La Section polonaise

Paris 1925 - Architecture, pavilions
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6786
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

La Section polonaise

Message par worldfairs » 02 juin 2018 07:05 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 28 juin 1925

L’Art en Pologne

Les Français savent combien la Pologne a eu une existence difficile à travers les siècles; par celle situation particulière, l’art s’y est peu développé, est resté en quelque sorte à l’état ancien sous la domination de l'étranger.

pologne.jpg

A. la fin du XVIIIe siècle, sous le règne de Stanislas-Auguste Poniatowski (1764-1795), quand le mouvement artistique encouragé par lui-même prit une certaine proportion, on pouvait croire à la naissance d’un style national pour les intérieurs, c’est le style Stanislas-Auguste. Malheureusement, les événements amenèrent les partages de la Pologne et portèrent un coup terrible à l'art polonais. Les manufactures de tissus, les fabriques de verrerie, de porcelaine, qui avaient été fondées furent pillées, anéanties pendant les insurrections; des objets de grand prix tombèrent entre les mains de l’envahisseur et allèrent enrichirent les musées de l’étranger en passant pour des produits de l’art russe ou de l’art allemand.

On sait que les Polonais ne laissèrent jamais tomber leur langue nationale, ils tinrent à la conserver pour reconquérir un jour leur nationalité et ils y sont parvenus. La Patrie des poètes Mickewivz, Zaleski, des musiciens Chopin, Paderewski, des peintres Kossak, Chelmonski ne pouvait manquer d’artistes et d’architectes tenant à conserver l'art national ct même à lui donner un nouvel essor.

En effet, l’architecture polonaise est restée nationale.
Le Noble polonais faisait construire au fond de sa province sa maison familiale presque toujours sur le même principe, de forme rectangulaire, composée de quatre pièces avec accès à un vestibule central s’ouvrant sur un porche situé au milieu du grand côté de ce rectangle. Cette maison toujours eu bois, quelquefois en pierre, était décorée dans le goût polonais, elle avait parfois un étage et se développait avec les exigences de la vie familiale, l’escalier était toujours dans la partie arrière du vestibule. Ce principe de quatre pièces était suivi par la population elle-même qui se consacrait, comme aujourd’hui, surtout aux cultures ; la maison était toujours alors à rez-de-chaussée avec grenier renfermant tout ce qu’il pouvait contenir par ses grandes dimensions. Comme pour la langue, les polonais ont tenu à conserver leur architecture et le séjour de nombreux russes et surtout d’allemands n’a pu avoir une influence sur leurs idées.

Plus l’oppression durait, plus la conscience de la nation, unie malgré les partages, se consolidait. Pour les arts ce fut l’envahissement par la camelote internationale, les polonais comprirent le danger et un mouvement artistique se manifesta avec Stanislas Witkicwicz et le docteur Ladislas Matlakowski qui en parcourant les montagnes découvrirent l’art des montagnes appelé par eux « l’art de Zakopani ». On retrouva que dans le domaine du bâtiment (maisons de bois), des meubles, des tissus, de la céramique, des menus objets, l'art conservait des tonnes séculaires, nationales par excellence.

On commença à chercher, à réunir les spécimens de l’art ancien cl les meilleurs produits de l’art nouveau.

Il se fonda, en 11)01, à Cracovie, une société artistique sous le nom de « Société de l’Art appliqué polonais » à la tôle de laquelle se trouva M. Georges Warchalowski, un des plus fervents promoteurs de la nouvelle école ; celle société prit la direction du nouveau mouvement. On organisa des Congrès, on visita en groupes les expositions à l’Etranger cl en 1912 « la Société de l’Art appliqué polonais » de concert avec la « Délégation des Architectes polonais » organisa à Cracovie une Exposition d’Architecture, d’intérieurs et de jardins.

