La maison d'habitation bourgeoise

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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La maison d'habitation bourgeoise

Message par worldfairs » 29 juin 2018 01:47 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 25 octobre 1925

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La maison d'habitation bourgeoise - Maison d'habitation bourgeoise - maisonbourgeoise.jpg
Maison d'habitation bourgeoise

L’ensemble des bâtiments élevés au Village Français ne comprend qu’une seule maison d’habitation bourgeoise, celle construite par l’architecte F. Hamelet, du Groupe des Architectes Modernes.

Le Commissariat Général de l’Exposition des Arts Décoratifs et Industriels modernes a confié, en effet, la réalisation du Village au « Groupe des Architectes Modernes », dont le Président est M. Frantz Jourdain et le Vice-Président M Hector Guimard.

La forme irrégulière et les dispositions imprévues du plan d’ensemble de ce village, quelquefois critiquées, sont dues aux nécessités auxquelles a dû se soumettre l'architecte Dervaux, auteur de ce plan, afin de respecter les arbres existants, les canalisations d’eau, de gaz ou d’électricité. Les architectes ont utilisé ainsi les emplacements laissés disponibles par les arbres et même par les branches auxquelles il ne fallait pas toucher et il en est résulté ce pittoresque, cet imprévu, celle irrégularité qui n’est pas désagréable à la vue.

Le choix de l’architecte Hamelet était aussi indiqué pour la réalisation de « la Maison d’Habitation Bourgeoise » puisque établi à Rouen il a eu l’occasion de construire de nombreuses villas entrant dans cette catégorie de maisons et parce qu’aussi il est un de ces architectes modernes qui composent dans un genre nouveau, simple et plaisant. Son genre et sa réputation sont bien apprécié et établie en Normandie et la ville de Dieppe lui a confié la construction de la « Halle du Marché en gros du poisson », à la suite du choix de son projet retenu par le Jury du concours organisé pour l’édification de ce grand bâtiment actuellement en cours d’exécution parce que le projet de M. Hamelet a un aspect extérieur d’une belle originalité et que la distribution en a été particulièrement appréciée.


Le Plan

Comme ses confrères au Village français, M. Hamelet a été limité par Remplacement du terrain et comme il ne disposait que de 70 mètres carrés il a établi un plan très limité mais qui pourrait naturellement s’étendre si on disposait d’un terrain plus grand qui permettrait aussi d’obtenir quelques ouvertures sur les façades latérales qui n’existent pas au Village puisque la Construction s’élève entre les mitoyens de la Maison du Tisserand à gauche et de l’auberge de la Potée lorraine à droite.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La maison d'habitation bourgeoise - Maison d'habitation bourgeoise - Façade principale - maisonbourgeoisefacadeprincipale.jpg
Maison d'habitation bourgeoise - Façade principale

La disposition du rez-de-chaussée est bien étudiée et très agréable. Le perron est avec marches de plan arrondi alors que nous sommes habitués depuis si longtemps aux marches droites. L'Entrée donne accès au hall et au water bien isolé, le fond faisant place à la baie d’entrée est agréablement orné par un châssis dormant placé assez haut, étroit et long garni d’un joli vitrail éclairant d’une douce lumière la salle de bains. Le Hall est fort bien compris, il comprend la réception placée dans une avancée formée par trois faces, couronnée par la galerie de l’étage qui donne à cette partie un caractère de douce intimité et la salle à manger surmontée d’un plafond correspondant à celui de l’étage et qui par conséquent a un certain caractère de grandeur, d’élégance même par l’aménagement simple et artistique que l’auteur a composé et réalisé. La Salle de bains avec lavabo s’ouvre par une large baie sur la chambre à coucher. La cuisine complète l’alignement de l’autre façade avec un petit porche pour le service desservant la cuisine et le hall.

Le plan de l’étage est aussi bien compris que celui du rez-de-chaussée, une galerie et le haut de l’escalier entourent la partie supérieure du Hall, la Galerie dessert la Chambre de la bonne et une Chambre d’amis ; sur la façade un agréable petit salon peut être disposé ou même une autre petite chambre pour les enfants. La cuisine et le petit porche réservé plus particulièrement au service sont couverts par une terrasse qui a permis de disposer au mieux trois hautes et longues fenêtres éclairant le vide du Hall.


