Le pavillon des Galeries Lafayette

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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Le pavillon des Galeries Lafayette

Message par worldfairs » 13 juin 2018 01:08 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 6 septembre 1925


Au moment de l’établissement du Plan général de l'Exposition des Arts Décoratifs, le Commissariat a cru devoir réserver des emplacements particulièrement bien situés à quatre Grands Magasins parisiens permettant d’encadrer d’une façon élégante la partie de l’Esplanade des Invalides située du côté de la Seine.

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Ces quatre grands Magasins se sont efforcés à créer un mouvement artistique moderne, ils ont organisé des concours parmi les artistes, ont réalisé leurs créations et répandu dans le monde non seulement leur réputation, mais celle de ces artistes et à ce Litre ils méritaient d’avoir à celle grande manifestation d’art une place digne de leurs efforts et de leurs sacrifices.

Nous présentons aujourd’hui « le Pavillon des Galeries Lafayette » consacré à l’exposition des œuvres créées par ses ateliers de « la Maîtrise » dirigés par le Maître Maurice Dufrène qui s’est particulièrement distingué dans les arts modernes et dont la réputation est mondiale. Quoique ayant un important service d’architecture dirigé par l’éminent architecte, M. Chanut, les Galeries Lafayette ont tenu à ouvrir un concours pour la construction de leur pavillon, le choix de la Commission a retenu le projet présenté par MM. J. Hiriart, G. Tribout et G. H. J. Beau, particulièrement élégant et riche. La décoration a été confiée naturellement à M. Maurice Dufrène et la direction des travaux à M. Chanut. « La Maîtrise », enfin, a apporté ses meubles, ses
tapis, ses coussins, ses vases, son luminaire, sa vaisselle, sa verrerie, etc. L’ensemble est des plus précieux et d’une grande somptuosité.

Toute la structure est en ciment armé. Le bâtiment en porte-à-faux repose sur une console. Le verre dalle de la gare des Invalides, situé au-dessous, rendait, en effet, toute fondation impossible sur la moitié du plan.

Le Pavillon est de forme octogonale de laquelle se détache sur la façade principale un grand motif garni de vitrail dans lequel s’ouvre la porte, d’entrée. Il est couronné de terrasses avec trois avant-corps occupés par deux salons de thé el par un office avec dépendances. Le plan a été étudié en vue d’une grande foule circulant en sens unique. C’est le problème à résoudre dans toutes les expositions.

Les trois côtés formant façade principale sont en marbre blanc à grandes veines grises de Dervillé, ils forment trois perrons encadrés par des grands pylônes ronds ornés de bandeaux en godrons séparés par des filets montants très étroits. Ces pylônes sont couronnés par quatre statues d’or, dues au sculpteur Leyritz, qui représentent des femmes assises symbolisant le Blanc, la Plume, la Fourrure, la Dentelle. Chacun des côtés latéraux de la façade principale a un perron avec quatre marches et un grand palier en marbre blanc sous nue niche formée par deux parements biais et une demi-voûte décorés par des ornements de ton crème en légère saillie à tranche dorée. Cette demi-voûte et ces parements sont entourés par un linteau, des montants et des bandeaux en marbre blanc et sans saillie. Dans chaque parement est une vitrine à étagère à glace encadrée d’or, au nu du mur, garnie de glaces argentées avec étagères sur lesquelles sont exposées des céramiques, des verreries de « la Maîtrise », composés par les meilleurs artistes.

