La galerie des boutiques

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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La galerie des boutiques

Message par worldfairs » 11 juin 2018 01:02 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 6 septembre 1925

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La galerie des boutiques - Galerie des boutiques de l'Esplanade - galeriedesboutiques.jpg
Galerie des boutiques de l'Esplanade

Une longue galerie de boutiques a été construite sur le côté gauche de l’ Esplanade des invalides pour masquer les bâtiments de la gare et l’énorme ouverture où aboutissent les voies. Leur aspect aurait été, en effet, fort désagréable dans une exposition d’Arts Décoratifs. Cette longue construction a été confiée au sympathique et distingué architecte, M. Sauvage.

Cette galerie de 125 mètres et qui se présente un peu comme un renouvellement des arcades de la rue de Rivoli sert de cadre à la présentation de 21 boutiques ayant chacune leur caractère propre.

L’examen sommaire de ces boutiques au moment de leur passage au Jury avait montré à M. Sauvage qu’elles seraient de tons très différents et généralement violents. Il fallait donc Chercher un cadre dont la tonalité ne puisse nuire à aucune œuvre des exposants, mais au contraire en faire ressortir la valeur.

M. Sauvage a osé comme il nous le disait lui-même, car c’est une audace, employer le noir brillant comme fond de décoration. Ce beau noir laqué fait valoir les tons vifs des boutiques et à notre avis nulle autre couleur n’aurait pu être employée comme teinte d’opposition à un ensemble aussi varié que celui de ces 21 devantures.

La photographie que nous reproduisons de la façade de celle galerie ne donne malheureusement pas une image exacte car l’objectif déforme la perspective et éloigne trop le deuxième plan, la largeur de la galerie entre les portiques et les magasins est de 2 m. 20.

Les piliers des baies de cette galerie ont leurs arêtes à large arrondi sur les faces extérieure et intérieure, leur façade est au même nu que la partie supérieure des baies; ils sont évidés et garnis à l'intérieur par un banc en ciment. Ces piliers sont décorés par un panneau à treillage ajouré et doré, orné de Heurs sculptées et dorées. Ce panneau est couronné par une sorte d’auvent épais, de forme demi-octogonale, c’est-à-dire à pans, surmonté d’un joli motif sculpté de ton crème composé de fleurs et de feuillages retombant sur les bords; ces motifs sont agrémentés d'une sorte de colliers formés de petites perles cubiques rendues lumineuses la nuit.

A l’intérieur, le panneau a son treillage et ses fleurs semblables, mais d’un ton rouge vif, connue celui de toute la décoration. Les piliers sont terminés à leur partie supérieure par des angles droits au-dessous desquels sont gravés cinq larges creux rouges et plats complétant leur ornementation. La partie intérieure est bordée par une large jardinière de forme demi-octogonale en ciment, garnie de feuillages et de fleurs aux riches couleurs. Au haut de chaque auvent supérieur est un panneau médian, diapré or et rouge aux éléments très serrés se détachant bien sur le fond noir, ce diapré sculpté et peint garnit toute la partie supérieure des portiques. De grands et délicats rinceaux de feuillages dorés avec parties rouges et d’autres rinceaux rouges aux feuilles bordées et nervées d’or s’étalent en grandes volutes sur toute la galerie en lui donnant un effet riche et particulièrement gracieux. La critique en est faite par certains visiteurs qui estiment (sic) que cet ensemble laqué noir rehaussé de rouge et d’or est japonais alors que tous les éléments de décoration sont purement modernes, mais c’est là une appréciation de profanes; les artistes et connaisseurs trouvent vraiment très jolie cette grande galerie de M. Sauvage. Ces grands rinceaux enrichis de cabochons sculptés à facettes avec des feuillages de composition fort originale ont un bel éclat ne nuisant pas à l’effet des boutiques. Le plafond est à hauteur des linteaux des baies et se termine par un arrondi du côté des boutiques; il est noir avec de grandes lignes, larges et creuses de la même couleur rouge et orné au droit des piliers par deux petits panneaux d’or carrés, décorés de volutes dorées de faible saillie rappelant les grandes volutes de l’extérieur.

Le sol de la galerie est en mosaïque de grès cérame représentant un semis de grandes et petites couronnes bleues très larges avec des rayons bruns rouges partant de leurs cintres sur un fond ton crème. Cette belle mosaïque de MM. Gentil et Bourdet aux tons extrêmement pâles, pour ne pas nuire aux tonalités des boutiques, est du plus heureux effet.

Comme nous l’indiquions précédemment, ces boutiques sont au nombre de vingt et une, offrant une grande variété dans la construction et la décoration, leur ensemble constitue un véritable enseignement; nous présenterons celles des maisons « Siegel » et « Viacroze » dans un prochain numéro.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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Les boutiques Siégel et Viacroze

Message par worldfairs » 19 juin 2018 02:42 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 4 octobre 1925

Dans un article précédent nous avons donné la description de la Galerie des Boutiques, due à l’architecte Sauvage et située à gauche de l’Esplanade des Invalides. Cette galerie comprend vingt et une boutiques dont deux d’extrémités à pan coupé, les dix-neuf autres ont une largeur en façade de 3 m. 80 qui ne permet pas de donner pour certaines toute l’ampleur nécessaire à la décoration. Parmi ces dernières sont celle des « Etablissements Siegel » et celle de la « Maison Viacroze ».

