Les jardins

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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Les jardins

Message par worldfairs » 21 juin 2018 02:15 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 11 octobre 1925

Les jardins de l’Exposition peuvent être classés en trois catégories :
La première comprend les jardins du ressort de l’administration, c’est-à-dire ceux englobés au Cours-la-Reine dans le périmètre de l’Exposition et les simples plates-bandes bordant l’avenue Galliéni.

La deuxième se compose des jardins dont la création a été confiée à des jardinistes et à des architectes.

La troisième a des jardins d’une composition particulière qui constituent plutôt une décoration spéciale confiée à l’architecte Lambert pour orner l’avenue Galliéni et masquer les ouvertures d’aération de la gare souterraine des invalides.

Nous ne nous occuperons pas des jardins de la première catégorie puisqu’ils sont du type de ceux de la Ville de Paris et n’offrent aucun caractère particulier.

La deuxième catégorie, la plus importante, comprend des jardins enclavés dans ceux du Cours-la-Reine et réalisés par MM. Laprade, Ploquin ou Marrast, architectes, très bien composés et fort jolis, des jardins dépendant de pavillons particuliers tel, par exemple, celui du Pavillon des Alpes-Maritimes, agréablement décoré de belles pergolas par M. Ch. Dalmas, architecte à Nice, et enfin d’autres jardins confiés à des architectes et situés sur l’Esplanade des Invalides. Celte catégorie très intéressante mérite une mention particulière et nous la traiterons assez longuement.

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Jardins de M. J. Lambert

Les Jardins de M. J. Lambert

Les Services de l’Exposition ont confié à M. Jacques-H. Lambert le soin de composer et réaliser des jardins sur l’Esplanade des Invalides de chaque côté de l’avenue, pour masquer les grandes ouvertures d’aération des chemins de fer de l’Etat. M. Jacques-H. Lambert a accepté avec beaucoup d’empressement l’offre qui lui était faite parce que ces jardins étaient particulièrement intéressants par les conditions imposées à l’architecte : il lui était tout simplement interdit de toucher au trottoir et au sol constitué par un plancher en béton situé au-dessus des voies.

La photographie permet de comprendre aisément l’ingénieuse création de M. Lambert. L’auteur a encadré les emplacements des différentes parties de ses jardins par une bordure moulurée en ciment posée sur le sol et a garni ces sortes d’encadrement de terre végétale pour former une plate-forme dont le niveau est plus élevé sur les côtés opposés à la chaussée de l’avenue Galliéni. Sur cette plate-forme il a établi une décoration architecturale et florale très originale.

Sur chaque trottoir est disposée une de ces plates-formes entourées de ciment et couvertes de gazon, chacune de ces extrémités est séparée d’une autre plateforme plus petite par une large allée se dirigeant vers les galeries latérales à l’Esplanade. Les grandes plates-formes ont leurs bordures à angles en pans coupés, leur longue ligne de façade est rompue par un décrochement permettant de placer un banc.

Ces plates-formes sont limitées sur leur plus grand côté et en leur milieu par une sorte de grand buffet constitué par des pans, flanqué de chaque côté par un autre buffet, plus petit, également formé de pans; ces trois buffets de ton grenat ont leurs arêtes marquées par un filet bleu de France. Le buffet du milieu supporte quatre rangées de pots colorés en céramique émaillée et les autres ^buffets trois rangées de pots semblables garnis de géraniums, les gradins sont de couleur grenat et les tablettes ont leurs épaisseurs peintes au ton bleu de France. Ces trois motifs sont enfin surmontés d’une touffe de fleurs. Les trois buffets sont adossés contre des sortes de frontons formés de trois épaisseurs de longues dents arrondies alternées de ton vermillon orange, bordées de filets d’azur.

Huit hauts pylônes octogonaux de forme élancée, encadrent l’ensemble, ces pylônes de ton vermillon orange aux arêtes peintes en bleu de France ont leur partie supérieure dorée et surmontée d’une sorte de grande fleur, de tulipe de même couleur rouge aux pétales nervés et bord^; d’or avec petits pétales rouges et dorés se retournant pour former une sorte de bandeau de couronnement. De cette fleur retombent d’étroites draperies et de minces chutes dorées. Chaque fleur est surmontée d’un cabochon lumineux en verre dépoli blanc opaque.

