La mairie du village

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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La mairie du village

Message par worldfairs » 17 juil. 2018 03:55 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 8 novembre 1925

Nous présentons aujourd’hui « la Mairie du village », due à M. Hector Guimard. Nous ne continuerons pas à dire « Monsieur Guimard », cela sonne mal à l’oreille car on dit généralement à Guimard ». Quand on désigne ainsi un homme, c’est qu’il a déjà acquis une certaine réputation et en effet Hector Guimard est un des hommes de notre époque qui a eu son heure de célébrité; on dit encore : c’est du « Guimard », le style Guimard était une appellation courante il y a quelques années.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La mairie du village - Mairie du village - Façade principale - mairievillagefacadeprincipale.jpg
Mairie du village - Façade principale

Il conviendrait que nous puissions nous étendre sur l’œuvre de cet architecte, l’abondance des matières, au cours de l’Exposition, nous oblige à le faire plus tard, au moment des critiques qui ne manqueront pas d’être formulées dans quelques mois — elles se dessinent déjà — sur les idées apportées dans l’architecture et dans l’art par l'Exposition des Arts décoratifs. Hector Guimard a été le créateur d’un art moderne, il y a trente ans déjà — comme le temps passe vile ! — que l’on a appelé « l’Art nouveau », beaucoup de nous l’ont connu. Guimard a fait, en 1895, le Castel Béranger qui a plu beaucoup, en 1900 sa réputation était grande et la Compagnie du Métropolitain adoptait ses grilles; les nouvelles grilles sont plus modernes et quand on examine deux photographies reproduisant ces deux types on trouve que ces dernières conviendraient mieux à une ménagerie, l’examen est concluant et elles coûtent plus cher. Au contraire, quand on regarde une grille de Guimard avec son fronton lumineux, seule sur un trottoir, la composition paraît chargée, l’auteur lui-même doit l’avoir reconnu puisque sans cesse il modifie sa manière. Il est moderne puisque « le Groupe des Architectes modernes » l’a élu vice-président de cette Société avec Frantz Jourdain comme président et Sauvage comme collègue.

Malheureusement l'architecte Guimard reste quelque peu chez lui, continuant de modifier, d’améliorer ses créations dans l’art et l’architecture modernes. Nous avons eu l’occasion de visiter son Hôtel particulier, il est étrange et empreint des idées souvent peu ordinaires de son auteur. Au rez-de-chaussée on voit ses premières œuvres, datant de 1895 à 1900 : portes, boiseries, plafonds, meubles, objets d’art, puis à mesure qu’on s’élève les mêmes choses profondément améliorées, simplifiées par Guimard lui-même. A mesure qu’on s’élève dans celle demeure tout change et comment s’élève-t-on dans cette Maison moderne, où il n’y a pas d’escalier, pour se rendre au salon situé au premier étage. Nous disions que cet hôtel est étrange, le manque d’escalier, saisit immédiatement l’homme qui a l’habitude d’observer, le technicien qui veut se rendre compte de la disposition d’une maison. Lors de notre première visite, Guimard comprit notre embarras et nous dit avec un air malicieux : « Vous cherchez l'escalier ? Il n’y en a pas, je n’en ai pas fait pour gagner de la place. Dans les anciennes maisons, l’escalier, grand, large, contribuait à l’effet dans les intérieurs, les architectes ont continué ensuite à faire un grand escalier avec un plus petit pour les domestiques, ils ont ajouté enfin un ascenseur. Le grand escalier encombrant ne sert plus à rien, puisque les maîtres défendent aux domestiques d’y passer et qu’ils ne s’en servent pas eux-mêmes, parce qu’ils préfèrent l’ascenseur plus agréable. Je n’ai donc pas fait d’escalier et j’ai ainsi gagné beaucoup de place; l’escalier de service, bien caché à la vue, est réduit le plus possible. »

Guimard nous poussa vers un petit local entouré de glaces dans lequel nous entrâmes, c’était une sorte de petit cabinet de toilette sans meuble et... nous eûmes l’impression que le parquet s’élevait pour nous monter.
Alors l’inventeur de celle agréable chose nous dit aimablement ; « Mon cher, ne soyez pas étonné, quand mes visiteurs arrivent je ne veux pas les enfermer dans une cage, comme on le ferait pour des animaux. » C’est, en effet, comme nous le jugions nous-même, en tous points préférable : pas de grilles, mais des glaces sur toute la hauteur de la maison, sur trois côtés des glaces sans tain, celle du fond argentée permettant au visiteur de réparer le désordre de sa toilette. Cette sorte de grande cheminée en glaces, encadrées par de très minces montants de cuivre doré, unies, laisse tout l’air, la vue n’est pas arrêtée comme par une cage d’ascenseur et laisse un bel effet au vestibule d’entrée et aux paliers des étages, c’est véritablement très bien, car il n’y a qu’un plateau semblable au parquet sans aucune pièce de mécanique visible comme dans les ascenseurs. Voilà une des idées de M. Guimard et il en a bien d’autres.

