La section japonaise

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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La section japonaise

Message par worldfairs » 08 avr. 2018 06:45 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 14 juin 1925

La Section Japonaise à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes comprend un groupe de maisons élevées sur le Cours-la-Reine et près , du pont Alexandre-III, entouré par une clôture et un Restaurant Japonais bâti sur une charpente élevée sur la berge de la Seine et dont le niveau est à la hauteur du Cours-la-Reine.

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Pavillon du Japon - Façade

Le Gouvernement de ce pays a préféré, en effet, à un Pavillon d’honneur unique un ensemble de constructions qui comprend : une maison d’habitation d’un type moyen, une maison de thé qui complète là-bas toute demeure familiale et un bâtiment en longueur formant galerie surélevée pour l’exposition de nombreux objets, décorés, le tout réuni par un petit jardin limité par une palissade pleine et une barrière formée de fins bambous.

Malgré leur avancement prodigieux dans les sciences et les méthodes modernes embrassant toutes les branches industrielles, les Japonais ont conservé un culte et des traditions qui les obligent à garder avec un soin jaloux leur art et leurs coutumes.

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Pavillon du Japon - Pignon

Tout ce qui concerne la famille, la demeure, est resté vieux-japonais et nous pouvons que nous montrer satisfaits de celte persistance d’un art véritable. Reconnaissons-le franchement, les Japonais ne se sont pas lancés dans un art nouveau avec la même ardeur que certains Européens qui effrayent, par leur audace et leur conception de l’art décoratif moderne, leurs contemporains. Peu de Japonais emploient les méthodes modernes de dessin ou de peinture, et moins encore font une nouvelle décoration, une décoration moderne. L’architecture familiale devait donc rester dans le genre ancien et nous n’en sommes pas contrariés, car elle nous offre des exemples particulièrement intéressants et dignes d’être retenus, capables même d’inspirer les architectes pour des applications à l’appartement moderne.

Les Japonais sont extrêmement propres, ont un grand souci de la propreté de leur personne et comme conséquence de leur demeure, ils veulent pouvoir la nettoyer complètement, aisément, et sans être dans la nécessité de déplacer des meubles et des objets qui retiennent la poussière. Us ne comprennent pas l’obligation de conserver un lit toute la journée dans une chambre alors que ce lit n’est occupé qu’une partie de la nuit, ils ne peuvent admettre que des chaises ou des fauteuils, soient laissés dans une chambre en permanence alors qu’ils sont la plus grande partie du temps inutilisés. On n’apporte les objets nécessaires à la vie qu’au moment de s’en servir, la plus grande partie du temps ils sont cachés à la vue, d’où l’obligation de ne pouvoir avoir des chaises ou des fauteuils difficiles à transporter et surtout l’impossibilité de pouvoir les mettre à l'abri de la poussière, d’où la nécessité de s’asseoir d’une façon particulière et que l’habitude a rendue aisée. Ces longues explications, que nous croyons devoir donner, sont nécessaires pour comprendre l’habitation japonaise.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La section japonaise - Pavillon du Japon - Façade latérale - pavillonjaponfacadelaterale.jpg
Pavillon du Japon - Façade latérale

L’architecte japonais est surtout un charpentier doublé d’un artiste qui ne comprend pas pourquoi on couvre les bois de peintures qui empêchent de voir les teintes et les veines, il utilise les plus jolis bois et tient à en' montrer toute la beauté, toutes les lignes, tous les nœuds s’ils lui paraissent rompre la monotonie d’une manière heureuse.

Le bouddhisme a enseigné que la vie n’est que passagère et qu’il est prétentieux de vouloir construire pour l’éternité. Alors que les pierres existent au Japon et que les forteresses ont été construites en pierre, les maisons ont été construites en bois et on continue à les construire en bois parce que le pays est souvent secoué par les tremblements de terre et parce, que ces constructions sont plus économiques. Il en résulte aussi un autre avantage : on peut la changer ou en construire une nouvelle sur un autre emplacement et plus économiquement. Certains temples ont cependant des socles ou soubassements en pierre.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La section japonaise - Pavillon du Japon - Détails de la Véranda - pavillonjapondetailsveranda.jpg
Pavillon du Japon - Détails de la Véranda

La maison est construite avec des poteaux poses verticalement sur un bloc de maçonnerie ou sur une pierre, ces poteaux supportent toute la charpente formant l’ossature et la toiture de la maison, on prétend qu’elle résiste mieux aux tremblements de terre et que le poids de la lourde toiture la maintient bien.

