Le site de l'Exposition

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Le site de l'Exposition

Message par worldfairs »

Le site d’exposition fut agrandi à 96 hectares par rapport à celui de l’Exposition Universelle de 1878, qui n’en comportait que 75.

Au terrain traditionnel des expositions universelle parisiennes, le Champs de Mars, vinrent s’ajouter plusieurs sites annexes. Sur l’autre rive de la Seine, en face du Champ de Mars, s’élevait le Trocadéro, le plus grand palais de l’exposition précédente, avec ses jardins descendant jusqu’au fleuve.

C’est là que furent organisés les grands rassemblements et 69 congrès, auxquels prirent part 20.000 personnes au total.

C’est également le Trocadéro qui abrita l’Exposition horticole. Au bord de la Seine, au Quai d’Orsay, furent exposés dans de longues galeries les produits et le matériel agricoles.

C’est également là que Charles Garnier, architecte de l’Opéra de Paris, présenta, répartie dans 49 constructions-modèles, une Histoire de l’habitat humain, depuis la hutte préhistorique jusqu’à l’immeuble parisien du 16ème siècle.

Sur l’Esplanade des Invalides, enfin, les colonies françaises exposèrent leurs matières premières et leurs produits et firent découvrir sous une forme exotique à la population parisienne le mode de vie des autres continents.


Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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Re: Le site de l'Exposition

Message par worldfairs »

Texte de "L'Exposition Universelle de 1889 par Léon Malo"

LE PARC

Ceux qui n’ont pas encore vu l’Exposition doivent trouver, j’imagine , que j’ai l’enthousiasme un peu prompt pour un homme d’âge mûr. Ceux-là, je m'en inquiète peu; je les attends à leur première visite; ils diront alors si je suis un exagérateur. Ceux qui, par conviction politique ou pour d’autres motifs personnels, s’abstiendront de la voir, conserveront de moi certainement le souvenir d’un naïf qui s'emballe. J’en serai profondément navré; mais je n’y puis rien. Ce n’est pas ma faute si les dimensions de ce succès mérité dépassent toute mesure. La critique viendra à son heure, quand nous en serons à l’examen du détail ; devant la splendeur de l’ensemble, elle s’arrête désarmée. 11 faut que les protestataires en prennent leur parti : malgré la date intempestive, malgré les emblèmes démocratiques dont les façades sont illustrées, bien que la solennité manque de souverains de première grandeur, ce n’est plus un simple succès, c’est un triomphe.

Poursuivons donc notre promenade avec sérénité ; ceux que notre enthousiasme entraînera n’auront pas à s’en repentir.

Le développement énorme des surfaces couvertes a réduit naturellement à la portion congrue les surfaces plantées. La ceinture d'immeubles privés qui entoure le Champ-de-Mars n’étant pas élastique, il a fallu ménager la verdure, et cependant, pour une Exposition d’été, l’abondance de verdure était de première nécessité. On n’a pu se donner, cette fois, qu’un parc en miniature; mais ce parc est tracé avec tant d’art, il est si adroitement agencé dans ses petites proportions, on l’a si pittoresquement parsemé de pavillons et d’édifices d'aspects variés avec une habileté extrême, qu'on en a fait un « clou » charmant parmi les « clous » gigantesques.

Il y a le Parc proprement dit et le Jardin.

Le Parc, avec ses allées mignonnes, ses fleuves lilliputiens, ses lacs de poupée et ses méandres mystérieux, s’étend aux pieds et à l’ombre de la Tour de 300 mètres. De la première plateforme, on ne l'aperçoit déjà plus que comme un tapis vert, sur lequel une main capricieuse aurait répandu à la volée une boîte de jouets de Nuremberg; des jouets comme, par exemple, le théâtre des Fantaisies-Parisiennes, qui a 40 mètres de long, comme le pavillon du Mexique, qui en a 70, ou comme le palais doré de la République Argentine, qui couvre 2.000 mètres carrés.

Le Jardin, lui, est logé dans le vide rectangulaire, encadré, sur ses deux grands côtés, par le Palais des Beaux-Arts et celui des Arts libéraux, et au fond par l'exposition des industries diverses, que coupe la Galerie de 3o mètres, accès principal de la Galerie des machines; compartiment merveilleux de cet écrin magnifique, surmonté, comme par une couronne fermée, de la coupole dite « Dôme Bouvard », ainsi appelée du nom de son architecte.

