Urnes et Vases du musée rétrospectif

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Urnes et Vases du musée rétrospectif

Message par worldfairs » 23 août 2018 10:40 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

urnesvases.jpg

Le savant directeur du Musée de Cluny, M. du Sommerard, vient de vous introduire dans la partie la plus intéressante de l’Exposition universelle de 1867, dans cette galerie du travail formée par ses soins et dans laquelle sont amoncelés tant de richesses, tant -de chefs d’œuvres, tant d’objets admirables.

Permettez-moi de me glisser à la suite du maître et de vous montrer quelques détails de ce vaste ensemble qu’il vient de faire étinceler sous vos yeux.

La galerie du travail est incomplète, il est aisé de s’en apercevoir; mais elle ne donne que le résultat d’un premier essai. Peu de particuliers paraissent avoir compris le but et la portée de cette exposition rétrospective, aussi la plupart des possesseurs de richesses artistiques dues à nos ancêtres n’ont-ils pas répondu à l’appel de la Commission impériale. Espérons cependant que la vue de celte magnifique collection de la galerie du travail leur fait déjà regretter de n’avoir pas contribué à la rendre plus complète et par là plus instructive.

Tel qu’il est, le musée rétrospectif peut donner quelque idée du génie de certains siècles et de la magnificence de certaines industries que nous ne saurions contempler aujourd’hui sans admiration et sans humilité.

L’industrie céramique, par exemple; et quand je dis l’industrie, je me trompe, je devrais dire l’art céramique, cet art que les Bernard Palissy, les Luca délia Robia, les Conrade, les Clérissy portèrent à un si. haut degré de perfection que leurs œuvres sont encore aujourd’hui d’inimitables modèles; cet art si brillant du seizième au dix-huitième siècle, alors qu’il s’exerçait sur une vile matière, et qui semble dégénérée depuis qu’une matière plus riche et plus belle sert à façonner ses ouvrages.

Que sont devenues en effet les célèbres poteries de Rouen, de Moustier, de Marseille, de Limoges, de Nevers? La porcelaine, cette brillante rivale, a fait dédaigner leurs rustiques attraits; les fabriques de faïence, jadis florissantes, se sont fermées ou transformées : l’art lui-même a disparu de chez elles, et il a plutôt perdu que gagné en venant prêter son concours à la rivale heureuse! Dans les neuf salles du musée rétrospectif on peut suivre pas à pas l’art céramique dans ses diverses phases, dans ses multiples combinaisons. Tout est là depuis la lampe gallo-romaine, depuis les grossières poteries des Gaulois jusqu’aux élégantes porcelaines de Sèvres, jusqu’aux biscuits galants et mignards créés pour les boudoirs des petites maîtresses de la Régence!

Cette réunion de tant d’œuvres si diverses et si précieuses, nous la devons aux plus riches d’entre les riches. Eux seuls peuvent collectionner de tels trésors artistiques : mais rendons-leur grâce de n’avoir pas voulu les garder d’un œil jaloux dans leurs galeries particulières, et de les avoir pour ainsi dire exposés aux yeux du monde entier.

Parmi ces riches qui payent à prix d’or, c’est-à-dire à leur juste valeur, les merveilles céramiques des siècles passés, citons la famille de Rothschild. Elle a déposé les plus admirables joyaux de sa collection dans les vitrines du musée rétrospectif.
Ainsi ces faïences dites de Henry II, que peuvent seuls se disputer des hommes archi-millionnaires et dont quelques objets se sont vendus à des prix incroyables, ont été exposées par M. le baron Alphonse de Rothschild. Ces faïences sont ornementées avec un goût, une délicatesse, un travail exquis. L’aiguière d’un dessin si simple que représente notre gravure appartient à cette collection. Un flambeau ainsi qu’une coupe de la même époque sont de vrais chefs-d’œuvre que l’on ne saurait trop admirer.

Non loin de cette aiguière, nous en voyons une autre attribuée à Bernard de Palissy et dont M. Alphonse de Rothschild est également l’heureux possesseur. Cette aiguière en faïence émaillée est d’une forme gracieuse, la poignée représente un serpent tordu en trois parties, le col de l’aiguière est entouré le feuillages entremêlés de fleurs, sur les flancs on voit trois médaillons ovales séparés par de gentilles figurines. Mercure, Neptune et Vénus sont représentés dans les médaillons.

Parmi les faïences du dix-septième siècle lues à la fabrique de Nevers, nous remarquons une très-belle urne d’une hauteur de 40 centimètres environ.

L’anse figure un serpent qui mord l’extrémité supérieure du vase. Sur les flancs de ce vase une peinture, aux tons gais et gracieux, représente Vénus à demi couchée sous un berceau de feuillage et dérobant à l’Amour son Etre et ses flèches. Le col, le pied et l’anse de l’urne imitent le jaspe et l’imitent en perfection.

Dans la salle du dix-huitième siècle, nous trouvons deux vases d’un caractère bien différent. Ils sont en porcelaine, et furent fabriqués dans la manufacture de Sèvres, pour le roi Louis XV, à l’occasion de la fameuse victoire de Fontenoy.

Sèvres a produit peu d’objets d’un aussi riche travail. Le ton général de ces deux vases est d’un rose tendre, dans lequel serpentent de petits filets d’or incrustés; la pomme de pin qui surmonte le couvercle de chacun des vases est blanc et or; un chapelet imitant des perles en entoure le couvercle ainsi que le pied; des cordons en porcelaine blanche paraissent soutenir quatre médaillons placés sur les flancs de l’urne.

Sur le principal médaillon, l’on a peint l’un des épisodes de la bataille de Fontenoy, sur les trois autres figurent des trophées et-les armes du roi. Ces deux vases magnifiques appartiennent à M. Double, ainsi qu’une riche collection de tasses et d’assiettes du Sèvres le plus précieux.

Et maintenant, dirais-je que nous avons eu la prétention de mettre sous les yeux de nos lecteurs les plus beaux spécimens de
l’art céramique exposés dans la galerie du travail ? Non, certes; parmi tant de belles choses, tant de merveilles, il serait fort difficile de faire un chois, et nous n’avons prétendu qu’indiquer, en prenant quatre vases de caractères divers, la variété qui règne parmi les productions d’un art admirable et jadis si florissant.
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