Les Musiques militaires de l’Europe à l’Exposition

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Les Musiques militaires de l’Europe à l’Exposition

Message par worldfairs » 11 mai 2018 02:46 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

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Un événement du domaine de l’art musical, et pourtant sans précédent dans son histoire, s’est accompli dimanche 21 juillet. Convoquées à un concours solennel, par le troisième comité de L’exécution musicale, les meilleures musiques militaires de l’Europe se sont réunies au Palais des Champs-Elysées devant un jury spécial.

Au concours orphéonique dont l'Exposition illustrée a rendu compte, avait succédé le dimanche suivant le festival-concours des musiques d’harmonie et fanfares civiles sous la présidence deM. le général Mellinet, et organisé par M. Émile Jonas, secrétaire du comité.
Dès la première heure, une queue formidable d’auditeurs se pressait à chaque porte du Palais de l’Industrie. A midi et demi, une demi-heure après l’ouverture des bureaux, l’immense nef était littéralement envahie du parquet aux galeries supérieures.

Vainement on répétait au public impatient et indocile qu’il n’y avait plus de place, il entrait quand même, forçant les barrières, escaladant les tribunes, foulant aux pieds la merveilleuse corbeille de fleurs qui décorait le promenoir, sauf à se répandre en récriminations amères, violentes, quand il voyait qu’en effet tout était comble de la base au faîte.

C’est toujours l’histoire de la foule, et il n’y a rien à y faire.

Un grand intérêt s’attachait à cette séance. Il ne s’agissait pas seulement d’entendre d’excellente musique, mais aussi de savoir enfin quelle est la meilleure musique militaire de l’Europe.

De là une immense affluence d’étrangers venus pour soutenir leurs compatriotes. L’amour-propre national, la fibre patriotique, se trouvaient vivement et partout surexcités.

Dans cette situation la tâche du jury était lourde, très-lourde. Ces juges suprêmes de la lutte qui allait s’ouvrir, et qui passionnait si ardemment la foule, devenaient à leur tour justiciables d’auditeurs forcément partiaux; le sentiment national étant toujours porté à se substituer à l'esprit de justice, nous croyons donc bon de donner ici le nom des membres de ce tribunal artistique:
MM. le général Mellinet, sénateur, Président; — Georges Kastner, Ambroise Thomas, membres de l’Institut; Ramberg, E. Boulanger, de Rulow, Jules Cohen, Oscar Comettant, Dachauer, Léo Delibes, Elwart, de Fuertès, Hanslick, de Lajarte, Nicolaï, Romeroy Andia, général Rose, Semet, E. de Villiers; — Émile Jonas, secrétaire.

A midi trois quarts, ces messieurs ont pris place sur l’estrade qui leur avait été dressée en face de la plate-forme affectée aux exécutants, à l’extrémité sud-est du grand axe.

A une heure, les corps de musique, en grande tenue, ont descendu au pas et en bon ordre le grand escalier sud-ouest, et sont venus se ranger au milieu de la nef.

L’effet de ce défilé a été saisissant.

Dès que les premiers uniformes ont paru, une immense clameur de bienvenue a salué les hôtes de la France.

Chaque corps a eu son ovation, vingt-cinq mille voix criaient hourra! Cinquante mille mains battaient à la fois avec enthousiasme.

Les musiques se sont présentées dans l’ordre fixé par le sort pour le concours et comme il suit :

Les Grenadiers de la garde du grand-duché de Bade, chef M. Burq : à la tenue sévère, roide mais imposante, coiffés d’un casque noir écussonné de l’aigle ducal, à crinière rouge, la taille prise dans une tunique bleue à boutons blancs, bombée et galonnée d’argent aux parements et au collet.

Les Espagnols, 1er régiment du génie, chef M. Maïmo : en habit-veste bleu vif, passe-poilé de rouge, portant un képi-casquette, bas de forme, en cuir fauve, orné de galons et de passementerie rouge vif; cette tenue élégante faisait ressortir la teinte bistrée et les yeux noirs des musiciens de la péninsule.

Les Prussiens, 2e régiment de la garde-royale et grenadiers de la garde (n° 2) régiment de l’Empereur François, réunis, chef, M. Wiepreeht, directeur général des musiques militaires : tunique bleue à collet droit galonné d’or, attentes et contre-épaulettes rouge et or, pantalon gris fer à passe-poil rouge, casque noir à pointe, à crinière rouge et orné de l’aigle de Prusse en plaque argentée.