La grande guerre éclata, à l’issue de laquelle la Pologne devait enfin être reconstituée et retrouver son indépendance. Ses malheurs cependant n étaienl pas encore oubliés qu’elle était à nouveau envahie par les bolcheviks (1920-21), les Polonais coururent sur l’ennemi avec un élan qui leur valut d’être vainqueurs des soldats de Lénine.
La Pologne peut, enfin, figurer à l’Exposition Inter-nationale des Arts décoratifs et il nous a été particulièrement agréable de xroir combien les Polonais étaient heureux de pouvoir recevoir à leur Pavillon les représentants officiels de la France et de sentir que la Pologne était enfin redevenue une grande nation de 38 mit lions d’hommes.
Le Commissaire général de la Section Polonaise est M. Georges Warchalowski, qui est comme on sait incontestablement l’honnne le plus en vue du mouvement moderne dans l’art appliqué et l’architecture en Pologne, il en esl l’âme depuis plus de vingt ans comme nous l'avons expliqué.

pologne1.jpg

Le Pavillon de la Pologne

L’auteur du Pavillon Polonais est M. Joseph Czaijkoioski, architecte qui fit ses études à Cracovie el les continua à l’Ecole Polytechnique de Vienne ; après avoir travaillé avec P architecte réputé Thadée Stryjenski il changea de voie, se mit à la peinture et étudia dans les ateliers de Munich et de Paris. 11 se fixa à Cracovie, en 1902, et devint l’un des plus ardents de la « Société de l’Art appliqué ». Il exécuta le Théâtre et le Restaurant à l’Exposition de l’architecture à Cracovie. A l’exposition des Arts décoratifs, il a préféré faire un genre tout à fait nouveau comme le spécifiait, d’ailleurs, le programme imposé aux exposants.

Le Pavillon de la Pologne s’élève sur les bords de la Seine, au Cours-la-Reine, entre des rangées d’arbres qui gênent la prise de vues photographiques de la façade principale et de l’ensemble.

Le Pavillon comprend un atrium, un vestibule avec de chaque côté une petite salle latérale, un grand salon d’honneur de forme octogonale couronné d’une coupole entièrement en glaces et d’un grand cabinet de travail-salon pouvant servir à l’usage d’un personnage officiel.

Le Pavillon est de forme rectangulaire, en son milieu est un carré dans lequel s’inscrit l’octogone donnant la forme du salon de réception ; la partie en avant de l’octogone est constituée par trois divisions : la plus grande est le vestibule d’entrée, les deux autres les salles latérales à ce vestibule, enfin en arrière de cet octogone et du côté opposé est une grande salle servant de cabinet de travail et éclairée par trois portes-fenêtres donnant sur un perron extérieur.

En avant du vestibule est l'atrium dans lequel on accède par la grande porte d’entrée qui s’ouvre au-dessus d’un perron de trois marches. La porte d’entrée a une grille en fer forgé, chaque vantail est formé par quatre grands carrés ornementés par des volutes, des rameaux et des feuillages d’un pur art polonais, elle a été exécutée par M. W. Goslynski de Varsovie, d’une façon parfaite. Le perron de trois marches est limité par de longs dés supportant des grandes jardinières garnies de géraniums avec bordures de bégonias rouges (Triomphe de Boulogne). Les murs extérieurs entourant l’atrium ont leurs façades surmontées par une large frise formée de plans géométriques verticaux donnant des creux de peu de profondeur. La porte principale d’entrée est limitée par deux pilastres larges de peu de saillie sans socles supportant un panneau rectangulaire de même saillie que la frise que nous venons de décrire.

pologne2.jpg

On pénètre dans l’atrium, lieu de repos ou de calme qui isole quelque peu le visiteur des bruits de l’extérieur et lui permet de se recueillir avant de pénétrer dans le Pavillon. L’atrium est encadré sur trois côtés par une galerie limitée par quatre pilastres carrés sur chaque façade de la cour intérieure. Cette cour intérieure au sol couvert de gravier et à un niveau plus bas que celui du sol de la galerie est occupée en son centre par une grande statue en marbre de Kuna de Varsovie. En face des autres pilastres carrés de ?a cour le long des parements de la galerie se trouvent d’autres pilastres de faible saillie limitant des panneaux à fond noir ornés de lignes, de rameaux, d’armoiries aux tons blancs et vert exécutés en sgruf fîtes avec le nom des x i 1 les principales écrits à la polonaise : Lwow, Wilno, Poznan à droite, Gniezno, Warszawa, Krakow à gauche.

