Pompe centrifuge de MM. Neut et Dumont, cable télodynamique de M. Hirn

Paris 1867 - Inventions, novelties and means of transport
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Pompe centrifuge de MM. Neut et Dumont, cable télodynamique de M. Hirn

Message par worldfairs » 30 avr. 2018 05:16 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Inventions, nouveautés et moyens de transport - Pompe centrifuge de MM. Neut et Dumont, cable télodynamique de M. Hirn - neutetdumont.jpg


Notre gravure représente la partie du Parc qui s’étend sur la gauche obliquement de la porte d’Iéna à la porte Rapp. Au bas, à droite, est la belle pompe centrifuge de MM. Neut et Dumont; en haut, à droite, la locomobile de M. Calla. Les deux fils suspendus en l’air et supportés par des poulies sont le câble de la transmission télodynamique de M. Hirn.

La Commission impériale avait arrêté à dix mille mètres cubes, dix mille tonneaux, cent mille hectolitres, le volume d’eau à fournir chaque jour pour les besoins des nombreux services de l’Exposition (arrosage, production et condensation de vapeur, assainissement, lavage, cascades, rivières, aquariums, etc.) A raison de cent litres par jour et par habitant, ce serait l’alimentation d’une ville de cent mille âmes. Le service des eaux a été divisé, d’après la pression en deux étages, correspondant chacun à une distribution de 5000 mètres. Le service haut comprend un réservoir de 4000 mètres de capacité établi au sommet du Trocadero, le long de l’avenue Malakoff, à 32 mètres au-dessus du sol des galeries, et une usine hydraulique installée sur la berge de la Seine, immédiatement en avant du pont d’Iéna; il alimente l’arrosage du Parc, les fontaines monumentales, les bouches d’incendie, etc. Le service bas alimente les condenseurs, les générateurs, les cascades, les rivières, etc. Les deux services ou distributions ont leur canalisation distincte, mais elles peuvent en cas de besoin, être mises en communication directe l’une avec l'autre.

Au premier rang des cinq entrepreneurs du service hydraulique il faut placer MM. Neut et Dumont, de Paris et de Lille. Le cahier des charges imposées par la Commission impériale fait peser sur eux une très-lourde responsabilité; ils doivent marcher de 6 à 8 heures par jour et débiter six mille mètres cubes d’eau. Ils ont eu confiance dans leurs admirables pompes centrifuges, et leur confiance a été couronnée du plus brillant succès. Deux de ces pompes, capables d’aspirer 800 mètres cubes d’eau chacune à l’heure, ont fait un service parfaitement régulier, qui cause l’étonnement de tous ceux qui l'ont suivi de près, et une de ces pompes est placée dans des conditions vraiment extraordinaires. Disons tout d’abord qu’elle puise l’eau par un tube d’aspiration horizontale de quatre-vingt-dix mètres de longueur, à une profondeur de six à huit mètres, dans un puits établi sur le bord de la Seine, près du hangar des machines. Le travail des autres pompes des galeries de l’industrie et du Parc est en comparaison un jeu d’enfant; et peu de pompes seraient capables de surmonter d’une manière continue des difficultés si grandes. Celle-ci a pour fonction d’approvisionner le lac qui entoure le phare, et dans lequel les pompes rivales de MM. Letestu, Coigniard, Thiriou et Nillus puisent tour à tour ou séparément l’eau nécessaire à l’alimentation des réservoirs des cascades.

A la rigueur, la pompe centrifuge de MM. Neut et Dumont aspirerait à 9m,50 de profondeur, et ce travail exceptionnel, qui n’avait pas encore été réalisé, est la preuve la plus éclatante de la perfection presque absolue de leur mécanisme, arrivé à un degré de simplicité et d’efficacité vraiment merveilleux.

L’organe essentiel des pompes à force centrifuge est une sorte de roue à aubes courbes, enfermée dans une double coquille et fixée à un axe auquel on communique un mouvement rapide de rotation. L’eau qui remplit la roue est chassée à la circonférence par la force centrifuge; il se forme au centre un vide que la pression atmosphérique tend sans cesse à remplir, en y poussant sans cesse de nouvelle eau par le tuyau d’aspiration. En même temps l’eau accumulée à la circonférence s’élève par le tuyau de refoulement et coule d’une manière absolument continue. La pompe centrifuge est à la fois aspirante et foulante, et la hauteur d’élévation ainsi que le volume de l’eau débitée croissent avec la vitesse de rotation de la roue.