Au milieu du rectangle, ouvert du côté de la Seine, se dresse la fontaine centrale avec ses dépendances, dont le peuple de statues suffirait à la population d'un hameau. Les eaux de cette fontaine qui, le soir, prendront toutes les couleurs du prisme, s’écoulent vers un vaste bassin enchâssé dans des pelouses avec tous les raffinements que le Maître de l’œuvre sait trouver quand il lui plaît d’enchanter un jardin. Rien d'harmonieux comme cet amas de choses à la fois colossales et gracieuses, où la nouveauté la plus hardie vit en bonne intelligence avec l’art décoratif le plus pur et le plus correct.

Le mode de construction adopté pour les bâtiments montre un parti-pris général d’audace et de sincérité qui me ravit. Toute l’ossature, de quelque côté qu'on la regarde, du dehors ou du dedans, est en fer. Non pas en fonte de fer, dont le moulage, au besoin, sait obéir servilement à la convention et aux tyrannies de la routine, mais en simple tôle et en fers cornière rivés ensemble. C’est, de la base au faîte, un ouvrage de chaudronnerie construit avec les mêmes procédés qu’un réservoir de maraîcher ou une chaudière à vapeur. Un architecte pusillanime se fût appliqué à cacher ce squelette brutal sous une couche de plâtre simulant des formes plus nobles, en style composite, dorique, ionique ou autres banalités classiques; M. Alphand et ses intrépides collaborateurs n’ont pas eu de ces scrupules pudiques; ils ont, avec une immodestie superbe, laissé nue aux aux yeux du public la carcasse de leur édifice. Rien n’en a été voilé. Les lignes droites inflexibles du fer apparaissent partout dans leur rigidité ; les rivets eux-mêmes, loin d’avoir honte du grand jour, ont été, par millions et sans qu’on en ait dissimulé un, utilisés pour l'ornementation générale. Seuls, les vides obligés par le système de claire-voie que comporte la construction métallique ont été comblés par des remplissages de céramique polychrome et de terres cuites avec bas-reliefs sur fond d’or du plus séduisant effet. Là, par exemple, les artistes et les industriels spéciaux s’en sont donné à cœur joie. Le résultat de cette combinaison audacieuse est éblouissant. Lorsqu’on se place au milieu du jardin, qu’on s’est adossé à la Fontaine centrale et que l’on promène un regard circulaire autour de soi, on embrasse un ensemble comme il n’en existe certainement pas un second au monde.

Ces architectes de l’Exposition sont des téméraires qui semblent avoir cherché, comme à plaisir, des occasions de se rompre le cou. Ils ont joué avec le danger comme des enfants qui courent sur la glace trop fragile. A force de violenter l’Art pour lui arracher des formes nouvelles, ils pouvaient, au lieu d’une œuvre exquise comme celle qu’ils ont faite, ne produire qu’un avorton difforme. Ils ont réussi; mais non sans avoir côtoyé de gaîté de cœur les précipices. Ne se sont-ils pas avisés de peindre en bleu de ciel toutes les parties métalliques du monument restées visibles, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur? Un bleu criard, agaçant, impardonnable ; un de ces bleus dont les Américains des Etats-Unis colorient leurs machines agricoles. Eh bien ! la masse architecturale de l’édifice est si belle, si puissante, si riche en délicieux détails artistiques, et d’une ordonnance générale si grandiose, que cette note insolente, partout ailleurs inacceptable, est ici un attrait • de plus. Elle s’impose dans cette symphonie architecturale, comme certaines notes fausses introduites par les maîtres dans les chefs-d’œuvre de leur musique semblent nécessaires pour en accentuer l'impression. C’était terriblement dangereux ; cela pouvait tourner au grotesque; cela a tourné presque au sublime. La victoire a tout couvert de son aile triomphale.

Un seul détail me gâte ce panorama unique. Juste en face du grand portail par ou l'on pénètre sous le « dôme Bouvard », et comme pour en accentuer encore l'ornementation, opulente jusqu’à la dépravation, je ne sais quel malavisé a imaginer de planter deux baraques, parées à la diable, sous prétexte de mettre dans ses meubles l’exposition de la ville de Paris. L'exposition de la ville de Paris est certainement des plus instructives. On y voit des peintures allégoriques, personnifiant le bonheur des époux et les devoirs conjugaux, destinées à décorer les salles de mariages des mairies d’arrondissement; on y admire aussi d’ingénieux modèles indiquant le fonctionnement du « Tout-à-l’égout » ; mais ces deux hangars, élevés au beau milieu de cette perspective admirable, font l’effet de deux verrues poussées sur le visage d’une jolie femme. Cette faute d’orthographe m’étonne, en un lieu où l'art délicat et le bon goût coulent à pleins bords.

