Le bassin des Nymphéas

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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Le bassin des Nymphéas

Message par worldfairs » 27 juin 2018 01:44 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 25 octobre 1925

Paris 1925 - Architecture, pavillons - Le bassin des Nymphéas - bassindesnympheas.jpg

Le bassin des Nymphéas est situé à l’Esplanade des Invalides, près les Pavillons de la Manufacture Nationale de Sèvres, entre la Tour de Bourgogne et celle de Champagne, dans un carrefour elliptique qui augmente encore la surface macadamisée de la grande avenue axiale, mal situé par conséquent parce qu’il lui manque le cadre de verdure nécessaire, au centre duquel il devrait être placé. Il est au milieu de cette grande surface de macadam et de trottoirs entre les tours énormes et les pavillons massifs de Sèvres, auprès de ces grands vases qui l’écrasent. Pourquoi a-t-on donné cet emplacement à une œuvre aussi délicate, aussi gracieuse. Il est à supposer qu’on a voulu donner une place d’honneur à son auteur et on lui a donné tout simplement une place publique.

L’architecte A. Laprade mérite, en effet, d’être connu du public comme il l’est parmi ses confrères. A l’Ecole des Beaux-Arts on remarquait déjà l’élégance de sa personne et de ses travaux. Artiste toujours animé du désir de faire quelque chose d’élégant, l’architecte Laprade a été appelé, il y a quelques années, par les circonstances à partir au Maroc, puis à y séjourner; il y a travaillé et fait des constructions remarquables.

M. Laprade s’est laissé ainsi entraîner vers l’art des jardins. C’est un architecte moderne qui comprend le modernisme, qui allie la beauté à la simplicité, mais il n’est pas de ceux qui le conçoivent avec excentricité. Il veut rester dans une mesure qui nous paraît juste.

Répondant à une question qui lui était posée par « la Vie à la Campagne » sur ses idées sur l’art des Jardins, M. Laprade les a exposées avec une certaine originalité, u Nous sommes à une époque où l’art des Maisons, des Intérieurs, des Jardins, suit tous les caprices d’une mode changeante, comme celle des costumes. Une trouvaille reproduite par l’image, est vite copie, recopiée et usée. Six mois après, on ne peut plus la voir. Il faut toujours chercher du nouveau, « n’en fut-il plus au monde », et se renouveler par une sensibilité constamment en éveil. Je vois l’art, sous l’angle du plaisir, de la fantaisie et de la joie. Mon long séjour au Maroc, les Jardins que j’y ai dessinés ou réalisés m’ont quelque peu influencé, et je rêve toujours de ces « Riads » où tout est ordre et beauté, luxe, calme et volupté ». Bien entendu, il ne s’agit pas de pastiches à réaliser sous le ciel de l’Ile-de-France; mais j’avoue avoir un fol amour des fleurs encastrées dans l’architecture, qu’elle soit de gazon, de briques, de marbres on même de béton... Plus loin, il ajoute quelques vérités : « La guerre nous a appauvris. On voit plus petit... On étale moins, on enfle moins les Jardins, on ne cherche plus à donner l’impression d’être propriétaire de tout le pays. On se replie sur soi-même. On en reviendrait presque, sans l'influence de craintes sociales, à la formule des jardins intérieurs et des Patios. Se restreignant en surface, on gagne en raffinement, en utilisant de très beaux matériaux. Tout cela apparente les programmes nouveaux avec les programmes de l’Islam, et il est incontestable que nous subissons une grande influence méditerranéenne, espagnole, marocaine. Ayant beaucoup travaillé au Maroc, tant à des relevés de jardins existants qu’à la réalisation de jardins nouveaux, nous avons puisé là le goût de l'architecture colorée des faïences, des eaux courantes, des fleurs en grandes masses monochromes ».

D'autre part, on peut observer que dans la plus grande partie de la France, en Italie et en Espagne la végétation ne peut donner son maximum de beauté et de coloris que pendant une courte partie de l’année ; que les plantes cessent de pousser et de fleurir au cours de l’été à cause de la chaleur et de la sécheresse, qu’en France durant l’hiver l’effet de la végétation a presque disparu et que l’architecture doit suppléer par ses formes et ses couleurs à la végétation pendant la plus longue partie de l’année.