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Au milieu de la façade, entre les deux perrons latéraux est un autre perron de marbre blanc de douze marches avec deux paliers intermédiaires s’élevant, par conséquent, beaucoup plus haut que les précédents et montant à la porte principale, s’ouvrant sur une façade située plus en arrière. Cette porte monumentale est encadrée par un large bandeau doré et de chaque côté par un pylône à carré orné de montants en godrons séparés par des filets très étroits, rehaussés de petits carrés d’or en saillie. Elle est surmontée d’un auvent horizontal en marbre formant entablement à pans aux angles. Cette porte principale est percée dans un très grand vitrail étudié en collaboration par les Architectes, M. Maurice Dufrène et le Maître Verrier Gruber qui l’a exécuté. La formule en est nouvelle. Il est composé de volumes qui jouent dans des tonalités grises et or. Pas de motif, au centre une glace taillée à facettes d’où s’élancent des rayons qu’encerclent des ondes. C’est le sceau de « la Maîtrise » stylisé. Le Maître Gruber a exécuté ainsi un vitrail qui, avec ses facettes et ses reliefs présente le soir, aux lumières, l’effet d’un immense motif de joaillerie. Ce perron central est limité sur ses côtés par de grands panneaux de marbre blanc veiné de gris entourant une vitrine à glace encadrée d’or, au nu du mur, garnie de glaces argentées comme les précédentes avec étagères sur lesquelles sont exposés des vases, des poteries, des plats, des bibelots et des statuettes. Ces façades de marbres sont ornées, à leur partie supérieure par un large bandeau formé de longues écailles portant chacune en leur axe un long godron, quelques-uns de ces godrons portent un carré d’or, ces carrés alternés rehaussent l’effet de ce long ornement moderne de composition très élégante.

Les quatre grands pylônes arrondis, limitant les trois perrons, sont supportés par des socles encadrant ces perrons, ornés à leur partie avant par une jardinière demi-octogonale en marbre blanc garnie de fleurs.

Les autres côtés du Pavillon quoique sans décoration, ni bandeau, ne manquent pas d’élégance; ils sont percés de larges baies et de fenêtres éclairant une pièce du rez-de-chaussée servant à la présentation d’une décoration intérieure et d’un mobilier.

La façade arrière est plus compliquée au rez-de-chaussée, elle est décorée par une grande baie formée par quatre pans (voir pian du rez-de-chaussée) garni chacun d’une glace argentée « mais laissant cependant passer la lumière », couronnée par une sorte de balcon formant jardinière terminée par des arrondis; ce balcon sans aucune saillie d’ornementation, garni de fleurs, cache d’une heureuse façon les baies éclairant l’office du premier étage. Cette façade arrière, à partie centrale en léger décrochement, est percée de deux portes donnant accès au monte-charge et à l’escalier de service pour l’office.

L’aspect élégant du pavillon est surtout obtenu par la composition du premier étage, les trois corps avancés complètent agréablement les façades latérales et la façade arrière, leurs larges baies sont couronnées de jolies pergolas blanches et or soutenues par de longues consoles entièrement dorées tranchant superbement sur le ton clair du Pavillon. Au droit des avant-corps latéraux du premier étage une longue jardinière placée dans une ouverture du mur de façade forme un couronnement fleuri à la baie du rez-de-chaussée, tandis qu’au droit de l’avant-corps de la façade arrière le balcon fleuri surplombe les quatre pans de la baie. Ces avant-corps latéraux sont rattachés à celui arrière de l’Office par un pan et un haut motif d’entrée par un grand arrondi développé sur un autre décrochement. Les photographies montrent le bel effet obtenu par les différentes hauteurs des diverses parties de l’étage formant des terrasses bordées de longues haies de buis qui en épousent les formes.

L’examen du plan de l’Etage fait ressortir la disposition des terrasses situées au-dessus du rez-de-chaussée et particulièrement bien placées au point de vue de la commodité du service et du bien-être des consommateurs. L’effet est encore accru par les superbes parasols de M. Maurice Dufrène aux formes gracieuses et au délicat coloris d’une étonnante fraîcheur.

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Les architectes ont su disposer dans le corps avancé situé sur la façade arrière un office aménagé de la façon la plus moderne, des lavabos, des waters, etc.

M. Riousse, l’habile architecte paysagiste, a enfin agrémenté ce bel ensemble en décorant les pergolas fleuries de roses et d’hortensias, en l’entourant de jolis jardins, en l’environnant de haies de buis au ton sombre contrastant bien sur la blancheur des façades.


