Le pavillon des Alpes-Maritimes

Paris 1925 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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Le pavillon des Alpes-Maritimes

Message par worldfairs » 08 juin 2018 01:06 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 23 août 1925

Sous les grands arbres du Cours-la-Reine, dans un endroit délicieux, au milieu des fleurs, des palmiers et des aloès, s’élève le Pavillon des Alpes-Maritimes; les jours ensoleillés, c’est véritablement un coin de la Provence transporté à Paris. La végétation y est telle qu'il est impossible de photographier l'ensemble du Pavillon. Le frontispice permet seul de l’avoir en perspective en ne faisant pas figurer une grande partie des arbres des plantes et les colonnes d’une pergola.

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Le pavillon des Alpes-Maritimes - Terrasse de l'escalier exterieur

Le Pavillon est une ravissante Villa élevée par souscription publique sous le Patronage du Comité du Département des Alpes-Maritimes, M. Becchi, étant Président. Elle a été conçue par MM. Ch. Dalmas et M. Dalmas, architectes D.P.L.G. délégués de la Société des architectes du Sud-Est, laquelle a eu le beau geste d’offrir gratuitement ses honoraires audit Comité. La grande générosité du Département permit, d’ailleurs, à ces artistes de faire bien les choses, car cette villa ne manque pas d’une certaine richesse. L’ensemble exigeait une exécution soignée, impeccable ; elle fut confiée à M. Marcel Lavergne, architecte D. P. L. G. qui dirigea les travaux avec compétence.

Il convient, tout d’abord, d’examiner la bonne distribution adoptée par MM. Ch. Dalmas et M. Dalmas. La villa comprend un rez-de-chaussée et un étage. Le rez-de-chaussée se compose d’un Hall d’Entrée ou Vestibule contenant l’escalier, sur la droite d’une salle à manger et d’un salon s’ouvrant sur une galerie couverte, sur la gauche d’un bureau et d'un grand Hall du Potier qui pourrait être une grande galerie fleurie. L'étage comprend un grand palier, sur la droite deux chambres séparées par une salle de bains, desservies par une terrasse, sur la gauche un débarras ou penderie, un Salon d’Eté qui pourrait être aussi un fumoir ou une bibliothèque.

On peut monter à la Terrasse et par conséquent aux chambres de l’étage par un escalier extérieur servant d’escalier de service dans un pays où les beaux jours dominent. La Terrasse s’étend jusqu’au haut du vestibule, couronne l’entrée et domine l’ensemble du jardin et ses pergolas. Les décrochements des murs, les pans coupés, la partie arrondie ne nuisent pas à la beauté des pièces car tout est admirablement utilisé pour une composition parfaite des intérieurs.

Il n’existe pas de cuisine, elle peut être placée en sous-sol, comme dans beaucoup d’habitations provençales, avec entrée donnant sur l’extérieur. Le Hall du Potier devait être utilisé pour une exposition de la céramique provençale mais l’agrément du jardin qui retenait les visiteurs a encouragé les organisateurs à y permettre l’installation d’un salon de thé dont les tables et les chaises débordent jusque dans le Jardin. Celui-ci est protégé contre l’affluence de la foule par une terrasse dallée de marbre blanc aux pergolas fleuries.


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Le pavillon des Alpes-Maritimes - Pergola et galerie du potier

L’Aspect Extérieur

Les façades sont fort bien composées; leurs décrochements, les toits placés à différentes hauteurs, la variété dans la forme et la grandeur des fenêtres suivant l’habitude provençale, le grand arrondi de la façade arrière, les arcades de la galerie supportant la terrasse et l’escalier extérieur conduisant à cette dernière forment un ensemble particulièrement agréable. La nuance rose des murs et des soubassements, le ton vert céladon des génoises et des toitures, la blancheur du marbre des perrons font valoir encore les vives couleurs des fleurs du ravissant jardin qui précède cette belle villa.

L’entrée principale, à plein cintre, s’ouvrant sur le Hall d’entrée est dans un pan en angle, on y accède par un perron à quatre marches en marbre blanc. Elle est fermée par une grille en fer forgé garnie de glaces; cette grille est composée de deux vantaux très simples et d’un encadrement orné de feuilles et de nuits de citronnier exécutés en fer formant traits. Cette entrée est surmontée d’une terrasse ouverte à sa partie médiane par deux amortissements en quart de rond entre lesquels est placé un grand vase provençal en terre cuite à quatre anses rehaussée de longs godrons émaillés de ton vert pomme; ce vase est garni de bégonias, de plantes grasses rampantes et de lierre dont les chutes retombent sur un appui galbé couronnant la porte.

