Le pavillon Italien

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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Le pavillon Italien

Message par worldfairs » 09 juil. 2018 01:14 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 1 novembre 1925

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Pavillon Italien

Le Pavillon National Italien à l’Exposition des Arts Décoratifs a été l’objet de nombreux commentaires, tandis que les uns admiraient la sévérité de son architecture et la richesse de ses intérieurs, d’autres le critiquaient en lui reprochant de ne pas être assez moderne dans une Exposition d’arts modernes. Quelques notabilités des puissances étrangères nous ont aussi dit : « Les Italiens se sont éloignés du programme, il fallait un Pavillon provisoire pour une Exposition et ils ont édifié un Palais en le construisant aussi solidement que s’il devait rester fort longtemps en travers du Cours-la-Reine. » Nous commençons par reconnaître que tous ont également raison ; notre opinion paraîtra assez osée puisque l’avis des uns est en contradiction avec celui des autres. Nous espérons cependant pouvoir concilier entre eux ces jugements opposés.

Le gouvernement de l’Italie a tenu à ce que son pavillon ait un éclat digne de la renommée et de l’histoire des arts de ce pays, que sa richesse soit comparable à celle de ses édifices des temps passés. On doit admettre, en effet, que l’architecture italienne s’est toujours différenciée de celle des autres pays par sa richesse particulière, par l’emploi de matériaux précieux alors que dans toutes les autres contrées de l’Europe ceux-ci étaient beaucoup plus économiques. L’Italie est le pays des marbres et des oliviers, il paraît tout naturel que les Italiens les utilisent et le soleil fait encore valoir la beauté de ces matériaux.

Pour arriver à avoir un riche Pavillon, le gouvernement italien n’a pas ménagé les fonds nécessaires, montrant ainsi également à la France qu’il tenait à être un brillant invité dans une grande fête des arts ; on se rend à une fêle selon ses moyens, la tenue de chacun est plus ou moins riche et en rapport avec sa bourse et avec son goût. L’Italie est coquette, elle est brillamment, richement parée et éveille comme une jolie femme la jalousie de ses voisins au goût plus modeste ou de ses rivales moins fortunées ; les amoureux du beau lui reconnaissent au contraire des qualités.

Le gouvernement italien n’a eu ensuite que l’embarras pour le choix des artistes chargés de réaliser le Pavillon puisqu’il mettait à leur disposition des crédits relativement élevés et il a préféré les meilleurs parmi les meilleurs, et c’est ainsi que l’architecte Brasini a été appelé à composer l’Edifice et à choisir les artistes et les artisans pour la décoration du Pavillon National.

M. Brasini est un des plus grands architectes italiens de notre époque qui refuse, paraît-il, de construire des habitations ou des villas parce que toute sa grande activité est employée à élever de vastes édifices ou à restaurer les chefs-d’œuvre de l’ancienne architecture italienne. Il construit actuellement l'église métropolitaine del Cuore immaculalo di Maria à Parioli, l’un des quartiers de Rome; pour fixer les idées sur la célébrité de M. Brasini, il nous suffira de faire remarquer que cette église sera la plus grande du monde après Saint-Pierre à Rome. Cet architecte est en outre chargé actuellement par le gouvernement italien de la restauration à Rome du « Palazzo Venezia » et de l’aménagement de la Place Colonna.

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Pavillon Italien - Grand vestibule

L’architecture du Pavillon

Le Pavillon national de l’Italie s’élève sur un plan rectangulaire avec des grandes lignes classiques et des éléments d’architecture modernisés. Les grandes lignes du Pavillon, la composition font supposer une architecture quelque peu ancienne au visiteur ou même à_ l’architecte qui regarde l’ensemble sans examiner avec attention les détails. Frappé nous-même par cette particularité il nous a été agréable d’avoir l’avantage de faire connaissance de l’architecte au cours d’une visite pendant l’exécution des travaux, il était à ce moment entouré de la brillante compagnie des artistes décorant le Pavillon qui faisaient cercle autour de lui. Encouragé par son aimable accueil, nous lui avons demandé de nous faire connaître ses idées sur la conception de son pavillon et son impression sur l’Exposition et sur l’art moderne en Italie. Avec chaleur, avec élan, M. Brasini nous a répondu : « Oh ! je fais de l'architecture comme je crois devoir la faire, je ne suis pas un moderne comme certains de celle Exposition: si l’on m’avait obligé à construire dans un genre si nouveau, je me serais récusé. Les artistes et les architectes italiens ne se sont pas lancés dans la voie nouvelle avec l’emballement des artistes de France ou des autres pays; nous préférons en Italie aller plus doucement, et chez vous beaucoup ont été réellement un peu vite ».

