L'éclairage électrique

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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L'éclairage électrique

Message par worldfairs » 28 juin 2018 05:32 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 25 octobre 1925

Paris 1925 - Architecture, pavillons - L'éclairage électrique - Chambre à coucher de "Diméa" - eclairageelectriquechambreacoucherdimea.jpg
Chambre à coucher de "Diméa"

Il y a une tendance très marquée, — et combien heureuse ! — de considérer le luminaire comme faisant partie de la décoration. N’est-ce pas justement la lumière qui fait en grande partie le confort et la beauté d’un intérieur ? Son intensité, sa disposition, sa couleur, peuvent le transformer complètement. Il est donc tout naturel que les décorateurs aient cherché à en tirer le plus haut-parti.

Aussi rencontrait-on aux Arts Décoratifs, non seulement des luminaires qui s’harmonisaient parfaitement avec la décoration, mais qui souvent même en faisaient partie intégrante.

Quelques exemples feront comprendre notre pensée.

Certaines pièces sont ceinturées de corniches lumineuses en verre dépoli. Plus besoin de lustre au centre de la pièce : la lumière est diffusée partout.

Parfois, au lieu d’une corniche continue, il n’y a que des sections plus ou moins longues, encastrées dans les motifs architecturaux.

Une réalisation particulièrement originale est celle que nous avons vue dans un stand orné à chaque angle d’une colonne formée de cylindres verticaux juxtaposés qui, sur une longueur d’environ 50 centimètres, se prolongeaient jusqu’au plafond par des cylindres en silice translucide dans lesquels étaient logées des lampes.

Nous avons remarqué également une petite rotonde dont la voûte se recourbait pour former au centre une sorte de stalactite. Sur la partie retombante, qui était en verre, la décoration des murs se continuait : mêmes motifs, mêmes tons. Pendant le jour, il semblait que le tout n’était qu’une seule et même matière. A la nuit, la partie centrale s’éclairait en dégradé, le sommet, moins lumineux, se fondant délicatement avec la voûte, pour le plus grand charme des yeux.

Un grand magasin avait exposé une salle de bains dont les murs, les plafonds, le plancher étaient entièrement en verre. Des lampes, placées derrière ces parois translucides, baignaient toute la pièce d’une douce lumière. Grâce à un commutateur automatique, la couleur de l’éclairage variait alternativement.

L’éclairage indirect est de plus-en plus à la mode. Il consiste, on le sait, à diriger toute la lumière vers le plafond qui la diffuse dans la pièce. C’est le plus agréable, le plus suave. Il atténue les ombres jusques à presque les supprimer complètement. C’est celui qui se rapproche le plus de la lumière naturelle, c’est celui qui fatigue le moins les yeux.

On le réalise, soit au moyen de lustres formés d’une coupe opaque qui réfléchit la lumière au plafond, — soit en plaçant les lampes dans des corniches ménagées à cet effet, à 30 centimètres au moins au-dessous du plafond, — soit en les masquant dans des consoles, un meuble, une potiche de fleurs, etc...

Ce mode d’éclairage passe pour être assez onéreux, car l’absorption de lumière par le plafond oblige de prévoir, à éclairement égal, une consommation de courant supérieure à celle que nécessiterait l’éclairage direct ordinaire. Mais la différence de dépense entre les deux systèmes serait beaucoup moindre si, au, lieu de placer simplement les lampes sur une corniche en staff, on les munissait d’un réflecteur à grand rendement. Les réflecteurs en verre argenté sont dans ce cas les plus indiqués.

Sur une simple corniche, la poussière est difficile, pour ne pas dire impossible à enlever ; il faudrait avoir recours à un badigeon, mais on recule devant l’ennui de cette opération qui se traduit toujours par quelque souillure de l’appartement. Alors le rendement du dispositif baisse rapidement, une grande partie de la lumière étant absorbée dans la corniche elle-même. Les réflecteurs, eux, sont toujours faciles à nettoyer : une échelle et un chiffon suffisent à la lâche.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - L'éclairage électrique - Coulée de fonte - Pavillon de Nancy - eclairageelectriquecouleefontepavillonnancy.jpg
Coulée de fonte - Pavillon de Nancy

Une très jolie application d’éclairage indirect a été faite au Pavillon de Nancy à l’Exposition des Arts Décoratifs. Au centre de la rotonde d’entrée s’élevait la « Coulée de la Fonte », dont nous donnons ici une reproduction. La coupe supérieure contenait des lampes munies de réflecteurs argentés, qu’elle masquait complètement. La lumière, après avoir touché un plafond très décoré qu’elle mettait admirablement en valeur, était diffusée doucement dans toute la rotonde. C’est ainsi qu’était assuré l’éclairage général. De la stèle qui supportait la coupe, sortaient des Ilots de fonte incandescente, figurés par des ouvrages en verre chenillé, dépoli ou sablé, et bombé, teinté de l’intérieur par des lampes blanches et rouges, habilement disposées en vue d’obtenir un dégradé parfaitement fondu.