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La galerie des boutiques - Boutique Siegel - maisonsiegel.jpg
Boutique Siegel

La Boutique Siegel

La boutique des « Etablissements Siegel » a été conçue par l’architecte Pierre Petit et exécutée par ces établissements. Sa façade est divisée en deux parties égales, l’une occupée par la vitrine, l’autre par l’ensemble de la porte d’entrée, la devanture est sans soubassement et sans plinthe, mais sur un seuil en mosaïque de peu de hauteur se prolongeant et formant comme un léger bandeau au droit de la vitrine. La devanture est en stuc, de ton crème presque blanc. La glace est presque au nu de la devanture et est encadrée par une petite baguette à section carrée en fer martelé et argenté limitant une légère moulure en creux et à biseau large d’environ trois centimètres. L’ensemble gagne le nu de la façade par un quart de rond limité à sa partie inférieure par une ornementation moderne extrêmement simple couronnant la devanture et composé de grands éléments à deux pans alternés par d’autres éléments à petits pans dans un léger creux et taillés dans le stuc. Le panneau supérieur à la vitrine est sobrement décoré par un léger ornement carré, d’environ dix centimètres de côté encadré par un filet très légèrement en creux portant trois rayons larges et pointus croisés par deux rayons semblables et d’une saillie de quelques millimètres, cet ornement est taillé lui-même dans le stuc comme le bandeau de couronnement.

La porte est surmontée par un fronton presque à plein cintre en saillie de sept centimètres en stuc vert presque aussi clair que du céladon et veiné de même couleur plus foncée. Le fronton sans aucune moulure est percé à sa partie centrale par une longue et étroite ouverture avec léger filet en creux formant encadrement garnie d’un verre dépoli sur lequel se détache en lettres modernes de fer forgé, martelé et doré, le nom « Siegel ». Ce fronton formant linteau sans ornement est, soutenu par quatre pilastres de stuc de même couleur verte, de forme octogonale sans aucun chapiteau mais surmontés par quatre éléments octogonaux de 15 centimètres de hauteur en stuc crème semblables à celui de la devanture, de même gabarit que les pilastres ayant leurs arêtes placées dans l’axe des faces des pilastres pour rompre les lignes et les formes de l’ensemble de ces pilastres. Ces pilastres limitent de chaque côté un arrondi de même stuc crème, orné de petits bandeaux montants à deux pans séparés par un filet d’environ 1 m. 30 de hauteur, couronné d’un bandeau arrondi crème, limité à sa partie inférieure par un autre bandeau plat et étroit en fer forgé et argenté orné d’éléments triangulaires modernes. Ces grands arrondis liant la devanture à la porte sont surmontés d’une glace formant petite vitrine d’exposition de chaque côté de la porte. Ces deux glaces et celle de la grande vitrine sont bordées à leur partie supérieure par une partie dépolie d’environ quinze centimètres de hauteur avec ornements gravés de composition moderne. La nuit ces bandes dépolies aux ornements gravés sont d’un bel effet lumineux sur la vitrine éclairée, cet effet s’allie très bien à celui du panneau rectangulaire ouvert dans le fronton au-dessus de la porte sur lequel se détache le nom « Siegel » tranchant sur un verre dépoli blanc et éclairé. Une jolie grille en fer forgé, de composition très simple, mais avec un joli panneau octogonal à ornementation en fer forgé représentant des fleurs et des feuillages protège la glace de la porte s’ouvrant sur l’entrée, limitée par les arrondis blancs et les pilastres vert céladon. L’entrée est donc bien ordonnée, laissant une largeur suffisante pour mettre une exposition de pièces assez grandes dans la vitrine, en l’espèce un mannequin de Siegel revêtu d’un élégant déshabillé.

L’intérieur du magasin, y compris le plafond, est de teinte grise assez foncée avec vitrines contenant des mannequins nouveaux de celle maison, de femmes avec de riches toilettes, d’hommes en habits de cérémonie.
Dans les vitrines extérieures à pans placées sur les trumeaux limitant la boutique sont exposées des petites pièces composées par Siegel, servant à la présentation des objets dans les étalages des grands magasins.
11 est regrettable que les dimensions de la façade de cette boutique n’aient pas permis au talent de l’architecte de présenter quelque chose de plus important, caries Etablissements Siegel se sont spécialisés dans la construction des grands magasins. Pour juger de l'œuvre de cette maison, les architectes devront aller admirer ses principales installations dans Paris. Nous pouvons citer avec les Grands Magasins de la capitale, particulièrement les rayons de parfumerie des nouveaux magasins du Bon Marché, les devantures et les installations de la Belle Jardinière, la devanture du « tailleur Ribby » au boulevard Montmartre, celles des chaussures « Armand », du magasin de « fourrures Adda » au boulevard Haussmann, des « Selleries Réunies », 21, boulevard des Capucines, de « Chady », 52, boulevard Haussmann, de « Diani », joaillier, 52, boulevard Haussmann, etc.; les grandes banques : Anglo-Américaine, 19, rue Scribe, Wetsminter Bank, 22, place Vendôme. etc. Il y a dans tout cela un remarquable effort artistique et l’on sait combien le décor moderne de nos rues doit d’élégance et de charme aux façades des magasins.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La galerie des boutiques - Boutique Viacroze - maisonviacroze.jpg
Boutique Viacroze