La maison est en bois, le plancher est à une certaine hauteur du sol pour éviter l’humidité et l’eau, la partie au-dessous du plancher reste libre pour faciliter l’aération, elle est généralement à la campagne constituée par un rez-de-chaussée, à la ville au contraire elle1 est le plus souvent avec un étage auquel on accède par un escalier, véritable échelle de meunier, afin d’éviter l’encombrement toujours disgracieux. Elle n’est jamais entourée complètement de murs ou cloisons pleines, d’ailleurs comme impression caractéristique, les parties ouvertes sont bien plus importantes que les parties pleines, elle est presque ouverte en sa totalité. Elle est presque totalement entourée par une véranda. Cette véranda est fermée la nuit ou en cas de pluie par des cloisons minces glissantes appelées amado. Le côté intérieur de la véranda est constitué par d’autres parois glissantes en bois, à cadres en bois recouverts de papier transparent nommées shyoji. Ces cloisons glissantes amado ou shyoji peuvent se déplacer le long de rainures très peu profondes et même être enlevées complètement pour laisser pénétrer l’air et la lumière ; on vit donc ainsi presque dans le jardin et pour être protégé du regard indiscret des voisins les palissades qui l’entourent sont hautes et pleines.

Les pièces sont séparées entre elles par d’autres cloisons, ce sont les fusuma formés par des cadres laqués sur lesquels sont tendus des papiers épais décorés simplement ou au contraire ornés par des éléments riches et compliqués ; les fusuma sont au nombre de 2, 4 ou 6, suivant l’importance de la pièce. D’autres parois en clayonnage recouvertes d’un enduit et fixes sont nommées kabe. On peut aisément d’une grande pièce en former deux petites par l’emploi des fusuma, on peut aussi réunir deux pièces et n’en former qu’une seule en les supprimant.

Les sols des chambres sont toujours recouverts de nattes faites avec de la paille de riz, bordées d’étoffe sur leurs quatre côtés, ce sont les tatami, d’une propreté remarquable. Les nattes ont toujours les mêmes dimensions, six pieds sur trois, et on indique la grandeur des pièces par le nombre des nattes, on dit une chambre de 6 nattes ou de 10 nattes.

Les sols de la véranda et de la cuisine ne sont pas recouverts de nattes, le parquet est apparent, très souvent en cyprès.

Les chambres sont toujours d’une propreté irréprochable, les bois finement polis comme ceux de la véranda sont sans cesse essuyés avec un chiffon mouillé, les papiers des shyoji sont souvent renouvelés, les nattes entretenues et réparées.

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Pavillon du Japon - Bureau

Dans chacune des pièces on remarque une sorte d’alcôve, le tokonoma, qui est l’endroit où on dispose les objets principaux de décoration. Sur la paroi du fond du tokonoma on accroche les kakémono, quatre fois plus longs que larges, on change de temps en temps les kakémono en choisissant dans la collection que possède la famille les sujets qui conviennent le mieux à la saison, au temps, au jour, aux événements, aux hôtes qu’elle doit recevoir. Le tokonoma est profond de moins d’un mètre, son sol est à un niveau supérieur d’environ quinze centimètres au-dessus de celui des nattes, c’est sur ce sol qu’on place les quelques objets précieux de la maison, comme ces objets sont peu nombreux la famille peut s’offrir quelques pièces rares : une statuette, un ivoire, un bronze, un laque, un vase. On verra par là que les objets sont riches justement parce qu’ils sont peu nombreux et constituent souvent même des objets d’art. Dans le vase on place un bouquet ou plutôt quelques branches fleuries de courbures différentes et de hauteurs inégales disposées selon les règles d’une esthétique minutieuse formulées dès le XV7e siècle et transmises avec religiosité ; plus loin nous expliquerons les raisons pour lesquelles les Japonais aiment tant les plantes et les fleurs. Le pilier d’angle du tokonoma est souvent le tronc d’un arbre rare choisi pour son effet décoratif, non travaillé et conservé avec son écorce comme dans une chambre de la maison d’habitation de l’Exposition où on a utilisé un tronc de cerisier. Le tokonoma est un endroit presque sacré réservé à la décoration et au salon spécial pour le visiteur auquel on veut accorder beaucoup d’honneur. Les objets garnissant le salon sont réduits au minimum ; à l’arrivée du visiteur on lui apporte le coussin sur lequel il s’agenouillera en s’asseyant sur les talons, car les Japonais ne croisent pas les jambes comme les Hindous, dès qu’if sera parti le coussin sera retiré et placé dans un coffret. Pour la nuit un mince matelas sera étendu au moment du coucher, les hommes se servent d’un traversin étroit, les femmes reposent sur un traversin en bois rembourré d’étoffe sur lequel elles placent la joue pour éviter d’abimer leur coiffure. Les couvertures n’existent pas, selon la saison on se sert d’un ou de deux kimonos épais.