La Construction

L’examen des façades fait ressortir d’abord la suppression des appuis saillants aux fenêtres, et celle des soubassements et des corniches supérieures, on remarque aussi que l’architecte a voulu obtenir un contraste dans l’effet des parements en employant des surfaces rugueuses en opposition avec des parties lisses, des parties agréablement colorées avec des parties aux tons atténués et il est arrivé ainsi à obtenir un aspect très agréable. Il est aisé de reconnaître également que sa conception permet l’utilisation des matériaux des régions dans lesquelles cette habitation pourrait être édifiée.

La façade principale a, au rez-de-chaussée, une partie avancée avec pans biais qui supportent à l’étage de chaque côté une jardinière pour s’élever ensuite en plan rectangulaire et former pignon.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La maison d'habitation bourgeoise - Maison d'habitation bourgeoise - Façade postérieure - maisonbourgeoisefacadeposterieure.jpg
Maison d'habitation bourgeoise - Façade postérieure

Le rez-de-chaussée est surmonté d’un bandeau, en ciment lisse sans saillie formant ensuite un léger amortissement creux au-dessous d’un filet assez large ; ce bandeau forme aussi un fronton légèrement cintré au-dessus de la baie éclairant le bail et est peint en couleur jaune gris pour contraster avec un mouchetis de ton café au lait pâle. Ce bandeau de ciment armé tient ainsi lieu de linteaux à toutes les ouvertures du rez-de-chaussée et de chaînage.

La partie inférieure de la façade est revêtue sur une assez grande hauteur par des carreaux céramiques d’un ton bleu d’azur atténué à surfaces formées par de légers vermicules aussi très atténués, ces carreaux placés en pente douce forment aussi les appuis des fenêtres et des baies. La partie supérieure de la façade est rehaussée par une ligne des mêmes carreaux bleus contrastant encore sur le mouchetis de ton café au lait.

Les pans de bois du pignon sont en très légère saillie, presque imperceptible, et sont peints en ton marron presque noir comme les pannes, les chevrons et les gouttières qui tranchent sur le voligeage des saillies de toiture qui est jaune orange. La couverture est en petites tuiles dites rustiques.

Toutes les menuiseries apparentes sont de ton ocre jaune, les couvertures de l’étage sont garnies de rideaux en toile paysanne rayée de bandes de couleurs.

La jardinière placée au-dessous de la fenêtre à l’étage mérite d’être signalée car l’architecte lui a donné une forme originale. Celle jardinière est en bois sans aucune moulure et est supportée à ses extrémités par des consoles arrondies en bois réunies par des redans en bois sur tout leur écartement ; cet ensemble du même ton que toute la menuiserie extérieure couronne agréablement le porche de Rentrée principale.

M. Hamelet semble aimer les jardinières, il en a mis partout et ce n’est pas un reproche. Il a placé devant la partie avancée un banc en ciment, simple, d’une bonne composition dont le dossier forme une longue jardinière garnie de reine-marguerite égayant la façade et qui permettent de masquer discrètement la vue de l’intérieur du hall.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La maison d'habitation bourgeoise - Maison d'habitation bourgeoise - Vue du hall - maisonbourgeoisevueduhall.jpg
Maison d'habitation bourgeoise - Vue du hall

Le Perron large et de forme arrondie se prolonge pour former un bac qui contient un arbuste au feuillage foncé qui se détache bien sur le revêtement bleuté de l’habitation.

La façade postérieure est naturellement traitée de la même manière que la principale et offre encore plus de variété dans la forme et les éléments de composition. Deux baies longues et basses éclairent la cuisine, une fenêtre avec volets s’ouvre sur la chambre, le petit vestibule est clos par un portillon en bois très simple avec le mot « service » en lettres découpées au même nu que le bâti se détachant bien sur le fond moins éclairé du vestibule. L’étage a été composé d’une façon très plaisante, les pans et versants de toiture^ apportent un certain cachet, la partie longue qui paraîtrait désagréable est, au contraire, agrémentée par un chapeau de gendarme, permettant d’éclairer le grenier, tandis que la partie plus haute de la façade est couverte par trois versants surmontés par un épi décoratif.