A droite s’étend une galerie à deux arcades à plein cintre précédées chacune par un perron également à quatre marches en marbre blanc, le trumeau central est percé d’une ouverture ovale au bas de laquelle est une jolie fontaine. Cette fontaine est placée sur les soubassements d’un grand panneau rectangulaire et creux, décoré de palmes jaunes avec des pigeons blancs sur fond d’azur, flanqué de chaque côté de deux montants mosaïqués d’or; à hauteur du soubassement est placée une tête d’amour dorée avec deux petites ailes dorées partant de derrière et s’arrondissant sur les côtés laissant couler un mince filet d’eau dans un bassin rond en ciment à l’épaisseur incrustée de mosaïque blanche et dorée, au fond orné de gros morceaux de mosaïque crème, dans lequel frétillent des petits poissons rouges. En face de chacune des arcades s’ouvre une porte à plein cintre. La première, large, donnant sur la salle à manger, est en bois à deux vantaux garnis de glaces et de ton bleu noir; la seconde plus étroite, donnant accès au salon, désaxée par rapport à l’arcade correspondante est en fer forgé avec des feuilles et des fruits de citronnier en ornement en fer à sa partie supérieure, garnie de glace et peinte en noir. Une autre porte, s’ouvrant sur le Hall d’entrée à l’extrémité de la galerie est semblable à cette dernière. Les murs intérieurs de la Galerie sont de couleur jaune avec une jolie décoration fort originale de M. Capron, celui dans lequel s’ouvrent les portes de la salle à manger et du salon est orné sur la droite par des feuillages d’oranger de même couleur que les murs tracés d’un large trait bleu avec des fruits orange, cernés d’un même trait bien et sur la gauche par des figuiers aux fruits violacés, aux feuilles d’un ton bleu pâle cernés par un trait bleu abritant des chèvres d’un ton uni dessinées d’un trait noir; cette élégante composition couvre tout le mur tandis que la porte donnant sur le vestibule d’entrée et l’ouverture ovale percée dans le mur sont surmontées d’une branche de citronnier aux feuilles d’un ton bleu pale, aux fruits jaunes ornés d’un trait bleu qui retombe sur chacun de leur côté. A l’extrémité opposée à la porte s’ouvrant sur le Hall d’entrée, une autre arcade à plein cintre donne accès à l’escalier montant à la Terrasse de l’étage. Le soir la galerie est éclairée d’une façon discrète, par quatre motifs modernes de verre dépoli et en forme de fleurs terminant des colonnes jaunes placées aux angles.

L’escalier qui monte à la Terrasse s’avance en aile sur le jardin et encadre bien les perrons d’accès à la galerie; il donne ainsi une importance plus grande et un plus bel aspect à la façade d’extrémité. Ses murs, comme ceux des façades, sont sans saillie d’ornementation; mais ajourés par des ouvertures garnies de petits arceaux demi-cylindriques en terre cuite peints en vert céladon, constituant ainsi des alvéoles décoratives dans les parapets des terrasses et des paliers. L’angle extérieur de l’escalier porte à sa partie supérieure un plateau en quart de rond soutenant un joli vase en terré cuite garni de plantes aux chutes de feuillages émaillés de fleurs aux plus vives couleurs.

Sur la gauche de l’Entrée principale, s’étend au rez-de-chaussée la Galerie du Potier, bordée par une ternisse à laquelle on monte par trois perrons de marbre encadrés par des dés supportant des vases en terre cuite garnis de fleurs. Cette terrasse est dallée par des grands morceaux de marbre blanc avec larges séparations en ciment garnies de petits cubes de mosaïque dorés. Cette galerie est éclairée par trois grandes portes à plein cintre s’ouvrant au droit des perrons, La façade d’extrémité est ornée par un grand panneau décoratif légèrement en creux, à fond bleu orné de fleurs stylisées aux riches couleurs et de fruits, limité par des montants mosaïqués dorés, sur lequel se détache un important motif sculpté en pierre représentant un homme portant un plateau garni de fruits et sur le côté un grand vase et des fleurs.
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Le pavillon des Alpes-Maritimes - Chambre

Le Jardin

Avant de pénétrer dans celle belle Villa, les visiteurs admirent le jardin et ses pergolas. Ce sont des bordures et des massifs composés de géraniums variés, de rosiers, de pétunias, d’iris, de phlox émaillés de fleurs brillantes ou délicieusement teintées, avec des massifs de rhododendrons, de lauriers ou de plantes aux feuillages mouchetés de jaune, se détachant sur des myrtes.