Il connaît des choses intéressantes dont nous entretiendrons nos lecteurs, tel, par exemple, ce système dont les avantages réels paraîtront exagérés et qui cependant est employé par lui : système qui supprime pour la construction l’emploi du mètre sur le chantier ainsi que les gravois et les déchets. Tous les parements extérieurs et intérieurs sont faits avec le gros œuvre, les parements suppriment les enduits. Les matériaux sont employés secs et permettent de livrer une construction habitable immédiatement. Ce système permet aussi une ossature en ciment armé, exécutée sans coffrage.

Mais revenons à « la Mairie » ; Guimard estime que dans le Village moderne, la Maison municipale, organe de la vie civique et démocratique, doit concentrer l’intérêt d’art qui retient et doit caractériser l’évolution de l’architecture.

Alors que jusqu’à ce jour l’Eglise se détachant au-dessus des maisons, apportant généralement la note d’art, fait distinguer, de loin, le Village parmi les agglomérations voisines, Guimard estime, au contraire, que dans la vie moderne essentiellement républicaine le village doit se reconnaître parmi ses voisins par la forme particulière et haute de sa Mairie, que son horloge, lumineuse le soir, doit être très élevée pour indiquer l’heure à tout le village, qu’elle doit être complétée par un carillon qui Ta fait entendre aux habitants et qu’enfin la Mairie doit s’élever encore pour faire flotter à son sommet le drapeau national, emblème de la Patrie.

C’est dans cet esprit que l’architecte Guimard a construit « la Mairie du Village », elle ne répond pas malheureusement à ses désirs parce qu’elle n’est pas isolée, mais construite entre les mitoyens des maisons voisines, parce que les crédits accordés (92.000 francs) ont été réellement insuffisants et parce qu’il aurait fallu devant la façade principale une Place pour juger mieux de l’effet de celle construction.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La mairie du village - Mairie du village - Salle des mariages - mairievillagesallemariages.jpg
Mairie du village - Salle des mariages

La façade principale donnée par le dessin et la façade arrière reproduite par la photographie font ressortir les nouvelles conceptions de l’architecte Guimard qui a amélioré rationnellement ses créations anciennes, mais on sent qu’il veut rester Guimard et « c’est du Guimard ». C’est peut-être là aussi sa manière de montrer qu’il ne veut pas être dirigé, qu’il est de ceux qui estiment que l’architecture n’est pas une mode et ne peut pas être modifiée brusquement, que l’on ne peut pas dire à un client « Votre maison n’est plus à la mode, faites-en faire une autre », ce serait vraiment onéreux et impossible. En couture, c’est autre chose, un groupe de couturiers décrètent la mode nouvelle et les autres couturiers suivent le mouvement ; peul-on en faire autant dans l’architecture P Non, répondent beaucoup d’architectes, allons plus doucement dans l’architecture que les couturiers dans la mode.


L'aspect extérieur.

La façade principale est en briques amiantine avec parties nombreuses en pierre; d’abord une hauteur de pierre grise, fortement teintée qui forme un socle « sans saillie », puis les autres parties en pierre blanche ; ce sont : un parement de quatre hauteurs de pierres appareillées ouvert de chaque côté par un soupirail au même nu que le parement d’amiantine comme toute la pierre d’appareil de l’édifice qui n’a que ses appuis de fenêtres en saillie.

Les appuis des fenêtres sont en saillie dans leur partie médiane qui forme rigole légèrement ornementée; ils s’amortissent doucement sur leurs côtés jusqu’au nu du mur, la face supérieure des appuis est légèrement en forme de cuvette qui se termine par la rigole médiane.

Tous les encadrements de fenêtres ou de portes sont en pierre avec arêtes adoucies; les linteaux n’ont pas leur face antérieure au nu du mur, leur arête basse étant légèrement en retrait, cette face inclinée vers l’intérieur augmente donc l’éclairage, elle n’est pas très inclinée pour que les linteaux protègent encore bien les châssis des fenêtres contre la pluie.

Pour rompre la monotonie d’une façade droite, l’architecte a placé son entrée dans l’axe d’une avancée, légèrement bombée qui donne aussi comme le montre le plan, une forme gracieuse aux marches du Perron d’entrée principale et môme au trottoir.

Les inscriptions en lettres en relief sont sur un fond d’or; ces lettres ont été, taillées dans des bandeaux de pierre qui se détachent par leur forme droite, très bien sur cette partie bombée construite en amiantine.
La façade principale s’élève en son milieu par une sorte de pignon presque trapézoïdal dont la partie sunérieure forme un couronnement en saillie supporté par une dalle à trois pans soutenue par une console. Le dessous de cette dalle est sculpté d’une manière simple, à la Guimard, mais un Guimard nouveau, la console s’amortissant pour n’avoir qu’une très faible saillie sur le trumeau médian séparant quatre petites fenêtres jumelées.

Le cadran de l’Horloge est dans un encadrement de pierre bien dessiné, le soir c’est une rosace lumineuse composée de pétales centrales de verre blanc opaque posées sur d’autres pétales de verre rouge portant les chiffres.

