Machines à coudres - Barthélemy Thimonnier. — Elias Howe. Wheeler et Wilson.

Paris 1867 - Inventions, novelties and means of transport
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Machines à coudres - Barthélemy Thimonnier. — Elias Howe. Wheeler et Wilson.

Message par worldfairs » 21 mai 2018 10:34 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Inventions, nouveautés et moyens de transport - Machines à coudres - Barthélemy Thimonnier. — Elias Howe. Wheeler et Wilson. - machinescoudrewheeler&wilson.jpg

L’histoire de la machine à coudre est des plus embrouillées ; bien que son origine ne se perde pas dans la nuit des temps, il est impossible cependant de démêler du premier coup, dans la cohue des prétentions rivales, plus ou moins patentées, brevetées ou médaillées, quel est l’auteur véritable de cet ingénieux instrument de travail.

Au dire des Américains, qui, s’il fallait les en croire, auraient tout inventé, c’est à eux qu’en revient l'honneur.

Thomas Stone et James Hendrion se seraient fait breveter dès 1804 pour une machine qui devait remplacer la main dans le travail de couture; mais les procédés de ces soi-disant inventeurs étaient si informes, et présentaient, au point de vue du mécanisme, des inconvénients si grands que l’application en fut jugée et reconnue impossible.

Après cet aveu dépouillé d’artifice, fait par les Américains eux-mêmes, que devient leur prétention à la découverte et à l’installation de la première machine à coudre ?

Il est juste de dire qu’ils ne s’en sont pas tenus là, et qu’à la suite de ce premier essai insignifiant, ils en ont fait beaucoup d’autres dont le résultat n’a pas été plus heureux.

Voilà donc une invention à laquelle, bon gré malgré, messieurs les Américains sont forcés de renoncer.

Et d’ailleurs n’est-ce point assez qu’un des leurs s’en soit adroitement assuré le monopole et adjugé les plus gros bénéfices, sans qu’ils viennent encore s’en attribuer l’honneur? Ce serait vraiment trop de moitié.

On a dit que la France était assez riche pour payer sa gloire, soit; mais quand elle l’a payée, elle doit au moins avoir le droit d’en jouir paisiblement, et il est tout naturel qu’elle trouve mauvais qu’on la lui dispute. Sur le terrain industriel, elle n’est pas plus disposée aujourd’hui à le souffrir que sur tout autre. Qu’on le sache et qu’on se le dise.

Hâtons-nous donc de rendre à César ce qui appartient à César, c’est-à-dire à un pauvre tailleur d’Amplepuis, à Barthélemy Thimonnier, l’honneur d’une invention à laquelle il a tout sacrifié, ses ressources, ses forces et sa vie.

Quel rude et douloureux métier que celui des inventeurs ! Trop souvent l’antique légende de Prométhée devient pour eux une loi fatale. Thimonnier l’a tristement subie.

Aujourd’hui que le nom de l’Anglo-Américain Elias Howe, et que son effigie, imitation maladroite, contrefaçon ridicule de celle de Franklin, rayonnent sur toutes les machines à coudre, qui pense au véritable inventeur?

La célébrité, comme la fortune, est à ceux qui réussissent.

Barthélemy Thimonnier, oublié et inconnu de tous, est mort dans la plus complète misère, laissant, dénués de ressources et sans
pain, une veuve infirme et quatre enfants qui végètent obscurément aujourd’hui dans une ruche manufacturière ; mais, par contre, Elias Howe, qui a eu l’adresse de s’emparer de son œuvre et de s’en faire garantir la propriété et l’exploitation exclusive, est aujourd’hui quatre fois millionnaire, très-considéré de tous et presque illustre.

Nous doutons qu’on puisse jamais trouver un exemple plus frappant et une preuve plus douloureuse de la vérité du sic vos non vobis.

L’histoire de M. Elias Howe serait assez curieuse à raconter, car elle est très-mouvementée et très-accidentée. S’il est arrivé au succès et à la fortune, il le doit beaucoup plus à son habileté commerciale qu’à son génie d’invention.

Employé à Londres, comme ouvrier, dans les ateliers de MM. John Fischer et Gibbons, où. l’on s’occupait particulièrement des modifications et des perfectionnements à apporter à l’œuvre de Barthélemy Thimonnier, Elias Howe, las de travailler pour le compte des autres, se croit un jour assez fort pour voler de ses propres ailes : il s’établit, fait de mauvaises affaires, et prenant bravement son parti, il transporte en Amérique, dans les les États-Unis, ses destinées errantes.

