Lithographie par Lemercier

London 1851 - Inventions, novelties and means of transport
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6424
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Lithographie par Lemercier

Message par worldfairs » 08 févr. 2015 10:32 am

La gravure ci-dessous représente l'intérieur du plus bel établissement lithographique que nous ayons en France, assurément, celui d'où sortent les produits les plus purs qui soient en Europe.

C'est l'atelier de M. Lemercier.
Londres 1851 - Inventions, nouveautés et moyens de transport - Lithographie par Lemercier - Atelier de lithographie de Lemercier - atelierlithographiquelemercier.jpg
Atelier de lithographie de Lemercier
Cet atelier occupe 140 ouvriers, dont le salaire s'élève de 5 fr. à 15 fr. par jour pour les imprimeurs, et de 3 à 4 francs pour les manœuvres.
On y trouve en activité 90 presses à bras à l'aide desquelles on imprime annuellement, plus de 2,000,000 d'estampes, tant pour l'encadrement que pour le cartonnage, la librairie et l'exportation.

Nous devons ajouter que, M. Lemercier est un des lithographes qui ont introduit dans cet art les innovations et les progrès les plus remarquables : Il a le premier songé à aciduler et à gommer les pierres par une seule opération, en se servant d'un mélange d'acide nitrique et de gomme qu'il applique sur la pierre avec un très-large pinceau.
Cette heureuse modification fait gagner un temps précieux, en permettant d'obtenir sur-le-champ des épreuves d'une pierre qu'on ne pouvait tirer que le lendemain.

On connaît le reste de l'opération lithographique.
L'impression s'obtient en passant sur la pierre, mouillée d'eau, un rouleau chargé d'une encre formée d'huile cuite à un certain degré et de noir de fumée.

Les portions mouillées refusent cette encre, qui au contraire se dépose sur chacun des points garnis par le crayon.

Une feuille de papier sèche ou humide, suivant la nature du dessin, est alors déposée sur la pierre, puis recouverte du tympan formé d'un cuir épais et soumis à une pression considérable.

La pression détermine sur le papier, le transport de l'encre déposée sur la pierre et y reproduit, en sens inverse, le dessin exécuté par l'artiste, Cette opération pourrait se continuer indéfiniment si plusieurs causes n'altéraient le dessin, surtout en empâtant, en élargissant les points déposés sur le sommet des grains.

Pour prévenir cet empâtement, ou pour le relarder autant que possible, on emploie une solution de gomme, laquelle, en pénétrant dans les pores de la pierre que l'acide a multipliées, empêche le corps gras de s'étaler et limite l'étendue qu'il doit conserver au sommet de chaque grain.

On sait que le principe fondamental de la lithographie au crayon, consiste dans le graissement du sommet d'un certain nombre de pyramides presque microscopiques qui recouvrent la pierre ; graissement qui descend plus ou moins le long des talus de chaque pyramide, selon que l'artiste a voulu donner plus ou moins de vigueur à certaines parties de son dessin.

L'emploi du crayon demande un soin minutieux, dont on se fera à peine une idée quand on saura qu'il doit être taillé dix ou douze fois par minute, aussi a-t-il rebuté nombre d'artistes.
On imagina des moyens pour y suppléer.
Un procédé approchant du lavis fut employé par Engelmann; mais il ne satisfit pas complètement, et force fut d'attendre les modifications que la science théorique, jointe à une pratique intelligente, apporterait à cette espèce de lavis.

M. Lemercier imagina une encre qu'on étendait sur la pierre; puis on en modifiait la teinte noire à l'aide delà flanelle, de la mousseline et du grattoir ; on terminait ensuite au pinceau. C'est par ce procédé que Deveria et Gengembre exécutèrent quelques-unes de leurs planches les plus remarquables.

Mais la science ne se tenait pas pour satisfaite. Le lavis, ainsi que l'estompe lithographique,, que chaque tentative nouvelle semblait enfin devoir donner aux artistes, restait toujours à trouver. Quelques-uns des lithographes, les plus renommés de l'époque, avaient même fini. par les déclarer impossibles.
Que fallait il cependant ? une encre qui se délayât comme l'encre de Chine et la sépia, qui put ensuite s'étendre facilement sur la pierre et s'y modifier.
Il fallait aussi un crayon lithographique qui pût s'écraser, s'étendre et se modifier avec l'estompe, comme le crayon ordinaire.

C'est encore M. Lemercier qui réalisera ce qui a été déclaré impossible. Voici comment :
Le crayon pour l'estompe, l'encre pour le lavis sont intimement mélangés (mais non combinés) avec une substance d'une extrême divisibilité, et facilement attaquable par l'acide employé à la préparation de la pierre, ou pouvant s'éliminer par le lavage. Le crayon écrasé sur la pierre y est rendu adhérent par un frottement énergique qui empâte complètement toutes les vallées qui contournent les grains; puis, au moyen de brosses plus ou moins rudes, on enlève ce même crayon de manière à découvrir le sommet du grain en pénétrant à des profondeurs plus ou moins grandes le long des talus.

Ce procédé est donc exactement le contraire de celui qui avait servi jusque là.
Lorsqu'on prépare la pierre pour le tirage, l'acide détruit la substance interposée entre les molécules du corps gras et met à découvert les portions de la pierre qui devront refuser l'encre d'impression.
Les teintes obtenues ainsi sont d'une régularité parfaite, parce que le frottage, opéré par l'artiste, enlève en même temps des quantités proportionnelles du corps gras et de la substance en question.

Grâce à M. Lemercier, le problème, aujourd'hui, est entièrement résolu, et de nombreux chefs-d’œuvre attestent que la lithographie est enfin entrée dans le véritable domaine de l'art, en mettant, entre les mains des artistes, des procédés qui leur laissent une entière liberté, et suppriment pour eux toute la fatigue et tous les ennuis du métier.

Voilà le perfectionnement attendu depuis l'apparition de la lithographie, et dont M. Lemercier a doté noire pays.
C'est son oeuvre capitale.
Pour tous ceux qui se sont occupés de ces matières, elle équivaut à une véritable invention.

Nous ne croyons pas nécessaire de relater ici les progrès de détail que M. Lemercier a fait faire à la lithographie.

On sait qu'à chacune des expositions où il a figuré, on a remarqué de notables progrès dans cet art.

Aussi, M. Lemercier a-t-il obtenu des médailles et la décoration de la Légion d'Honneur dès l'année 1849.

Puis, à l'Exposition universelle de Londres, M. Lemercier se présente avec une importante série d'ouvrages, devant lesquels les artistes et les savants étrangers ne peuvent pas s'empêcher d'exprimer toute leur admiration.

Nous avons principalement remarqué un Ange, par Desmoisons, admirablement rendu; les Willis, par Fanoli ; la Famille d'Angleterre, par Léon Noël; la Duchesse de Kent, par le même ; une grande étude, par Julien ; le Colin-Maillard, cette réminiscence du jeune âge, qui accuse le nom de son auteur à première vue: les Deux chiens, par Lassalle ; une Marine, par Sabatier ; le Bon Pasteur, par Turwanger frères ; des Fleurs, par Mme Elisa Champin ; le portrait de M. le président de la République, etc., etc.

Article repris du Journal Illustré de L’Exposition de 1851
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Londres 1851 - Inventions, nouveautés et moyens de transport »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité