Machines agricoles de M. Ganneron

Paris 1867 - Inventions, novelties and means of transport
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worldfairs
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Machines agricoles de M. Ganneron

Message par worldfairs » 06 avr. 2018 07:46 am

Article tiré de "L'exposition Universelle de 1867 Illustrée"

La mécanique agricole n’existe réellement en France que depuis la création des concours régionaux. Avant cette époque, il n’y avait encore que la fabrique fondée à Roville par Mathieu de Dombasle, puis quelques forgerons de village qui construisaient des charrues tant bien que mal.

Ceux dé nos mécaniciens qui visitèrent l’Exposition universelle de Londres en 1851, purent s’assurer, de leurs veux, combien nous étions en retard sous ce rapport. En 1855, l’Exposition universelle de Paris, à laquelle plusieurs constructeurs anglais et américains participèrent, fut le point de départ d’un mouvement qui devait doter notre pays d’usines aussi importantes que celles de la Grande-Bretagne. C’est de cette époque que date la fondation des principaux établissements qui figurent aujourd’hui avec éclat au palais du Champ de Mars et à l’annexe de Billancourt. Toutefois, à la seconde Exposition universelle de Londres en 1862, nos constructeurs ne remportèrent encore qu’un petit nombre de médailles.

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Charrue tourne-oreille de Ransomes et Sim

Cette année ils se trouvent presque à la hauteur de leurs rivaux qui sont aussi leurs instituteurs en cette matière. Nos constructeurs remportent cinq médailles d’or, tandis que les constructeurs anglais en remportent six. Les élèves sont presque à la hauteur de leurs maîtres. Quelques années nous suffiront maintenant pour les dépasser.

L’établissement de M. Ganneron, le plus ancien de ce genre, car il date de 1856, a beaucoup contribué à la propagation des nouvelles machines agricoles dans notre pays. M. Ganneron n’est pas un constructeur, bien qu’il se chargé aussi de faire exécuter les nouveaux modèles; c’est le conservateur d’un immense bazar dans lequel on trouve à la fois toutes les machines agricoles françaises et étrangères. L'utilité de ce bazar est facile à comprendre. Les cultivateurs de toutes les parties du monde qui viennent à Paris, peuvent, sans perte de temps, se procurer tous les outils, engins et appareils dont ils ont besoin pour exercer convenablement leur industrie. M.Ganneron fait fonctionner tout ce matériel lorsqu’on le lui demande; il se charge également de l’emballage et de l’expédition.

Le dessin que nous donnons ici est une vue pittoresque de I établissement deM. Ganneron prise du pont d’Iéna. Adroite se trouve le port d’embarquement de l’Exposition universelle. Au fond, on aperçoit le pont de Solférino, et à gauche, sur le premier plan, le grand bazar du matériel agricole. D’un côté, le bâtiment touche aux terrains du Trocadéro, qui doivent former la place du Roi de Rome ; de l’autre, à la manutention militaire du quai de Billy.

C’est dans ce bazar qu’on peut se procurer la charrue tourne-oreille de MM. Ramsomes et Sims, fabricants anglais, dont les ateliers se trouvent à Ipswich et les bureaux de vente à Londres. Le dessin ci-contre figure cette charrue construite en fer, avec un soc en fonte durcie à la surface inférieure. Les socs en fonte de cette sorte ont été découverts à Ipswich en 1806 par M. Robert Ramsomes.

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Etablissement de construction pour machines agricoles de M. Ganneron, à Paris

C'est encore dans cette usine que, plus tard, Fowler construisit ses premiers appareils de labourage par la vapeur.

La charrue tourne-oreille est celle dont le versoir, s’il est simple, se fixe alternativement à droite ou à gauche, et, s’il est double, ne fonctionne que d’un côté à la fois. Dans les pays du nord de l’Europe, où les terres sont humides, la culture s’établit d’habitude en billons. Avec cette disposition, les eaux s’écoulent dans les rigoles en contrebas, et les plantes ne craignent pas d être inondées.
Pour faire un billon, il suffit d’avoir une charrue avec un seul versoir. En effet, le laboureur, après avoir ouvert sa première raie, tourne tout autour en ramenant sans cesse la terre vers le centre jusqu’à ce qu’il ait fini son billon; il passe ensuite à une autre, et ainsi de suite.

Dans les pays du midi de l’Europe, dont le climat est plus sec et où les céréales ne craignent pas les pluies d’hiver, on laboure à plat. Dans cette sorte de labour, les raies se tracent les unes à la suite des autres. La charrue présente donc alternativement le côté droit et le côté gauche à la partie labourée ; or, pour enlever la tranche de terre et la rejeter toujours du même côté, il faut que, alternativement, le versoir se trouve à droite et à gauche.

Dans le modèle que nous avons sous les yeux, il y a un versoir de chaque côté. Lorsque celui de droite travaille, le. versoir de gauche se relève au moyen d’un pignon d’angle et d’une petite manivelle placée entre les deux mancherons. Cet organe, très-simple, n’est pas susceptible de se déranger.

Dans le brabant double, qui est aussi une charrue tourne-oreille, les versoirs sont à l’opposé l’un de l’autre. A l’extrémité du sillon, le laboureur, par un tour de main, culbute le versoir qui est en l'air et le ramène dans la raie. Il peut aussi, en revenant sur ses pas, jeter la tranche de terre du même côté.

Dans les charrues à versoir simple, lorsqu’il estauboutdu sillon, le laboureur pousse le versoir du côté opposé à celui qu’il occupait à l’aller, puis il peut recommencer son travail en suivant toujours la ligne parallèle.

Les labours à plat deviennent aujourd’hui une nécessité pour tous les pays qui veulent moissonner à la mécanique et qui veulent couper leurs prairies artificielles avéc le même engin. Dans ces conditions, il faut des terrains bien nivelés; autrement la marche des machines deviendrait trop difficile et la main-d’œuvre tout aussi coûteuse que par les procédés ordinaires.

La charrue tourne-oreille de Ransomes et Sims a fonctionné à Billancourt et s’est parfaitement acquittée de sa tâche. Cet engin, très-peu usité en Angleterre, où le sol est toujours humide, doit surtout convenir au midi de la France et à tous les pays où la culture en billons n’est point connue. On peut le faire marcher avec ou sans avant-train et l’atteler de bœufs ou de chevaux. De quelque façon qu’on opère, il ne peut que donner de bons résultats.

On le voit, la charrue est un instrument dont la forme doit varier avec le sol, le climat et les cultures; c’est ce qui explique pourquoi l’Exposition universelle en renferme un si grand nombre de modèles. Sous ce rapport, la France et l’Angleterre offrent à peu près tous les genres de spécimens. Ceux que l’on retrouve chez les autres peuples, n’en sont en quelque sorte que des copies plus ou moins bien exécutées.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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