Beaucoup d’architectes ont dû méditer sur la construction de M. Brasini, beaucoup de journalistes, de critiques ont écrit sur l'architecture de ce pavillon et beaucoup de ces derniers ne connaissaient rien à l’architecture en général et à l’architecture italienne en particulier. Je crois qu’il est utile de faire connaître à ces écrivains non spécialisés que l’art byzantin est l’anneau d’or qui relie l’art romain à l’art italien et que la beauté de l’art en Italie n’est jamais séparée des charmes du paysage et du soleil ; que les premières manifestations de la Renaissance italienne ont eu une influence énorme sur l’art de l’Europe entière, que Part renaît à celle époque par l’Italie et qu’au contraire les influences étrangères n’ont jamais eu d’effet sur les artistes italiens, que l’art gothique lui-même s’y trouva quelque peu dépaysé, modifié et même clairsemé. L’architecture gothique y subit, au contraire, l’influence italienne et il est aisé de s’en rendre compte même dans la Cathédrale de Milan malgré Henri de Gmünd, malgré Ulrich de Füssingen et malgré un Parisien, Jean Mignot. C’est pourquoi nous croyons que les Italiens ne se lanceront pas dans le genre moderne d’une façon rapide et complète à la manière de nos architectes ultra modernes. L’architecte Brasini, est aussi un Romain, il croit que l’on peut faire du nouveau, mais pas d’un seul coup en y étant amené peu à peu, lentement après de longues années et beaucoup en France pensent comme lui.

Le Pavillon s’élève sur la Place des Nations au débouché du Pont Alexandre-III, près la grande Porte d’Honneur s’ouvrant à l’extrémité de l’avenue Nicolas-II. Il est constitué par une première partie, très visible sur la photographie, haute et large, encadrée par la façade principale, par deux façades latérales et par deux petites façades eu retours qui la lient à une autre partie longue, moins haute, avec des façades latérales plus sobres qui se termine par la façade arrière du pavillon.

L’ensemble bâtiment a un socle d’une hauteur d’environ trois mètres, massif, en rapport avec l’importance de l’édifice, la partie supérieure de ce socle forme l’appui des fenêtres. Le parement est en pierre sur la moitié de la hauteur et en briques remailles dorées ou rouges sur la moitié supérieure avec des pilastres ou des chaînes en pierre aux angles pour agrémenter l’aspect. Les différentes façades sont couronnées par une corniche tandis que la partie avant plus haute s’élève encore avec un parement de briques romaines toujours rouges ou dorées, surmonté d’un bandeau de pierre orné de têtes de lions dorées, posées sur des carrés en saillie également dorés et couronné d'une corniche surmontée comme toutes celles de l’ensemble d’une ligne de petites antéfixes dorées.
Le milieu de la façade principale est occupé par un grand motif s’élevant entre deux colonnes soutenant un entablement avec métopes, mutules et tous éléments classiques. Ce motif encadre une porte monumentale surmontée du mot « Italia » en lettres rouges, se complète par deux statues flanquant un panneau couvert d'inscriptions latines couronné par deux anges sculptés en bas-relief représentant des « gloires » tenant des faisceaux de licteurs. La traduction de ces inscriptions rend très imparfaitement la délicate et gracieuse pensée italienne, on peut l’exprimer ainsi, mais d’une manière insuffisante :
« Après une longue période de lutte et de guerre, la paix heureuse est enfin revenue restituant ses frontières à la race italienne. Ses forces nouvelles permettent à l’Italie de s’élever encore et le cœur joyeux, le roi tout-puissant Victor-Emmanuel III la favorisant, elle expose ses œuvres, devant ses hôtes et ses amis en l’année 1925. »

La façade principale est ornée de chaque côté par un grand médaillon de forme ronde, décoré d’un groupe d’enfants sculptés en bas-relief dans un bandeau à fond doré avec la partie inférieure portail une inscription gravée, celui de droite « inventus in arte », celui de gauche, « vis in labore ».