M. A. Laprade nous fait remarque la nécessité de moins paraître (non seulement par crainte de la fiscalité mais aussi, et c’est sous-entendu, pour diminuer les frais d'entretien), on doit se restreindre en tout par ces temps de vie chère et on doit restreindre son jardin. C’est donc là tout le programme des nouveaux jardins : ils seront de surface plutôt petite, rehaussés par l’architecture qui y apportera la permanence du coloris et de la ligne et qui en diminuera les frais d’entretien. C’est justement ce que cet architecte, a réalisé d’abord au Bassin des Nymphéas, puis au Jardin des Oiseaux au Cours-la-Reine.

Nous ne décrirons aujourd’hui que le Bassin des Nymphéas qui nous semble quelque peu nu puisque c’est presque une cour au milieu d’une place publique.

Ce bassin de forme ronde est au centre d’un ensemble circulaire limité par un mur-bahut ouvert par quatre arcades à plein cintre. Le mur très bas et les arcades sont revêtus de marbre rouge étrusque veiné de blanc dont la découverte dans le Var est toute récente. La partie supérieure de chaque arcade forme un socle bas et cylindrique soutenant une statue dorée représentant une petite fillette assise en une pose fort naturelle, œuvre gracieuse et charmante due au sculpteur Letourneur. Les paiements des arcades sont formés de chaque côté par huit gradins hauts et légèrement arrondis, ils sont complètement plats et contiennent une gouttière large aux angles également arrondis qui s’étend aussi dans l’épaisseur du mur-bahut. Cette gouttière en ciment est ornée de cubes de mosaïque dorés incrustes. L’eau que déversent lentement les figures dorées tombe de gradin en gradin pour se répandre dans la gouttière et alimenter ensuite le bassin.

La margelle du bassin est d’un profil fort simple, la partie supérieure est formée par deux plans inclinés et circulaires, celui de l’intérieur étant moins large que l’autre. Cette margelle est faite de bandes transversales de marbre noir veiné de blanc (marbre antique), alternées avec des bandes semblables et de même largeur en marbre jaune de Sienne limitées par de larges traits gris de ciment incrustés de cubes de mosaïque dorée. Le bassin est alimenté par l’eau cascadant lentement sur les gradins des arcades et qui continue à couler dans la gouttière du mur où elle se perd pour réapparaître en quatre points sur la margelle du bassin dans des petites vasques d’or mosaïquées pour s’épandre lentement et devenir dormante.

Au droit du muret, à l’intérieur et entre les arcades, sont quatre lacs encadrés par un bandeau plat de marbre jaune de Sienne contenant de grosses touffes bombées et rondes de capucines. Au lieu de ces touffes de capucines, qui sont la seule décoration florale de ce jardin, forcément un peu floues, M. Laprade préférerait, pour le même ensemble entouré par de la verdure, des dés placés dans ces cadres de marbre jaune, dés à riche coloration qui rehausserait l’effet de l’ensemble et du dallage. Ce dallage est en briques rouges posées sur leur épaisseur, rompu par des bandes de marbre jaune de Sienne posées en lignes obliques et constituant des glands motifs géométriques, encadrant les différentes parties du dallage. Sous chaque arcade est un palier elliptique de marbre jaune de Sienne entouré par une bordure de briques rouges et en contre-bas d’une marche sur le trottoir extérieur entourant le muret ; de ce perron une autre marche descend au jardin.

Sur l’eau glauque du bassin s’étalent les feuilles rondes des nymphéas (nénuphars) avec leurs fleurs roses, cuivrées ou mauves. Quatre petits dés de ciment aux crêtes supérieures arrondies, incrustés de carrés de mosaïque d’or émergent de la surface et permettent aux jardiniers, avec des planches, d’aller soigner les fleurs.

La composition de M. Laprade est réussie, les marbres apportent la richesse ; mais la partie florale est insuffisante à cause du manque de crédits. Combien nous paraîtrait agréable et joli cet ensemble qui demande à être vu de haut dans un cadre de verdure avec des socles d’arbustes verts laissant les arcades bien dégagées avec le parement intérieur du muret tapissé d’une végétation vigoureuse et sombre ne fleurissant pas pour laisser tonte la valeur à la belle couleur des arcades et aux riches tonalités de la margelle. Alors l’œuvre de Laprade nous apparaîtrait avec toute sa beauté, avec toute sa grâce, avec toute son élégance et ce serait parfait parce que l’ensemble aurait l’effet désiré par l’auteur.
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