Les Chevaux russes à l’Exposition

Paris 1867 - Discussions, informations, questions
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6431
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Les Chevaux russes à l’Exposition

Message par worldfairs » 16 juin 2018 06:49 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les Chevaux russes à l’Exposition - chevauxrusses.jpg

Deux fois par semaine, le mardi et le vendredi, vers trois heures de relevée, comme dirait un huissier, le monde élégant se presse devant les annexes de l’exposition russe. On pourrait reconnaître dans celte réunion d’élite les individualités les plus marquantes dans le monde du sport et du turf.

C'est qu’au jour et à l’heure que nous venons d’indiquer, les officiers du haras impérial font sortir et trotter les beaux chevaux ru^es dont la réputation était depuis longtemps déjà parvenue jusqu’à nous, et dont la présence ajoute un nouvel attrait à notre Exposition cosmopolite.

Les chevaux russes sont en quelque sorte plus anciens que leurs maîtres. On sait quand les Russes sont venus en Russie : on ne pourrait dire quand leurs chevaux y parurent pour la première fois. Les prédécesseurs des Russes, les Scythes et les Sarmates, étaient célèbres dans l'antiquité comme d’intrépides cavaliers. C’est sous la forme d’un cheval que les Scythes adoraient le Soleil, leur dieu. Le cheval est le sujet préféré d’une foule de légendes slaves. Les hordes tartares en pénétrant sur le sol russe y amenèrent avec elles une énorme quantité de chevaux qui modifièrent la race indigène, et multiplièrent singulièrement ses variétés.

L’impôt établi sur la vente des chevaux était un des plus importants revenus de la couronne ; les fonctions de grand écuyer étaient les premières charges de la cour.

Toutefois, ce ne fut qu’après la réunion des grands-duchés sous un seul sceptre que le tzar Ivan III établit le premier haras ayant pour but d’améliorer les races chevalines du pays. Ce qui nous donne la date de 1500. La célébrité de ces haras est due à un étalon d’une grande beauté dont le roi de Suède Sten Snorr avait fait présent au tzar. Mais l’organisation régulière ne fut donnée aux haras russes que sous le règne d’Alexis, père de Pierre le Grand. Ce prince fit acheter des étalons en Asie, — c’était l’introduction du pur sang en Russie ; — il fit également chercher dans l’Ëthonie et la Livonie des chevaux d’une race particulière, désignée sous le nom de kleppers.

Pierre le Grand, qui touchait à toutes choses, réforma les chevaux comme les hommes. Il fit acheter des juments et des étalons en Prusse et en Silésie, et il créa d’importants établissements équestres flans les gouvernements de Kazan, d’Azoff et de Kieff. Les courses furent établies en rase campagne en 1722. Sous le règne de l’impératrice Anne, de nouvelles et importantes acquisitions furent faites à l’étranger, et on procéda en même temps à une complète réorganisation des jumenteries et des haras. Mais le grand améliorateur de la race chevaline en Russie, ce fut le comte Orloff-Tchesmensky ; le comte Orloff rechercha partout des productions typiques, en Orient, en Angleterre, en Danemark, en Hollande, dans le Mecklenbourg, en Espagne et en Normandie. Par des épreuves continuelles, par une vigilance incessante dans le choix des reproducteurs, cet amateur éminent est arrivé à créer une espèce de chevaux d une spécialité brillante et d’un mérite incontesté, dont nous avons vu les spécimens au Champ de Mars avec un intérêt tout particulier. De génération en génération, cette race est allée s’améliorant toujours, et elle est maintenant véritablement remarquable par la puissance de ses moyens, par la rapidité de son train, par la justesse et la correction de ses mouvements.

Au commencement de ce siècle, les haras russes étaient placés sous l’administration du directeur des écuries de la cour, et les jumenteries, confiées à une administration particulière, appartenaient aux régiments qui possédaient aussi des terres destinées à leur entretien.

En 1843, de nouveaux règlements vinrent changer et modifier profondément tout cela. L’administration des haras forma 24 dépôts de chacun 60 étalons, pris dans les haras impériaux et faisant gratuitement la monte chez les particuliers. Le comte Orloff, en créant son haras avait expressément défendu qu’on vendît jamais ses étalons: ils devaient rester sur ses terres; c’était un monopole, et ce monopole avait pour premier résultat de s’opposer à l’amélioration générale de l’espèce par un de ses moyens les plus énergiques et les plus sûrs. L’État fit un sacrifice: il acheta le haras du comte Orloff, tout entier, et le mit dans la circulation. A partir de ce moment, on peut dire qu’il y eut une réforme radicale, et une incontestable amélioration dans l’élève du cheval russe.

Mais si le trotteur Orloff est en quelque sorte le cheval régulier, et, pour ainsi parler, classique de la Russie, il s’en faut de beaucoup qu’il soit le seul, et il y a encore une foule de chevaux russes dont il est juste de tenir compte, si l’on veut apprécier sainement la richesse chevaline de la Russie.

Les plus célèbres parmi ces chevaux, que j’appellerai volontiers les chevaux irréguliers, sont incontestablement les chevaux cosaques, qui peuvent eux-mêmes se subdiviser en une foule d’espèces. Ces chevaux qui paissent en troupeaux innombrables dans l’immense solitude des steppes, sont tous d’origine asiatique, et ils conservent un type particulier, qui permet de les reconnaître au premier coup d’œil. Ils sont généralement petits; leur tête est sèche, maigre et carrée: les naseaux sont bien ouverts, et l’œil plein de feu ; la jambe est maigre et nerveuse : ce sont ces chevaux qui fournissent son contingent le plus précieux à la remonte de la cavalerie légère.

