Le Palais des Mines et de la Métallurgie

Paris 1900 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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Re: Le Palais des Mines et de la Métallurgie

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Texte et illustration de la revue "L'Exposition Illustrée" de 1900

minesmetallurgie02.jpg

Entrée principale qui s'élève sur le pan coupé entre le façade parallèle à la Seine et la façade en retour sur le Champ de Mars.

Elle est encadrée de deux pavillons circulaires à jour, renfermant chacun un escalier à double révolution.

Sous le dôme s'ouvre un porche monumental surmonté d'un campanile qui renferme un carillon de trente-deux cloches.


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Re: Le Palais des Mines et de la Métallurgie

Message par worldfairs »

Textes et illustrations de la revue "L'exposition en famille" de 1900

Chaleurs de canicule... Rester dehors n’est plus possible... Chez soi encore moins.... Allons à l’Exposition... On dit qu’il y a moins de monde parce que la température y est insupportable.... Moins de monde, tant mieux; on sera moins bousculé, on pourra voir à son aise. — Et pour la chaleur, le Parisien de Paris, né malin, sait très bien que ce n'est qu’à Paris qu’on trouve ]e moyen de la fuir... c’est du reste l’avis de ses concitoyens des départements qui préfèrent affluer dans la capitale précisément dans la saison où le soleil durcit le sol des grandes plaines et sèche le Ht des rivières... A Paris, il y a toujours de l’ombre et de l’eau fraîche... Seulement, il s’agit desavoir trouver ces choses de délices...

Je vais donc à l’Exposition... et j’entre au palais des Mines et de la Métallurgie.

Beau porche en vérité qui éclate de blancheur dans le soleil et indique la simplicité des lignes des portiques des palais qui filent vers le Château-d’Eau. Une haute coupole le domine pendant que l’encadre un riche archivolte de cartouches aux armes des principaux centres miniers.

Son campanile se couronne avec originalité et montre un carillon, emblème même du travail du fer. A droite et à gauche, tourelles de pavillons circulaires à jour contenant des escaliers à révolution.

A l'intérieur, il fait frais, très frais, le parquet est continuellement arrosé, et les larges vélums fendus aux vitres du hall font de l’ombre douce. Il y a du momie, plus que je ne pensais, mais du monde qui ne gène pas et qui sait regarder.

Au centre de la tourelle droite, on croit voir une forêt fabuleuse de végétaux extraordinaires, rien que des troncs sans feuilles, mais formidablement branchus et crochus. Ce sont simplement des colonnes de longs tubes sans soudure exposés par les Fonderies et laminoirs de Biache-Saint-Waast. Et au centre de ce décor singulier, un autre décor aussi haut monte, s’enfle, s’arrondit et montre tous les produits de la puissante Compagnie française des métaux : ancres, pièces de forge, essieux de chemins de fer, boulons. Et partout, c’est du fer, de l'acier, de la tôle, du cuivre de toutes formes et de toutes dimensions. C’est la grosse métallurgie dans son ampleur et sa diversité effrayantes. C’est le développement inouï de l’une des plus grandes industries humaines, celle qui subsistera dans l’avenir, celle dont on ne peut plus se passer. Ce n’est sûrement pas d'une belle beauté esthétique, et pourtant, il y a là des pièces qui sont d’un moule très pur d’art; c’est laid souvent, banal parfois. Mais c'est immense. Cela vaut plus que l’or et cela fait vivre plus de multitudes d’ouvriers. Et ce sont des maisons millionnaires, des Compagnies milliardaires qui exposent là. Voici les Hauts-Fourneaux de Longwy, les Compagnies d'Anzin, de Decazeville, les Forges et Aciéries de la Marine, la Société de Commentry-Fourchambault, les aciéries de Firmigny. Toutes n’ont guère de spécialité, toutes façonnent le fer dans ses multiples applications, de sorte que le spécialiste n’a que l’embarras du choix. Et presque toutes aussi sont hors concours. Et tout est disposé avec un goût parfait, un désir d’ornementation qui étonne : les fers, les aciers, les tôles, les puissants blindages, les énormes pièces de moulage, les rails, les masques d'affûts, les éléments de canon et de projectiles, les essieux de chemin de fer, les aciers en lingots, les aciers en barres, les traverses métalliques, les enclumes en acier, les obus de rupture en acier chromé, les cuivres martelés, les obturateurs, les couronnes d’appui pour canons, des instruments inconnus, des outils encore plus inconnus, tout cela est disposé en losanges, rectangles, guirlandes, avec des symétries mathématiques qui charment les yeux. Mais le modèle de toutes c’est la majestueuse porte monumentale édifiée par la société des Forges de Douai, ('.'est presqu'un arc de triomphe, ce portique métallique de treize mètres de haut et de six mètres d’ouverture où, dans un ordre impressionnant des solides pièces de forge, de curieuses pièces embouties s’ajustent les unes sur les autres. El c’est une nouveauté ingénieuse que celte industrie de l’emboutissage qui de la pièce de tôle ou acier la plus résistante fait en un clin d’œil une feuille souple et malléable comme la cire et la transforme en des contournements qui, une fois durcis, sont ces magnifiques chaudières, ces belles locomobiles, ces vastes récipients.