L’ensemble est adossé enfin à une élégante barrière en bois de ton vermillon orange épousant les angles de cette sorte de jardin pour former retours sur les côtés afin d’entourer un massif d’arbustes masquant l’ouverture d’aération du chemin de fer. La barrière est ornée par des sortes de grands disques en staff formés par des écailles d’or bordées de blanc.

Cette grande pelouse agrémentée à chacune des extrémités de la bordure de façade par deux grandes jardinières de forme octogonale noires rehaussées d’ornements géométriques très simples de couleur vermillon orange.

Chaque jardin est, complété par deux cintres plus petits décorés chacun par une barrière aux mêmes ornements flanquée par un pylône semblable.

Cette description rapide permet de faire ressortir l’heureux effet obtenu par M. Jacques Lambert. Ces jardins de couleur très soutenue sont des repos à la vue dans l’ensemble de l’avenue pâle et décolorée, ils établissent aussi une liaison entre les deux côtés de cette large voie. L’élégant ensemble de cet architecte dont les œuvres méritent d’être connues est agrémenté de statues dues à des sculpteurs de grand talent : Max Blondat, Sarrabezolles, Yvonne Serruys, Stoll, Poncin, Albert Real del Sarte, Auguste Guénot, Escoulat, Guillaume.

Le soir une longue herse grillée garnie d’une ligne d’ampoules et de deux grands tubes lumineux, installée par Paz et Silva, donne à l’ensemble l’effet d’un jardin de contes orientaux baigné de lumières aussi douces que jolies; cette herse est dissimulée à la vue derrière une longue ligne de buis.

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Jardin du pavillon des Alpes Maritimes

Le Jardin de M. Guevrékian

Différentes parties de l’Esplanade ont été confiées à des architectes pour y établir des jardins entre des pavillons ou des galeries; l’un d’eux a eu un bel emplacement formant angle en face de la Bibliothèque à droite de la Cour des Métiers, cet architecte est M. Guevrékian. M. Guevrékian ne s’est inspiré d’aucun jardin ancien, c’est certain, et n’a obéi à aucune règle sur les jardins, c’est encore plus certain. L’ensemble est bordé d’une haute barrière couverte de rangées de triangles de verre suspendus et disposés en lignes; cette barrière forme un angle occupé par un bassin qui a l’apparence d’une fosse à décanter certains produits ou résidus de fabrication, celte fosse d’une élégance cubique est ornée d’une grosse boule formée de facettes en verres de couleurs tournant autour d’un pivot.

Pour permettre à M. Guevrékian d’occuper cet emplacement, on a refusé un projet élégant proposé par M. Ploquin, architecte paysagiste, lequel devait y placer une charmante fontaine, œuvre d’un sculpteur éminent, M. Prozinski, représentant une femme étendue dans un bassin et un bélier, laquelle a été reléguée dans un coin désert du Cours-la-Reine. On nous permettra de le regretter.

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Cour-Jardin de MM. Vacherot et Riousse

La Cour-Jardin de MM. Vacherot et Riousse

M. Vacherot, le maître jardiniste et M. André Riousse, architecte de jardins D.P.L.G. ont composé une Cour-Jardin située à l’Esplanade entre le Pavillon de Mulhouse et l’Hôtel du Collectionneur.

Cette cour quadrangulaire, de 18 mètres de côtés, qui devait servir de passage entre l’Esplanade et la Galerie du côté de la rue Fabert et, par conséquent, avoir des dégagements larges pour permettre une circulation facile des visiteurs a perdu par cela même son caractère d’intimité qu’auraient désiré lui conserver ses auteurs; ce caractère intime a été encore atténué par l'exécution au cours des travaux de l’Hôtel du Collectionneur, d’une porte d’entrée s’ouvrant sur ce délicieux petit jardin. Cette cour fleurie s’harmonise très bien cependant avec l’architecture élégante de cet hôtel dû à l’architecte Patout.

