Les représentations figurées de l'architecture à l'exposition

Paris 1937 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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Les représentations figurées de l'architecture à l'exposition

Message par worldfairs » 13 janv. 2018 09:41 am

Article de la revue "La construction moderne" du 12 décembre 1937


Il en existe deux, — au moins ai-je vu ces deux-là, — qui sont insérées dans I’ « aile de Paris » du Nouveau Trocadéro ; je me demande, d’ailleurs, pourquoi deux représentations de l’architecture, au lieu d’une seule; sans doute le « maître de l’image » suivait-il les vieux errements de l’Ecole, où l’on distingue entre l’architecture religieuse et l’architecture civile : ainsi disait Cuadet. L’architecture change-t-elle, pourtant, d’un programme à l’autre? A toute époque, elle produit pour Dieu et pour l’homme, et dans le même moment, et sur l’églîse comme sur la maison, s’inspire des mesures et des proportions qui sont dans nous.

Il est remarquable que les deux sculpteurs du Nouveau Trocadéro, qui n’ont point la même origine ni la même éducation, — et qui peut-être ne se connaissent point, — viennent de nous donner des images parentes : elles rappellent la « Mélancolie » de Dürer, — cette prodigieuse figure que je préférerais nommer la Science.

Paris 1937 - Architecture, pavillons - Les représentations figurées de l'architecture à l'exposition - Debarre - Architecture civile - debarrearchitecturecivile.jpg
Debarre - Architecture civile

Seulement, dans l’un des bas-reliefs (architecture religieuse : Costa sculpsit) — l’architecture porte son œuvre, — et dans l’autre (architecture civile : Debarre sculpsit) , ses attributs ; dans le premier, elle nous offre une de ses « images mentales », — en l’espèce, un clocher ; — dans le second, ses instruments de mesure : le compas, la règle.

j’ai déjà dit ce que je pense du compas, et ne reviendrai point là-dessus. Il est un des signes que porte le sceau de maîtrise ; auprès de lui, la hache, le marteau, la règle et l’équerre, — la principale figure dans ces petites compositions, paraissant demeurer la croix (1) ; c’est sur la croix que se branche l’équerre, c’est elle que portent les « monts » symboliques, c’est autour d’elle que prennent place les fleurs de lis, les étoiles, ou les roses que nous trouvons encore sur les sceaux. Pas d’autre signe jusqu’à la fin du XVIII° siècle ; il faut arriver à la Révolution pour voir Minerve s’installer sur les jetons et sur les médailles; mais à dater de là, elle n’en part plus.

Le sculpteur Debarre nous a donné une image de l’architecture qui n’est point sans rappeler ces vues compagnonniques. Sa créature, carrément assise entre des œuvres d’ « architecture civile » (à gauche, le château de Chaumont, l’hôtel de ville de Paray-le-Monial, un palais classique ; — à droite, des usines, des ponts, des tours ; et le fer et le béton venant faire opposition à la pierre) — sa créature, — dis-je, — déroule des plans, contre quoi sa main gauche tient le compas, tandis que la droite porte la règle. Tout le panneau est exactement rempli, et avec intelligence. J’aime encore la malice dont l’artiste fait montre en installant près du visage de son « Architecture » un pauvre petit bonhomme de sculpteur qui taille un chapiteau : le chapiteau est posé sur l’épaule de l’architecture, tout son ornement consistant dans une étoile à huit branches ; la pointe, cependant, semble vouloir retentir dans l’oreille de l’architecture, qui tourne, en effet, le regard de son côté ; cependant, un ange, au même moment, soutient la nuque du sculpteur. J’imagine que De-barre nous annonce une nouvelle entente, — si désirable, — du sculpteur et de l’architecte. Je ne suis point seul à déplorer que l’architecture ne satisfasse que le besoin matériel ; j’attends, comme bien d’autres, qu’elle accepte le don du sculpteur, et peut-être le temps vient-il qu’elle ne le refusera plus. Imaginations, — me dira-t-on ; je préférerais penser que ce sont là des signes ; or il appartient au décorateur de nous les donner. Les décorateurs m’apparaissent comme des intermédiaires naturels entre la poésie et la plastique, et je veux croire que l’Esprit les visite. C’est ainsi que la composition de Debarre se montre si pleine de sens : sa figure n’est point qu’une représentation de P « architecture civile » ; c’est un appel, un cri traduit par un geste.

Paris 1937 - Architecture, pavillons - Les représentations figurées de l'architecture à l'exposition - Architecture religieuse - Joachim Costa - architecturereligieuse.jpg
Architecture religieuse - Joachim Costa

Telles ne sont point les choses que recherche Costa, qui se soucie moins de la décoration que de la statuaire ; ce qu’il veut, c’est composer l’effigie monumentaire d’une grande pensée, et d’autre part, que cette image soit taillée suivant la vérité du métier. Voilà vingt ans, et plus, que nous nous sommes rencontrés sur ces deux points ; depuis sa première figure de « Poilu », ie pense, et de ce moment, nous avons eu partie liée. Nous considérons, lui comme moi, — que le progrès de l’art tient à la justesse de l’esthétique ; nous avons donc rejeté les vieux « sujets » de l’Ecole ; nous ne condamnons pas moins son enseignement, pour professer que le sculpteur est un homme qui sculpte, et non qui modèle ; nous appelons cela : conception et exécution, — la « taille directe », et nous n’avons pas à démordre de là. L’Exposition, malheureusement, l’a condamné à patauger dans la terre et, avec lui, Abbal et Contesse, pour ne citer que quelques tailleurs de pierre ; c’est une faute, et qui ne saurait surprendre de la part d’une institution qui tente si généralement de justifier l’erreur scolaire. Nous autres, nous ne voulons d’ateliers d’art que sur le tas, et d’éducation de l’artiste que dans la poésie et la religion.

Costa fait œuvre statuaire, auprès d’une œuvre plus proprement décorative. J’estime que l’architecte fut bien inspiré de les rapprocher l’une de l’autre. Ce sont deux des rares œuvres dont puisse s’enorgueillir le Nouveau Trocadéro. La plupart des bas-reliefs qui le décorent sentent la sueur de l’Ecole, et rien de plus. Il est remarquable que ce soit à l’occasion de la représentation de l’ « architecture » qu’un décorateur et un statuaire viennent de se rencontrer. Leur œuvre compte, je pense, par-dessus celle des autres : Salut, donc, au jeune comme à l’ancien ; il me plaît de les aimer et de les louer dans le même temps.
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