Texte et illustrations de la revue "L'Exposition en famille" de 1900
Voici encore des Arabes, des hommes forts et beaux, au teint bronzé, coiffés de turbans majestueux, enveloppés de longs burnous blancs. Et voici une petite ville avec murailles, poternes, ses rues, boutiques, ses souks, ses mosquées. C’est la section tunisienne.
Très imprévue la visite et très agréable. Aucun alignement, des passages voûtés, un bâtiment en avancée, un autre en recul, un autre en angle, des ruelles couvertes où s’ouvrent des cafés, des cours de maisons à colonnades, fermées par des balustrades en bois tournés, des échoppes à auvents.
Une vieille porte de Tunis au sur siècle vous ouvre la rue des souks. Ce ne sont que bazars de marchands et d’artisans indigènes. Quel dommage qu’on ne puisse acheter les belles choses qu’ils fabriquent ou vendent, Je voudrais bien un de ces burnous laineux, une paire de ces brodequins de cuir aux fils de soie et d’or dessinant des arabesques. Cela me serait commode pour écrire à l’aise les jours de canicule. El il y a bien d'autres choses que vous désirerez : les tapis de Kairouan, les tellis, les freschias, les armes d’argent ciselé aux incrustations de corail.

- Café tunisien
Une porte monumentale débouche sur une petite place bizarre. Un café maure, celui de Sidi-ben-Saïd est là, plein de monde assis sur de petits bancs et dégustant en riant de minuscules lasses de café maure. Endroit charmant, surtout lorsqu’on y surprend des Parisiennes pour qui ces bancs sont tellement bas quelles sont forcées de s'allonger sous le regard concupiscent de jeunes tunisiens garçons de café.
Une poterne vous représente une vieille porte de Sousse tandis que les fortifications crénelées qui l’encadrent sont les anciens murs de Cafsa. la Capsa romaine. Une grande mosquée, la mosquée de Sidi-Maklouf, au Kef, coupe brusquement la muraille. Il est assez difficile de pénétrer dans celle mosquée qui est consacrée au culte musulman par cela même que les fidèles du Coran sont très nombreux à l’Exposition et à Paris en notre an de grâce 1900.

- Un bazar
Encore des odeurs de couscous. C’est un restaurant tunisien où vous pouvez manger sans crainte surtout si vous aimez le felfet, le poivre rouge. A côté, une petite Zaouïa vous montrera une école tunisienne.
La grande cour est fort intéressante avec le pavillon consacré à l'instruction publique, sa copie exacte de l’élégante Manouba dont les sculptures et découpures ont été moulées sur l’original. A droite, la mosquée de Sidi-Mahrès s’impose à l'attention. Mais davantage vous attirera l’exposition des antiquités carthaginoises, romaines et arabes, les grands résultats des fouilles qui remuèrent le sol de Tânit... Je cherche en vain le zaïmph sacré, mais j’y découvre de beaux vases puniques.