La Manufacture Nationale de Sèvres

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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La Manufacture Nationale de Sèvres

Message par worldfairs » 07 juin 2018 01:23 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 16 août 1925

L’Exposition de « la Manufacture Nationale de Sèvres » à L’Exposition des Arts décoratifs et Industriels modernes a été organisée sous la direction de M. Paul Léon, Directeur des Beaux-Arts, par MM. G. Lechevallier-Chevignard, administrateur de la Manufacture et Henri Rapin, Inspecteur des Travaux d'Art.

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La Manufacture Nationale de Sèvres - Jardin

M. Georges Lechevallier-Chevignard qui dirige ce célèbre établissement avec une autorité et une compétence remarquables et M. Henri Rapin qui apporte son talent indiscutable ont su, pendant ces dernières années, choisi]' des artistes modernes pour leur faire composer des œuvres aussi différentes qu’originales, qu’ils ont fait exécuter ensuite par des techniciens habiles.

A une production aussi importante, il fallait un cadre approprié, capable de mettre en valeur la beauté des œuvres modernes de la Manufacture. MM. Patout et André Ventre, Architectes ont conçu un ensemble élégant, original et bien composé pour une telle exposition.

L’Ensemble réalisé par ces architectes se trouve situé au milieu de l’Esplanade des Invalides et barre l'Avenue Galliéni, rompant ainsi la longueur excessive de cette grande voie centrale tout en laissant la vue s’étendre jusqu’à la Cour des Métiers et à la silhouette du Dôme et de l'Hôtel des Invalides. Cet ensemble comprend deux pavillons symétriques octogonaux réunis par un parvis orné par un jardin composé par M. Henri Rapin. Les pavillons, sans autres ouvertures que deux portes situées à leurs extrémités pour l’entrée et la sortie afin de canaliser le mouvement des visiteurs, sont de forme basse, couverts en terrasse, éclairés par des baies vitrées pratiquées dans celles-ci donnant une belle lumière dans les galeries et dans les salles d’exposition. Cette conception est très rationnelle puisqu’elle laisse le maximum de surface aux murs et aux cloisons de séparation pour la disposition des vitrines d’exposition et la présentation de riches revêtements céramiques exécutés par la Manufacture de Sèvres.

MM. Patout et André Ventre ont tenu à donner à l’extérieur de leurs pavillons un caractère extrêmement simple, faisant ressortir la richesse des intérieurs.

Les pans latéraux des façades des pavillons sont entourés par un haut soubassement formé de deux hauteurs à faibles saillies, revêtues de carreaux rectangulaires posés dans le sens de leur hauteur, en grès cérame très clair tranchant légèrement sur la couleur des façades. Les portes d’entrée et de sortie qui s’ouvrent aux extrémités sont très larges et limitées sur chacun de leurs côtés par une colonne cannelée accotée de deux parties arrondies de même diamètre que celte colonne, ces trois éléments sont revêtus en même céramique que le soubassement. Les pavillons sont couronnés par un entablement dont le creux est garni par une longue ligne d’ampoules électriques et surmontés d’un attique.

Les autres pans formant le centre des façades d'extrémités et encadrant les portes sont décorés-par un grand motif sculpté ovale en grès patiné : la Fleur, le Fruit par M. Gaumont; le Tournage, la Décoration par M. Blanchot. Les autres pans constituant le centre des façades sur le jardin et encadrant les portes s’ouvrant sur celui-ci sont ornés par des motifs sculptés ovales en terre cuite pâli née et à fond doré représentant l’Eau, le Feu, la Terre, l’Air, œuvres de M. Max Blondat. Les quatre portes sont surmontées par l'inscription sculptée sur l’attique, et sur fond étroit et doré en lettres très petites : « Manufacture Nationale de Sèvres ». L’on accède aux Pavillons par des perrons à cinq marches situés aux extrémités de l’ensemble. Les façades latérales, au droit du jardin, sont bordées par un long perron sur lequel s’élèvent des massifs hauts et carrés, aux arêtes rehaussées de minces ornements géométriques en grès cérame de même nature et de même couleur que le soubassement des pavillons, reliés par des chaînes en fer. Chaque perron est encadré par quatre grands vases ronds, à partie inférieure octogonale, reposant sur de gros dés. Ces vases modernes, en grès cérame jaune crème aux ornements dans un genre très nouveau ont été composés par M. Patout et modelés par M. Gauvenet.