De ce pignon de façade se détache en arrière et dans l’axe une sorte de grand pinacle très élancé, terminé par une ornementation en sculpture moderne qui contient le carillon de l’horloge.

Les parties de façade situées de chaque côté du pignon trapézoïdal, plus basses, sont surmontées à partir du dessus des linteaux par deux rangs de pierres appareillées formant un arrondi soutenant un léger bandeau de section carrée au-dessous de la couverture.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La mairie du village - Mairie du village - Façade postérieure - mairievillagefacadeposterieure.jpg
Mairie du village - Façade postérieure

La porte d’entrée est en fer forgé garnie de glaces, elle est flanquée de chaque côté par un cadre, bien composé, pour les affiches de la Mairie.
La façade arrière est naturellement en rapport avec la façade principale avec des fenêtres très étroites d’un effet agréable, celles du rez-de-chaussée sont garnies de grilles ornementées, les balcons des fenêtres latérales de l’étage forment couronnement et abris, aux petites portes latérales s’ouvrant sur une grande salle située au rez-de-chaussée.
Dans cette salle l’architecte Guimard a organisé une exposition des matériaux nécessaires à l’industrie du bâtiment. Parmi les exposants on remarque naturellement la Maison « Lambert frères » qui a fourni les briques amiantines et les tuiles des maisons du Village, notamment celle de la Potée Lorraine qu’une coquille nous a fait dire être couverte en ardoises.

La couverture de « la Mairie » a un aspect particulier, elle est en tuiles de fibrociment patiné de grandes dimensions qui se placent avec des couvre-joints de grandes longueurs.


L'intérieur.

Le plan donne la disposition de l’Etage comprenant au haut d’un grand escalier un Hall étroit couronné par un plafond percé d’ouvertures rondes garnies de verres moulés, ornés, genre culs-de-bouteille, donnant une bonne lumière et formant une décoration ajourée simple et nouvelle. Sur ce Hall s’ouvrent le Secrétariat, la loge du gardien ou concierge, la Salle des Commissions et le Bureau du Maire placés aux extrémités de la Salle des Mariages.

On accède au Hall par le grand escalier muni d’une rampe de fer forgé très simple avec main courante en cuivre exécutée par Schenck qui a également fabriqué les torchères fer cuivre qui éclairent l’entrée du vestibule et qui ont été composés comme toutes les parties du bâtiment par l’architecte Guimard. D’un palier intermédiaire, descendent de chaque côté de l’escalier quelques marches conduisant au rez-de-chaussée où pourraient être installés des services, dont celui des pompiers, et le logement du concierge.

La Salle des Mariages a retenu plus particulièrement notre attention, elle peut servir de Salle des fêtes complétée à ses extrémités par les deux autres salles pour n’en former qu’une seule. La structure est partout nettement accusée, dans le vestibule par exemple, par un poutrage soutenu par des corbeaux sculptés dans une note nouvelle, dans la salle des mariages par des montants faisant saillies aux parements comme des contreforts avec des motifs soutenant un chevronnage d’une saillie presque nulle sur les parties latérales fortement en pentes du plafond pour en avoir une énorme au plafond proprement dit. La Salle des Mariages est d’une décoration soignée par rapport aux crédits employés, les murs sont revêtus de marbre gris avec socle de marbre plus foncé, les montants soutenant les nervures du plafond sont également de marbre gris. Le plafond est de couleur brun rosé avec des mouchetures d’or et un solivage et des nervures au plafond de couleur indéfinissable se rapprochant du bronze barbidienne. Les vitraux longs et étroits éclairant la salle et garnissant les hautes fenêtres s’ouvrant sur la façade arrière sont d’une décoration sobre et ont été exécutés par Jeannin. Chacune des extrémités de la salle est décorée par un grand panneau de Ligeron qui a peint deux scènes de la vie à la campagne : « une femme gardant des moulons » et « des moissonneuses liant des gerbes », la facture est bonne, l’exécution rappelle un peu celle de nos anciens « pointillistes », la tonalité générale est orange et bleue. C’est bien dessiné, mais malheureusement leur situation ne nous a pas permis d’en obtenir une meilleure reproduction photographiques.

Cette étude sur l’œuvre d'Hector Guimard est malheureusement écourtée, nous la reprendrons dans quelques mois au moment où certains critiques d’art ou d’architecture nous amuseront, car beaucoup traitent de l’architecture sans rien y connaître et c’est pitoyable. Tel encore ce critique d’un excellent périodique qui éreinte tous les architectes, qui parle de « bas du mur » quand il s’agit d’un socle ou d’un soubassement et nous raconte, toujours à propos d’architecture, que les champignons poussent sur les arbres. Ce critique est un ancien élève de l’Ecole des Chartes, on a dit souvent que c’est au « pied du mur qu’on connaît le maçon », nous pourrions écrire que c’est « au bas du mur qu’on reconnaît l’ancien élève de l’Ecole des Chartes ».
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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Message par worldfairs » 29 juil. 2018 04:39 pm

Mairie du village - Plan

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