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Pavillon Italien - Salle octogonale
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Pavillon Italien - Niche salle octogonale

Les façades latérales de la partie haute soûl percées d’une grande fenêtre à plein cintre encadrée par un important motif surmonté de sculptures et garnie de grilles en fer forgé avec parties rehaussées d'or.
Dans chaque façade latérale de la partie plus basse du bâtiment sont percées deux grandes fenêtres et deux plus petites, toutes à plein cintre et garnies également de grilles en fer forgé.

Sur la façade arrière s’ouvre la porte de sortie, véritable arc de triomphe, aux pilastres décorés chacun d’un bas-relief sculpté, précédée d’un perron et fermée pai une magnifique grille en fer forgé clôturant un grand porche carré.

L’architecture est moderne sur des bases classiques comme « l’exprime » l’architecte Brasini, c’est-à-dire qu’elle s’inspire du style étrusque et romain avec des applications modernes. Les chapiteaux et les cannelures sont tout à fait nouveaux, les mutules, les métopes, les consoles et même les rais-de-cœur sont d’une composition moderne et curieuse.

Toute la façade est en « travertin » de Tivoli avec fond en briques romaines rouges ou dorées. L’architecte a ainsi donné à la pierre un relief admirable qui fait ressortir encore les belles statues du sculpteur Zanelli de Rome et les jolies fenêtres latérales de la partie haute sculptées par Felci de Rome. La porte d’entrée s’ouvre dans cette façade et dans un encadrement de marbre beige enchâssé dans le travertin de Tivoli, l’encadrement est orné d’épis de blé modernes sculptés en bas-relief et par dix-sept disques blancs portant en leur centre une pointe de diamant dorée.

Les vantaux de cette porte sont d’une magnifique exécution, ils comportent chacun quatre panneaux carrés, massifs, de forte saillie, dont les tranches biaises sont enrichies de marqueterie ; les panneaux de couleur verte sont ornés chacun par un grand motif en bronze doré et encadrés par un bâti clouté de carrés en bois teintés en vert entourés d’un filet serti en bronze doré et ayant en leur centre une pointe de diamant en bronze. Les vantaux sont surmontés par une targe, sorte de bouclier en bronze vert coulé, conçue par le sculpteur Felci, ornée d’un aigle et d’une couronne flanquée de chaque côté par une spirale formant l’imposte. L’ensemble de la porte avec ses dorures, ses tons verts ou sombres complète heureusement la vive polychromie de la façade rehaussée elle-même de quelques sculptures dorées, telles que des fleurs stylisées, disposées-sur le bandeau supérieur du socle pour en rompre la monotonie.

L’architecture extérieure est sévère, cette sévérité est certainement voulue, cherchée par l’architecte Brasini pour contraster avec les intérieurs et faire valoir la richesse de leur décoration.

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Pavillon Italien - Bureau commissaire général

Les Intérieurs

La porte principale s’ouvre sur une sorte de tambour, fermé par trois portes, en bois d’olivier avec un grand médaillon en bronze doré, représentant la louve avec Remus et Romulus.

On entre dans une grande salle, la plus vaste de toutes celles des Pavillons étrangers, c’est une sorte d’immense Vestibule, de narthex décoré de la manière la plus riche. Elle est couronnée par une grande voûte prenant naissance sur les côtés latéraux, formant un plafond entièrement blanc à caissons encadrés par des bandeaux à section carrée et sans aucune ornementation.

Chaque côté latéral est percé d’une grande fenêtre à plein cintre qui s’ouvre sous une autre voûte à arête et qui est entourée d’un large ébrasement en briques romaines dorées; au droit de cette fenêtre est un palier en marbre jaune de Sienne avec deux marches de même marbre.