Les haras de la couronne, ces producteurs officiels du cheval russe, sont situés dans les deux gouvernements de Woronége et de Harkoff; ils comptent environ 3000 têtes, et leur dépôt 1000 étalons.

L’exposition des chevaux russes, qui a si justement excité l’admiration des amateurs, a été organisée avec le plus grand soin par le général Grinwald, qui, après avoir commandé un régiment de chevaliers-gardes, a été placé par l’empereur à la tête de ses haras. L'honorable général n’a rien négligé pour donner à cette partie de l’Exposition de son riche pays tout l’éclat et toute la solennité possibles. Il y a singulièrement réussi, et il nous présente les types les plus beaux et les plus variés de toutes les régions de la Russie, depuis les chevaux voisins du pôle nord et de la Sibérie chinoise, jusqu’aux chevaux de la Russie méridionale, élevés sur les bords de la mer Noire.

L’administration supérieure des haras russes est représentée à l’Exposition universelle par le général Moerder, directeur depuis huit ans des haras de la Khrénovaya, homme de cheval distingué, gentleman accompli, et dont les visiteurs de l’Exposition n’ont pu qu’admirer la bonne grâce, l’inépuisable obligeance et la courtoisie parfaite.

M. de Kopteff a été adjoint à M. de Moerder pour le seconder. M. Basile de Kopteff est un des sportmen les plus distingués de toute la Russie; administrateur intelligent de la race Orloff, il n’en sait pas moins reconnaître la supériorité du sang anglais, et il tient son pays au courant, par des publications intelligentes et consciencieuses, de tout ce qui peut intéresser le monde du sport. M. de Kopteff possède un fort beau haras, lequel ne compte pas moins de 150 chevaux de tête, appartenant aux plus belles races de tous les pays.

Enfin, le personnel équestre de l’Exposition russe comprend encore un homme fort distingué, M. Léon de Séniavine, capitaine de cavalerie, attaché à l’administration des haras, possédant lui-même de magnifiques trotteurs, qui lui ont rapporté près de cent cinquante prix dans l’espace dé quelques années. Le service vétérinaire est confié à une spécialité éminente, M. Igniatief.

Les connaisseurs admirent particulièrement trois chevaux de selle, de la race pure Orloff-Tchesmensky, France, Faken et Faasan; Bivouac, sorti de la jumenterie de Stréletsk, composée presque absolument de producteurs d’origine orientale; Iscander-Pacha, au prince Romain Damiens Sanghousko, qu'élève principalement des chevaux de pur sang arabe, Bédouin, magnifique étalon noir, à la poitrine profonde, au garrot puissant dont les performances incomparables ont valu à son maître trente prix en cinq ans Bédouin appartient à M. Bodvin.

Je passe sur quelques chevaux de trait, de diverses races étrangères, et j’arrive à différents types de chevaux russes:
Vasska, étalon bai-brun, de race Bitiougue, ainsi nommé de la rivière du même nom, arrosant des prairies fertiles, extrêmement favorables à l’élève du cheval, qui bientôt acquiert sur ses bords, la taille et la force;
Fine, appartenant à la race finlandaise, qui fournit à toute la Russie d’excellents trotteurs;
Vapsikass, sorti de la jumenterie de Torguel, propriété de la noblesse de Livonie, et consacrée particulièrement à cette race des kleppers dont nous parlions tout à l’heure. Cette race existe de temps immémorial sur l’île dOEsel. On la croit d’origine orientale, et elle a gardé de sa souche première, l’élégance des formes et la beauté de la tête ;
Un cheval jmoude, particulièrement apte aux travaux agricoles et recommandable par sa force et sa docilité;
Konfetka, étalon café au lait, appartenant à la race d’Owa, petit mais vigoureux, rapide dans ses actions, nature douce, caractère docile ;
Bachkir, cheval truité, dont le nom se confond avec celui de sa race même : un peu communs de forme, mais d’un bon marché extrême, ces chevaux, pleins de vigueur, rendent de grands services dans tout l’intérieur du pays, et l’on a eu mille fois raison de nous les faire connaître;
Donetz, cheval noir cosaque, originaire des rives du Don. Les chevaux du Don dont l’origine est attribuée au croisement des chevaux indigènes avec leurs voisins, les tartares, les nagaiss, les turcs et les circassiens, ont une réputation de courage et de vigueur qui les a rendus célèbres dans le monde entier.

Citons encore, ouerminer, Kabardinetz, cheval du Caucase, appartenant à la race Cabarda, que l’on emploie de préférence pour le service de la cavalerie irrégulière;
Khan, bel étalon, sous robe alezan doré, appartenant à la race Karabagh, formé du croisement de la race indigène avec le pur sang de l’Arabie, de la Turquie et de la Perse.
La Russie, qui nous envoie ces bons spécimens de ses races hippiques, renferme environ 20370000 chevaux, ainsi répartis sur son immense territoire:
Dans les gouvernements de la Grande-Russie, 19 500000; en Pologne, 612 500 ; en Finlande, 256 500.
Si l’on était tenté de nous reprocher une prolixité qui n’est point dans nos habitudes, on voudrait bien nous excuser peut-être, eu égard à l’importance de ce sujet qui nous est familier et cher.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité