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lemog
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Message par lemog » 16 févr. 2011 12:41 am

1958
Editeur : Charles Dessart
Année de sortie : 1958
Langue : Français
Format 210 x 270

Image

Images de l'Exposition universelle de Bruxelles 1958 - Charles Dessart Editeur, Bruxelles

86 photographies de l'exposition + table dépliante des illustrations à la fin

Préface de Jacques Dumont:

Ce livre n'est pas une description. Il montre seulement quelques images, fugitives et particulières, de ce qu'a été la grande Exposition universelle et internationale de Bruxelles 1958. Il ne veut pas être un bilan, mais un ensemble de visions, qui vous sont un rappel et, parfois, une découverte.

Les photographes qui ont promené leurs objectifs dans la ville éphémère du Heysel se sont attachés surtout à fixer des détails et des rythmes. Par ceux-ci, ont-ils cru, pouvait se perpétuer l'intention des bâtisseurs de 1958. Souvent mieux que les phrases, une image contient un message. Les pages qui suivent veulent dire que cet immense effort déployé à Bruxelles, par des hommes venus des quatre coins du monde, eût été vain, s'il s'était limité à construire sur 200 hectares des palais extraordinaires, à penser des architectures nouvelles, à tracer des jardins, à rassembler toutes les richesses de la Terre, si l'homme lui-même n'y trouvait pas son compte. Valait-il la peine de rassembler ces dizaines de milliers de tonnes d'acier, de béton, de verre, de bois et de les combiner en de savantes techniques, pour la seule satisfaction d'avoir été de vingt ans en avance sur notre temps ? Non certes, mais il fallait que l'Exposition de Bruxelles fût à la fois un inventaire et un sommet des sciences exactes pour poser le problème qui nous préoccupe : comment l'homme peut-il, dans cette prodigieuse course au progrès matériel, renouer avec sa propre tradition d'homme ?

« Quel est mon rôle dans cette ronde hallucinante ? » devait nécessairement se demander le visiteur de '58. Peut-être aura-t-il pensé comme Albert Camus : « Mon rôle, je le reconnais, n'est pas de transformer le monde ni l'homme, je n'ai pas assez de vertus ni de lumière pour cela. Mais il est peut-être de servir, à ma place, les quelques valeurs sans lesquelles un monde même transformé ne vaut pas la peine d'être vécu ». Des réponses semblables à celles-ci étaient inscrites d'un bout à l'autre de l'Exposition : Cité de la Coopération internationale, organisations internationales, action humanitaire des missions catholiques et protestantes, inventions et découvertes mises au service de l'homme, maîtrise de la matière.

A Bruxelles, en cet essai d'un monde heureux et pacifique, l'homme a pu refaire sa propre découverte.
Il ne se peut qu'une telle tentative d'équilibre reste sans lendemain; cet ouvrage, dans les limites qu'il s'est assignées, entend participer à cette affirmation de bonne volonté qui laisse croire aujourd'hui que le Thème a des chances de « tenir ».

Chaque matin, durant six mois, des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants ont pris le chemin de Bruxelles '58. C'était certes le désir d'assister à une fête merveilleuse qui leur avait fait prendre la route, mais aussi le subconscient besoin de la rencontre. Quelque quarante millions sont ainsi venus. Des noirs, des blancs et des jaunes. Des gens de Delhi et de San Francisco, du Cap et de l'Islande, de Ghana et de l'Iran. Tous les costumes et toutes les langues. A Melsbroeck atterrissaient des princes et des hommes importants; par les routes jalonnées de flèches marquées de l'étoile s'étiraient de longs cortèges.

La ville d'un été valait bien le long déplacement. Plus de cinquante nations et organismes internationaux y avaient construit des palais, non pour rivaliser entre eux, mais pour se faire mutuellement cadeau de leurs richesses. Ces palais étaient plantés sur un plateau d'où l'on apercevait au loin les tours gothiques de Sainte-Gudule et de l'hôtel de ville perdues dans une brume de constructions grises. Un plateau coupé par un parc aux essences rares, aux troncs centenaires — le parc d'Osseghem — voisinant avec le merveilleux domaine royal de Laeken. Et çà et là des jardins, des jeux d'eau, de vastes gazons et des drapeaux. Art et patience des jardiniers qui ont conçu et créé de leurs mains ces chefs-d'œuvre qui s'appelaient jardins flamand, des quatre saisons, moderne, tropical ou du Belvédère. Depuis 1954, dans les serres de la ville de Bruxelles, on préparait amoureusement les plantes et les fleurs qui triompheraient en 1958. Plus de deux millions de plantes, cent quarante-cinq mille arbustes, six cent mille tulipes et bulbes. Le simple gazon dont on avait fait des pelouses avait pris près de quatre ans de culture !

Nous nous en voudrions de parler de l'Atomium, qui n'est plus à décrire. Sa masse gigantesque de 102 mètres, de haut comme de large, fera désormais partie intégrante du paysage de Bruxelles, comme sa silhouette a été le symbole, dans le monde entier, du grand rassemblement de 1958. Mais s'il a été un des pôles principaux de la curiosité des foules, il en est d'autres qui partageaient avec lui les grandes faveurs du public. Le Palais international de la Science par ' exemple, qui avait fait l'inventaire des recherches et des découvertes. Mais aussi le Palais international des beaux-arts avec son « 50 ans d'art moderne » et toutes les œuvres rassemblées dans les pavillons, notamment celles de l'art belge, de l'Italie, du Mexique, du Canada, des Pays-Bas, de la Yougoslavie, de l'U.R.S.S., des Etats-Unis, de l'Espagne et de la ville de Paris.

Une des surprises de cette exposition aura sans doute été cet engouement du public — et du public jeune en particulier — plus marqué pour les arts et leurs moyens d'expression (songeons à cette suite ininterrompue de spectacles les plus divers qui attiraient chaque soir la grande foule), que pour la science et ses techniques. La jeunesse est-elle, malgré les apparences, moins « scientifique » qu'on ne l'aurait cru ?

Si le Commissaire général du Gouvernement, le comte Moens de Fernig, a voulu surtout donner à son Exposition un caractère international par une participation massive de pays étrangers et d'organismes à influence internationale, il n'en a pas moins voulu attirer l'attention sur le rôle universel joué par la Belgique. En vingt-huit grands pavillons abritant les collectivités nationales et en trente autres concédés à des participations individuelles, par les expositions dans les vastes palais du Centenaire, la Belgique a montré qu'elle occupait dans tous les secteurs des activités humaines une place de premier plan. D'autre part, à la section belge ont participé, peut-on dire, tout ce qui pense et agit en Belgique; elle est donc à la fois le reflet d'une activité extrêmement diverse et le résultat de l'effort de tout un peuple.

Peut-on parler de la Belgique sans mentionner le Congo et le Ruanda-Urundi, ces prolongements de la patrie ? Sept palais ont montré ce qu'était devenue aujourd'hui cette terre africaine, encore néolithique il y a cinquante ans.

Cet essai de jardin tropical, tenté par René Pechère, sera-t-il le point de départ d'une nouvelle ordonnance des jardins de Léopoldville ?

Quelle a été l'intention de l'éditeur quand il a choisi ces quelque cent images et qu'il les a ordonnées pour en faire un livre ?

Vingt-cinq photographies, d'abord, veulent rappeler cet apparente incohérence des formes qui, au premier choc, pouvait déconcerter le visiteur. Recherche forcenée de contours nouveaux pouvant aller jusqu'à l'angoisse — celle-là même de l'homme confronté avec les conséquences terribles de ses découvertes. Puis quelques images montrant l'homme qui tente d'échapper à la contrainte : une évocation des persécutions d'Israël, une danse macabre mexicaine, un aspect du pavillon du Champagne, une vision du groupe du textile où les formes idéalisées se meuvent. Viennent ensuite des vues extrêmement sereines, de la verdure, les arbres du parc d'Osseghem, une vaste promenade en zig-zag à travers toute l'Exposition, ses pavillons, ses scènes de rue. Ça et là, on relève d'intéressants contrastes : l'amateur d'art au pavillon hongrois et la chapelle du Saint-Sacrement au pavillon du Saint-Siège.

Ailleurs on oppose, dans un excellent esprit d'ailleurs, une musique russe à une fanfare américaine. Il reste parfois un point d'interrogation. Où donc l'éditeur a-t-il voulu en venir ? Pourquoi coupe-t-il brusquement son effet par cette soirée à l'Oberbayern ? Peut-être a-t-il eu la rude envie de tout envoyer en l'air... Mais le livre se termine comme toute bonne visite à l'Exposition, par une promenade à travers la Belgique Joyeuse et le parc des Attractions.

L'Exposition est à peine close que sort cet ouvrage, dû à l'initiative de l'éditeur Charles Dessart. Il a le mérite d'être d'abord le premier. Il a aussi le mérite du « pris sur le vif », du document presque brutal, que l'on n'a pas eu le temps ni le désir de présenter autrement qu'il n'est. D'autres initiatives, sans doute, nous vaudront d'autres ouvrages. Auront-ils cette même valeur de témoignage tout palpitant encore de vie ?

Il était bon aussi que ce témoignage fût photographique; il rappelle la prodigieuse utilisation que l'on a faite de la photo à l'Exposition. Supposez un instant que l'on ait supprimé des pavillons toutes ces photos, petites ou grandes, qui s'y trouvaient. Croyez-vous que nous en garderions encore un souvenir efficace ? Imaginez le Japon sans son thème des mains, le Canada sans ses paysages agricoles, la Yougoslavie sans ses églises byzantines, l'Allemagne sans son exposition de la sécurité sociale.

Puissent les photos de ce livre vous rappeler les beaux moments que vous avez passés en 1958 sur le plateau du Heysel. Puissent-elles aussi vous faire comprendre que, le 19 octobre, tout n'a pas été dit et que si le « bilan du monde » a été fait, « le monde plus humain » reste toujours à conquérir.

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