La fenêtre s’ouvrant sur la chambre à coucher a seule un linteau apparent en ciment armé, en forme de fronton, lisse et au même nu que le mouchetis.
Le décrochement abaissé bordant la terrasse est orné par une corniche moulurée en ciment lisse.

Toute la menuiserie extérieure est naturellement peinte d’un ton ocre jaune comme celle de la façade principale ; une jardinière en bois différente des précédentes borde les deux fenêtres hautes et étroites de l’étage et couronne bien celle du rez-de-chaussée.


Les Intérieurs

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La maison d'habitation bourgeoise - Maison d'habitation bourgeoise - Meubles de Gallerey - maisonbourgeoisemeublesdegallerey.jpg
Maison d'habitation bourgeoise - Meubles de Gallerey

M. Hamelet, qui est aussi un ancien élève diplômé de l’excellente Ecole des Arts décoratifs de Rouen, a voulu présenter un petit hall parfait, les photographies montreront qu’il a très bien réussi ; c’est absolument charmant.

Le Hall est éclairé sur la façade principale par une baie et deux fenêtres dont la menuiserie a retenu notre attention. Les fenêtres semblent, comme il est facile de le voir sur l’une des photographies, comporter une croisée large et basse garnie d’une grande glace avec une imposte garnie de vitraux. En réalité, M. Hamelet a composé une croisée s’ouvrant sur toute sa hauteur, et les deux parties carrées garnies de vitraux sont séparées des glaces par une menuiserie large simulant celle d’une imposte. Ces fenêtres et la baie s’éclairant sous une partie en vitrail sont d’un agréable effet; elles encadrent bien la partie du Hall servant de réception, de coin d’intimité, tandis que les vitraux surmontent les côtés d’une façon heureuse, presque à la manière d’une frise.

La partie avancée de la façade formant ce coin d’intimité est donc un des côtés du Hall, lequel est bordé sur un côté latéral par l’escalier montant à l’étage. Cet escalier est enfermé dans une cloison de bois unie qui s’élève jusqu’au plafond, percée de hautes ouvertures à angles arrondis en quart de rond formant baies d’éclairage à l’escalier et portes au rez-de-chaussée et à l’étage. Les baies s’ouvrant sur l’escalier sont garnies par la rampe qui forme trois gradins ajourés décrochés au même nu et de même épaisseur que la cloison et sans aucune moulure ou filet. Un balcon de même composition que ces décrochements, borde sur deux côtés la partie supérieure du bail et forme une galerie à l’étage. L’escalier ne cause ainsi aucun encombrement, une marche de départ déborde seulement au droit de l’ouverture d’entrée à l’escalier. Le quatrième côté du Hall, faisant face au coin d'intimité, est percé de trois liantes et étroites fenêtres prenant jour sur la terrasse qui couvre le petit vestibule et la cuisine, et s’ouvrant par conséquent à la parte supérieure du plus haut côté du Hall qui est ainsi éclairé par le maximum de lumière. Les plafonds, les murs, les cloisons et les balcons sont peints en ton pierre légèrement crème permettant de faire valoir la riche totalité des bois. Le plafond du Hall est, en outre, décoré par des petites solives à section cariée cl par un encadrement de mêmes dimensions peints en bleu de France.

Deux des côtés, visibles sur une photographie, sont revêtus par de la menuiserie en merisier ciré : des bandeaux et une plinthe d’environ un centimètre de saillie et une boiserie formée d’éléments plats, de même largeurs que la plinthe avec un ornement les couronnant au-dessous du bandeau supérieur (ornement plat gravé au trait).