Comme cela s’était fait déjà en 1867, le pourtour de cette incomparable enceinte est occupé par un chapelet d’établissements de consommation de tous genres, de tous pays, dont les patrons rivalisent de virtuosité dans l’art d'écorcher les gens qui ont faim. Un jour que nous serons de loisir, nous ferons visite ensemble, si vous voulez, à quelques-uns de ces chimistes, auxquels j’ai déjà, du reste, plusieurs fois servi de patient. Il faut tout voir, et ce n’est pas un vrai plaisir que celui que l'on prend sans peine. Bornons-nous, pour le moment, à nous servir de leur boutique comme d’un observatoire d'où la vue plonge sur le Jardin et sur le Parc, sans autre obstacle que les deux boîtes malencontreuses où, comme je viens de le dire, la ville de Paris a mis son exposition.

Le jour, c’est déjà un spectacle presque féerique, invraisemblable en plein Paris. On ne veut pas se croire entre Grenelle et le Gros-Caillou, quand on aperçoit jusqu’à perte de vue, par un phénomène de trompe-l’œil habilement aménagé, la guirlande de terrasses surhaussées, avec ses gardes-fous à balustres, les immenses pelouses vertes peuplées de statues, les bassins en cascades, les allées sinueuses ; à l’horizon, les ombrages du Parc, desquels émergent en désordre les pavillons dispersés et, au milieu de ces nains, le formidable géant qui va porter dans la nue son drapeau tricolore de sept mètres, grand, à l’œil, comme un fanion.

Le soir, vers neuf heures, c’est, sur le même théâtre, un autre décor. Les fontaines lumineuses, maîtresse attraction, lancent dans l’espace leurs jets de pierres précieuses liquides. La Tour, embrasée par de vulgaires feux de Bengale, comme on en emploie à la fête baladoire de l'Ile-Barbe, produit un effet, à la lettre, stupéfiant. On croit voir l’immense pylône sortir du four où un forgeron de sa taille l’aurait fait rougir. Chaque dimanche ou jour de fête, le spectacle est donné à deux cent mille badauds qui, le nez en l’air et bouche béante, contemplent, avec des cris d’admiration, ces pyrotechnies. J’ai dit « badauds» et j’en ai le droit, car j’en suis, quand je peux, et des plus assidus. Les Fontaines lumineuses et l’embrasement de la Tour, je n’ai nulle honte à le confesser, m’enchantent. Quand la fantasmagorie atteint ces hauteurs, elle cesse d'être un jouet d’enfant.

Ce sera une vraie féerie que ce Parc, par les soirées tièdes de juillet; pour peu que l’été de cette année ne ressemble pas à son printemps. Les organisateurs de l’Exposition ont voulu quelle fût attrayante et gaie, elle le sera. Je ne sais pas encore ce qu’elle est, industriellement parlant ; nous verrons cela ensemble, s’il vous plaît de m’accompagner. Ce que je sais seulement, c’est que lorsqu’on aura passé dans les galeries les heures laborieuses et qu’assis sur les terrasses, le cigare aux dents, on regardera, à la lumière du soleil électrique, ce paysage âgé de six mois, on trouvera que cela vaut bien la peine de venir de l’Amérique du Sud et du Japon.

Quelques têtes couronnées européennes trop en vue, quelques conservateurs austères boudant contre leurs ventre, se refuseront néanmoins ce plaisir. Je respecte leurs scrupules en les plaignant de tout mon cœur die la sévérité de leurs principes. Ils n'auront, certes, jamais rencontré une occasion plus méritoire d'être martyrs de leurs convictions. Que si, cependant, certains d’entre eux, à la faveur d’un déguisement, et s’étant fait pour la circonstance une tête d’opportuniste, cédaient à la faiblesse de venir incognito savourer le fruit défendu, il faudrait, mes amis, leur être indulgent. Pour ma part, si j'en rencontre un dans quelque coin, foi d’honnête homme! je jure de ne pas le reconnaître.
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