L’ensemble a été exécuté par « la Société des Constructions en fer, béton et pierre armée Pauchot » sous la direction de M. Daubichon, ingénieur et le contrôle de MM. Théodon, architecte et Lefebvre, contrôleur.


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La Manufacture Nationale de Sèvres - Salon d'honneur

Le Pavillon Est

Le Pavillon Est, situé du côté de la rue de Constantine comprend un grand vestibule octogonal, au centre duquel est situé le Salon de lumières, et une longue galerie centrale bordée à droite par une Salle à Manger, un Petit Salon féminin et à gauche par le Cabinet d’un Amateur de céramique cl par une Salle de Bains.

Le Vestibule, octogonal composé par M. Guillonnet, a ses côtés de couleur crème légèrement rosée avec une haute partie tapissée par un tissu bronzé côtelé de violet grisâtre. Un mince bandeau, formant corniche, à section carrée, surmonte ces côtés; il est soutenu par des panneaux sculptés, rectangulaires, en biscuit représentant des enfants sur fond d’azur portant un mince listel soutenant la corniche. Ces panneaux sont reliés entre eux par de riches guirlandes en porcelaine émaillée, de ton bleu foncé, ornées en facettes. Les côtés de la partie centrale du vestibule formant octogone et contenant le Salon de lumières sont surmontés par les mêmes guirlandes avec chutes minces et étroites de même nature. Deux grands panneaux de forme octogonale allongée, également en biscuit blanc représentant des jeunes garçons se balançant sur un fond uni d’azur, décorent les pans formant centres des côtés latéraux. Toute cette sculpture en biscuit de porcelaine a été composée par M. Guillonnet et exécutée par M. Bracquemond.

Deux jolies petites fontaines en porcelaine blanche émaillée, aux ornements en filets gravés de ton gris jaunâtre, font face à ces panneaux, elles sont placées sur un très riche revêtement en petits carreaux céramiques de ton jaune foncé rehaussé de cristallisations givrées aux tons bleus d’un effet merveilleux. Les fontaines sont surmontées d’un joli médaillon rond en porcelaine, encadré 5e bleu foncé, au centre bleu d’azur représentant un enfant tenant un poisson dans ses bras, sculpté avec un peu de saillie et de ton gris jaunâtre.

Ce vestibule est couronné par un grand vélum blanc tendu horizontalement, orné de bandeaux et de motifs modernes de ce ton bleu préféré autrefois par la Manufacture de Sèvres.

La décoration est complétée par huit appliques à deux branches en fer forgé ou doré du maître ferronnier Edgar Brandi avec motif central formant cartouche et deux tulipes en porcelaine translucide au ton crème gravée et dorée.

Des vases, des vitrines contenant des objets variés fabriqués par la Manufacture retiennent l’attention des visiteurs.

Sur la droite la foule se presse et admire un grand et superbe vase que nous considérons comme le plus beau de toute l’Exposition. C’est « le Vase du Dernier communiqué », au ton bleu foncé rehaussé de guirlandes et de chutes de feuilles de lauriers encadrant sept noms glorieux de la Grande Guerre et de tous les fronts, enrichi par une large frise magnifiquement composée par Georges Leroux, représentant nos soldats avec leurs canons, leurs mitrailleuses, leurs tanks, etc., et délicieusement peinte par l’éminent céramiste Bocquet. Au-dessous de cette frise se détache un grand cartouche blanc, de forme très simple, sur lequel on lit le dernier communiqué de Foch annonçant que l’Armée française, avec l’aide de ses alliés, a consommé au 52° mois de la guerre la défaite de ses ennemis. Sur la gauche, un autre vase de même grandeur, de forme dite d’Albi comme le précédent, représente « les Sports » décorant quatre écussons entourés de plantes et d’ornements modernes, le tout en bleu peint sur fond blanc. Ce magnifique vase a été composé par M. Menu et exécuté par M. Fournier.