Quand on entrait dans la rotonde, on la trouvait éclairée, et cependant les seules lueurs visibles étaient celles de la fonte en fusion. Nul d’ailleurs ne pouvait contester que les jeux de lumière en constituassent la décoration capitale. C’est là un remarquable exemple de ce que peut produire l’artiste initié aux secrets de l'éclairage.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - L'éclairage électrique - Pavillon du tourisme - eclairageelectriquepavillontourisme.jpg
Pavillon du tourisme

Mentionnons encore le dispositif appelé « plafond lumineux » qui a souvent été employé aux Arts Décoratifs comme dispositif d’éclairage.
On sait en quoi il consiste : le plafond, on sa plus grande partie, est constitué par du verre « cathédrale » au-dessus duquel ont place des lampes. Si l’on veut que l’installation soit économique, il faut toujours munir celles-ci de bons et larges réflecteurs, qui rabattront toute la lumière vers le bas, et l’étaleront en même temps sur la surface vitrée. Il est nécessaire de disposer d’une hauteur suffisante au-dessus du vitrage pour que les foyers lumineux ne produisent pas de taches claires alternant avec des zones plus sombres.

À l’Exposition des Arts Décoratifs, on a obtenu de très jolis effets en constituant des plafonds lumineux au moyen d’un simple tissu de couleur tendu au-dessus de la pièce. Certes, l’absorption était assez élevée, mais on est arrivé ainsi à de très jolis effets à peu de frais. Ce dispositif, excellent pour une exposition de courte durée, n’est peut-être pas à recommander dans un appartement pour une installation permanente, comme trop susceptible d’emmagasiner les poussières. Néanmoins son usage dans des musées, des galeries d’art, donne toute satisfaction.

C’est une excellente méthode que d’éclairer l’alcôve du divan au moyen d’un petit plafond lumineux. L’encadrement de l’alcôve doit descendre assez bas pour masquer le verre. On obtient ainsi une impression de confort et de charme mystérieux.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - L'éclairage électrique - Salon du "Confortable" - eclairageelectriquestudioduconfortable.jpg
Salon du "Confortable"

Quand il y a une bibliothèque au-dessus d’un divan, on peut cacher quelques lampes sous l’avant-dernier rayon. Les livres ressortent sous la lumière vive et le lecteur, assis sur le divan, reçoit dans la direction la plus favorable, un éclairage abondant.

D’une façon générale, tout objet qui reçoit un éclairage particulier gagne cent pour cent. Chacun peut embellir son intérieur d’une façon surprenante en plaçant une petite lampe devant une gravure ou une photographie, dans une niche, devant le cadran d’une horloge, etc. Avoir soin seulement que la lampe ne puisse se voir.

Un vase illuminé intérieurement est toujours charmant.

Nous espérons que ces brèves considérations montreront l’importance capitale prise par l’éclairage à notre époque.

Beaucoup ont compris qu’il constitue l’un des procédés de décoration les plus efficaces et que, par suite, son étude approfondie est indispensable.
On est heureux de constater qu’un grand nombre d'architectes se préoccupent de l’éclairage dès le moment où ils établissent les plans d’un édifice et le considèrent comme un problème de première importance, de même que le chauffage, la ventilation, le choix des matériaux, l’harmonie des lignes ou des couleurs. Le temps est passé où ils ne songeaient à la lumière qu’une fois la construction terminée. Désormais, conscients de l’importance de l’éclairage, ils prévoient dans, leurs projets tous les logements où viendront se placer les foyers lumineux : corniches, consoles, faux-plafonds, niches dans les murs, — car très souvent le luminaire fait corps avec l’architecture et la décoration. Ou bien, s’il s’agit d’un lustre ou d’une applique indépendante, l'architecte ne laisse à nul autre le soin de les choisir.

On trouve le même état d’esprit chez les décorateurs qui, décidés à user largement de la lumière, l’ont incorporée à leurs compositions.

Les conceptions artistiques des uns et des autres ont été admirablement servies par les fabricants, qui ont réalisé avec un talent remarquable les luminaires les mieux adaptés aux idées nouvelles.

La majorité d’entre eux a su appliquer les principes rationnels diffusés chaque jour davantage par les techniciens de l’éclairage. Si, en effet, l’éclairage est un art, il est aussi une science, cl c’est seulement en se basant sur une technique solide qu’on peut prétendre trouver les solutions les plus parfaites.

Des premiers contacts entre la science et l’art est déjà sortie une profusion d’œuvres remarquables qui ont fait l’étonnement du monde.

Nos Expositions de 1925 ont été une surprenante révélation pour beaucoup d'étrangers, qui ont senti que, d’un seul coup, la France avait pris sur les autres nations une avance impressionnante dans la voie de l’art et du progrès.

Si l’industrie française veut récolter la riche moisson dont lèvent déjà les germes pleins de promesses, il lui suffira de poursuivre énergiquement ses efforts en les coordonnant encore davantage. Que surtout elle rende chaque jour plus étroite la collaboration de nos artistes et fabricants incomparables, avec les techniciens de l’éclairage.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

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