastilles blanches sans saillies, rehaussées de filets gris plus foncé; elles sont entourées par de grandes écailles d’or, bordées d’un filet gris, qui les terminent en grandes formes arrondies. De ces volutes partent d’autres volutes plus petites, de ton bleu turquoise entourées aussi de filets gris. En haut des grecques complètent la décoration avec des volutes plus compliquées encore. Comme dans toutes les mosaïques de ces artistes décorateurs et céramistes, les éléments varient dans leur nature et leur grandeur, les tons brillants s’opposent aux parties mates.

Un panneau de grandes veines ornementées, sur fond d’or où Gentil et Bourdel ont employé de grands motifs blancs moulés (des coeurs, des feuilles, etc.), coupés ensuite pour former mosaïque, où les éléments sont extrêmement variés de formes et de couleurs, où des disques blancs ou foncés, des carrés de différentes grandeurs agrémentent les veines. Dans les mosaïques de Ravenne, capitale de l’ancien empire d'Occident sous Honorius, on remarque ainsi de grands morceaux taillés; la technique moderne permet de les obtenir plus beaux et plus réguliers.

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Galerie des marbres - paonsmosaiques

Un panneau de paons exécuté aussi avec des grands morceaux. Les oiseaux sont gris avec de grandes parties blanches sur un fond d’or orné de motifs élégamment composés, la surface est agrémentée de perles blanches en saillie posées en lignes verticales.

Les encadrements des portes sont en carreaux de grès cérames plats ou en relief, ce sont quelquefois d’énormes cabochons modernes aux tons étranges et plaisants.

La galerie symétrique à celle-ci et située du côté de la rue Fabert a ses parements revêtus par un soubassement et des encadrements de portes et de fenêtres en marbres variés et par un crépi peigné de ton chocolat; ce crépi est entouré par une bande de bronze posé à la brosse et qui paraît ainsi en « peigné ».

Partout sont les noms des maisons qui ont collaboré à ces revêtements de marbres et il serait trop long de les énumérer, le Catalogue de l’Exposition est incomplet sur ce point.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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