Quand il fait froid on place dans la chambre un hibachi, brasero garni de charbon entouré de cendre chaude.

Généralement la cuisine est disposée sur la véranda dans une pièce formant dépendance avec un toit se détachant de celui de la maison cl percé par une cheminée.

La maison est enfin recouverte par un toit bien charpenté convenant très bien à une construction ayant plus d’ouvertures que de parois pleines, il est à grande saillie pour bien protéger du soleil et de la pluie.
Enfin une dernière remarque montrant combien la maison japonaise est originale dans ses plus petits détails : il n’y a pas de serrure et pas de clef. Les panneaux pleins glissants qui constituent la fermeture, les amado et les parois glissantes à cadres recouvertes de papier servant à donner de la lumière, nommées shyoji peuvent être maintenus à l’intérieur, après avoir été mis en place, par une sorte de cheville à genouillère en métal placée à mi-hauteur et sur l’un des côtés de chacun d’eux. Cette cheville de la grosseur du corps d’un gros piton est composée de deux parties dont l'une est rabattue par une charnière, on relève cette partie, puis on visse alors la cheville qui s’engage dans un évidement fileté placé dans le panneau le plus extérieur et les panneaux sont ainsi fixés deux à deux et dans tout l’ensemble de la véranda. La porte à glissière est également fermée de la même manière par la servante après avoir introduit le visiteur dans le vestibule. Il existe des modèles encore plus simples ou plus ou moins riches, "ls sont généralement en cuivre ou en bronze pour éviter la rouille qui tacherait le bois naturel des panneaux. Lorsque les locataires s’absentent, ils laissent naturellement un gardien à l’intérieur de la maison afin de pouvoir la faire ouvrir à leur retour.

La maison ne possède pas de cave, on garde éventuellement le saké ou vin de riz dans une pièce attenant aux cuisines, et pour les vivres à conserver au frais pendant l’été, les glacières suppléent au cellier.
Dans leur pays où les maisons sont complètement en bois et les risques d’incendie nombreux, les Japonais ont souvent dans leur jardin un petit édifice spécial, le « kura », construit en charpente et recouvert d’une épaisse couche de terre et de chaux ferme par des portes épaisses qu’on clôt en les lutant avec de la terre. Ces petites constructions sont presque incombustibles quand elles sont bien entretenues, sans fissure et qu’on a le temps de les fermer avant l’incendie. Les habitants y enferment leurs objets d’art les plus précieux, c’est une sorte de coffre-fort rustique.

Quand il est possible, l’architecte qui est un artiste recherche pour établir ses bâtiments un cadre plaisant :
les grands arbres, les pins et les cèdres. Il le complète souvent par de jolis chemins, par des escaliers en pierre et enfin par des jardins.

Les Européens savent que les Japonais aiment les plantes et les fleurs, qu’ils les emploient beaucoup dans leur décoration peinte ou sculptée et pour celle des vases à l’état naturel ; ils savent aussi qu'ils ont de beaux jardins ; mais ils ignorent généralement les raisons de cet amour pour la végétation. Le jardin y est d’origine bouddhique et chinoise. Le bouddhisme a appris aux Japonais la fraternité qui unit les animaux, les plantes et les pierres et que l’esprit pourra persister après la mort sous des formes animales, végétales et même minérales. C’est autour des premiers temples bouddhiques que furent créés les plus beaux jardins chinois et les premiers jardins japonais imitèrent les anciens jardins chinois. L’art du jardin au Japon fait son apparition à une époque ancienne, à celle de Kyoto, à celle de Heian puis disparaît au cours des guerres sanglantes du moyen âge pour reparaître avec un nouvel élan au XVIe et au XVII0 siècles. Tous les Japonais aiment les plantes, les o cultivent avec culte », le Japonais de plus petite condition les entoure et les protège avec un soin jaloux. Les jardins sont presque des temples ou des chapelles peuplés des esprits des ancêtres et de ceux de la famille. Après une telle explication, on comprendra avec quel soin, avec quelle persévérance les familles entretiennent leur jardin auquel elles consacrent toujours de l’argent dans la mesure de leur fortune ou de leur richesse. On comprendra par cela même pourquoi les Japonais représentent si souvent dans leurs objets décorés et dans leurs kakémonos et paravents des plantes, des fleurs, des animaux et surtout des oiseaux, véritables habitants des jardins.

