Charles Landelle

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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Charles Landelle

Message par worldfairs » 02 mai 2018 09:40 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

(Souvenirs d’Orient.)

LE RÉVEIL.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Charles Landelle - Le reveil - lereveil.jpg
Le reveil

Elle est belle, la femme d'Orient, belle comme le rêve d’un poète! Mais sa beauté n’est pas accessible à tous; heureux qui peut la contempler, ne fût-ce qu’un jour dans sa vie!

Sur les pas de M. Charles Landelle, pénétrons discrètement dans l’intérieur du harem, et, de tous nos yeux, regardons!

Il est midi, et les esclaves n’ont pas encore relevé la tendine de soie devant les fenêtres de l'Oda. Il ne fait pas encore grand jour chez la cadine paresseuse, — mais le rayon qui filtre à travers les mailles du moucharaby éclaire assez ce poétique intérieur. — Haydée, Gulnare ou Médora ne se doute point que nos regards sont curieux, et elle a laissé aux mains de ses suivantes l'yarmak blanc qui voilait son front; le jêridjé qui dérobait sa taille sous de vastes plis; le chaluar qui descendait jusqu’à ses pieds, et les terliks semées de perles qui lui servaient de chaussures. — Elle n’a même plus sa chemisette de gaze, insaisissable, étincelante, — un rayon et un souffle tissés ensemble. — C’est à peine si une draperie jetée négligemment nous cache quelque chose. La solitude et l’abandon nous livrent ce beau corps, sculpté dans le marbre vivant de la jeunesse. Le regard caresse la ligne noblement onduleuse qui dessine ses formes; il va de l’orteil à la cheville mignonne de la jambe faite au tour à la hanche rebondie; la taille s’accuse vigoureusement, la poitrine qu’aucun corset n’a déformée, reste chaste tout en étant nue, et l’amour l’admire sans que le désir la profane. Nulle trace de pensée sur ce visage qui reflète l’insouciance de la vie heureuse. — Derrière la tête, comme un flot noir, se répand la belle chevelure annelée; — le vent la caresse, et elle parfume le vent... Mais, c’est l’heure du réveil! la belle créature soulève sa large paupière alanguie; quelle flamme humide dans son grand œil noir mélancolique, brillant et doux comme l’œil des gazelles de son pays! elle étire ses bras oisifs, et ses doigts taillés en fuseaux, ses doigts aux ongles roses, jouent avec les perles de son collier! Qu’on ouvre au soleil! Tout près d’elle, à portée de sa main, sur une petite table incrustée de nacre et d’ivoire, j’aperçois le narghileh de Perse chargé de tembaki, dont la fumée va bientôt emporter les heures pesantes, et prolonger à travers le jour la volupté des rêves de la nuit. — Après le narghileh, on servira les conserves parfumées, les sorbets à la neige, et les coupes de roses liquides. Ainsi commence, ainsi s’achèvera la journée. Jamais un livre, la favorite ne sait pas lire; jamais une aiguille, la favorite ne travaille pas !

Le joli tableau de M. Landelle nous ouvre une perspective profonde sur la vie orientale.


L'EAU DU PRISONNIER

Paris 1867 - Arts, design, mode - Charles Landelle - La prison de Tanger - prisondetanger.jpg
La prison de Tanger

L’autre toile est moins gaie. Nous sommes à Tanger, dans le corps de garde d’une prison, à la voûte en arceaux surbaissés. — Le geôlier, sa clef à la main est à demi couche sur son banc, œil rêveur, bouche pensive. Un enfant aux pieds nus, drapé comme un jeune berger des temps bibliques, sa jarre de forme antique posée sur l'épaule droite, apporte l’eau du prisonnier.— Celui-ci, sombre et triste, attendant impatiemment peut-être le cimeterre du chaouch, qui le délivrera, montre, à travers le judas d'une porte, sa tête farouche et pâle.

Peinte dans une gamme discrète et sobre, qui n’exclut point la force, cette composition, qui satisfait à toutes les exigences du sentiment pittoresque, restera parmi les meilleures choses de M. Charles Landelle.
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