La Société anonyme des Mines et fonderies de zinc de la Vieille Montagne occupe un large emplacement, les couvertures en zinc à dilatation libre ou à tasseaux et agrafures sont maintenant un des meilleurs systèmes de toiture pour maisons économiques.

Dans d’autres sections, l'on voit les modes de traitement des minerais de fer, de manganèse, de chrome ; le matériel des usines à fonte (hauts-fourneaux, souffleries), matériel des fonderies de fer, les procédés de fabrication du fer, de l’acier, des tôles zinguées, plombées, nickelées, des fers blancs (les forges d’Hennebont vont jusqu’il montrer des impressions sur fer blanc d'inscriptions et de dessins qui, après le tirage, sont moulés en fûts de colonnes, en objets d’un bel effet décoratif), le traitement du minerai de cuivre, les usines à cuivre, le traitement des autres minerais, le matériel, les procédés et produits de l'électro-métallurgie, le matériel et procédés du laveur de cendres d’orfèvre, de l'affineur de métaux précieux.

Dans la classe 63, le long de l'avenue de la Bourdonnais, nous sommes dans les mines. Nous pouvons divulguer les secrets de cette exploitation qui fouille les entrailles de la terre pour faire subsister les habitants de la surface de la terre. Vous verrez comment on reconnaît les gites minéraux, de quelle manière on capte les eaux minérales, comment on effectue le percement des galeries de mines, comment on vit, travaille dans ces galeries, comment on y descend, comment on en revient avec les produits extraits, comment on s’y éclaire, s’y aère, s’y remue. La Société des mines de Lens en exposant les plans de son domaine souterrain montre également des modèles de son matériel, des photographies et dessins qui vous initient rapidement aux cent mille ressources de la science de ses ingénieurs. Et lorsque des fabricants d’outils comme la maison Digeon vous font voir ces modèles de hauts-fourneaux, d'appareils à air chaud, des wagons cl wagonnets de mines, des outils de sondage, de perforation, d’extraction, on est parfaitement instruit. El l'on n’a plus qu’à passer rapidement sur les produits exposés, charbons, houilles, minerais, ardoises.

La Société Ardoisière de l'Anjou représente en relief l’exploitation d’une ardoisière.

Dans l'aile bordant les jardins du Champs-de-Mars, c’est la petite métallurgie : matériel et procédés de la fonderie en bronze, laiton, zinc, étain, fonte malléable ; l’outillage de forge ; la maréchalerie avec ses fers à chevaux, la boulonnerie et clouterie, la visserie, la tréfilerie, la chaînerie, la tôlerie, la chaudronnerie, la ferblanterie, la taillanderie, la ferronnerie, la quincaillerie, la serrurerie, la petite construction métallique. Je vous cite tous ces noms en rie, qui sont ceux de la classification officielle, parce qu'en leur pittoresque technie ils peignent bien ce qui se trouve dans cette partie de l’Exposition. ('.’est d’ailleurs la phis animée. Des maisons montrent sous les yeux des visiteurs comment se fabriquent les aiguilles, les épingles, et les vendent aussitôt que sorties de la machine. Mais la plus curieuse, la plus achalandée, c'est la maison Blanzy-Pourre et Cie, les renommés fabricants de plumes de Boulogne-sur-Mer. Ils ont amené là d’accortes ouvrières boulonaises avec leurs très chatoyants costumes nationaux, leurs jolis bonnets de tulle, blanc à longs rubans blancs qui encadrent de frais visages dont les petites oreilles sont surchargées de grosses pandeloques d'or. Elles travaillent là ; trois machines suffisent pour produire la plume avec laquelle je vous écris cet article et que j'ai achetée à l’une d'elles, pour rien, pour un sourire. Et c’est curieux, cette fabrication d’un simple morceau de métal amorphe cl qui devient en trois coups de balancier le petit dard d'acier acéré avec lequel on fait un des plus puissants leviers du monde !