Paris 1925 - Architecture, pavillons - La section japonaise - Pavillon du Japon - Salon - pavillonjaponsalon.jpg
Pavillon du Japon - Salon

Nous avons eu l’occasion de connaître des Japonais de n’importe quelle condition, exerçant les métiers les plus divers et nous avons été étonnés, quand nous les interrogions sur des détails de leur pays ou d’un objet quelconque de les voir prendre un crayon et dessiner avec une aisance remarquable afin de nous faire mieux comprendre les explications qu’ils ne pouvaient nous donner que d’une façon incomplète, ayant une connaissance insuffisante de la langue française. Il est, en effet, digne de remarquer qu’ils éprouvent de très grandes difficultés à s’exprimer dans notre langue, ils la parlent moins bien que les Chinois ou les Annamites. Le Japonais est profondément artiste, dans son jardin il se recueille, porte toute son attention sur une plante, sur une fleur, sur des animaux, sur un insecte qui se déplace, c’est dans son jardin qu'il acquiert cette faculté extraordinaire de dessiner et de faire de la décoration, parce (pie le jardin est un lieu de recueillement.

Au Japon, l’art des jardins utilise les cerisiers, les pruniers, les pêchers, non pour leurs fruits mais pour leurs fleurs. Celles du cerisier, le sakura, représentaient déjà la joie d’amour pour la belle Ise au IXe siècle éprise du Mikado, elles symbolisent aussi au IXe siècle la beauté pour Narihina, les fleurs du cerisier sont les fleurs des Samouraï, des guerriers, elles leur chantent la vaillance. Pour le philosophe Motoori (XIIIe siècle), elles représentent la vertu instinctive des Japonais, plus vertueux certainement que les orientaux. Les Japonais préfèrent aussi les glycines (Judji) avec leurs jolies grappes, les feuilles rouges des érables (momidji) qu'ils comparent au sang et aux tissus et enfin les chrysanthèmes (kiku).

Les fleurs sont disposées ça et là dans les jardins au moment où elles fleurissent comme des fleurs dans un bouquet, mais jamais groupées dans un parterre ou en massifs symétriques, les Japonais « ayant horreur de la symétrie », même dans la composition et la décoration de l’habitation.

Les jardins représentent souvent des sites connus ou des paysages célèbres de la Chine ou du Japon.

Une des plus curieuses créations de l’arboriculture japonaise est celle des arbres nains obtenus par des procédés bizarres et une « persévérance japonaise ».
Pour augmenter encore l’attrait des jardins, leurs différentes parties sont contrastées par l’emploi de sable, de petits cailloux, de cailloux plus gros, de pierres, de rochers agrémentés de lanternes de pierre ou de bois, de petits ruisseaux que franchissent des petits ponts. Il y a aussi des petits ponts servant à franchir de parties de jardin d’une maison à l’autre sans obligation de marcher sur la terre. En d’autres endroits on découvre un lac recouvert de lotus, orné de plantes aquatiques et presque toujours, par tradition, un petit bassin embelli de petits las de cailloux, de galets contrastant sur un fond de sable et toujours sans eau, avec un groupe d’oiseaux échassiers en métal peints avec leurs couleurs naturelles.

Enfin dans un endroit bien à l’écart, discret et calme s’élève une petite maison spécialement consacrée à la « cérémonie » du thé. Toute jeune fille japonaise de la bonne société doit savoir « préparer le thé » suivant un protocole rigoureux nettement établi par les traditions et les usages.

Nos lecteurs étant maintenant initiés à l’habitation japonaise et aux mœurs des habitants de ce pays merveilleux, malheureusement souvent éprouvés par de terribles tremblements de terre, il nous reste à examiner rapidement ce que la Section Japonaise a présenté pour l'Architecture à l’Exposition des Ails décoratifs et industriels modernes.


La Maison d’Habitation

Dans la maison japonaise exposée, la fermeture assurée par des volets pleins en bois à glissières appelés « amado » a été supprimée parce que le placard latéral dans lequel on les glisse pendant la journée aurait masqué, sur chaque façade de la maison, une partie de la vue de l’intérieur.