Nous ne pouvons ici qu’énumérer très-rapidement les modifications ou perfectionnements qui donnent à la pompe de MM. Neut et Dumont sa supériorité incontestable. Forme des aubes et de l’enveloppe choisie ou calculée de telle sorte qu’il n’y ait point de choc de l’eau affluente contre les palettes ; cloison annulaire pour empêcher les remous et le3 tourbillonnements nuisibles; abaissement de l’axe de rotation d’où résulte pour tout le système une rigidité beaucoup plus grande; boîte à étoupes toujours parfaitement purgée d’air; orifice d’évacuation sans cesse ouvert à l’air qui tendrait à s’accumuler au centre d’aspiration et qui empêcherait l’arrivée de l’eau ; réamorcement spontané, sans nécessité de mettre la pompe au repos; disposition heureuse des regards et des clapets avec ou sans tiges de manœuvre, avec ou sans lanterne; recours aux roues à friction, pour réduire, quand il est nécessaire,- le nombre dès tours de la pompe dans tel rapport qu’on voudra; forme de siphon donnée à l’ensemble du tuyau d’aspiration et du tuyau de refoulement, avec diminution notable de la pression à vaincre; extrémités de l’axe armées de pointes en acier trempé; coussinets armés de bagues, palier graisseur, etc., etc.; construction facile et solide, n’imposant que des réparations insignifiantes : la pompe est simplement formée de deux coquilles réunies par des boulons, et renfermant la roue à aube; volume petit; poids très-réduit; prix relativement modique, la pompe coûte à peine le prix des fondations exigées par les pompes à piston si volumineuses et d’un entretien si coûteux; montage facile eu quelques heures par le premier ouvrier venu; mouvement régulier et continu, sans choc ni ébranlement, ce qui dispense par conséquent de toute fondation : nous avons vu une de ces pompes simplement appuyée contre la paroi d’un bateau, dont le volume ne dépassait pas un demi-mètre cube, et qui vomissait par un orifice de trente centimètres un véritable torrent d’eau. La preuve la plus irrécusable de cette perfection de forme et de construction de la pompe de MM. Neut et Dumont, c’est, d’une part, le chiffre de son rendement; il n’est jamais au-dessous de 55 pour cent, et il atteint jusqu’à 65 pour cent avec les gros calibres, par exemple avec le magnifique modèle que chacun peut voir sous le hangar de la berge et qui peut débiter 3000 mètres cubes d’eau à l’heure; c’est d’autre part la faveur extraordinaire avec laquelle elle a été accueillie par toutes les industries, par les administrations publiques et par les établissements particuliers: travaux publics, manufactures, irrigations, épuisements, sucreries, distilleries, filatures, blanchisseries, teintureries, ateliers de construction, papeteries, mines et hauts fourneaux. En 1863 on comptait à peine dans toute la France cinquante pompes centrifuges fonctionnant plus ou moins bien; de 1863 à 1867 MM. Neut et Dumont ont vendu ou loué à eux seuls seize cent pompes centrifuges pour toutes les applications imaginables, et toujours ils ont reçu les félicitations les plus sincères sur la marche et le travail de leur incomparable instrument. Le chiffre de leur fabrication actuelle est de 400 000 francs par an.

Mais il est temps de signaler la seconde condition extraordinaire dans laquelle se trouve placée la pompe de MM. Neut et Dumont, représentée par notre dessin. Elle reçoit son mouvement d’une locomobile de M. Calla, placée à cent cinquante mètres de distance, par le mécanisme de transmission télodynamique de M. Hirn du Logelbach près Mulhouse, mécanisme qui a pris rang parmi les grandes découvertes de notre siècle, et mérité un des grands prix de l’Empereur. Le double câble qui sert à cette transmission est formé de 36 fils de fer tressés en corde ; il n’a que 8 millimètres de diamètre, et marche avec une vitesse de 25 mètres par seconde, franchissant tout l’intervalle du lac et de l’exposition militaire. Pour le vulgaire, à part son élévation dans l’air et sa longueur démesurée, cette transmission ne diffère en rien de celles qu’il voit fonctionner à l’aide de courroies et de câbles dans l’intérieur ou à l’extérieur des grandes usines; et cependant, c’est une véritable création, la solution inespérée d’un problème très-hardi que personne n’avait même soupçonné avant M. Hirn, et que nous pouvons formuler comme il suit : convertir en vitesse une puissance ou force motrice quelconque, transmettre à telle distance qu’on voudra la vitesse convertie en puissance ; puis convertir de nouveau à la distance voulue la vitesse en puissance ou force motrice ; et tout cela à l’aide d’un corps léger, sans masse sensible, d’un cheveu, s’il est permis d’exagérer, pour mieux faire saisir la nouveauté de l’invention. Oui, la transmission télodynamique n’est en elle-même qu’un cheveu courant avec une rapidité extrême, renfermant au besoin dans son sein une force de plusieurs centaines de chevaux, lui faisant franchir sans perte sensible un espace, s’il le faut, de mille mètres, et l’amenant à s’exercer de nouveau comme si elle n’avait jamais quitté l’énorme moteur qui l’a engendrée et l’engendre incessamment. Une poulie d’un grand diamètre, tournant sur son axe avec une grande vitesse, commandant par l’intermédiaire du fil ou câble léger une seconde poulie de diamètre à peu près égal, placée à n’importe quelle distance, voilà tout le matériel de cette mystérieuse transmission. Les poulies sont en fonte, garnie de gutta-percha, que l’on enfonce à coups de maillet, dans une gorge à queue d’aronde. Leur vitesse à la circonférence, et par conséquent celle des câbles en fils de fer ou d’acier, varie de 15 à 30 mètres par seconde ; la perle de travail, par la transmission télodynamique est relativement insignifiante; et pour les grandes distances, la dépense d’installation, acquisition de terrain comprise, n’est qu’une très-petite fraction des dépenses imposées par les autres intermédiaires de la force, courroies, vide, air comprimé, etc., etc.

Née en 1850, rendue pratique en 1852 par le recours aux câbles métalliques, appliquée en grand en 1854, la transmission télodynamique avait déjà reçu, moins de dix ans après, quatre cents applications très-importantes. Nous la trouverons bientôt partout : dans les pays de plaine où son installation est si facile; et, daDS les pays de montagne, elle permettra en franchissant, s’il le faut, des pentes considérables, d’aller chercher la force motrice de l’eau dans les lieux les plus inhospitaliers, et de la faire servir aux besoins d’usines convenablement établies.
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