Sous l’escalier sont posés des rayons de même bois formant une bibliothèque au-dessus d’un socle de même nature constitué par la plinthe.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La maison d'habitation bourgeoise - Maison d'habitation bourgeoise - Façade postérieure - maisonbourgeoisefacadeposterieure1.jpg
Maison d'habitation bourgeoise - Façade postérieure

Dans un coin et encore sous cet escalier est située la cheminée en briques réfractaires romaines, rouges et plates avec un bandeau supérieur en saillie de deux centimètres et de la largeur d’une brique qui a permis de placer encore des rayons de même bois formant étagères pour des livres ou des objets d’art et de disposer deux fauteuils d’angles garnis de soie brochée ; c’est un charmant coin de feu éclairé discrètement par une petite fenêtre. Coin délicieux pour se chauffer, fumer et lire.

La menuiserie du hall, c’est-à-dire celle des fenêtres et des portes est peinte en jaune foncé assorti au bois qui le meuble et le décore. Une photographie montre le dessin des portes adoptées par M. Hamelet avec un seul panneau et trois glaces sous une partie légèrement cintrée. Elles sont simples et conviennent très bien à l’ensemble.

Les meubles sont en merisier ciré, composés et exécutés par Gallerey, c’est-à-dire d’une manière simple et avec bon goût : des parties droites, des panneaux plats avec quelques parties sculptées en faible relief d’un esprit très moderne et sans extravagance, représentant des fruits et des feuillages. Le corps du buffet est à deux pans biais surmonté de deux petites étagères garnies de glaces avec un tiroir, il est encastré dans une sorte de niche rectangulaire de peu de profondeur et surmonté d’un panneau peint à l’huile par Kvapil. Le dressoir occupé le trumeau du mur du fond du hall et est surmonté par un autre panneau décoratif du même artiste qui a représenté ainsi en deux tableaux les plaisirs à la campagne.

Un plafonnier de cuivre jaune se terminant en large coupe de cristal dépoli avec perles taillées et transparentes éclaire le Hall; il descend d’un grand motif de enivre carré, dentelé, repoussé, placé au centre du plafond et est l’œuvre de Ch. Blanc.

La chambre à coucher a des meubles en acajou avec deux petits armoires à glace formant pans coupés aux angles de la pièce, elles encadrent le lit dont elles sont séparées par une belle et très petite table de nuit. Ces deux armoires supportent-une grande tringle de cuivre qui soutient une draperie en soie brochée garnissant le mur à la tête du lit.

La salle de bain avec toilette, installée d’une façon très pratique, est éclairée par un châssis dormant donnant sur le vestibule d’entrée et garni d’un beau vitrail de couleurs représentant une vasque avec des gerbes d’eau stylisées.

La cuisine est avec hauts revêtements en carreaux grés cérame ton crème ou ton vert céladon, avec dallage de mêmes couleurs rehaussées de carrés de même matière en Ion noir. La menuiserie des fenêtres, garnies de six vitres carrées, est peinte en vert olive comme les meubles. L’aspect de cette cuisine, avec un grand fourneau de Robur est plaisant et gai.

L’architecte Hamelet a donc réalisé un ensemble agréable et charmant, pratique et relativement économique. Il convient d’ajouter que la Maison d’Habitation Bourgeoise a été un des endroits les plus fréquentés de l’Exposition et que chaque jour une « véritable procession » de visiteur l’a traversée, demandait les prix de la construction et des meubles... et l’adresse de l'architecte.


LA FONTAINE DU VILLAGE

Impossible de photographier « la Maison d’Habitation Bourgeoise » sans avoir sur le cliché « la Fontaine du Village », heureusement que ce n’est pas une de ces fontaines de style philippard comme nous en voyons souvent. Celle-ci est l’œuvre de l’architecte Schneider et est fort coquette.

Cette fontaine est constituée par un motif cimenté de plan octogonal, couronné par un bandeau droit à huit pans et par une calotte légèrement abaissée. Ce motif central est orné par des incrustations de mosaïque polychrome rehaussée d’or et porte quatre goulottes sur des faces alternées par lesquelles l’eau s’écoule dans la partie correspondante d’une sorte de bassin composé de quatre bacs alternant avec des jardinières fleuries.
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Message par worldfairs » 05 juil. 2018 08:30 pm

Maison d'habitation bourgeoise - Plans

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Maison d'habitation bourgeoise - Plans
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Maison d'habitation bourgeoise - Coupe
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