Quand on pénètre par le Jardin dans l’enceinte fermée par une haute palissade, on remarque à gauche une aile que ferme une porte vitrée. C’est l’entrée de service de la maison. Là se trouvent : l’antichambre de service, l’escalier et plus loin les cuisines, office, salle de bains, etc., que le manque de place a obligé de supprimer, cette partie est occupée ainsi que le premier étage pâlies Bureaux ; un escalier en échelle de meunier de moindre encombrement permet de monter à l’étage, détail particulier, les marches ont une hauteur inconnue en France et la pente en est très rapide.

La première pièce qui s’offre à la vue sur deux côtés est le salon de réception. On y remarque comme dans chacune des pièces de la maison le tokonoma décoré d’objets précieux et par un kakémono exécuté par Shiba Koan, artiste japonais aquarelliste, parce qu’au Japon on n’a jamais employé l’huile pour la peinture des tableaux, ce kakémono est ancien mais il est à la place d’honneur parce que son auteur était un artiste célèbre et parce qu’il fut le premier Japonais qui voulut se servir d’un pinceau à la manière des Européens; il est cependant fait à la manière du vieux Japon et représente un paon au ton bleu riche, rehaussé de plumes aux reflets d’or, un kacatoès blanc et différents oiseaux. Actuellement les artistes japonais ne veulent pas de la note moderne et tandis que quelques-uns tentent des essais timides, l’immense majorité reste dans la note du vieux Japon. La table du milieu avec ses deux coussins l'acc à face attend les visiteurs. Ils y prendront le thé qui est offert à chaque personne pénétrant sous un toit japonais dès qu’ils seront entrés dans le salon ; la maison de thé située au fond du jardin ayant un caractère intime comme nous l’avons expliqué Dans un gros vase bleu est disposé le charbon de bois entouré de cendres chaudes où en remuant avec des baguettes de cuivre on peut prendre du feu pour fumer. C’est le hibachi ou brasero qui sert pendant l’hiver à se chauffer les mains.

Sur le côté et face à la porte d’entrée et en angle se trouve un grand vestibule par lequel le visiteur pénètre avant d’être introduit dans le salon ; il est décoré par différents objets et par un écran.

Sur la grande longueur de l’aile formée par un rez-de-chaussée s’alignent trois chambres, la première à gauche est le boudoir de Madame avec une toute petite commode dans laquelle sont placées les robes et ses objets personnels, un porte-manteau supportant quelques-uns de ses kimonos. C’est là en même temps qu’un cabinet de toilette, un boudoir, un lieu où elle se tiendra pour passer la journée en lisant, écrivant ou pour se reposer. La deuxième chambre est un Vestibule séparant le Boudoir de Madame du Bureau de Monsieur, enfin la dernière pièce située à l’extrémité de l'aile est le Bureau de Monsieur où on remarque sa table excessivement basse et des petits meubles laqués où sont disposés ses papiers et quelques livres et sur la véranda une très jolie cage pour les oiseaux.

On remarque dans certaines parties des chambres des étagères formées par quelques rayons et fermées par des panneaux glissant dans des rainures de peu de profondeur faciles à enlever ces panneaux sont constitués par deux cadres, l’un en bois laqué et visible, l’autre au contraire est placé à l’intérieur de ce premier cadre et recouvert par une feuille de papier décorée et tendue. C’est peu coûteux à réaliser et d’un certain cachet; quand les feuilles sont sales, il suffit de les remplacer par des nouvelles et ces étagères sont toujours propres et neuves.

Les chambres à coucher sont supposées situées à l’étage occupé en réalité par les Bureaux du Commissariat du Japon.

Les photographies donnent les détails des toitures et la composition des pignons. Le bâtiment proprement dit est couvert par des tuiles en fer, d’un nouveau modèle, exécutées au Japon, remplaçant avantageusement les anciennes tuiles céramiques, car elles protègent mieux contre l’incendie et sont d’un bel effet décoratif. Les toitures des vérandas sont couvertes par des petites plaques de cuivre minces et teintées.


La Maison de Thé

La Maison pour la « Cérémonie du Thé » située à l’écart dans un coin du Jardin est charmante et aménagée pour cette fête intime. Tous les objets nécessaires à la confection du thé y sont exposés. On pénètre par une porte s’ouvrant sur le Jardin, tandis qu’une autre permet de gagner par un pont légèrement cintré et sans rampes d’appui, s’étendant à une cinquantaine de centimètres au-dessus du jardin, une autre porte donnant accès à la Galerie d’Exposition.