Le centre du Vestibule contient « le Salon de Lumières » composé par MM. Rupin et Gauvenet. De petites dimensions, c’est une véritable bonbonnière aux meubles précieux et cependant de composition très sobre, qui fait ressortir encore la riche décoration de ce charmant petit salon. Il est de forme octogonale, un de ses côtés forme entrée, l’autre qui lui fait face est percée d'ume niche ronde argentée; les côtés du centre des parties latérales sont légèrement en retrait pour agrandir le plan du salon. Les panneaux sont tapissés par un riche tissu de soie grise avec ornements floraux modernes brochés aux tons plus foncés, ils sont encadrés, comme la niche, par des baguettes larges et plates en porcelaine translucide de ton crème aux 'ornements modernes gravés. Le plafond est en coupole ronde, plate au ton gris, entourée par un bandeau, large d’environ vingt centimètres également en porcelaine translucide de même ton crème que les baguettes. Ce bandeau est décoré, par de grandes fleurs modernes sculptées et gravées dont les creux laissent passer une douce lumière. Ce salon volontairement sombre est encore éclairé par une jolie petite fontaine placée dans la niche argentée et composée par M. Rapin. Cette fontaine en porcelaine blanche translucide avec garniture en bronze doré a une vasque à ornements transparents, portant en son centre un motif lumineux en forme de petit dôme aux ornements foliacés et floraux modernes, sur lequel s’écoule une mince nappe d’eau.

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La Manufacture Nationale de Sèvres

L’effet de lumière est complété par quatre appliques en fer forgé et doré avec motif central évasé et tulipes en porcelaine translucide et par une lampe de bureau composée par M. Rapin, en bronze doré avec abat-jour étroit et haut, de forme très élégante, en porcelaine translucide ornementée exécutée par M. Depoorter.

Le ton sombre des tentures et du lapis fait valoir reflet obtenu par l’emploi de celle porcelaine translucide donnant une si douce lumière, tamisée à travers les ornements.

La Salle à Manger, composée par M. René Lalique, es d’une richesse rare, malheureusement la valeur de sa décoration ne peut être appréciée par les profanes, elle ne peut être justement estimée que par des gens de métier. Il faut avoir assisté à son exécution pour connaître la somme de travail qu’elle a nécessitée.

Les murs sont revêtus entièrement de marbre jaune café au lait, légèrement grisâtre, incrusté de grès gris aux ornements foliacés niellés d’argent dont les masses sont limitées par des grandes lignes blanches gravées. Le mur du fond est, en outre, décoré par des sangliers poursuivis par des chiens, dont le dessin est simplement exécuté par un large trait gravé blanc. Les murs se terminent par un arrondi en même marbre, en quart de rond, encadrant le plafond de verre entièrement transparent. Le sol est également en marbre de même couleur, les carreaux forment une décoration très sobre en damier avec même ornementation foliacée et niellée d’argent que les murs. Les surfaces murales et le dallage incrustés en grès à décor d'argent ont été exécutés par la Manufacture de Sèvres. Le mur du fond est bordé par un long dressoir de même marbre, très étroit, aux pieds de section carrée et massifs également de marbre sculptés à la manière des jades japonais ou chinois, ornés de feuilles de vigne et de grappes de raisin. Le plafond rectangulaire, entièrement en verre et transparent, est formé de caissons encadrés par de larges bandeaux à pans en verre Lalique laiteux, ornés de feuilles gravées, serrées, assorties à celle de la décoration de la salle; ces bandeaux supportent des pendentifs en verre laiteux, composés de gradins et formant motifs d’éclairage.

La table de forme très simple, les chaises aux dossiers ajourés, sculptés, agrémentés de feuilles assorties à celles niellées des murs ont été composées et exécutées par M. Bernel.

La table est garnie par un service très simple, sans aucun décor, en porcelaine blanche de la Manufacture de Sèvre; la verrerie, c’est-à-dire les verres et les carafes de forme originale et simple, les flambeaux en verre laiteux placés à ses extrémités sont dus à M Lalique.