Les Autrichiens, régiment du duc de Wurtemberg, chef $1. Zimmermann : tunique blanche, épaulettes et passementeries orange, pantalon bleu, képi noir et jaune. Les officiers portaient l’écharpe jaune et le crêpe au bras. Cette tenue est fort élégante.

Les Belges, régiment de grenadiers, chef M. Bender, dont l’uniforme rappelle tout à la fois celui des artilleurs français et celui de nos pompiers.

Les Bavarois, 1er régiment royal d’infanterie royale, chef M. Siebenkaïs : en tunique bleu-gris, ceinturon noir, casque noir à cimier en velours de laine.

Les Hollandais, grenadiers et chasseurs, chef M. Dunkler : en tunique gros-bleu avec agréments jaunes.

La garde de Paris, au frac plastronné de rouge, chef M. Paulus.

Les Russes, régiment desChevaliers-gardes: hommes superbes , en tunique à brandebourgs jaune d’or, pantalon bleu à double bande rouge, casque de métal blanc, timbré de l’aigle russe aux ailes éployées.

Et enfin la musique du régiment des guides de la garde impériale française, chef M. Cressonnois, dont tout le monde connaît le splendide uniforme.

Il est, croyons-nous, impossible de dépeindre l’enthousiasme de la foule et l’aspect de la salle. Les femmes, debout sur les banquettes, agitaient leurs mouchoirs; les hommes poussaient des hourras formidables; et impassibles, comme il convient à des triomphateurs, les musiciens marchaient lentement, faisant résonner le parquet sous leur pas mesuré.

Enfin le concours s’ouvrit. Mais au milieu des mille frémissements, des piétinements de cette mer humaine, si bien que les auditeurs les plus éloignés n’entendaient rien et réclamaient à grands cris que les musiciens fussent placés au centre, ce qui était impossible.
Peu à peu le silence se fit; il ne tarda pas à devenir solennel, et on ne perdit pas une note.

Toutes les musiques furent littéralement acclamées. C’est qu’aussi aucune exécution n’était médiocre, et il devenait si humainement impossible de saisir les différences qui peuvent exister entre certaines musiques que le jury dut multiplier les récompenses.

Pendant les quarante minutes que dura la délibération du jury, l’attente, l’intérêt, étaient sur tous les visages. Sur tous les points de la salle on voyait se former des groupes de juges officieux, amateurs qui, d’après leur impression, dressaient leur liste, et, fait significatif, la déclaration du vrai jury a répondu à toutes les convictions, à toutes les appréciations de l’auditoire :
1ers grands prix : Autriche, Prusse et France (Garde de Paris).
2me grands prix : France (Guides), Russie, Bavière.
3me grands prix : Pays-Bas, Grand-duché de Bade.
4me grands prix : Espagne et Belgique.

Les hourras les plus formidables et les plus unanimes ont accueilli ce verdict, proclamé d’une voix vibrante par le Président M. le général Mellinet, du haut de l’estrade impériale.

Pendant plusieurs minutes la nef a tremblé sous un tonnerre d’applaudissements.

Le lendemain, la musique de la Garde de Paris a offert, aux Frères provençaux, un splendide déjeuner aux officiers, aux chefs de musique et à dix musiciens de chaque corps. Le champagne frappé y a coulé à flots en l’honneur de la musique et de tous les souverains.

Pendant la semaine, l’Empereur a ouvert à nos hôtes les portes de plusieurs théâtres pour compléter l’hospitalité de la Commission impériale.

Enfin, dimanche 28, pour satisfaire aux impatiences du public, un second concert a été donné au Palais de l’Industrie qui a réuni douze mille auditeurs.

Mardi le comité a donné un dîner d’adieu aux chefs de musique et aux officiers étrangers, banquet cordial présenté parle général Mellinet.

Ainsi s’est terminée cette fête sans pareille dont l'organisation, œuvre de M. E. Jonas, a été un véritable tour de force, et qui laissera d’impérissables souvenirs dans l’esprit de tous ceux qui y ont pris part comme de ceux qui y ont assisté en simples spectateurs.
Mardi, à six heures, pour couronnement de ces fêtes mémorables, Leurs Majestés ont reçu aux Tuileries les musiques étrangères. L’empereur a décoré de sa main M. Jonas et tous les officiers; les chefs de musique ont reçu également des mains de Sa Majesté la médaille militaire. L’enthousiasme des corps de musique a été indescriptible.
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