Boulonnaise fabriquant des plumes
Boulonnaise fabriquant des plumes

A côté, les maisons Fichet, Haffner exposent des coffre-forts, des serrures, des clefs. La Maison Banche se signale surtout par une chambre-forte, toute en fer, verrouillée, incombustible, qui serait une citadelle invulnérable pour le milliardaire qui voudrait s’y monter un salon de meubles précieux, de vitrines à bijoux de prix, de secrétaires bourrés de billets de banque, et y travailler enfermé, à la lumière électrique, C’est le vrai paradis d’Harpagon.

Montons au premier étage par une rampe mobile des grands magasins du Louvre. C’est toujours la petite et moyenne métallurgie : des cloches, des timbres, des clous, des vis, de la robinetterie, des boucles, des agrafes, des pièces de précision pour machines, des meubles de jardin, des rampes d'escaliers, des pavillons en fer, des grilles de jardin, des volières, des fermetures de magasins, volets et persiennes.

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Voici la maison Millinaires, avec à, ses stalles métalliques, ses tuyaux de canalisation, ses ossatures d'acier pour maisons de campagne démontables; la maison Bergerot, avec ses élégantes marquises; la maison Ch. Boulenger, avec ses orfèvreries, applications de métal blanc aux couverts les plus riches; les maisons Peugeot, Japy, Allez frères, avec leurs quincailleries, tant d’autres.

Je dois une mention particulière à la maison Emile Wessbecher, constructeur de meubles en fer pour le service de la marine. Elle montre là un ameublement colonial hygiénique qu'il faut apprécier grandement parce qu'il a le confort, l’aspect, le luxe des meubles en bois sans en avoir les inconvénients, pas d'insectes, pas de jeu ou de fente, nettoyage cl réparation plus faciles, cl pas de danger d’incendie. Voilà un ameublement très désirable pour la campagne, les stations balnéaires.

Au centre, vers la coupole, est l'exposition rétrospective. Comme la métallurgie est surtout une industrie toute nouvelle, on ne peut pas trouver de grands spécimens. C’est à peine s'il y a des estampes anciennes montrant des abords de mines, des coupes de pont, des vues de fabriques. Des modèles réduits du travail dans les mines, extractions à dos d’hommes (XVIe siècle), à dos de mulet beaucoup plus tard, par wagonnet vers 1805 sont exposés. Puis aussi des modèles d'anciens hauts-fourneaux, des fourneaux à coupolles. Mais la partie la plus importante de l’exposition centennale, c’est celle de la petite métallurgie, de la dinanderie et de la ferronnerie, Il y a des clefs, des serrures, des cache-serrures, «les vieilles portes, des enseignes, entr autres une immense clef épiscopale pendue au bout d'un curieux balustre, des coqs en fer, des mulles en fer, des lutrins en fer, des coffrets, des serrures de prison avec clefs énormes, des fauteuils en fer pour les chambres inquisitoriales, des cloches, des sonnettes, des hanaps, gobelets, fontaines en étain d’autrefois.

minesmetallurgie04.jpg

Les cloches et l’horloge de la Bastille sont exhibées avec leur agencement et appareillage tels qu'ils fonctionnaient encore le matin du 14 juillet 1789.

Les cloches de la Bastille
Les cloches de la Bastille

Et maintenant, voici les sections étrangères.

Le Japon a une jolie section, mais n’expose que des minerais, des charbons, des cartes et photographies. Il débute à peine dans la métallurgie. Mais ses minerais sont précieux. Il y a le minerai d'argent, le quartz aurifère, des morceaux de blende d'un indigo profond, des morceaux de chaléopyrite, de galène, des cristaux de stibine, toutes sortes de pierres gemmées.