Les parements de cette vaste salle sont blancs, d’une hauteur d’environ quatre mètres, bordés à leur partie supérieure par une grecque gravée et de couleur verte. Ils comportent un haut soubassement en marbre de Carrare avec socle en marbre de Sienne jaune. Les soubassements sont ornés de chaque côté des fenêtres latérales par un grand lévrier sculpté en bas-relief.

Le côté faisant face à la porte d’entrée et que représente une de nos planches est percé par deux voûtes donnant naissance à un couloir biais qui conduit, l’un à droite à un Salon d’attente, l’autre à gauche au Bureau du Commissaire général de l’Italie. Les cintres des voûtes sont formés par deux hauteurs de briques romaines dorées. Ce côté est agrémenté par quatre colonnes de marbre de Carrare avec chapiteaux supportant une statue de bronze vert de Cataldi et comporte une niche à plein cintre de vastes dimensions dont la composition et la décoration sont inspirées très fortement de l’ancienne architecture italienne. Dans cette niche s’ouvrent cinq autres petites niches à plein cintre en briques romaines dorées recevant chacune un vase en métal bronzé à ornements rouges et verts avec deux tourillons ou boutons pour remplacer les anses. Chaque vase étant utilisé pour l’éclairage se complète par six bougies de bronze surmontées chacune d’une ampoule électrique. Le marbre de Carrare du socle et du parement de la grande niche est incrusté d’ornements en marbre rouge ancien, en porphyre rouge, en marbre jaune ancien, de boutons en malachite, en lapis lazuli et de parties en marbre vert dit serpentin.

Au droit de la grande niche s’élève une sorte de perron de deux marches, avec angles en quart de rond et palier, le tout en marbre de Sienne. Une grande vasque lumineuse en occupe le centre. Cette grande vasque que nous donnons en frontispice est l’œuvre de Giovanni Tolleri qui a apporté une large collaboration au Maître Brasini. Cette vasque de verre au rebord arrondi, festonné, orné de bandes de différentes couleurs et de filets d’or sinueux épousant la forme des festons est décorés par des poulpes bruns aux yeux écarlates, des méduses violettes, des hippocampes chocolat, des poissons de différentes couleurs cernés de noir avec des éléments de zooplankton qui contrastent agréablement sur le ton laiteux de cette vasque en verre translucide soutenue par des supports forgés et argentés laissant tomber de minces filets d’eau, rendue lumineuse par un dispositif habilement dissimulé.

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Pavillon Italien - Grande vasque

L’autre grand côté est semblablement composé, les passages voûtés étant remplacés par de grandes niches de même ouverture revêtues de briques romaines dorées et garnies par un grand vase céramique de Chini. Au droit de chacune des niches est un perron de deux marches en marbre de Sienne.

Les murs de la salle sont entièrement blancs, ils sont décorés par une haute frise de branches d’oranger repoussées en argent, décorées de paons, de perroquets, de petits oiseaux de couleurs très vives, c’est plutôt une grande et magnifique enluminure due au peintre Costantini de Rome.

Le sol de ce grand vestibule est d’une richesse incomparable qui a étonné tous les visiteurs de l’Exposition, il est composé de grands bandeaux de marbre (jaune) de Sienne semblable à celui des socles avec bordures en marbre rouge ancien et de carrelages céramiques de Chini de Florence, qui a fourni également toutes les briques romaines rouges ou dorées.

Il conviendrait de donner d’amples renseignements sur les œuvres qui ornent ou complètent ce magnifique vestibule : un buste en bronze vert-de-grisé de Mussolini par Wild, des grands vases en cuivre repoussé et martelé par Granala de Rome, des gerbes lumineuses en verre de Venise par Capellin, des vitraux peints de Chini garnissant les deux croisées en bois jaune marqueté d’ornements et de filets en bois de ton vert américain rehaussées de deux médaillons en bronze doré d’une admirable composition, l’un représentant deux chevaux, l’autre deux biches.

La frise enluminée et argentée de Costantini s’étend et couvre les voûtes des passages biais conduisant aux deux petites salles latérales, ces passages ont leurs parements de ton vert amande avec un large bandeau plat sans moulure qui les sépare de la décoration argentée, et des socles en marbre de Sienne.