La Boutique Viacroze

Viacroze a aussi une installation qui ne lui permet pas, naturellement, d’exposer toute la variété des produits de sa maison qui s’occupe de la décoration extérieure et surtout de la décoration des intérieurs avec des procédés nouveaux et des spécialités modernes telles que le Tekko, ce papier de tenture comparable à des tissus de soie et absolument lavable. Viacroze a naturellement utilisé pour l’installation de sa boutique des produits de sa maison. Elle est jolie et composée de trois redans formant autant de vitrines latérales avec plafonds décrochés constituant une sorte de porche encadrant une élégante porte d’entrée.

Les panneaux pleins placés en sens de la façade du magasin sont en stuc peint et permettent une très bonne présentation des petites inscriptions tonnant unes discrète et excellente réclame à la maison Viacroze. Les vitrines latérales, comme les panneaux, sont sans moulures et surmontées comme eux par des ouvertures garnies de verre cathédrale blanc et dépoli avec ornementation en fer forgé formant trait d’une décoration moderne représentant des fleurs et des feuillages. Les vitrines et les panneaux en stuc peint et ces ouvertures garnies de verre cathédrale dépoli et ornées de fer forgé sont surmontés sur toute la hauteur des redans par des glaces sans tain donnant un bon éclairage au magasin. Les petites plafonds étagés des redans sont également garnis de glaces. Les glaces des plafonds et des redans latéraux ainsi que les petits panneaux ornés de fer forgé sont bordés par d’élégantes moulures côtelées et ornées, terminées en chutes en plastic-métal.

La partie supérieure aux vitrines du premier redan et le plafond de ce redan situé du côté de la façade de la boutique sont garnis par un verre absolument curieux, de Jeannin, qui a retenu notre attention d'une façon particulière. Ce verre a absolument l'apparence d’un tissu de soie argentée et gris perle avec de longs bandeaux et des ornements sur lesquels se détachent des fleurs aux centres noirs; quand on examine ce verre de plus près, on est encore plus étonné, car ce tissu semble fabriqué avec des toutes petites perles et il est même assez difficile de reconnaître que c’est du verre. La nuit ce verre est éclairé, son aspect est encore plus riche cl il conserve sa curieuse originalité. Il est une des plus nouvelles productions que nous ayons vues à l’Exposition et son emploi pourra apporter de la richesse dans la décoration de certains magasins et intérieurs.

La porte à deux vantaux très étroits garnis de glaces et en fer forgé est simple et jolie avec une imposte en baguette de fer forgé formant trait à un ornement de grosses roses et de feuillages sur un fond de verre cathédrale dépoli. Elle est limitée par deux socles avec bandeau l’encadrant et surmontée par trois bandes à arêtes arrondies formant fronton; les côtés sont décorés par un long panneau en plastic métal garni de fleurs modernes et de feuilles en relief de ton cuivre patiné de brun.

L’ensemble s’élève sur un seuil bas mosaïqué de ton violet grisâtre raccordé aux redans par de grands arrondis également en même mosaïque avec passage de ton jaune d’or en même grès cérame.

Les architectes Guerbois et Dambrun qui ont composé cette belle boutique ont su ménager dans les redans deux petites pièces, c’est-à-dire un coquet bureau el à gauche un débarras pour les objets servant au nettoyage du magasin.

L’intérieur de la boutique est également en stuc peint avec plafond en coupole rectangulaire encadré par deux arrondis aux arêtes de plastic métal en cuivre doré. Le magasin comprend des niches contenant chacune, pour éviter l’encombrement, un fauteuil recouvert en soie brochée de Benedictus et des vitrines ou sont exposés des papiers et des toiles du Landy de la maison Viacroze et des tissus de soie de benedictus. Des panneaux étroits en stuc peint avec feuillages aux traits gravés et dorés séparent les niches des vitrines surmontées d’un panneau lumineux en verre cathédrale blanc dépoli rehaussé d’ornements dorés et patines en plastic métal. Un bandeau en quart de rond formant corniche autour de cette pièce et muni d’une ligne dissimulée d'ampoules électriques donne une lumière très atténuée. Dans les vitrines sont exposées aussi des céramiques aussi nombreuses que jolies parmi lesquelles « une femme chauve-souris » au corps de ton brun chaud et mat, aux ailes et aux grandes oreilles d’étoffe en couverte noire et brillante dûe à Mlle Lyée de Beleau qui crée et exécute des objets d’art avec un talent très original.
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