On pénètre dans le Pavillon proprement dit par une grande porte à deux vantaux qui s’ouvre sur cette cour; celte porte est surmontée d’un grand panneau à fond doré sur lequel tranche l’aigle polonais en pierre blanche et constitué par des facettes. L’ensemble de la porte et de la façade est couronné par une sorte de fronton formé par quatre rangées d’éléments de forme spéciale qui s’étagent, rehaussés à leur partie inférieure chacun par un élément différent, petit, à deux faces dorées.

Avant de pénétrer dans le Pavillon, il convient de continuer la description des façades et de la couverture.

Chaque façade latérale a sa partie centrale décrochée en avant d’environ dix centimètres sur les parties la prolongeant à droite et à gauche. Cette partie centrale est percée par deux fenêtres de dimensions ordinaires avec croisées vert-pomme à petits bois horizontaux et verticaux reliés par d’autres en diagonales garnies de glaces biseautées. L’appui de ces fenêtres a lies peu de saillie, la même saillie que les montants et elles sont ornées au-dessous de cet appui par des rangées de facettes formant un grand ensemble triangulaire terminé par une sorte de losange à facettes formant aussi pendentif. Ces facettes sont d’ailleurs de peu de saillie comme les frises afin d’éviter toute lourdeur d’ornementation de façade. Les parties centrales de ces façades latérales sont, en outre, décorées par un long auvent qui déborde par une pente de 45 0 en façade et sur les côtés avec une saillie de 60 centimètres latéralement aux arêtes.

Cet auvent, quelque peu compliqué et quelque peu polonais, forme un bon ensemble avec les deux fenêtres, il a une garniture horizontale en bois de couleur bleu outremer avec petits chevrons peints en brun rouge, ses caissons ainsi formés sont bordés par un filet jaune. En haut de ce premier auvent deux autres petits auvents garnis de deux bandeaux en bois bleu outremer à section carrée et deux autres bandeaux à section triangulaire forment avec le premier un ensemble, aux toitures couvertes de zinc gris verdâtre ; cet ensemble est surmonté par deux toitures à chacune deux versants dont le pignon est complété par une garniture découpée en ligne droite ou ronde et peinte en vert pomme.
La façade arrière du Pavillon, la seule que nous ayons pu reproduire, est naturellement de composition quelque peu semblable à celle donnant sur l’Atrium, son fronton rappelle celui surmontant l’Entrée principale de la construction.

Le pavillon, complètement plat, est surmonté par une flèche de 23 mètres de hauteur qui s’élève du centre de sa partie centrale. En Pologne, on aperçoit souvent de grandes flèches en bois un peu de cette forme. Mais M. Joseph Czaijkuwski, architecte du Pavillon, a voulu faire mieux : il a conçu celle du pavillon entièrement garnie de glaces. Elle est constituée par de grands plans verticaux formant plusieurs gradins reliés par d’autres plans en pentes ; chacun de ces plans est garni de petits bois en fer recevant des glaces biseautées. On s’imagine facilement le casse-tête chinois pour déterminer les plans de détails d’une telle flèche et la patience des constructeurs pour la réaliser. Dans cette flèche est logée la coupole octogonale du salon de réception qui reçoit ainsi une lumière complète pendant la journée, la nuit l’éclairage électrique placé à l’intérieur donne à celle flèche l’effet d’un grand motif de féerie en diamants. Pour en marquer l’importance nous mentionnerons que la garniture de la coupole et celle de la flèche ont nécessité quinze mille glaces biseautées étincelant au soleil.

pologne3.jpg

La porte principale s’ouvrant sur l’Atrium et donnant accès au pavillon est à deux vantaux décorés par trois panneaux carrés ornés par des ornements géométriques ; elle est en chêne épais teinté en bistre foncé.

On pénètre dans le Vestibule aux murs peints en outremer très foncé, au plafond constitué par quatre grands triangles décorés en noir et vert et ayant son centre ouvert garni par quatre panneaux à pente formant une sorte de petite coupole décorée aux mêmes couleurs par des ornements polonais comme ceux du plafond. Le haut des parois du vestibule est décoré également par des langées de triangles verts ou blancs encadrant dans la langée inférieure une ligne de pommes de pin de ton noir. De chaque côté du vestibule s’ouvre une petite salle encore plus sombre pour faire valoir, chacune, un vitrail rutilant composé par Joseph Mehoffer, exécuté par S. G. Zelenski, de Cracovie. Ces deux vitraux destinés à la Cathédrale de Cracovie sont d’une très grande valeur artistique et parmi les plus beaux de l’Exposition.