On arrive ainsi par le passage de droite dans le Salon d’attente qui s’étend latéralement en façade sur le côté droit du Pavillon. Les parements sont de ton ocre avec des filets montants mauves, très étroits ; ils sont limités par un large bandeau supérieur à fonds violets et verts avec des ornements polychromes et des motifs de milieu couronnant et débordant la partie haute du bandeau. La partie des parements au-dessus de celte belle ornementation est de ton jaune paille, encadrée par des bandes de couleur bleue hussard soutenues d’un filet de ton rouge Saturne et par un bandeau supérieur bleu avec des filets et des parties rouges. Le plafond en bois est orné de bandeaux larges, bleus, décorés par de petits motifs polychromes entourant des caissons de ton jaune d’or ou de couleur vert Véronèse agrémentés d’éléments modernes mais dont la couleur marque l’ensemble d’une inspiration tirée de la décoration pompéienne. Les vitraux des fenêtres d’une exécution très riche sont ornés à leur centre d’un ovale décoré par un vase avec des Heurs aux tons éclatants rehaussés de cabochons nacrés. Quatre appliques en bois de tons bleu et argent complètent cet ensemble agréable composé et décoré par le peintre Edoardo del Neri, de Rome.

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Pavillon Italien - Salle d'attente

Le parquet, est en lames de bois de deux tons dit « à bâtons rompus », ces lames sont petites et étroites, légèrement bombées et le parquet est enjolivé par des incrustations de petites céramiques au ton vert rehaussé d’or.

La porte a deux vantaux s’ouvrant sur le Bureau du Commissaire général d’une composition, d’une exécution, d’une richesse inusitées est en bois jaune d’olivier avec des veinures comparables à celles du marbre, avec des panneaux en noyer décorés d’incrustations en bois vert américain et parties supérieures garnies de grilles. Les vantaux sont enrichis encore par des poignées superbes en bronze vert, par quatre médaillons en bronze doré représentant un sanglier, deux faisans, un taureau, deux hérons dus à Brozzi. L’encadrement de la porte formant fronton est tout eu bois d’olivier rehaussé de deux parties longues et de gouttes en bronze doré. Toutes les portes du pavillon ont été exécutées par Barberito et Tare.

A l’extrémité du Salon d’attente une autre porte s’ouvre sur la grande salle à coupole ; une photographie donne la reproduction de cette porte également admirable comme richesse et exécution. Le bâti est en bois d’olivier avec des incrustations de bois brun représentant des étoiles aux pointes très minces et des ornementations, les panneaux sont en noyer avec des ornements incrustés en bois de tons vert américain ou jaune, la partie inférieure est cloutée par de jolis boutons en bronze ciselé et doré ; un motif en bronze argenté placé au centre de la porte sert plutôt de décor que de poignée.

Le Bureau du Commissaire général, dû également au peintre Edoardo del Neri s’étend symétriquement sur la façade gauche de l’édifice avec un plan semblable mais avec un plafond abaissé en voute sur les parties cintrées des parements. La partie inférieure de ceux-ci est bleu hussard, elle est séparée de la partie supérieure de chaque parement par une ligne de rinceaux encadrant des fleurs et formant une décoration polychrome, la partie supérieure est de ton crème. Un motif décoratif également polychrome garnit les angles du plafond, celui-ci est bleu hussard comme les parements et orné à son centre par un grand motif à fond vert Véronèse représentant les douze signes du zodiaque modernisés dans un médaillon rond posé et tranchant sur un réseau de filets. Un médaillon couronne en son milieu, sur chaque parement, la ligne des rinceaux, il est orné par une composition moderne. La fenêtre est garnie de vitraux peints, les portes et le sol sont semblables à ceux du salon d’attente. Deux portières en velours gris avec de grands perroquets brodés montées sur une longue tige en fer forgé et argenté ferment le couloir voûté conduisant à la grande salle d’entrée.

