Théâtre moderne

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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Théâtre moderne

Message par worldfairs » 24 mai 2015 05:24 pm

Article paru dans l'Illustration de Janvier 1925.

 Expo Paris 1925 - La scène et l orchestre du théâtre
La scène et l'orchestre


L’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes vaudra, en 1925, à toutes les attractions parisiennes abondance de visiteurs. Tous les théâtres de la capitale s’efforceront de mettre leurs programmes à l’unisson d’une manifestation mondiale. Le Commissariat général n’en a pas moins pensé que l’art dramatique avait des rapports trop étroits avec tous les arts appliqués pour qu’il n’y ait pas, dans l’enceinte de l’Exposition, une salle de spectacle officielle, accueillante aux trouvailles concernant la mise en scène, le décor, le costume et cette plastique décorative vivante que sont les danses et les ballets.
Ce théâtre se construit sous la direction de MM. Auguste et Gustave Perret et André Granet. Pour une entreprise provisoire, dotée de crédits restreints, on ne pouvait faire immense et compliqué. Il fallait d’autant moins songer à établir une machinerie scientifique avec « dessous et dessus » qu’il était interdit de descendre dans le sol ou de s’étendre en hauteur. En creusant, on eût rencontré presque aussitôt la voûte du Métropolitain. En montant, on aurait détruit les perspectives de l’Esplanade.

Les architectes s’arrêtèrent à l’idée de constituer un laboratoire dramatique, un atelier d’essais conçu d’une façon économique tout en permettant les utilisations les plus variées. Pour le réaliser, ils ont ingénieusement marié le bois, le béton et l’acier. La structure générale est en pan de bois. Pour franchir les larges espaces interviennent les poutres de béton lorsqu’une forte charge est à prévoir. Dans les parties qui n’ont à répondre qu’à un poids moindre et constant, dans les toitures par exemple, on se contente de poutrelles d’acier. Alliance intelligente de tous les systèmes de bâtir en vue de l’établissement d’un ouvrage éphémère. Le sapin supporte ici le béton. La sagesse de cette apparente anomalie éclate lorsque l’on considère que les deux matériaux ont la même résistance à la compression (40 kilos par centimètre carré). L’emploi du moins dispendieux s’indiquait, puisque, si le bois est de durée plus limitée, le facteur est négligeable en la circonstance.

L’ossature de l’édifice est constituée par 34 gros poteaux de sapin sur lesquels repose une enrayure de béton de mâchefer, — moins durable peut-être, mais aussi moins coûteux que le béton ordinaire. Conception logique pour une exposition, puisqu’à la démolition on retrouvera tout le bois et tout le fer et que, seule, l’enrayure en béton devra être sacrifiée.

Pour qu’il ait plus de chances de rester en place en cas d’incendie, l’assemblage des poutres de béton est fixé sur des poteaux doublés, les uns se trouvant à l’intérieur et les autres au dehors. On obtient ainsi à l’extérieur une colonnade à longue portée d’un caractère très moderne et qui n’emprunte son ornementation qu’aux organes mêmes de la construction.

Fénelon — dont on n’attendait peut-être pas tant , d’autorité en matière d’architecture — a émis dans son discours de réception à l’Académie une maxime que M. Auguste Perret aime à citer, en y conformant ses travaux : « Il ne faut pas admettre dans un édifice aucune partie destinée au seul ornement ; mais, visant toujours aux belles proportions, on doit tourner en ornement toutes les parties nécessaires à soutenir un édifice. »

Le théâtre de l’Exposition sera l’illustration de ce principe. Sur les façades, un revêtement de lithogène, qui présente l’aspect et le grain de la pierre, restera complètement uni. Seuls, les châssis ouvrants, les portes, la frise de ventilation et la corniche seront utilisés pour en rompre harmonieusement la monotonie.

Du péristyle, où seront logés les bureaux de location et les lavabos, on pénétrera dans le théâtre par six tambours permettant l’accès d’un atrium sur lequel donnera un vestibule qui contiendra les vestiaires et d’où jailliront les escaliers. En ce lieu, des paliers peu élevés se prêteront à l’étalage des élégances. Ce genre de foyer sera précédé de trois portes, indispensable précaution si l’on veut éviter les courants d’air. Une quatrième porte devra être franchie avant de parvenir à la salle, ainsi parfaitement préservée.