Le <( Salon cl’Honneur » de forme octogonale à hauts soubassements en chêne massifs, bordés d’un épais bandeau plat de même bois teinté est naturellement la partie la plus importante et la plus décorée du pavillon. La coupole qui le couronne est soutenue par huit colonnes à huit pans en bois de chêne noir ornés de facettes à faibles creux.
Ces colonnes ont presque une histoire qui mérite d’être rapportée. Au centre de Varsovie se trouve le (( Pont Poniatowski » portant le nom de cet illustre Maréchal Poniatowski, neveu du grand roi Stanislas-Auguste, ce fidèle soldat de Napoléon qui donna sa vie après la bataille de Leipzig pour sauver l’armée française d’un désastre. Au moment où l’architecte du Pavillon Polonais dressait des plans, des travaux s’exécutaient aux abords de ce pont, une crue avait rejeté ces pièces de bois plus que centenaires, comme l’indique leur couleur naturelle noire, et M. Czaijkowski. par une délicate attention, songea à les faire transporter sur les rives de la Seine, près des Invalides où repose l’Empereur, tandis que le corps du brave Poniatowski est inhumé non loin des berges de la Vistule, d’où proviennent ces bois.

Six des côtés de la Salle d’Honneur sont décorés par un grand panneau représentant les saisons. Ces six panneaux exécutés par Mme Sophie Stryjenska selon l’art polonais représentent les cérémonies traditionnelles, les fêtes et les scènes de la vie des différents milieux de la population, les fantaisies sur les déités slaves.
Les deux autres côtés sont décorés par des motifs polonais encadrés par des bordures de feuillage aux tons extrêmement crus encadrant deux portes à doubles \ an-taux à glaces biseautées à impostes triangulaires garnies de glaces triangulaires biseautées et rayonnantes autour de petits bois partant de leur centre.

La Coupole en petites glaces biseautées a une forme octogonale, elle est moyennement basse. Elle repose sur une ouverture surmontant les huit colonnes, les huit pans de celle ouverture sont garnis d’abord par un large bandeau en bois du même ton que les colonnes qu’il relie entre elles, puis par une frise formée par huit panneaux à lacet les longues cl blanches rehaussées de petites parties dorées. Ces panneaux sont séparés au-dessus de chaque colonne par un rectangle haut, étroit et doré garni par un motif en fer forgé, formé par de longues feuilles minces, pointues, rubannées, entourant chacun six grosses pommes de pin en cristal taillé formant motif lumineux. Le parquet exécuté par la Maison Rudolf frères de Varsovie mériterait une longue description ; il est composé de grands éléments géométriques noirs, café au lait ou clair formés eux-mêmes par un assemblage de parties carrées ou triangulaires, il est extrêmement curieux de composition et son exécution est irréprochable.

La Salle d’Honneur est meublée par quatre grands bancs aux formes massives, où on est fort bien assis, parce que très bas, et deux grandes tables longues et étroites.
On entre enfin dans le Salon ou plutôt « cabinet de travail » fort, somptueux et très bien composé avec cheminée polonaise en marbre et meublé par une grande bibliothèque, un grand bureau, etc., plaqués en noyer, des chaises, fauteuils, canapé garnis en tapisserie, etc.; qu’il nous suffise de dire qu’il est destiné" au Bureau du Président du Conseil des Ministres à Varsovie. Ce salon s’ouvre par trois grandes portes-fenêtres sur un perron donnant sur l’extérieur.

On doit féliciter M. Georges Warchaloswki, Commissaire général, M. Joseph Czaijkowski, architecte, pour leur talent et pour leur infatigable ardeur à développer les arts décoratifs et industriels en Pologne en regrettant de ne pouvoir présenter la Villa de M. Warcha-lowski et l’œuvre de M. Czaijkowski, nous reviendrons sur ces sujets après l’exposition. Il nous faut citer aussi M. Georges Raymond, architecte parisien, et, M. Georges Gelbard, architecte polonais à Paris, qui ont collaboré à l’édification du Pavillon.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1925 - Architecture, pavillons »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité