La Maison du Tisserand

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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La Maison du Tisserand

Message par worldfairs » 25 juin 2018 02:15 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 11 octobre 1925

M. Emile Brunet, architecte, a construit au Village Français « la Maison du Tisserand », c’est-à-dire la petite maison d’un artisan comprenant son atelier et son logement. L’auteur s’était proposé d’abord d’y installer un potier, par suite des circonstances elle est devenue la Maison du Tisserand et ce changement n’a pas été désagréable puisqu’il a permis à de nombreux architectes et particuliers de mieux connaître les toiles à tentures de la Manufacture de Linge.

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La Maison du Tisserand

Nous avons été un peu étonné de trouver une petite maison composée par cet architecte, car M. Emile Brunet ayant été formé à l’école du Maître de Baudot et étant architecte des Monuments historiques, se consacre particulièrement aux grands édifices et aux églises. Peut-être M. Brunet a-t-il voulu, en continuant au Village Français, appuyer ses idées sur les matériaux apparents et montrer ce que-l’on peut faire avec la belle brique moderne. On retrouve, en effet, à sa maison du Tisserand la brique qu’il emploie actuellement à l’édification de l’Eglise Saint-Léon, situé à Paris, place Dupleix et où elle restera apparente à l’extérieur et à l’intérieur; l’état actuel des travaux de ce bel édifice permet de juger déjà de l’œuvre de cet architecte et du bon emploi de la brique.

La Maison du Tisserand a un plan très simple et est plutôt la présentation de deux façades qui s’opposent; le rez-de-chaussée seulement a été réalisé et la salle à manger a permis de présenter des meubles de Gallerey et un beau vitrail de Gruber. La décoration intérieure, extrêmement simple, pourrait cependant être adoptée par un ouvrier ayant du goût. La salle à manger peut servir également de réception et s’ouvre largement sur l’atelier parce qu’il s’agit d’une exposition, alors qu’ailleurs elle serait plus isolée par une cloison percée par une porte de communication donnant sur l’atelier-magasin. L’architecte a utilisé au mieux le plan du terrain : la façade principale se raccorde à gauche à l’alignement d’une large construction (la Mairie) et à droite à un alignement beaucoup plus en arrière que le premier, celui d’une maison de moindre largeur (la maison d’habitation bourgeoise); l’auteur au lieu de se tenir à une simple partie de façade biaise a préféré une avancée à deux pans et a obtenu ainsi une meilleure disposition pour la vue des visiteurs regardant l’ouvrier par les baies donnant sur la rue, une meilleure lumière et une façade plus agréable. Cette partie avancée permet aussi de mieux faire ressortir sur les alignements de la Place du Village la belle enseigne en fer forgé de la Manufacture de linge.


Les Façades

La façade principale qui s’élève sur la place est celle que représente la plus grande photographie. Elle est en brique « Amiantine » d’un ton jaune pâle avec briques d’un ton plus teinté, d’un jaune plus soutenu à la partie supérieure des trumeaux. Il n’y a pas de soubassement, les appuis des fenêtres et des baies ont leur arête arrondie. Tous les tableaux des fenêtres et des baies sont à arêtes vives, tandis que ceux de la porte d’entrée et de la porte-fenêtre à l’étage sont à arêtes arrondies, ce qui rompt agréablement la monotonie habituelle.

Les linteaux au rez-de-chaussée sont remplacés par un long bandeau en ciment armé sans saillie qui sert aussi de chaînage. Ce bandeau assez haut a permis à l’architecte de faire une décoration nouvelle; la partie basse, large, est ornée par des stries minces et gravées, tandis que sa partie haute est formée d’une ornementation composée de triangles de mosaïque jaunes incrustés dans le ciment qui garnit aussi toute l’épaisseur de l’auvent de la porte d’entrée, lequel est à deux faces biaises. La partie avancée qui s’élève au centre du bâtiment se continue en brique amiantine apparente, tandis que les deux parties plus basses de la façade sont décorées par une haute frise peinte à la fresque. Cette frise représente des grandes fleurs bleues cernées de blanc posées en groupes sur un feuillage vert se détachant sur un fond jaune d’or treillagé de rouge.

Le haut de la partie avancée est constitué également par un large bandeau en ciment armé sans saillie formant linteaux des fenêtres et de la baie, tandis que les autres parties de façade se terminent par des briques disposées de manière à former une ornementation toujours sans saillie.
La toiture est formée par des versants à fortes pentes, tandis que celle de la partie haute et avancée est assez plate. La maison est couverte en tuiles rustiques de couleur naturelle, dont l’heureuse teinte produit un effet que la patine du temps rendrait encore plus séduisant.

Toutes les menuiseries extérieures, la partie apparente du voligeage au dessous des saillies de toitures et le chevronnage sont d’une belle teinte jaune.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La Maison du Tisserand - La Maison du Tisserand - Salle à menager - maisontisserantsalleamanger.jpg
La Maison du Tisserand - Salle à menager

Un joli balcon de Borderel et Subes en fer forgé, d’un dessin très agréable, forme un couronnement plaisant au porche fermé par une grille articulée.

Deux potences en fer forgé à trois volutes se réunissent pour en former une seule soutenant l’enseigne de la Maison; c’est une plaque découpé donnant en silhouette et en buste le Tisserand travaillant au métier, avec une partie basse ajourée portant en lettres découpées et dorées le titre de la Maison « Atelier de la Manufacture de linge ». Cette belle enseigne, cependant fort simple, est l’aussi l’œuvre de Borderel et Subes.

