Vestiges... de l'Exposition Coloniale de 1931 par Michel Pierre

Paris 1931 - Remnants
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Vestiges... de l'Exposition Coloniale de 1931 par Michel Pierre

Message par worldfairs » 09 déc. 2015 10:52 am

Par Michel Pierre, historien, ministère des Affaires étrangères et co-auteur avec Catherine Hodeir de l'’ouvrage L'’Exposition coloniale (Éditions Complexe, 1991)

Lieu d’'une manifestation éphémère, site de constructions conçues pour disparaître, le parc de Vincennes, autour du lac Daumesnil, déploie de mai à novembre 1931, un espace de l’illusion et de l'’imaginaire. Celui de l’'Exposition Coloniale Internationale et des Pays d'’Outre-Mer dont quelques rares vestiges conservent le souvenir.

La porte de Picpus, dite aussi Porte Dorée, a gardé la forme et le tracé de l’'entrée monumentale de l’Exposition. La grande statue d’'une Minerve brillante de sa pellicule d'’or et casquée à la gauloise symbolise toujours « La France et la Paix » telle que l'’ont voulu les organisateurs de 1931. À l'’origine, elle se dressait devant le Musée des colonies. Aujourd’hui’, Musée des arts africains et océaniens [demain CNHI, Cité nationale de l’'histoire de l'’immigration], ce bâtiment avait été conçu comme devant survivre à la manifestation.

La grande frise qui s'’y découvre en façade, derrière les fins piliers d’'un péristyle monumental exalte toujours les paysages, les habitants et les richesses de la « Plus Grande France ». Sur le côté gauche du bâtiment, en lettres à l'’antique, la France rend toujours hommage aux fondateurs et bâtisseurs de son Empire colonial. De l’'autre côté de l'’avenue, un monument rappelle le souvenir de la mission Marchand. Inauguré en 1934, à la mort du héros de Fachoda, il clôt cet ensemble de symboles ouvrant sur les frondaisons de Vincennes.

On croit parfois que le zoo est également vestige de 1931, il en est issu mais était à l’'origine conçu comme provisoire. Et son emplacement a changé. Lors des mois de l’'Exposition, il se situait au sud-est du lac Daumesnil. Il fut ensuite déplacé vers le nord-est, reconstruit, modifié et agrandi.

Partout ailleurs, les arbres et les pelouses ont fait disparaître toute trace des pavillons grandioses ou modestes des colonies françaises ou des puissances étrangères invitées. Il ne reste rien des grands palais d’Angkor Vat, de l'’AOF ou de Madagascar. Pas plus que ne subsiste le moindre écho de la gigantesque basilique de Septime Sévère à Leptis Magna, reconstituée par l'’Italie sur la rive orientale du lac.

Quelques édifices non loin du petit pont qui mène à l’île de Bercy ont cependant bravé le temps et les hommes et se trouvent à la même place depuis six décennies.
Ils avaient été conçus pour représenter le Togo et le Cameroun, alors territoires sous mandat administrés par la France. Leur pérennité est issue d’'un accord entre le Commissariat général de l’'Exposition et la Ville de Paris qui souhaita en faire un musée des bois et forêts, ce qui leur valut d'’être épargnés par les démolisseurs.

Aujourd’hui’, devant ces constructions se retrouve l’'objectif de leurs concepteurs :
« Le projet était loin d'’être une copie du modèle indigène. Il procédait par équivalence et, tout en restant dans une vérité relative, c’est-à-dire en appliquant pour des édifices importants le principe des cases indigènes, il se gardait avec beaucoup de goût de tomber dans l'’excès pittoresque d’'un village nègre d’'exhibition. Les diverses constructions envisagées devaient présenter les mêmes caractéristiques fondamentales : un toit de chaume à pentes raides presque verticales, reposant sur un mur en pisé, de nattes ou de palmier raphia, des colonnades de caractère primitif, faites de troncs d’'arbre à peine dégrossis et entourant la plupart des constructions ». Ces grandes cases sont toujours là et on peut aussi apercevoir devant l'’une d'’entre elles la statue d’'un éléphant stylisé tenant un tronc d’arbre dans sa trompe. Il ornait autrefois l’'entrée du pavillon des bois coloniaux…

Mais ce qui, de nos jours, prolonge l’'exotisme de l’'Exposition, est l’'actuelle destinée de ces pavillons devenus le Centre Bouddhiste International. Dû à un sculpteur japonais, un groupe en bronze de pèlerins en marche vers la félicité, veille sur la nouvelle vocation du dernier pavillon de l’'Exposition Coloniale. Que les grandes cases de 1931, inspirées des architectures bamileke et bamoun servent désormais à la recherche du nirvâna, donne de Vincennes 1931 une image qui ne saurait se résumer en termes de dérision ou de nostalgie. Organisateurs et visiteurs de la manifestation en son éphémère durée, ont su inspirer comme une magie des lieux…
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