Le Train-poste anglais

Paris 1867 - Inventions, novelties and means of transport
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worldfairs
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Le Train-poste anglais

Message par worldfairs » 09 juil. 2018 07:52 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Inventions, nouveautés et moyens de transport - Le Train-poste anglais - trainposteanglais.jpg

J’ai lu quelque part qu’autrefois les Péruviens usaient d’un moyen très-ingénieux pour échanger les dépêches de la poste aux divers relais qu’ils avaient établis sur les routes principales.

Ce moyen le voici :
Les courriers ou coureurs, comme on voudra les appeler, car le service se faisait à pied, partaient au trot emportant sur leur dos non-seulement les dépêches, mais encore l’homme qui devait les accompagner depuis le point de départ jusqu’à leur destination. Or, afin de ne pas perdre une seule minute, le coureur était pourvu de grelots qui, se faisant entendre au loin, permettaient au coureur de relai de se préparer et de se tenir sur la route. Quand son camarade arrivait auprès de lui, le nouveau coureur se baissait un peu et l’ancien, avec une adresse, une agilité singulière, jetait d’un mouvement d’épaules le sac à dépêches et celui qui le portait sur le dos du coureur de relai, qui partait aussitôt.

Evidemment ce moyen d’échanger promptement les dépêches avec l’homme de la poste était ingénieux ; mais tout a progressé depuis, le Pérou lui-même, et je doute fort que ce système soit très en faveur aujourd’hui à la direction générale des postes péruviennes.

Celui dont l’office postal de la Grande-Bretagne se sert depuis très-peu de temps me paraît beaucoup plus en rapport avec les besoins de notre civilisation et les immenses développements de nos relations par correspondance.

Ce système en usage sur les chemins de fer anglais est destiné à opérer l’échange de sacs de la poste à toutes les stations que les express franchissent sans arrêt.

Quelques explications me paraissent nécessaires ici pour bien faire connaître l’utilité de l’appareil que nous allons décrire.

On sait que le service des postes sur les chemins de fer se fait dans des wagons beaucoup plus grands que les wagons ordinaires et que l’on nomme bureaux ambulants. Ces bureaux, comme ceux des villes, reçoivent des lettres, en opèrent le tri, le classement et l’échange.

Les lettres, renfermées dans des sacs de cuir ficelés et cachetés du sceau de la poste, sont prises ou laissées à toutes les gares. C’est ainsi qu’un train qui ferait le service de Bordeaux à Paris prendrait à Angoulême, Poitiers, Tours, Orléans, etc., les lettres provenant de ces villes pour les autres villes de la même ligne, et laisserait à Angoulême, Poitiers, Tours, Orléans, etc., les lettres recueillies sur la route et destinées à chacune de ces villes.

Mais pour que le service des postes soit plus prompt, on ne place guère de bureaux ambulants que dans les trains express. Or nul n’ignore que les trains express ne s’arrêtent jamais qu’aux stations les plus importantes et qu’ils passent à toute vapeur dans les stations secondaires.

Si cette organisation favorise les grandes cités en leur apportant les correspondances avec plus de rapidité, elle est préjudiciable aux intérêts des petites villes, en retardant l’arrivée des dépêches. Puisque le train-poste ou express ne dessert pas les petites stations, il faut que le wagon ambulant laisse les lettres pour celles-ci aux gares importantes, et par conséquent il faut aller en voiture les retirer et les conduire dans la petite ville après un trajet de deux, trois ou quatre heures.

C’est pour supprimer ce trajet et desservir les petites villes comme les grandes, que l’appareil à échanger les dépêches a été créé.

Il consiste en une tige de fonte de la hauteur d’un train ordinaire.

On peut atteindre au sommet de cette tige par une échelle pratiquée auprès de la tige ; au sommet est fixée une branche de fer horizontale munie d’un appareil de suspension qui suffit à retenir des poids d’un certain calibre le moindre choc doit en détacher avec la grande facilité.

La tige, dans les stations où l’express ne s'arrête pas, est érigée sur le bord de la voie, à portée du wagon-poste ambulant. Celui-ci est pourvu sur l’un de ses côtés d’un solide filet surmonté d’un réseau de cordes.

Avant le passage du train on a suspendu le sac de la poste contenant les lettres partant de la petite ville à la branche horizontale de l’appareil. Le train arrive à toute vapeur, les cordes du réseau touchent le sac, qui se détache sans plus d’effort qu’une feuille morte sous le souffle des vents et qui tombe aussitôt dans le filet du wagon.

La dépêche de l’ambulant pour la petite ville est laissée instantanément par un mécanisme semblable. Le sac suspendu au wagon-poste est enlevé par un filet placé sur la voie. Ainsi s’opère l’échange en un clin d’œil et sans le moindre inconvénient.

On peut voir à l’Exposition universelle un modèle réduit de cette ingénieuse machine, elle fonctionne tous les soirs sous les yeux des visiteurs qui peuvent en même temps se rendre compte de la disposition des bureaux ambulants de l’office des postes britanniques.

Ces bureaux diffèrent des nôtres en ceci : les bureaux français sont pourvus de casiers sur leurs quatre côtés, tandis que les casiers du tri n’occupent qu’une seule face des wagons anglais. Est-ce mieux? Je l’ignore. En tout cas un seul bureau suffit à chaque express en France, tandis qu’en Angleterre un bureau ambulant se compose de trois énormes voitures; si le service est chez nous un peu gêné, je crains que chez nos voisins la poste ne se gêne pas assez avec les Compagnies de chemins de fer en leur imposant trois lourdes voitures au lieu d’une qui pourrait suffire.

Puisque nous parlons de la poste anglaise, ajoutons qu’elle a voulu sans doute permettre aux employés des postes de toutes les nations d’étudier son mécanisme jusque dans ses détails d’aménagement. A côté de l’appareil à échanger les dépêches, nous voyons des modèles de casiers, de tables de tri, de guichets; des réductions de malles et de paquebots; des boîtes aux lettres, des sacs à dépêches, des timbres, des machines oblitérantes, des registres, enfin des costumes de courriers, de chargeurs et de facteurs. Cette exhibition, très-intéressante pour les agents des postes, ne saurait offrir un bien grand intérêt au public, car l’usage et l’expérience peuvent seuls faire apprécier les avantages ou les inconvénients des objets exposés.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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