M. Puvis de Chavannes

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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M. Puvis de Chavannes

Message par worldfairs » 08 janv. 2018 07:39 pm

M. Puvis de Chavannes.
Concordia, Bellum, le Travail, le Repos.

On se souvient du succès qu’obtint M. Puvis de Chavannes dès ses débuts. Inconnu la veille du Salon de 1861, le lendemain il avait conquis la célébrité : il s’était révélé par deux vastes compositions, Concordia et Bellum. Et, en accueillant ces œuvres avec une faveur particulière, le public prouva qu’il n’est point insensible aux austères et graves beautés du style lyrique; au contraire, qu’il aime à pénétrer dans les hautes sphères où les choses les plus simples sont mises au-dessus de leur rang naturel. C’est-à dire que, sans y songer peut-être, il rendit un hommage complet au grand art qu’on prétendait volontiers sans racines parmi nous. Le triomphe de M. de Chavannes fut donc un signe frappant que le goût de la grande peinture est encore vivace en France. Or, à ce titre, principalement, on dut le saluer avec bonheur, et quand tant de peintres se montrent adroits à manier le subterfuge, à tricher au jeu du pinceau, rien de plus juste, que l’entrée en scène d’un artiste probe et loyal, ayant le front sincère, la conscience nette, soit considérée comme un événement heureux.

Aux galeries internationales du Champ de Mars, se trouvent des répliques de Concordia et de Bellum. On y voit aussi des répétitions du Travail et du Repos, peintures qui continuèrent en 1863 la série de sujets abstraits et synthétiques inaugurée par M. de Chavannes deux ans auparavant.

Voici la description de Concordia :
Le centre de la composition est occupé par un groupe de jeunes femmes et de guerriers. Des femmes, l’une s’est accroupie pour traire le lait d’une chèvre, les autres remplissent de fleurs et de fruits de larges corbeilles. Les guerriers ont jeté leurs armes : ceux-ci se reposent sur l’herbe fraîche, ceux-là se mêlent aux femmes pour les aider dans leurs travaux. Un gros massif de lauriers-roses sert de fond à ce groupe; à droite, sautant légèrement de pierre en pierre, une jeune fille traverse le ruisseau qui serpente dans ces prairies arcadiennes; sur le bord opposé du ruisseau, deux hommes chargés d’outres et de vases s’apprêtent à rejoindre leurs compagnons. Enfin, à gauche, auprès de grands arbres, des jeunes gens s’exercent à la course à pied, ou lancent leurs chevaux au galop.

Paris 1867 - Arts, design, mode - M. Puvis de Chavannes - Le repos - lerepos.jpg
Le repos

Naturellement Bellum est la contre-partie de Concordia. C’est l’âge de fer opposé à l’âge d’or. Aussi plus d’ombrages aromatiques ni de prairie semée de fleurs. Non. La terre est sèche et rude; les moissons et les chaumières sont livrées aux flammes, et de massives colonnes de fumée s’élèvent vers le ciel, projetant une ombre lourde, sinistre. Sur le devant de la toile, une vieille mère pauvre, Hécube rustique, est agenouillée près du cadavre de son fils : les bras roides, les poings serrés, la tête haute, le buste ferme, elle semble invoquer les dieux vengeurs. A côté, le père s’affaisse de désespoir. Derrière ce groupe on aperçoit d’abord trois captives nues, les bras liés, puis un homme enchaîné, jeté à terre e se tordant de rage le long de ses bœufs égorgés. Un peu à droite, trois cavaliers, sonnant dans de longues trompettes une lugubre fanfare et au loin, de ,ce côté-là, se protons une file de vainqueurs entraînant de nombreux prisonniers.

Sous plus d'un rapport cette toile est répréhensible. Mais ce qu’il faut louer, c’est la vigoureuse expression de la mère, le mouvement du père et la pose du prisonnier aux boeufs. C’est surtout la superbe silhouette des cavaliers. Ils sont côte à côte, nus, posés tous trois dans une attitude pareille, différenciée seulement par quelques variantes d'un excellent goût, et leurs chevaux ne portent aucun harnais. D'une impassible grandeur, d’une ampleur sombre et majestueuse, ce groupe est une inspiration de maître. Concordia offre également des alternatives assez étranges de bien et de mal ; toutefois, c’est le bien qui l’emporte, même dans de notables proportions, et plus d’une partie accuse un amour vrai du beau, choisissant les formes les plus nobles, d’une intelligence éclairée, dirigeant une main obéissante.
Examinons maintenant le Travail.

Des hommes aux muscles athlétiques frappent en cadence avec de lourds marteaux sur une enclume: ils façonnent un soc de charrue que deux compagnons tiennent avec de longues pinces. Ceci se passe au milieu de la scène, à gauche, mais un peu en arrière, des aides attisent le brasier de la forge, et sur le devant du tableau, du même côté, des bûcherons, équarrissent des troncs d’arbres, A droite ce sont des laboureurs activant de l’aiguillon les bœufs de leur charrue, et au premier plan dans l’angle, une vieille femme présente à une jeune mère couchée sur une toison de brebis, l’enfant nouveau-né. Ici les abords d’un bois obscurci; là des collines accidentées; au fond la ligne bleue de l’Océan.

Nous venons de voir l'homme à la peine; le Repos nous le montre jouissant de loisirs achetés au prix d’une journée de rudes labeurs. À l’heure tiède et propice du soir, assis au pied d’un saule grisâtre, un vieillard poursuit un récit qui tient attentifs les hommes, les jeunes garçons et les jeunes filles qui forment l’auditoire. A gauche, un pêcheur raccommode des filets et derrière cette figure des enfants se partagent en jouant des raisins. Le site est montueux, et le paysage se reflète dans un cours d’eau frais et transparent.

La physionomie des principaux groupes de ces deux ouvrages témoigne d’un jugement sain, d’un esprit éminemment distingué. Les forgerons ont de fières allures ; l’agencement en est rationnel, le style ample et nourri; ils présentent l’alliance heureuse et rare de la force et de l’élégance. J’aime beaucoup également le vieux conteur : il est d’une simplicité antique. On dirait un rapsode des premiers âges. Enfin dans la disposition des sites il y a une gravité douce, une quiétude de lignes qui donnent à ces lieux la grandeur sereine des séjours élyséens.

Sans doute le Travail et le Repos, aussi bien que Concordia et hélium ne sont pas sans prêter le flanc à de justes critiqués. On y signale plus d’un vide, plus d’une lacune. Quoi qu’il en soit, M. Puvis de Chavannes peut être offert comme modèle aux jeunes gens qui, entrant dans la voie sérieuse, songent à donner à leur talent une noble direction. Son exemple leur apprendra à préférer les graves nécessités des maîtres aux goûts éphémères de la mode. L’auteur de Bellum et du Repos, n’est pas arrivé, sans doute, à la perfection ; mais il l’a cherchée, préoccupé des combinaisons supérieures, portant la vue sur l'antiquité et sur la renaissance italienne. Avec de pareils guides, on parvient au véritable but de l’art, et il est à croire, que le peintre, bien renseigné maintenant sur ce qui lui reste à apprendre, parcourra avec éclat une carrière dans laquelle il occupe, depuis ses premiers travaux, un rang des plus honorables.

Texte de L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée
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