La façade opposée donnant sur les rives de la Seine est naturellement construite de la même manière, mais avec de légères variantes. La disposition de deux fenêtres hautes et étroites éclairant l’escalier et de deux soupiraux au-dessous de celles-ci ont amené l’architecte à employer, au lieu d’un long bandeau en ciment comme celui au-dessus du rez-de-chaussée de la façade principale, des linteaux en ciment armé toujours avec des stries minces et gravées. Les linteaux de la petite porte d’entrée et de la baie arrondie sont surmontés par un bandeau en ciment décoré de trois filets mosaïques jaunes interrompus de place en place, avec leurs espacements garnis de carrés de mosaïque de ton bleu foncé; ce bandeau s’avance pour former auvent à faces biaises au-dessus de la porte. M. Emile Brunet pour laisser à cette entrée s’ouvrant sur le vestibule toute la lumière désirable, a conçu un auvent formé d’un bandeau entourant une partie horizontale creuse, percée de trous garnis de verres blancs épais dits culs-de-bouteille. Les arêtes supérieures et inférieures du bandeau et de l’auvent sont arrondies, tandis que les arêtes verticales sont vives. La toiture bombée de la partie arrondie du rez-de-chaussée est en ciment incrusté d’un semis de petits cubes de céramiques bleus et jaunes. Cette façade est enfin bordée par deux longues jardinières fermées par des murets en brique amiantine à arête arrondie.


Les Intérieurs

La Salle à manger serait simple si Gruber et Gallerey n’y avaient apporté une note quelque peu élégante.

La baie en arrondi est, en effet, garnie par un vitrail du Maître verrier formant encadrement décoré à une croisée de milieu. La composition due à Gruber est particulièrement amusante, les impostes sont occupées par des songes se poursuivant tandis que les parties latérales sont décorées par des feuillages du milieu desquels s’élève à la partie gauche un serpent menaçant et à la partie droite s’envolent des oiseaux.

Un côté est occupé par une cheminée dont le foyer est surmonté par un bandeau mosaïqué jaune avec une sorte de manteau avancé en cuivre et encadré par de hauts montants en brique amiantine soutenant une longue et basse vitrine en noyer ciré à trois portes à glaces biseautées assorties aux meubles.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La Maison du Tisserand - La Maison du Tisserand - maisontisserant1.jpg
La Maison du Tisserand

Les meubles sont de Gallerey qui reste dans une note très simple et qui nous a plu toujours d’une façon particulière. Ses meubles très sobres sont rehaussés par de belles sculptures modernes toujours en faible saillie. Ici, c’est un buffet de forme basse avec deux vantaux et quatre tiroirs en son milieu portant une longue et basse vitrine à deux portes garnies de glaces biseautées une table de forme longue, octogonale par ses petits pans d’angles, des chaises garnies de cuir rouge foncé et deux petits meubles placés de chaque côté de la cheminée avec une porte à panneau assortis au buffet avec étagère et remplaçant un dressoir.

Ces meubles en noyer ciré tranchent sur un sol en mosaïque formé de motifs rectangulaires de ton jaune pâle bordés de filets blancs et de filets rouges et rehaussés de carrés noirs. Les murs de la salle à manger, du vestibule et de l’atelier-magasin sont tapissés avec de la toile dite paysanne simple et jolie fabriquée naturellement par « la Manufacture de linge ».

Toute la menuiserie intérieure de la maison est aussi peinte en jaune pâle.

Le plafond de la salle à manger est gris avec un solivage de ton rose thé, le fond gris est agrémenté de filets jaunes interrompus par des carrés de même largeur et de ton bleu foncé.

L’Atelier-Magasin occupé par deux ouvriers et deux métiers à tisser a un plafond également gris avec même solivage, mais de ton jaune comme la menuiserie et un poutrage de même couleur; le sol est en mosaïque avec gros éléments irréguliers de ton blanc crème.

Les croisées et les baies sont garnies d’une glace, surmontées d’une imposte décorée par des vitraux d’une tonalité générale grise et blanche avec un motif central tiré de la flore de mêmes couleurs rehaussée de parties jaunes. Ces vitraux sont d’une conception intéressante, puisque tous leurs éléments ont presque la même tonalité et se différencient seulement par la nature même du verre qui varie dans son ornementation moulée offrant des fonds de différentes compositions ornementales. Nous nous proposons de revenir sur ces vitraux dont l’emploi a été fort répandu à l’exposition.
Les deux hautes et étroites fenêtres éclairant l’escalier sont garnies de vitraux de même nature.


En résumé, dans « la Maison du Tisserand », l’architecte Emile Brunet a tenu à nous montrer que l’on peut obtenir un ensemble agréable avec des moyens économiques, en laissant à la brique tout son caractère; il a réussi aussi à nous montrer que l’on pouvait faire quelque chose de nouveau en architecture en supprimant toute saillie, tout bandeau aux façades, en supprimant même la corniche, en ne conservant que la saillie indispensable aux appuis des fenêtres. L’éloge du talent de M. Emile Brunet n’est plus à faire, nous le retrouvons à sa belle église Saint-Léon, dont nous entretiendrons nos lecteurs.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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Re: La Maison du Tisserand

Message par worldfairs » 26 juin 2018 07:03 pm

La Maison du Tisserand - Plan

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La Maison du Tisserand - Plan
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