L’intérieur du Pavillon

L’intérieur du Pavillon répond bien à ce que l’on peut attendre de son aspect extérieur. L’habileté des archites J. Hiriart, G. Tribout, G. H. J. Beau, a permis la réalisation d’un Hall très haut, entouré à l’étage d’une galerie laissant toute l’ampleur désirable à l’ensemble; les escaliers fort bien conçus permettent à la foule des visiteurs d’y circuler avec aisance. Cette belle architecture est rehaussée encore par la décoration murale du Maître Maurice Dufrène qui a su par son talent donner un cadre somptueux à l’exposition des œuvres de « la Maîtrise » dont il est le Directeur artistique. Celte décoration fort originale par les motifs qui la composent a pu être réalisée grâce aux gros crédits consacrés par les Galeries Lafayette qui ont un pavillon d’une véritable richesse. M. Maurice Dufrène a pu ainsi employer les matériaux les plus précieux : les marbres, les bois les plus rares, l’onyx, les mosaïques d’or et d’argent, les glaces et des lustres en verre de Venise. Cette richesse, d’un goût si distingué, est cependant discrète et permet de mettre en valeur un magnifique mobilier. Si on ne connaissait pas les efforts de « la Maîtrise » dans les arts modernes on pourrait croire qu’elle est arrivée à l’apogée de la beauté de ses créations; mais le talent de M. Maurice Dufrène nous fait espérer des choses plus belles encore. Le Directeur artistique des Galeries Lafayette nous montre que l’on peut faire du nouveau sans avoir recours à des motifs extravagants, c’est pourquoi son œuvre nous plaît particulièrement.

Le grand perron montant à la grande Porte d’Entrée, encadré par le magnifique vitrail de Gruber se termine à un grand palier mosaïqué aux ornements modernes de différents tons jaunes rehaussés de blanc, de noir et d’or. De chaque côté de ce palier un escalier aux marches en marbre blanc monte à la galerie de l’étage, limité à sa partie inférieure par une rampe en stuc crème. Face à l’entrée un perron de sept marches en marbre noir veiné de jaune et de blanc, encadré de dés et de rampes de marbre de même couleur descend à une grande plate-forme à deux pans coupés, formant une sorte de palier sur lequel sont disposés un piano et de magnifiques pièces d’ameublement. Cette grande plateforme, de 60 centimètres de hauteur environ au-dessus du sol du rez-de-chaussée surélevé, est dallée par de grands carreaux en marbre blanc veiné de grès encadrés par des bandeaux en marbre jaune grisâtre ornés par un filet en ondulation en mosaïque de grès flammé noir rehaussé de mosaïque d’or. De cette plate-forme et de chaque côté du perron de marbre noir deux marches de même marbre descendent enfin à la galerie du rez-de-chaussée. Celle galerie est elle-même dallée en grands carreaux de marbre blanc veiné de gris avec deux filets mosaïqués de tons noir et or, très étroits, épousant les côtés de la plate-forme.

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Les parements de cette galerie et le plafond sont en stuc, de ton jaune légèrement grisâtre; ils sont ornés de minces pans limités en saillie par un étroit filet plat avec un mince soubassement en marbre noir verni de jaune et de gris. Ces parements n’ont aucune autre décoration qu’un simple bandeau doré bordant le plafond et descendants à ses extrémités jusqu’au haut des tableaux des portes d’entrée revêtus de mosaïque d’or. Autour de cette galerie du rez-de-chaussée sont disposées différentes pièces d’exposition décorées et meublées par « la Maîtrise », ce sont la Chambre de Madame, le Boudoir, la Salle à manger, la Bibliothèque et la Chambre de Monsieur.

Deux grands pilastres de forme octogonale à quatre petits pans, encadrant le perron de descente sont les seuls supports du plafond couronnant l’ensemble intérieur du pavillon. La galerie du premier étage est en console et sans piliers de soutien; l’emploi du ciment armé a seul permis cette architecture d’un effet aussi léger. Les deux grands pilastres, sans chapiteau, sont en mosaïque d’or comme le grand bandeau encadrant le grand vitrail de Gruber. L’épaisseur du plancher de l’étage est sans aucune moulure ni filet et de ton or.

Le plafond du rez-de-chaussée, sans aucune décoration est orné par six petits lustres en verre de Venise, à tulipes renversées, composés par le Maître Dufrène et de tons délicieux; un autre lustre en fer forgé avec coupe en verre dépoli placé au droit, de la haie de la salle à manger complète l’ornementation du plafond.

Les parements des escaliers montant à l’étage sont en arrondis en stuc de ton crème grisâtre comme l’ensemble du hall percés de quatre hautes et étroites fenêtres garnies de vitraux sur lesquels se terminent les grands rayons et les ondulations du motif central du vitrail de Gruber. Ces parements ont un soubassement de même stuc surmonté d’une large gorge bordant une rampe formée par ce soubassement sans ornementation.
Pour lier l’ensemble, le sol de l’étage est semblable à celui du rez-de-chaussée, les parements et le plafond de la galerie de l’étage sont également en même stuc jaune grisâtre.