Son premier soin, en arrivant à New-York, est de s’assurer par un brevet le monopole de la fabrication et de la vente du Couso-brodeur de Thimonnier, modifié et perfectionné par MM. John Fischer et Gibbons.

Mais comme il connaissait de longue main le caractère de son nouveau public et qu’il était sûr de s’en emparer en l’attaquant par son côté sensible, il donna au Couso-brodeur le nom de Machine américaine.

Ce fut de la part de M. Elias Howe un coup de maître ; la vanité des Yankees se trouva flattée au plus haut point; on ne jura plus que par l’illustre inventeur, et à partir de ce moment, sa fortune fut sinon faite, du moins assurée.

Aujourd’hui, tous les constructeurs de machines à coudre sont ses tributaires, non-seulement en Amérique mais dans une grande
partie de l’Europe; et chose étrange! ceux qui pourraient impunément secouer ce joug et s’affranchir de l’impôt dont les frappe M. Elias Howe en vertu d’un privilège qui lui procure un revenu princier, ceux-là subissent sa marque de fabrique, son estampille et parent de son portrait leurs machines comme leurs prospectus.

MM. Wheeler et Wilson, les derniers venus dans la construction des machines, bien qu’ils aient su, par une habileté universellement reconnue et par les ingénieuses et très-importantes modifications apportées au système exploité par Elias Howe, se placer au premier rang des constructeurs, n’ont pas cru pouvoir eux-mêmes se soustraire au tribut commun.

La médaille d’or qui vient de leur être décernée, constate cependant qu’aucune des machines sorties des ateliers de construction deM. Elias Howe ou de ses principaux tributaires, ne réunit les qualités de simplicité et de solidité de mécanisme par lesquelles les leurs se distinguent entre toutes.

Dans leur machine, remarquable par sa forme et son élégance, ils ont substitué à la navette, un petit disque plat, tournant au moyen d’une roue à pédale, avec une vitesse constante sur un plan vertical. Ce disque porte, sur la plus grande partie de son pourtour. un bord saillant, arrondi, ayant la forme d’un croissant, dont les cornes émoussées se détachent un peu du disque, afin que l’une d’elles puisse accrocher la boucle de fil que lui présente l’aiguille en descendant. La bobine, circulaire et mince, ressemble à celles qui sont employées dans les métiers à tulle, ce qui permet d’y mettre cinq ou six fois autant de fil que sur la bobine de la navette des machines à coudre ordinaire. Elle repose, avec un grand jeu, au milieu du croissant, soutenue entre le disque et un petit support fixe qui met la boucle, accrochée par la corne, en état dépasser autour delà bobine comme dans certains métiers pour les filets de pêche. Cette machine est la plus simple de toutes, et malgré la grande précision quelle réclame dans son exécution, le prix n’en est pas plus élevé que celui des systèmes les plus imparfaits.

L’élégance, la perfection du travail, la simplicité, la solidité du mécanisme et la facilité de la manœuvre, telles sont les qualités essentielles que réunissent les machines de MM. Wheeler et Wilson et qui constituent une supériorité que le jury a, d’une voix unanime, reconnue et proclamée.

A ces messieurs, la médaille d’or a été adjugée comme constructeurs de machines;

A M. Elias Howe, la même médaille a été accordée comme propagateur.

La distinction faite par le jury s’explique d’elle-même : la différence de mérite que doit faire le public entre l’homme de science pratique et l'industriel.

M. Elias Howe a en outre obtenu la croix.

Cette distinction aurait été plus justifiée après qu’avant le procès qui lui est intenté aujourd’hui.

Le couso-brodeur de M. Barthélemy Thimonnier, avait besoin, pour recevoir son entier perfectionnement, de passer par les mains habiles de MM. Wheeler et Wilson. Aujourd'hui, grâce au bon marché auquel ils ont établi leur nouvelle machine, cet instrument de travail est accessible à tous. Sa simplicité lui assure non-seulement une place dans la chambrette de L’ouvrière, mais sa forme élégante doit en outre la faire admettre dans les plus somptueux salons.
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