M. Ussi. Abdication de Gaultier de Brienne, Duc d’Athènes

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M. Ussi. Abdication de Gaultier de Brienne, Duc d’Athènes

Message par worldfairs » 29 mai 2018 07:08 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

abdicationducathenes.jpg

Au commencement du treizième siècle, à la suite de la prise de Constantinople par les Croisés, la ville d’Athènes avait été érigée en duché. Concédé à la maison française de la loche, ce duché passa bientôt dans celle de Brienne. Mais les grandes compagnies catalanes ne tardèrent pas à vouloir en faire la conquête. Célèbres par leur bravoure, originaires d’Espagne, ces bandes étaient alors au service de Robert, roi de Sicile et de Naples, Elles dominaient sur la Méditerranée, et; composées de Siciliens, de Catalans, d’Aragonais et d’Almogavares, nom qu’on donnait aux Occidentaux, elles avaient pris l’habitude de mépriser le danger en combattant sans relâche les Sarrasins qui n’avaient point d’adversaires plus redoutables.

Or, Gauthier de Brienne, cinquième du nom, régnait sur l’Attique en 1310 au temps où les Catalans envahirent le pays. Il courut les combattre. C’est près de l’antre de Trophronius, fameux par l’oracle qui s’y rendait jadis, quand florissaient encore les dieux de la Grèce, non loin du lac de Copaïs, que le choc eut lieu. Il fut terrible; le duc périt les armes à la main, et l’Acropole, le Pnyx et les Propylées reçurent les Catalans victorieux.

Le duché d’Athènes perdu, la veuve de Gaultier V, Jeanne de Châtillon, et leur jeune fils, vinrent se réfugier auprès de Robert, roi de Sicile, celui-là même qui avait les Catalans à sa solde.

Quoi qu’il en soit, le jeune Gaultier de Brienne fut élevé à la cour de Robert, et celui-ci l’envoya en 1326 à Florence, en qualité de vicaire du duc de Calabre. Pendant les deux mois qu’il remplit cette charge, il sut se faire de nombreux partisans, parmi les Florentins. Il avait l’esprit fin, délié, hardi, prompt à prendre une décision; une grande générosité tempérait ce que son caractère offrait peut-être de trop hautain, et l’air de vaillance et de noble franchise répandu sur son visage était bien propre à lui concilier de réelles sympathies. Aussi plus tard, un jour de danger national, on se souvint de lui. Les Pisans assiégeaient les soldats de Florence renfermés dans Lucques, et manifestaient l’intention, cette ville prise, de poursuivre leurs avantages jusqu’au cœur même de là république rivale. Dans ce moment, Malatesta de Rimini était pourvu du commandement militaire de Florence; mais il n’avait pas la confiance du plus grand nombre. De sorte que, le danger pressant, on se hâta d’appeler Gaultier de Brienne que de récents exploits, en France, contre les Anglais, avaient achevé de rendre populaire.

Arrivé à Florence dans les premiers jours de juin 1341, Gaultier se trouva investi d’une autorité sans bornes. Unetelle situation, par malheur, était fort au-dessus de son esprit, de son jugement. Et^effet, il se méprit sur le caractère et la durée de son rôle et ne sut point se contenter d’une puissance qui. naturellement, devait finir avec la circonstance qui la lui avait fait accorder. Non, aveuglé par l’ambition, pressé par des conseils perfides, il résolut de remplacer le duché d’Athènes qui ne lui avait jamais procuré que l’avantage d’un vain titre, par la seigneurie de Florence, bien autrement productive, à quoi il réussit, en flattant la noblesse et le petit peuple, qu’il sut adroitement opposer à la puissante bourgeoisie des Arts-Majeurs. Alors s’étant installé au Palais-Vieux, il en fit augmenter les moyens de défense, désarma les citoyens, et ordonna de placer partout sa bannière, au-dessus des gonfanons de l’État. Principalement, il accabla le peuple d’impôts qui allaient s’engloutir dans les folles dépenses de la cour, soldaient les désordres effrénés et croissants du duc, ou bien servaient, humiliation profonde, à acheter des Pisans une paix que tout commandait d’imposer par la victoire.

Cependant une tyrannie aussi cupide, ces scandaleuses débauches ne devaient point durer longtemps. Grandes avaient été les illusions de Florence, grande en proportion fut sa colère. Exaspérée par tant de vexations, le 26 juillet 1343, jour de la Sainte-Anne, la ville se lève en masse, et les citoyens de toutes classes, peuple, nobles, bourgeois, prennent les armes. Un instant Gaultier prétend résister; mais c’est à peine s’il trouve quelques défenseurs sortis de la basse populace. Son palais est forcé, envahi; son fils massacré et lui-même pour garantir sa vie, pour assurer celle des rares partisans qui lui restent, de Français attachés à sa .fortune, compagnons de ses désordres, il abdique solennellement tout pouvoir et sort de la ville suivi de la haine et des malédictions d’un peuple qui lui avait confié sa fortune, son honneur, son salut, et dont, par une aberration étrange, il avait seulement aggravé les misères.

Rentré en France, Gaultier de Brienne aida le roi Jean dans la guerre qu’il soutenait contre les Anglais. Il fut nommé connétable le 6 mai 1356, et se fit tuer auprès de son maître le 19 septembre suivant à la funeste bataille de Poitiers.

M. Ussi, peintre de Florence, a rencontré dans la scène de l’abdication de Gaultier de Brienne le sujet d’une toile importante. Le lecteur en a la composition sous les yeux; sans voir l’œuvre originale, il peut donc juger de la disposition des groupes, de l’agencement de 1 ensemble. Il trouvera sans doute que les altitudes pour-la plupart ne sont point exemptes de lourdeur, et que plus d’élan, d’aisance, de chaleur dans les gestes, d’accent dans les expressions n’eussent rien gâté. Mais il reconnaîtra aussi que le sujet est bien présenté et s’explique aisément. Qu’on en soit assuré, l’ordonnance d’une machine aussi compliquée n’est pas chose commode. Quant à l’exécution, elle semble, elle aussi, très-froide et dénuée d’abandon. Cependant elle a du mérite et témoigne de patientes et laborieuses études.

Ce qu’on peut dire, c’est que M. Ussi s’est trompé sur les ressources de son talent, car le sujet d’un tel tableau réclamait impérieusement les qualités qui manquent à l’artiste. S’exerçant sur une donnée calme et simple, le peintre doit réussir dans une très-honorable mesure. Il a une façon de procéder qui ne laisse point de doutes à cet égard. Mais aux prises avec les conditions violentes du drame, l’instrument dont il dispose est fatalement insuffisant. Que voulez-vous? On n’est pas maître de son tempérament, et si l’on ne sait peindre qu’avec scrupule et méthode, ce qui, après tout, venant à point, est digne d’éloges, on n’est guère en état de fixer sur la toile une foule hurlante et furieuse, des tournures franchement énergiques, exagérées par l’action, des expressions joviales et sanguinaires en même temps, des accoutrements féroces, la terreur, le désordre, le tumulte. En un mot pour mettre en tableau l’abdication de Gaultier de Brienne, la manière froide et compassée de Delaroche, n’était pas à suivre; c’est de la fougue, de la passion, de l’âme de Delacroix qu’il eût fallu s’inspirer.
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