Le Jardin Japonais

Le Jardin avec des arbres apportés du Japon, avec ses lanternes, ses plantes et ses arbres nains est charmant, un joli petit bassin d’eau aux plantes curieuses et un autre sans eau avec galets, sable et deux oiseaux échassiers en métal peint, suivant la tradition, complètent ce coin de verdure d’un aspect si particulier.


La Clôture

La palissade pleine est exécutée avec un soin méticuleux, elle ne ressemble aucunement aux clôtures des propriétés des colonies françaises qui laissent souvent beaucoup à désirer, elle est faite surtout pour empêcher de voir dans le jardin et dans la maison, elle doit donc être très bien assemblée. Au Japon les clôtures sont généralement plus hautes, mais à Paris on n’a pas pu lui donner la hauteur habituelle qui aurait pu gêner l’aspect de la maison vue depuis l’extérieur.



Ces maisons ont été conçues par MM. Yamada et Miyamoto, architectes. La construction et l’exécution ont été assurées par M. Shinoda, architecte qui habite la France depuis de longues années.

Tout ce qui a servi à élever les maisons et jusqu’aux plantes et lanternes du jardin a été apporté du Japon. Des ouvriers charpentiers, menuisiers, ébénistes, couvreurs, jardiniers, choisis parmi les meilleurs soûl venus tout spécialement à Paris pour tout mettre en place. Il convient de les féliciter tous car si les architectes oui présenté un travail qui nous intéresse, les ouvriers ont souvent retenu notre attention pendant l’exécution des travaux, ils étaient pleins d’entrain et on sentait chez eux une grande habileté dans l’exercice de leurs professions.

Il nous reste à décrire le Restaurant Japonais, nous le ferons dans un article spécial, car encore sur ce point les Japonais sont bien différents de nous.

Nous tenons enfin à dire qu’il existe aussi au Japon de grands immeubles comportant sept ou huit étages, mais ils sont réservés au commerce et aux administrations. Pour l’habitation privée, ou familiale, chacun possède ou loue une petite maison plus ou moins grande, avec un jardin plus.ou moins étendu suivant ses moyens. Il en résulte que dans les quartiers les plus populeux et les plus pauvres l’aération et la propreté du logis sont assurées. Et on se rend compte aisément de l’étendue que peuvent atteindre les villes japonaises quand on songe que Tokio, par exemple, la capitale, est deux fois plus étendue que Paris, bien que comptant un chiffre de population inférieur.



Aux architectes aux artistes que l’architecture japonaise pourrait intéresser, nous conseillons une visite à la Section Japonaise au Grand Palais, située au premier étage dans la partie à gauche de l’escalier monumental.

Nous avons remarqué, dans le genre vieux Japon, c’est-à-dire celui des maisons que nous venons de décrire, mais cependant dans des œuvres beaucoup plus importantes et plus intéressantes :
la photographie de l’extérieur de la Chapelle Kondo du Temple de Horiuji avec soubassement en pierre;
la photographie de la Chapelle de Hoddo, du Temple de Byodoin, vue extérieure avec partie centrale à socle de pierre et les parties latérales sans socle, ces parties latérales soutenues par des larges colonnes en bois ;
la photographie du délicieux Pavillon Kinkaku du Temple Kokuonji se reflétant dans les eaux du lac, tout en bois mais reposant sur un quai en maçonnerie, composé d’un rez-de-chaussée et de deux étages avec une aile formant kiosque montée sur quatre pilotis baignant dans les eaux.
Nous pouvons citer également, mais dans la note moderne pour des établissements importants et d’une composition presque européenne :
L’EcOle Industrielle de Koggo (Osaka), important et long bâtiment à un étage avec grands bâtiments séparés sur les cotés et mur de clôture avec pilastres cariés soutenant une palissade exhaussée en bois avec, dans la partie médiane, une entrée composée d'une porte charretière flanquée de chaque côté d’une porte simple, ces portes en fer avec gros pilastres très géométriques surmontés chacun d’une boule lumineuse en verre opaque blanc encerclé dans une monture en fer forgé formant socle. L'ensemble de l’entrée constitué par une partie rentrante avec quarts de rond et formant hémicycle.

Des intérieurs de l'Ecole technique municipale d'Osaka donnant un aperçu intéressant de l’atelier de dorage, véritable laboratoire électro-chimique installé avec tout le confort et l’aménagement, désirables, des salles de dessin et de menuiserie où des enfants d’une douzaine d’années au regard observateur, à l’attention soutenue, se livrent déjà à des travaux minutieux et délicats.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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