La composition de cette Cour est classique, sa réalisation lui donne un caractère quelque peu moderne dû à la disposition des plates-bandes Morales, à l’arrangement et à la composition des fontaines d’angles, à l’emploi des pergolas et surtout du ciment incrusté de petits cailloux ou de petits carreaux de gré cérame noirs et blancs de Gentil et Bourdet. L’emploi du ciment nécessitant des coffrages que des raisons d’économie ont amenés aux formes droites a conduit aussi à l’emploi d’éléments de composition rectilignes qui ont modernisé l’ensemble.

La Cour est divisée par deux allées suivant les axes, à leur croisement est une fontaine de marbre blanc due à l’excellent sculpteur Max Blondat. Le bassin de cette fontaine est circulaire, la margelle est ornée de 3 cannelures qui l’entourent. Du centre du bassin s’élèvent six colonnettes de marbre soutenant trois plateaux circulaires assez minces aux tranches complètement droites, légèrement espacés, de diamètres de moins en moins large, supportant une boule sur laquelle se tient un bébé nu, cette délicieuse statue aujourd’hui si connue est une des plus belles compositions de Max Blondat. L’eau arrive au centre du premier plateau pour s’étendre et s’écouler lentement de ces grands disques de marbre dans le bassin. C’est la fontaine de l’Equilibre, le Sculpteur a représenté admirablement l’enfant qui se tient sur cette boule, la position des bras indique très discrètement la crainte du bébé ayant peur de tomber.

Chacun des angles de la Cour-Jardin est occupé par une fontaine en ciment, composée par le Maître sculpteur Moreau-Vauthier, avant comme motif principal une tête de faune supportant une vasque. Nous donnerons prochainement la description de ces fontaines avec une reproduction qui en montrera toute la beauté et l’originalité.

Les deux portiques d’entrée sont des pergolas, des pergolas 'treilles avec quatre piliers quadrangulaires en ciment caillouté, surmontés d’une frise étroite en carreaux céramiques noirs et blancs. Ils sont à hauteur d’un palier élevé au-dessus d’un perron de trois marches également en ciment. L’abri du banc est aussi une pergola semblable, mais soutenue de chaque côté par un seul pilier avec banc placé sur un socle. Le jardin a -donc par la surélévation des sols des portiques-treilles d’entrée, du portique-abri du banc et des deux plans des fontaines d’angles gazonnées, le caractère d’un jardin creux.

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Cour-Jardin de MM. Vacherot et Riousse

Les murets limitant les allées et les passages indiqués au plan et représentés sur la photographie, sont également en ciment caillouté et ornés d’un étroit bandeau céramique formé d’éléments noirs et blancs alternés. Cette céramique donne, en outre, la liaison de composition avec les piliers des pergolas décorés d’une frise de même nature.

Sur le sol, les murets sont bordés par un large bandeau en ciment caillouté encadrant le- sol de la cour-jardin qui est en briques.

Une bordure gazonnée entoure le bassin central.

Les bois des portiques sont de ton rouge assez foncé sans aucune ornementation et sont agrémentés de rosiers sarmenteux et de chutes de capucines.

Les plantations tranchant sur les lapis de gazon servent d’encadrement, de garniture et de décor floral. Une haie d’ifs entoure la Cour-Jardin et en souligne le dessin en formant écran. Chaque fontaine est ornée par des thuyas et des cyprès pleureurs qui constituent un fond charmant à chaque angle.

La décoration Morale est encore rehaussée par des Meurs débordant de grands et jolis pots rouges de Sienne composés et exécutés par Cesbron.

Les photographies que nous publions ne donnent qu’un effet incomplet de ce bel ensemble, celle que nous donnerons avec l’Hôtel du Collectionneur est plus intéressante car elle fait ressortir les détails de la Cour-Jardin qui met en valeur la belle façade de Patout et « la Statue de l’Equilibre ».

Comme conclusion, nous ne pouvons que reproduire l'appréciation de M. Albert Maumené, un fin connaisseur dans l’art des Jardins :
Simplement, rationnellement, en jardinistes expérimentés et de talent, MM. Vacherot et Riousse ont réalisé une œuvre achevée, intéressante, robuste et jolie, pleine de qualités et de recherche affinée.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

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Message par worldfairs » 23 juin 2018 08:17 pm

Plan du jardin de la Cour-Jardin de MM. Vacherot et Riousse

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Plan du jardin de la Cour-Jardin de MM. Vacherot et Riousse
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