Le Village Français et les Pavillons Régionaux

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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Le Village Français et les Pavillons Régionaux

Message par worldfairs » 19 juin 2018 12:58 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 4 octobre 1925

Paris 1925 - Architecture, pavillons - Le Village Français et les Pavillons Régionaux - villagefrancais.jpg

Dans son numéro du 22 août dernier, L’« Illustration » publie un article de son collaborateur Léandre Vaillat. Le distingué critique du « Temps » semble partir en campagne contre la Normandie avec plus de complaisance pour la Champagne. Il attaque d'une façon générale les architectes qui « aménagent les lieux de la Région de Deauville, d’Houlgate et de Cabourg selon le système Cornuché » et d'une façon particulière les architectes Lelong et Chirol, auteurs du « Clos Normand » à l’Exposition des Arts Décoratifs.

M. Léandre Vaillat écrit : « Voici le Clos normand où l’on mange de la cuisine normande ; mise à part cette gastronomie, je ne vois point ce qu’il y a de normand dans ce restaurant entouré, d’une terrasse. Il est vrai qu’en Normandie même la plupart de ceux qui construisent ne semblent pas se douter de l’existence d’un style régional, très marqué et justifié aujourd’hui encore par le climat et les matériaux naturels. Parcourez la région de Deauville, de Houlgate et de Cabourg ; regardez les « Villas » de ces lieux aménagés selon le système Cornuché, et dites-moi quel rapport il y a entre ces décors d’opéra-comique et la physionomie des vieilles fermes qui, avec leurs murs à pans de bois et leurs toits de chaume au milieu des vergers font penser à une robe d’indienne sous un chapeau de paille. O vous, Madame Lucie Delarue-Mardrus, qui avez si bien décrit les paysages normands, qui vivez au milieu d’eux, levez l’étendard de la croisade pour que I on construise désormais, en Normandie, de vraies maisons normandes ; nous mettons notre espoir en vous. »

Je ne sais si les architectes Lelong et Chirol mettent leur espoir en moi pour les soutenir contre... cette croisade, mais je ne doute pas qu’ils aient pensé en lisant l’article de L’« Illustration » : « Voilà un critique qui ne connaît pas très bien le Règlement de l'Exposition et il est à espérer que le Rédacteur de la « Construction Moderne » connaît mieux les raisons qui nous ont conduits à construire ainsi le « Clos Normand ».

Le règlement de l’Exposition mentionne que « sont admises à l’Exposition les œuvres d’une inspiration nouvelle et d’une originalité réelle exécutées et présentées par les artistes, artisans, industriels, créateurs de modèles et éditeurs et rentrant dans les ails décoratifs et industriels modernes.
« En sont rigoureusement exclues les copies, imitations et contrefaçons des styles anciens. »

Les architectes Lelong et Chirol se sont inspirés de ces deux paragraphes pour soumettre au Jury d’admission un projet. Aimant le Normand, « imbus des paysages normands, vivant au milieu d’eux », leur projet a paru trop normand à ce Jury et a été rejeté. Ils ont été invités à en présenter un deuxième qui a été accepté et réalisé. Voilà en quelques lignes l’histoire du « Clos Normand ». La construction est « à pans de bois et à charpente avec fermes avec longues jambes de force et entraits retroussés ».

M. Léandre Vaillat traite plus loin de la Maison d’Alsace par E. Haug et de la Maison Bretonne par Lucien Vaugeois avec plus de complaisance parce qu’elles semblent, à son avis, se rattacher mieux au régionalisme de leurs provinces ; nous ne sommes pas tout à fait de cet avis également sur ces deux points. E. Haug construit d’une façon bien différente de ce que nous avons connu en Alsace et dans un goût quelque peu nouveau ; Lucien Vaugeois a l’habitude de faire du moderne dans la forme, en particulier par ses grandes ouvertures, tout en se rattachant par la matière aux traditions de son pays établies par le climat particulier de la Bretagne.

M. Léandre Vaillat critique ensuite le « Village français » et écrit qu’on ne trouve nulle part en France cette maison du Marbrier, cette pharmacie, ce lavoir, cette école, cette église du Village français, que ces maisons se situent malaisément et sont comme en l’air. En effet, au Village français il n’y a aucune trace de régionalisme ou de « déjà vu » parce que les architectes se sont conformés, comme leurs confrères Lelong et Chirol de Rouen, rigoureusement au Règlement de l’Exposition.

L’emplacement occupé par le Village français est situé au Cours Albert-Ier entre la Maison d’Alsace et la Maison de Bretagne, ces deux constructions ne faisant pas partie du Village. Il est très regrettable que cet emplacement soit trop restreint, chaque architecte a dû se contenter d’un terrain trop petit et faire très petit. C’est une bande de terrain étroite ne permettant pas au Village d’avoir des rues et une place et même une seule rue bordée des deux côtés par un alignement de maisons ; la Mairie elle-même n’a pas pu être isolée et perd tout caractère, noyée au milieu d’autres constructions, avec une façade trop étroite.

Pour marquer du caractère, pour avoir des maisons qui ne semblent pas comme en l'air, il faudrait un grand emplacement, un emplacement très vaste. Pourquoi alors la Ville de Paris n’organiserait-elle pas à son tour une exposition de maisons paysannes qui serait encouragée et soutenue par l’Etat ? Tout le monde y trouverait profit : les architectes auraient des travaux, les locataires sans appartement une villa. Les maisons vendues aux enchères atteindraient un bon prix qui allégerait les caisses municipales. Ces villas plairaient parce que le genre est quelque peu goûté. Il ne s’agirait pas, naturellement, de construire des bâtiments agricoles avec des vaches et des poules, il n’y en a d’ailleurs pas au Village français!

Le village a eu pour architecte en chef : Charles Genuys, pour architecte adjoint : Gouverneur; le plan a été établi par Dervaux.

Il comprend la Maison du Marbrier par Louis Loys-Brochet, le Bazar par Oudin, la Pharmacie et son laboratoire par Bluysen et Parisot, la Maison du Sabotier par G. Guillemonat, la Maison de Tous par Alfred Agache, la Mairie par Guimard, la Maison du Tisserand par Emile Brunet, la Maison d’Habitation bourgeoise par Hamelet, l’Auberge de la Potée Lorraine par Pierre Selmersheim, la Boulangerie « Au pain de France » par Alfred Levard, le Cimetière par L.-F. Bigaux avec portes d’entrée, lien le monuments et un calvaire exécuté par différents architectes, la Fontaine par Schneider, l’Ecole par Paul Gényus, l’Eglise du Village par Jacques Droz et par ses nombreux collaborateurs, quelques bars, restaurants et constructions diverses.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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