Le Boudoir composé par M. Eric Bagge est d’un genre essentiellement moderne. Les murs sont gris, le plafond encadré par des pans argentés est en porcelaine translucide gravée par M. Gauvenet, d’un ton assorti à celui des murs avec ornements modernes très géométriques, formés par des lignes gravées roses laissant passer une lumière très douce. Le fond de ce boudoir est occupé par une niche rectangulaire aux parois garnies de glaces argentées et au plafond lumineux formé par de grandes glaces granitées translucides. Le canapé, la toilette et les autres meubles exécutés par MM. G. E. et I. Dennery, sont aussi de ton gris, rehaussés par des motifs triangulaires argentés, garnis de longues cannelures étroites. Les revêtements des panneaux formant le dossier du canapé et l’encadrement de la glace de la toilette sont en porcelaine décorée au grand fou et ont été exécutés par M. Peluche.

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La Manufacture Nationale de Sèvres - Salle à manger

Le Cabinet d’un Amateur de Céramique est plutôt un riche salon permettant d’exposer d’une manière habile et discrète de nombreux objets d’art dus aux meilleurs artistes de la Manufacture. Il a été composé par M. Rabin et est d'une grande élégance, d’un top gris jaunâtre rehaussé de petits filets bleus et couronné d’un vélum tendu sur un bandeau très simple formant corniche. Il comporte trois niches rectangulaires et deux portes garnies de carreaux en porcelaine translucide de ton crème aux ornements modernes sculptés et gravés par M. Hairon; ces portes dont les creux de l’ornementation laissent passer la lumière constituent un élégant motif d’éclairage.
La Salle de Bains composée par M. Patout, est d'aspect quelque peu froid et sévère, nous l’aurions préférée avec quelques discrets motifs de décoration. La composition de M. Patout est cependant intéressante, elle montre l’excellent emploi que l’on peut obtenir des carreaux en grès cérame au grand feu de coloration uni forme. Cette salle de bains de plan ovale a ses parements revêtus de carreaux rectangulaires, longs et étroits légèrement bombés et formant godions, jusqu’au plafond. Le fond est occupé par un grand panneau décoré par des ornements géométriques en relief, sculptes et exécutés par MM. Jan et Joël Muriel, encadrant une glace au bas de laquelle se trouve un grand lavabo sur un socle formé de trois gradins composés avec les mêmes grès cérames que les parements. De chaque coté du panneau une grande glace étroite agrémente la salle, celle de droite ferme une porte ouvrant sur un escalier de deux marches conduisant à un palier. Devant le palier est disposé un canapé de repos placé dans un grand ovale en céramique avec balustrade sur les côtés de laquelle descend un escalier de quatre marches conduisant à une piscine peu profonde, formant baignoire. La balustrade d’entourage du canapé est revêtue avec les mêmes carreaux blancs des paroisse la salle et par un large panneau formant face, composé des mêmes grands éléments géométriques de décoration que celui encadrant la glace. La coloration blanche des parements de la salle et des parties qui la meublent est rehaussée pailles carreaux bleus assez teintés, en grès cérame émaillé recouvrant les marches, le palier, le plateau du lavabo: le haut de la balustrade entourant le canapé, le sol de la piscine qui est entourée par un haut bandeau de ton gris fer et sans saillie. L’ensemble est couronné par un grand motif ovale en cuivre forgé recouvrant presque entièrement le plafond et placé à quelques centimètres au-dessous de celui-ci afin de laisser la lumière se répandre plus intense sur le haut des parois de la salle. Ce motif de cuivre est garni par un large bandeau lumineux en verre, décoré de triangle ornementés en verre laiteux de Lalique. Ce bandeau entoure une coupole ovale, dorée, au tour évasé et à fond plat.

Une porte de sortie, située à l’extrémité de la galerie médiane donne accès au jardin.


