Les véhicules électriques

Paris 1925 - Inventions, novelties and means of transport
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worldfairs
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Les véhicules électriques

Message par worldfairs » 09 nov. 2014 01:43 pm

Cette article est tiré de la revue L'illustration de 1925.

Les véhicules à accumulateurs sont les véhicules de l’avenir pour les parcours limités et les vitesses modérées.

Né en France, le véhicule électrique eut, au début de l’automobile, une grande vogue dans notre pays et fut, à cette époque, préféré aux autres moyens de locomotion. Quelques années après 1900, l’automobile thermique commença à le concurrencer sérieusement, notamment en raison de sa vitesse et de son rayon d’action. Les constructeurs de véhicules électriques commirent alors la faute de ne pas reconnaître que, convenant parfaitement à certaines applications, leur véhicule ne pouvait s’adapter à tous les services. Ils voulurent faire tout ce que faisaient leurs concurrents, constructeurs d’automobiles thermiques, et établirent des records : records de distance, records de vitesse, etc. Ces records ne purent être établis qu’avec du matériel spécial, d’une durée éphémère, et ne purent être renouvelés dans la pratique; ils tuèrent la voiture à accumulateurs au lieu de la favoriser et, très rapidement, ce mode de locomotion disparut presque complètement de notre pays.

 Expo Paris 1925 - Autobus électrique de la ville de Lyon
Autobus électrique de la ville de Lyon

Dans certains pays étrangers, au contraire, on comprit que le véhicule électrique avait un champ d’applications bien déterminé, qu’il était avantageux pour les vitesses modérées et les parcours limités, pour la majorité des services urbains et suburbains, mais qu’il ne pouvait concurrencer l’automobile à essence qui reste encore actuellement seule capable de parcourir de grandes distances à grande vitesse. Dans ces pays, au premier rang desquels se trouvent les Etats-Unis, les véhicules électriques ne cessèrent de se développer et occupent aujourd’hui une place importante en raison de leurs avantages : souplesse, silence, propreté, absence d’odeur, facilité de conduite et surtout économie. Ce dernier avantage, constaté aux Etats-Unis, qui constituent la nation la plus favorisée au point de vue des hydrocarbures, serait encore plus grand en France, dont les colonies aussi bien que la métropole ne produisent pratiquement pas de pétrole.

L’importation de ce carburant est très onéreuse pour notre pays, dont le change se trouve actuellement déprécié ; elle risquerait de plus de devenir difficile en cas de guerre. La recherche d’une source d’énergie entièrement nationale est donc très importante pour nous. Or, l’énergie qui peut être produite avec le plus de facilité et d’économie par nos propres ressources est l’électricité ; il est donc naturel de chercher à l’appliquer à la locomotion routière et l’on peut dire que le développement des véhicules électriques présente un intérêt national.

Nos voisins d’Italie, qui ont vu leur change déprécié plus vite que le nôtre à la suite de la guerre, et dont le pays dépourvu également de pétrole offre des facilités analogues aux nôtres pour la production de l’électricité, ont compris avant nous cette vérité ; depuis quelques années, ils se sont lancés résolument dans la construction et l’exploitation des véhicules électriques.

 Expo Paris 1925 - Un des électrocars en service à L Exposition
Un des électrocars en service à L'Exposition

La France se devait de ne pas rester en arrière du mouvement. Les pouvoirs publics, d’importants groupements et syndicats industriels et économiques se sont préoccupés de la question. Un groupe comprenant les producteurs et distributeurs d’énergie électrique de la région parisienne et de plusieurs grandes villes de France a fondé la Société pour le Développement des véhicules Électriques, qui constitue en quelque sorte un centre d’études et un laboratoire pratique chargé d’essayer en exploitation industrielle régulière les différents véhicules électriques français. Le programme de cette Société comporte en outre l’établissement d’un vaste réseau de stations de charge, dont seize sont déjà installées ou en installation dans la région parisienne.

Les constructeurs de véhicules se sont, eux aussi, intéressés à la question ; à côté de firmes qui se sont spécialisées dans les véhicules électriques, plusieurs constructeurs importants d’automobiles thermiques ont réalisé des véhicules à accumulateurs. De leur côté, les constructeurs d’accumulateurs ont accepté de garantir leurs éléments ou d’en prendre l’entretien à forfait ; l’acquéreur d’un véhicule électrique peut donc prévoir à l’avance les dépenses auxquelles il s’engage en adoptant ce mode de traction.

Lorsqu’il s’est agi d’organiser un service de transports en commun pour les visiteurs à l’intérieur de l’Exposition des Arts décoratifs, les véhicules thermiques se trouvèrent éliminés en raison de leur bruit, de leur odeur et surtout de leur inaptitude à marcher au ralenti d’une façon continue. Le commissaire général porta donc son choix sur les véhicules électriques qui se prêtaient au contraire admirablement à cette application et il concéda l’exploitation à la Société pour le Développement des Véhicules Électriques.

La S. D. V. E. assure le service avec cinq petits électrocars construits par un des plus importants constructeurs d’automobiles à essence, en collaboration avec une grosse firme de constructions électriques. Ces cars ne se différencient pas extérieurement des cars à essence dont ils conservent la ligne. Ils sont munis d’une batterie d’accumulateurs et d’un moteur de 6 chevaux. Il n’y a pas de changement de vitesse mécanique, mais seulement un inverseur à levier commandant la marche avant et la marche arrière. La conduite s’effectue comme sur les véhicules thermiques.

 Expo Paris 1925 - Camionnette à accumulation
Camionnette à accumulation

Ces électrocars assurent un service régulier de l’ouverture à la fermeture de l’Exposition entre la Porte Concorde, où se trouve leur bureau, et la Cour des Métiers, par le Pont Alexandre-III. La promenade, qui dure environ vingt-cinq minutes aller et retour, est fort agréable ; elle permet d’admirer sans fatigue la beauté des monuments et des jardins de l’Exposition et donne aux visiteurs une idée très complète de l’ensemble. Bien qu’ils soient autorisés à circuler à la vitesse de 15 kilomètres à l’heure, les cars effectuent la promenade à l’allure d’environ 6 kilomètres qui est plus agréable pour les voyageurs. A cette allure, un véhicule thermique dépenserait environ 30 litres d’essence par jour, alors qu’un car dépense environ 30 kilowatts-heure ; on voit donc que, même avec un tarif relativement élevé pour le kilowattheure, on arrive à une économie très appréciable en employant le véhicule à accumulateurs.

Quatre voitures sur cinq quittent le garage le matin à 9 h. 30 pour rentrer seulement à 1 heure du matin ; la cinquième qui permute, chaque jour, reste au garage jusqu’à 13 h. 30 pour le graissage et la vérification générale et rentre avec les autres. La charge se fait la nuit. C’est là, comme on le voit, un service très dur que les électrocars assurent sans incident.

A l’extérieur de l’Exposition, les cars circulent à une vitesse d’environ 30 kilomètres à l’heure et, de ce fait, suivent aisément le train des voitures dans Paris.

En dehors de cette application des véhicules électriques, nous pouvons mentionner le service des autobus à accumulateurs de Lyon, inauguré à la fin de l’année dernière. Ce service, qui est très apprécié du public, permet aux exploitants de réaliser une économie importante par rapport aux autobus thermiques.

Il n’est pas douteux que ces exemples et quelques autres que nous pourrions citer seront suivis dans un avenir rapproché ; les véhicules électriques réussiront pour le plus grand bien de tous en France, à condition toutefois, répétons-le, qu’ils soient appliqués convenablement, c’est-à-dire pour des services demandant des parcours limités et des vitesses modérées.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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