Le Centre Régional

Paris 1937 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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Le Centre Régional

Message par worldfairs » 24 janv. 2018 08:46 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 19 décembre 1937


Tant de choses ont été dites ou écrites sur l’Exposition, ses défauts, ses qualités, par les personnalités les plus qualifiées ou considérées comme telles, qu’il peut apparaître présomptueux de vouloir ajouter une opinion de plus.

Celle exprimée ici n’aura qu’une valeur : être profondément sincère, développée par un auteur, responsable, de ce que certains considèrent comme une des erreurs de l’Exposition.

Des personnalités marquantes ont déclaré ne trouver en elle que néant.

Des périodiques ont, dans le monde des Arts, interrogé pour savoir si, de l’Exposition de 1937, devait naître un style... Les questions les plus saugrenues ont été posées à multiples reprises et nombreux ont été ceux qui ont jugé bon de répondre ; cela laisse d’autant plus de liberté au signataire de ces lignes pour donner un avis.

Je ne pense pas que, lorsqu’ils construisaient le Parthénon, Paestum, les thermes de Caracalla, les Hypogées ou nos Cathédrales, les Architectes pensaient créer un style ou rénover l’Art de l’Architecture. Ils étaient tout simplement des sincères, des hommes, au sens le plus complet du mot, puisant en eux-mêmes, dans leurs propres ressources, dans leur conscience, la substance et la conviction nécessaires pour mener à bien et dans le sens qu’ils croyaient être le vrai, ce qu’il leur était donné d’accomplir.
Si l’Exposition de 1937 devait révéler un style, il ne nous appartiendrait pas d’en discuter, ceci paraîtrait outrecuidant.
Seuls ceux qui nous suivront pourront discerner si cette manifestation a eu, dans le domaine de l’Architecture, une influence marquée.

J’ai vécu de très près l’Exposition, je l’ai vécue à côté de mes amis, Letrosne, Crevel, Gréber, de façon constante, journalière. Je connais les œuvres qui ont été réalisées par tous nos Confrères et pense qu’en général, aucun d’entre eux n’a eu la prétention de vouloir créer un style ou d’être le maître de son époque.

Je sais, par contre, que, pour le plus grand nombre, ceux qui ont collaboré à cette manifestation ont essayé, en général et en toute sincérité, d’exprimer, pour une période éphémère, ce qu’il y avait en eux de meilleur, en fonction même de ce qui leur était imposé et dans le cadre des possibilités, limitées, qui leur étaient dévolues.

Je n’ai été mêlé à la vie de l’Exposition que pour une parcelle : le Centre Régional et c’est sur ce point spécial que la Direction de « La Construction Moderne » m’a prié de rédiger quelques lignes.

Je ne ferai pas à nouveau l’historique de ce Centre ; je me contenterai simplement, en raccourci, de rappeler que si, pour répondre, à la fois, à des préoccupations d’ordre moral et national, sa création a été décidée, depuis longtemps des Groupements professionnels réclamaient une manifestation en faveur de la Province.

En tête, l’Association Provinciale des Architectes Français, qui réunit dans son sein, sans exception, toutes les Sociétés Provinciales d’Architectes, avait émis le vœu qu’à l’Exposition une place fût réservée à la Province et, dès l’origine, exprimé le désir que cette réalisation fût faite sous une forme durable.

D’autres Groupements s’étaient également attachés à cette idée : créer dans Paris un centre vital où toute la Province, toutes les Régions se retrouveraient.

Le Commissariat Général, appréciant la valeur de cette suggestion, a jugé que, dans une Manifestation Internationale d’importance, à Paris, la Province devait effectivement avoir une large place, mais il a estimé que, d’autre part, il ne lui appartenait pas, pour une participation régionaliste, de diviser la France de son propre chef et d’imposer à telle ou telle contrée une union qui lui aurait paru indésirable ou une répartition impropre.

Profitant du Congrès organisé par l’U.C.A.F. au sein duquel toutes les tendances, toutes les possibilités régionalistes étaient représentées, un premier travail fut fait, qui consista à diviser la France, en dehors de toute influence, de département, de province, de région économique, laissant s’affirmer les besoins, les affinités, les tendances.

De ce Congrès naquit une France divisée en dix-sept Régions territoriales qui, pour des besoins locaux, se subdivisèrent parfois, ce qui, en fait, en porta le nombre à 27, Corse comprise.

Je ne reviens pas sur la façon dont fut répartie la direction des travaux aux Architectes. Il suffit simplement de rappeler que ce fut par voie de concours anonymes, ouverts aux Provinciaux d’origine ou de résidence, et dans lesquels pouvaient se manifester tous les talents, tous les espoirs, ce qui permet de voir groupés, dans les réalisations actuelles, de jeunes Architectes et des Maîtres qualifiés.

J’ai déjà décrit le terrain (le chaos), qui avait été livré aux Architectes pour l’édification du Centre Régional. On a cherché, dans ce chaos, à organiser les régions par voisinage, en essayant de donner à chacune le caractère géographique qui lui est propre.