A la suite, une partie de la section américaine : des outils, des serrures, des clefs d’une perfection digne du progrès américain avec la forme qui leur est particulière. Les hachettes de la maison Fayette sont légères et fracassantes. Les outils du charpentier de fer de la manufacture Stanley, ses rabots en fer pour métaux surtout sont d’une force de travail très précis. Les serrures de l'Eagle Lock Company sont fines, d’apparence compliquée, mais simples de fonctionnement avec ce mérite de n’avoir que des clefs petites et peu encombrantes pour la poche.

La Belgique expose beaucoup de charbonnages. Les citer, ce serait citer tous les bassins belges.
La Russie avec les manufactures de Toula a une belle place. Beaucoup de charbonnages également.
L’Espagne a une section un peu primitive, mais des canalisations intéressantes.
Descendons.

C'est toujours les sections étrangères. La Hongrie avec son exposition collective des produits miniers est peut-être celle qui a le cachet le plus original. Un peu en avant de sa section une grille monumentale est un chef-d’œuvre d'exécution. C'est la reproduction de la grille d'honneur du château royal de Bude. Tout l’art du serrurier réside dans cette porte gigantesque.

Grille d'honneur du chateau de Buda
Grille d'honneur du chateau de Buda

L'Autriche a de belles expositions d'usines. La maison Skod, à Pilsen, montre des parties de navires exécutées en acier fondu, et une ossature de carène d'effet terrifiant.

Les salines autrichiennes ont édifié en sel naturel la chapelle de Wielez Ka.

La Norwège ne fait voir que des produits de ses mines, des collections de marbres, de pierres et de minerais.

Encore la Russie : grosse métallurgie de l'Oural, l’usine Demidoff, l’usine Ugghs, l’usine Averbach qui possède les mines de mercure de Russie et qui a apporté ici des glaces et miroirs.

La Suède a une vaste façade en fer forgé de trente-trois mètres de longueur. Produits métallurgiques importants.

La Grande-Bretagne et l'Allemagne sont si riches en industries minières et métallurgiques qu’il faudrait que j'allonge encore ces colonnes pour tout détailler. Or, nous avons encore beaucoup à voir ailleurs dans les expositions de ces puissantes nations. Et il ne nous reste plus guère que quatre numéros.

Et l’Italie et la Belgique, le Luxembourg lui-même ont des apports de grande valeur.

Dans le palais de la métallurgie
Dans le palais de la métallurgie

Mais je préfère m’étendre un peu sur les Etats-Unis. C'est sans contredit le plus colossal producteur métallurgique du monde entier. Mais il ne pouvait pas songer à apporter à travers l’Océan de lourdes pièces, d’un transport dispendieux. C’était déjà bien assez que nos constructeurs de l’Exposition, du Métropolitain aient été obligés de faire leurs commandes aux Etats-Unis.

Mais ce qu'ils exposent dans un décor élégant, c’est surtout la statistique, la collectivité des procédés et des résultats, et particulièrement une importante bibliothèque l'Iron library, qui dira à l’homme du métier, au savant compétent, combien là-bas l’industrie du fer est une science nationale.

Science en effet, puisque les six plus importants établissements d’éducation américains ont organisé la plus riche collection de minerais et de minéraux qui soit au monde. Le quartz aurifère, l’argent, le platinum, la malachite, l'azarite, les argiles, les calcaires, le kaolin, les charbons, les pierres deconstruction, il faudrait tout étudier. Mais une vitrine qui fait fracas, qui attire une grande foule, c'est In vitrine installée par le célèbre orfèvre et bijoutier Tiffany de New-York. Il n’y a là que des minerais de substances précieuses, des pierres dans leur étal informe, des rubis, des topazes, des saphirs, des améthystes non encore dégagées des molles de terre, des quartiers de roches dans lesquels on les trouva. Les voilà, les riens de la création, les voilà avec leurs humbles origines. La science de l’homme est seule parvenue à en faire des choses de valeur, des utilités sociales.,le parle surtout du fer, du zinc, du cuivre. Quant aux « precious gem » qui ne sont que de simples cailloux brillants, c’est la coquetterie féminine qui les a élevés à la plus haute noblesse minérale.

Je suis au bout de la galerie des Forges... Je sors un peu...
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