Le théâtre se scinde en deux parties étroitement liées : la scène avec ses dépendances d’une part, la salle proprement dite d’autre part.

La scène, elle, est comprise à la manière d’une abside de temple. Son plafond est soutenu par douze colonnes susceptibles de rester apparentes et au milieu desquelles on pourrait jouer sans décor. Ces points d’appui sont distribués de telle sorte qu’il est facile de diviser le vaste plateau en trois secteurs indépendants : une scène centrale et deux scènes latérales. Dans le but d’augmenter pour les auteurs dramatiques le nombre de combinaisons à tirer de ces dispositions nouvelles, plusieurs rideaux seront installés. Tout d’abord, en avant du proscenium, un rideau droit fermant les trois scènes sera monté à l’italienne, sur une équipe démontable pour le cas où la mise en scène de certains spectacles l’exigerait. De plus, chaque scène sera munie de deux rideaux, l’un s’ouvrant à l’italienne, l’autre montant. Une équipe pour rideaux spéciaux restera en attente d’inventions scéniques ou décoratives.

Les rideaux des trois scènes pourront se lever simultanément ou alternativement. Pour obtenir une scène semblable à celles du boulevard, il suffira de fermer les baies latérales.

Le rideau de fond sera constitué par un panorama en blanc d’environ 34 mètres de développement, sur lequel seront projetés des décors. Ce panorama coupera la scène à peu près au milieu, à 5 mètres environ du rideau, à 10 mètres du bord extérieur du proscenium. Ce dernier, démontable en trois parties, fera place, lors des solennités musicales, à une fosse d’orchestre de 50 à 60 musiciens.

Pour en terminer avec l’organisation de la scène, ajoutons que, malgré la présence du métro dans le sous-sol, en tenant compte de l’élévation du plateau au-dessus des fauteuils d’orchestre les plus bas, les architectes ont pu créer un étage de « dessous » de 2 m. 60 de haut.

Derrière le mur du lointain seront situées les loges d’artistes, superposées sur trois étages.

Des communications de la scène avec des galeries en principe affectées aux spectateurs laisseront liberté de faire passer des acteurs dans la salle. Si M. Gémier veut déployer une mise en scène selon sa formule, il aura la faculté de noyer l’assistance dans son spectacle.

La salle comprendra un orchestre comportant, sur un plan fortement incliné, trois masses de fauteuils, l’une parallèle au proscenium, les deux autres parallèles aux scènes latérales disposées en oblique. Au fond, des loges découvertes formeront corbeille. Au-dessus d’elles, l’amphithéâtre s’étagera jusqu’au faîte du vaisseau, surmonté seulement par une galerie de service s’étendant jusque sur la scène et établissant une liaison pratique entre celle-ci et la salle. Dans cette galerie seront centralisés — précieuse innovation — tous les services d’électricité. De cet observatoire, l’électricien du jeu d’orgue dominera à la fois la scène et le public. Il sera comme un capitaine sur son navire. L’existence d’une telle galerie évitera les déplorables installations de projecteurs au milieu du public. Elle offrira, au point de vue de la surveillance par les pompiers, des avantages considérables. .Au surplus, en certaines occasions, des chœurs pourraient être massés dans ces hauteurs.

Sur les côtés, à un niveau légèrement supérieur à celui du plateau et communiquant avec lui, les galeries-promenoirs faciliteront aux artistes et à la figuration l’enveloppement d’une partie de l’auditoire. Au-dessus, a mi-hauteur de l’amphithéâtre, — se trouvera une autre galerie à laquelle il serait possible d’accéder de la scène et, selon les besoins, ouverte ou fermée au public.

L’aération est assurée par une frise de ventilation placée juste en dessous de la galerie d’électricité et composée de demi-tuyaux emboîtés les uns dans les autres, ne laissant pas filtrer la lumière, mais autorisant le passage de l’air. Ces éléments cylindriques, alignés sans solution de continuité, couronnent d’un motif typique ce théâtre où rien n’est ornemental, où tout est décoratif.


 Expo Paris 1925 - Perspective axonométrique montrant l intérieur du théâtre
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