Le but était d’essayer de démontrer que, dans notre beau pays de France, qui peut, à juste titre, prétendre n’être point à l’arrière-garde de l’Architecture, il était des possibilités nombreuses permettant aux gens de qualité et de talent, d’exprimer une architecture qui soit de notre époque tout en restant en harmonie avec son cadre.

Il fallait, pour cela, s’éloigner des formules toutes faites, des facilités qu’accordent certains matériaux, n’être pas asservi au snobisme du jour, se servir, simplement, de ce que le passé, dans sa continuité, a laissé de caractéristique et retenir les avantages qu’offrent certains matériaux locaux.

Il ne s’agissait pas de faire un village mais de montrer ce qu’en architecture il était possible de réaliser.

On a critiqué, dans le Centre Régional, l’agglomération des constructions.

Cette difficulté du problème était une volonté (exprimée d’ailleurs dès l’origine par M. Creber) pour obliger, à des recherches, les Architectes qui voisinaient et celui qui avait la charge de coordonner, à essayer dans la limite du possible, d’agglomérer cet ensemble pour le rendre sinon séduisant, du moins acceptable.

Il ne s’agissait pas, non plus, de faire une ville, mais une démonstration essentiellement française.

Je ne voudrais faire de peine à aucun en citant seulement la qualité de certains ouvrages, mais cependant, à titre purement d’exemple, qu’il me soit permis de signaler qu’autour de la cour du Nord (Régions Artois-Flandre, Picardie) et seulement pour la couverture six modes différents ont été employés.

Dans le même ordre d’idée, en examinant la Bourgogne, la Franche-Comté, le Dauphiné, la Savoie, l’Alsace et la Lorraine, on constate la diversité des possibilités que nous laissent les toitures, ces choses si françaises qu’on a eu grand tort d’oublier, pour suivre des sentiers battus et adopter des formules trop simples.

J’engage nos Confrères à s’offrir le luxe d’une ascension à l’une quelconque des plateformes de la Tour Eiffel et à examiner attentivement le Centre Régional, la conclusion sera facile à tirer : « La France n’est que toitures » et je ne saurais mieux faire pour en convaincre que de rappeler ici l'ouvrage qui contient, à la fois, tant d’enseignements, de science et de saveur artistique : « Toits et Maisons de chez Nous », œuvre de mon éminent ami Ch. Letrosne, Architecte en Chef Honoraire de l’Exposition.

Malgré les difficultés, les heurts aussi parfois, ma joie a été grande de réaliser le Centre Régional.

S’il n’est parfait (rien ne l’est en ce monde, même pas l’esprit des critiques) , du moins, dans nombre de ses éléments composants, il aura aidé à démontrer quel tort est le nôtre de nous asservir aux formules de l’heure, à des besoins non démontrés, à des admirations béates.

N’ayant, par moi-même, rien exécuté, ma tâche était autre, il m’est d’autant plus facile de rendre un hommage mérité à mes Confrères, à mes Camarades qui ont tenté l’effort de faire revivre l’esprit de leur Province.

Je crois que cet effort est légitimement récompensé : Provinciaux et Etrangers se pressent, nombreux, au Centre Régional.
Les premiers ravis de s’y reconnaître, de trouver un peu de calme ; les seconds attirés par la diversité, heureux de trouver réunis un peu des charmes divers de la France, n’ont-ils pas d’eux-mêmes choisi, pour désigner le Centre Régional, un qualificatif « Le French Village » qui, mieux qu’une longue dissertation, montre que les Architectes ont réussi.

C’est à ces Architectes Provinciaux, à mes Collaborateurs de toutes les heures que je désire rendre hommage et je ne saurais mieux le faire en terminant que de citer les lignes suivantes d’Antonin Chomel, de la Société Académique d’Architecture de Lyon :
« Malgré le soin, la coquetterie des nations étrangères comme de nos provinces de demeurer elles-mêmes sans cesser d’affirmer leur volonté d’être à l’avant-garde du progrès, la conclusion ne s’impose-t-elle pas qu’il est paradoxal de vouloir concilier les notions d’évolution et de fidélité à l’art national ou régional ? La facilité croissante d’information, le développement des relations entre les peuples, les progrès de la science et du machinisme sont incontestablement des causes d’internationalisation de l’art, quels que soient les goûts, les tempéraments, les climats, la géographie, les matériaux. L’Exposition donne bien l’impression que les tendances architecturales ne sont pas divergentes, mais « concordantes. Le Centre Régional est une gageure ! Mais je reconnais volontiers qu’il est un chef-d’œuvre de subtilité, d’équilibre entre traditionalisme et modernisme.
Bien que le Centre Régional ne fût pas complètement terminé, j’ai savouré le charme provincial qui émane de ses pavillons. Exprimer tant de choses, évoquer une région en si peu de place était difficile et nos confrères y ont pleinement réussi. La Province a montré qu’elle avait des Architectes ! »

Ces derniers mots forment une conclusion.
Ils démontrent qu’en réservant, pour la première fois, une place à la Province, le Commissariat général, joueur heureux, avait misé sur le bon tableau.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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