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Pavillon Italien - Porte de Barberto et Tare

On accède ensuite à un Grand Salon octogonal très richement décoré par Giovanni Tolleri de Florence qui a composé et exécuté lui-même la décoration, les vitraux et la ferronnerie. Ce jeune artiste a un grand talent et une belle activité, on le rencontre aussi bien à Rome qu’à Florence, à Paris qu’à Rome, car il aime notre capitale, ses œuvres sont aussi partout, il est l’auteur du Café Riffi à Rome, du Café Carminati à Milan, de la construction d’une église à Stazzona (Lombardie) et il a fait aussi des choses remarquables au Château des Comtes Lambertenghi à Villa di Tirano. Il n’y a donc pas à être étonné de le retrouver au Pavillon Italien comme important collaborateur de l’architecte Brasini.

Cette grande salle octogonale a quatre de ses côtés percés d’une grande niche décorée par une ornementation polychrome fort riche, éclairée par une petite fenêtre à plein cintre garnie d’un vitrail de Tolleri, meublée par une table et des chaises d’une exécution précieuse et raffinée. Deux grandes fenêtres à plein cintre éclairent la salle avec un grand lustre qui est un chef-d’œuvre en verre de Venise composé par Capellin. Le sol est d’une richesse égale à celui du grand Vestibule d’entrée, il est formé par un grand encadrement et de larges bandeaux en céramique gravée, bleutée et mordorée de Chini rehaussée d’or encadrant les mêmes lames que celles des parquets des deux salles précédentes. Chaque niche est flanquée de chaque côté d’une lanterne en fer forgé suspendue à une spirale saillante se détachant d’un beau motif de ferronnerie fumant applique. Les murs sont surmontés d’une longue ornementation polychrome au-dessus de laquelle s’élèvent les huit pans d’une haute coupole octogonale.

Tolleri a mis dans la décoration des pans de cette coupole tout son talent et toute son activité, car l’ornementation est, prodigieusement dessinée, colorée, sur les quatre grands pans couverts de fleurs et de feuillages, de rinceaux au milieu desquels se détache un cartouche portant une inscription latine :
1° abundantia augusta : La Sainte abondance;
2° Vinum bonum laetificat cor hominis : Le bon vin égaye le cœur de l’homme;
3° Fit fastidium copia : L’excès est fastidieux;
4° Divitiae mutant mores raro in meliores : Les richesses changent les mœurs rarement en mieux.

Ces inscriptions que nous reproduisons parce qu’elles peuvent orner une autre composition décorative ou architecturale, pourraient laisser supposer que Giovanni Tolleri est un homme sévère aimant faire de la morale, c’est au contraire un artiste plaisant et agréable.
Pour contraster, les quatre autres petits pans de la coupole sont blancs et portent en leur centre un grand motif rond au fond vert Véronèse ,décoré par un cerf percé de flèches, ce médaillon est entouré par une bordure bleue et blanche cernée de noir et enveloppé de feuilles et de fleurs.

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Pavillon Italien - Porte à deux vantaux

Le centre de la coupole est décoré par un cercle rouge sur lequel se détache un coq doré avec « Ad vivendum » en lettres d’or au centre d’un soleil rutilant avec des layons ondulés et dorés; cette ornementation se découpe sur un fond blanc comme celui des petits pans.

Au centre, une grande et belle table enrichie de marqueterie comme celles des autres salles et composée aussi comme tous les meubles par l’architecte Brasini, provoque l’admiration des visiteurs.

La sortie s’effectue enfin par le porche situé sur la façade arrière du pavillon au plafond et sol en majolique de Chini de Florence, orné de deux panneaux peints par Galileo Chini, et par Bargellini, de Rome qui n’ont rien de la technique et surtout du nouveau genre de dessin de nos modernistes, ces panneaux sont admirablement dessinés. La façade arrière on arc-de-triomphe montre les deux grandes figures en bas-relief dues à Nicoletti de Rome et encadre la grande et sévère grille de Liberatori de Rome, belle et imposante.
Pour terminer il serait injuste de ne pas signaler la collaboration de l'Ingénieur Italien Paolo Rossi qui a construit le Pavillon et qui a été le principal collaborateur du Maître Brasini, parce que le talent de cet ingénieur égale sa modestie et l’Ingénieur Angelo Spazzini qui, étant directeur des travaux, a su les conduire avec l’activité et la compétence nécessaires.
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