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Le plafond du hall comporte seul une importante décoration due à M. Maurice Dufrène; il le couronne en coupole d’une forme allongée à pans coupés épousant celles de la plateforme du rez-de-chaussée et de la galerie de l’étage. Il surmonte une haute frise de décoration similaire débordant en retours sur le plafond en stuc de la galerie. Cette décoration aux formes étranges, indéfinissables est de ton gris loutre rehaussé de blanc et d’or. La coupole est encadrée par trois bandeaux de' section carrée aux parois verticales d’un ton gris semblable à certaines parties de l’ornementation.

Le plafond de la galerie en stuc jaune grisâtre, sans aucune décoration, est agrémenté de deux lustres argentés et de quatre autres dorés.

Les parements du même ton sont ornementés par de minces couronnes gravées et dorées de différents diamètres.

Les baies s’ouvrant sur chacun des salons de thé, disposées de chaque côté de l’étage et fermées par de riches portières en velours ornées par des éléments géométriques bleus foncés et gris sur fond gris loutre sont surmontées d’un curieux fronton moderne de forme triangulaire très allongée, mais basse, ornementée par des sculptures modernes dorées et argentées au-dessus d’un bandeau d'écailles bordant l’arête du linteau. Les deux portes s’ouvrant sur les terrasses sont très larges à deux vantaux en for forgé très simples, garnis de glace surmontées d’une imposte également garnie de glace, de forme demi-octogonale, couronnée par un ornement triangulaire sculpté, doré et argenté rappelant la décoration supérieure des baies s’ouvrant sur les salons de thé. Cette imposte a sa glace recouverte par une sorte de crochet à filet composé d’ornements formant la moitié d’une grande fleur coupée horizontalement par son milieu, tranchant sur des rayons, ces ornements de ton jaune éteint assorti aux frontons dorés des baies et des portes.

Les deux portes s’ouvrant sur le côté opposé à la façade principale et desservant l’office et les lavabos sont très étroites, de ton loutre, ornées par des éléments géométriques dorés et argentés.

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On accède aux salons de thé, aux portes des terrasses cl à celle de l’office par un seuil cl une marche à pans en marbre blanc veiné de gris.
La décoration des deux salons rappelle celles des salons de thé des Magasins des Galeries Lafayette. Celle du salon de gauche aux tons roses thé et bleu foncé avec fleurs et feuillages gris est tirée du salon de Paris; celle de droite de ton crème et or citron aux parements à pans est inspirée par celui de Lyon.

Dans la galerie de l’étage d’élégantes vitrines en fer forgé sont occupées par des soieries, des objets d’art, de la parfumerie; sur de jolies tables à glaces étamées de même métal et formant consoles sont exposés des poteries et des objets d’art de « la Maîtrise ».

A un ensemble aussi délicat convenaient des rampes d’escaliers, et de balcons très sobres, elles ont été exécutées comme toute la ferronnerie par la Maison Schwartz-Haumont.

Les stucs sont de la Maison Rousselet et les marbres de la Maison Dervillé.

La description de la décoration des pièces et des mobiliers est telle qu’il est impossible de la développer aujourd’hui, nous en publierons une élude détaillée dans un des prochains numéros de « La Construction Moderne ».

Les Galeries Lafayette et les Ateliers de la Maîtrise ont une part très brillante au succès de l’Exposition des Arts Décoratifs et Industriels modernes et il convient de les féliciter ainsi que les distingués architectes Jean Hiriart, Georges Tribout et Georges Beau, le Directeur Artistique Maurice Dufrène et l’architecte de ces grands Magasins, M. Chanut, qui a dirigé l’exécution des travaux.
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Message par worldfairs » 16 juin 2018 03:21 pm

Plans du pavillon des Galeries Lafayette


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Le pavillon des Galeries Lafayette - Plan du rez-de-chaussée

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Le pavillon des Galeries Lafayette - Plan de l'étage

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Le pavillon des Galeries Lafayette - Plan de coupe
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