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La Manufacture Nationale de Sèvres - Cabinet d'un amateur

Le Jardin

Le charmant « Jardin » qui sépare les Pavillons, composé par M. Rupin, offre surtout aux architectes des exemples de la nouvelle fabrication de Sèvres susceptibles d’être employés dans l’architecture. Ses grands côtés sont bordés par de jolis bassins formant angles, ceux-ci sont entourés de margelles en porcelaine tendre siliceuse aux ornements gravés d’un ton bleu turquoise qui contraste délicieusement avec le blanc des façades des pavillons. Ces bassins sont ornés de nénuphars et renferment des poissons et des tortues en porcelaine translucide éclairés la nuit par des ampoules électriques; ils sont traversés par des ponts très légèrement arqués, bordés par des bandeaux en grès cérame émaillé blanc limités par des petits dés portant des chiens, des chats, des lapins sculptés par M. Le Bourgeois et exécutés en grès cérame émaillé blanc et craquelé.

L’allée principale est décorée par des bacs à fleurs aux ornements modernes composés par M. Hairon, en grès coloré, exécutés par MM. Devicq et Brécy, contenant des arbustes taillés en boules et par des grands cygnes et des grands béliers stylisés, composés par M. Le Bourgeois, en grès cérame recouvert d’émail blanc.

Le milieu du jardin est occupé par une belle fontaine d’une composition fort originale duc à M. Bouchard. Son centre est surmonté d’une jolie jardinière garnie de fleurs et percée de quatre petites gargouilles dorées par lesquelles l’eau s’écoule dans des gradins moulés, de couleur céladon, couronnant quatre murettes revêtues sur leurs faces de carreaux en grès cérame émaillé blanc constituant un panneau décoratif représentant un homme ou une femme assis jouant avec des paons, ou des singés, ou des perroquets, ou des pigeons. M. Bouchard a exécuté cette décoration à la manière de « la frise des archers de Darius » au Musée du Louvre, c’est-à-dire par des traits incisés dans la matière. Le bassin circulaire est entouré par deux bandeaux en grès cérame vert formant une jardinière garnie de bégonias.

Cette fontaine est au centre d’une grande croix formée par les allées pavées de grès de diverses couleurs, qui constituent un véritable lapis céramique composé par M. Rapin.


Le Pavillon Ouest

On pénètre ensuite dans le Pavillon ouest, situé du côté de la rue Fabert, symétrique au premier. La disposition intérieure en est liés heureuse et cependant toute différente de celle du pavillon précédent. Les architectes, MM. Patout et Ventre, ont trouvé un autre plan idéal pour une exposition d’objets d’art. Deux vestibules situés aux extrémités encadrent avec les galeries latérales un Grand Salon d'Honneur disposé au centre du bâtiment.

Le Salon d’Honneur composé par le grand artiste qu’est M. Jaulmes, est naturellement la partie la plus somptueuse de l’Exposition de la Manufacture Nationale rie Sèvres. Il est de forme octogonale à quatre grands côtés et à quatre plus petits aux angles. Deux des grands côtés, situés aux extrémités, sont ouverts par de grandes baies d’entrée, les deux autres latéraux sont occupés par une riche étagère dorée, derrière laquelle est disposée une belle portière de ton bronzé foncé en soie brochée faisant ressortir la valeur de l’étagère et des objets qui y sont déposés.

Le ton général est blanc crème, la décoration sculpturale est en bois, elle a été composée et exécutée par AL Le Bourgeois, artiste éminent dont on admire les œuvres dans beaucoup de parties de l'Exposition.
Les côtés sont encadrés par huit pilastres de ton crème rainés d'or, sans soubassement, surmontés de corbeilles sculptées garnies de fleurs, également sculptées, de composition très moderne et dorées.

Les grands côtés sont couronnés par un médaillon octogonal entouré de guirlandes et d’ornements nouveaux, le tout sculpté et doré; le centre de trois médaillons présente un ouvrier différent de la céramique, le quatrième est occupé par un vase.

Chaque niche est surmontée par une gloire ailée avec deux longues trompettes également sculptée et dorée.

Le sol en grès cérame est un véritable tapis d’une grande richesse; les fonds sont blancs, jaunes ou de ton gris foncé avec ornementation tirée du feuillage en gris foncé ou en « découlé », avec quatre beaux médaillons portant les initiales M, N, S, entrelacées.
Le Salon d’Honneur couronné par un superbe vélum à partie supérieure tendue avec huit pans arrondis. La partie supérieure est décorée par des palmes jaunes et des branches de lauriers vertes tranchant sur un grand motif central garni d’étoiles et de rayons jaunes et en-louré par des étoiles posées en ligne et par groupe de trois. Les huit pans du vélum sont ornés par un S jaune ou vert alternant dans une couronne de lauriers de ton vert ou de ton jaune placée au centre d’un semis de Heurs ou de feuilles de couleur jaune très pâle.

Au centre de ce vélum à fond blanc est un lustre ravissant à 12 branches, en fer forgé, à motif central et à tulipes lumineuses en porcelaine translucide gravée et dorée, composé par M. Favier et exécuté par le maître ferronnier Edgar Brandt.

Les meubles ont été composés par M. Jaulmes et exécutés par M. Bernel; ce sont huit sièges en bois doré très simples, recouverts de velours gris vert et deux étagères dorées extrêmement riches de composition. Ces deux étagères ont chacune trois plateaux; le premier formant table est soutenu par quatre pieds à cannelures posés deux à deux sur le devant et réunis par une draperie; les deux autres plateaux supérieurs ont comme pieds des torches dont les flammes s’étalent pour former une ornementation aussi belle qu’ingénieuse. Sur ces étagères sont disposées des œuvres d’art magnifiques, aux décorations nouvelles composées et exécutées par les meilleurs artistes, tel par exemple ce délicat surtout en biscuit composé par M. Gaumont, représentant une petite fille nue aux ailes de papillon, à la tête coiffée d’un bonnet, endormie au bord d’une mare, avec des nénuphars, menacée par l'arrivée de jeunes faunes se traînant autour du surtout avec précautions. Nous devons enfin citer les quatre grands vases à décoration bleue sur fond blaire qui garnissent les niches dorées, avec quatre médaillons entourés de feuillages, de plantes et de draperies; ce sont « les Plaisirs de la Rivière » et « les Plaisirs de la Foret », composés par M. Jaulmes et exécutés par M. Fournier, « les animaux d’agrément » composés par M. Guy Loë et exécutés par M. Fournier, et « les animaux des champs », composés également par M. Guy Loë et exécutés par M. Lasserre. Ces vases magnifiques font autant ressortir le talent des artistes que la valeur des techniciens qui les ont exécutés.

Dans « les Vestibules » et dans « les Galeries » latérales, sur des socles et dans des vitrines tapissées de tissus de soies brochés, composés par M. Bénédictus, on admire encore des cases de toutes formes, des poteries, des bibelots, etc., aux décorations les plus variées et toujours dans les genres modernes. Il y a aussi des panneaux décoratifs en carreaux de revêtement en différentes matières qu'il serait trop long d’analyser, il faut cependant citer celui représentant « Adam et Eve dans le Paradis terrestre », composé par M. Camille Roche, exécuté par MM. Leduc, Alaurent et Sivault.

En résumé, on peut conclure que l’Exposition de la Manufacture Nationale de Sèvres est particulièrement intéressante et qu’elle est présentée dans un cadre parfait.

Il nous est particulièrement agréable de constater combien les encouragements et les efforts de M. Lechevallier-Chevignard, l’actif administrateur de la Manufacture de Sèvres, en faveur de la céramique architecturale ont été couronnés de succès.

D'autre part, le Jardin de M. Rapin provoquera la création de choses nouvelles et intéressantes et stimulera les artistes dans celle voie.
On a souvent reproché à la Manufacture Nationale de Sèvres, ayant 187 années d’existence, puisque sa fondation remonte à l’an 1738, de produire des œuvres toujours dans les genres anciens et sans aucun esprit de composition nouvelle et ses méthodes souvent peu en rapport avec les progrès de l’industrie privée.

M. Lechevallier-Chevignard est arrivé enfin à une fabrication d’objets d’art absolument modernes, souhaitons que l’Etat lui accorde d’abord un outillage en rapport avec les besoins de ce grand établissement et à la Manufacture l’autonomie qui lui permettra seule de progresser d’une façon complète sous la direction de cet administrateur capable, actif et si dévoué à celte grande cause : la Renommée mondiale de Sèvres.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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