Cet ensemble charmant est encore rehaussé par des citronniers, des grenadiers, des palmiers tels que des lataniers des dracænas, des phénix, des aloès verts ou bicolores, des plantes grasses et des cactus.

Les pergolas sont enfin à citer car les architectes nous présentent des modèles particulièrement jolis. Elles sont au nombre de trois et; de modèles différents. La première qui borde la galerie et couronne la terrasse de marbre se compose de colonnes disposées deux à deux au haut des dés encadrant les perrons, c’est-à-dire au nombre de huit, et de chevrons soutenus par des consoles. Les colonnes sont de couleur rouge plus foncée que celle des murs et se rapprochant d’une nuance de rouille avec une très jolie ornementation polychrome formant large bandeau à la partie supérieure; elles sont disposées derrière les vases garnis de fleurs que nous avons cités dans un gazonnage permettant de disposer les plantes grimpantes aux fleurs aussi belles que variées. Les consoles au droit de chaque colonne soutiennent naturellement chacune deux chevrons à extrémités profilée; ces consoles fort décoratives sont de forme droite à la partie supérieure de leur face s’amortissant vers le bas par un grand arrondi, les faces sont ornées par deux bandeaux latéraux limitant des godrons horizontaux. Les chevrons et les bois sont de ton bleu franc, ornés de deux festons dorés; la partie terminale des chevrons est en outre décorée par un joli motif composé de feuilles de lauriers stylisées et dorées.

La Terrasse bordant la Galerie du Potier s’étend et horde aussi l’autre façade de cette galerie et forme retour pour protéger le jardin de la foule circulant sur l’allée principale du Cours la Reine. Elle est de la hauteur d’une marche sur cette allée et a deux perrons, trois à quatre marches sur le jardin. Elle est entourée à son niveau d’une bordure en marbre blanc et toute dallée par de grands morceaux de marbre semblable, les interstices cependant n’ont pas été cimentés et ont été garnis d’herbe qui pousse entre les morceaux et donne un effet du « pays » à cette terrasse provençale. Elle est ornée à son extrémité et du côté de la galerie par un bassin d’eau octogonal mosaïqué dans le goût de ceux déjà cités, agrémenté de poissons rouges. On remarque dans le prolongement de la pergola bordant la galerie el que nous venons de décrire une seconde pergola isolée, soutenue sur ces deux côtés par quatre colonnes disposées deux à deux. Les détails de cette pergola sont semblables à ceux de la première, la différence étant marquée par l’absence des consoles murales.

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Le pavillon des Alpes-Maritimes - Salon

Une des photographies reproduit la troisième pergola qui est ovale et d’assez grandes dimensions, elle entoure une très belle fontaine intitulée « Le Triomphe de la fleur »; ce coin charmant est incontestablement un des plus ravissants de l’Exposition. Cette pergola est composée de seize colonnes formant huit groupes de deux soutenant deux bandeaux circulaires posés verticalement, portant des très courts chevrons; ses éléments sont semblables et de même coloration et décoration que ceux des deux autres pergolas pour harmoniser l’ensemble du jardin aux plantes si variées.

La fontaine nommée « Triomphe de la fleur » comprend un motif octogonal à quatre petits pans orné par quatre panneaux dorés représentant une femme nue avec des fleurs, flanqué de quatre murettes sculptées à gradins garnis de fleurs naturelles et d’un bassin octogonal à quatre petits pans au droit des murettes, recevant l’eau tombant par quatre petites gargouilles, ce bassin en ciment est décoré en mosaïque comme les précédents. Le motif central octogonal est surmonté d’un beau vase sculpté, garni d’hortensias bleus. Cette jolie fontaine très remarquée, une des plus jolie de l’Exposition, est due comme les deux autres décorant les façades de la Villa au sculpteur Maubert.

Le jardin est encore décoré par de grands vases provençaux en terre cuite, garnis de fleurs, œuvres de M. Augé Laribé.


Les Intérieurs

L’architecture des intérieurs est aussi intéressante que celle des façades et il faut louer l’effort de MM. Ch. Dalmas et M. Dalmas.

Les meubles ont été dessinés en collaboration étroite par les architectes et M. Clément Goyenèche, jeune artiste au talent très remarqué, auteur de fort jolies choses dans la région niçoise. Ils ont été exécutés par les Ateliers du Meuble d’art « A. M. A. », à Nice. On remarquera que ces meubles sont exécutés selon les règles de métier du menuisier d’art, que les placages et contre-placages, sauf dans les portes des meubles du salon en loupe d’orme sont toujours placés en panneaux mis dans les bâtis massifs. Le principe est de compter, sans doute, avec la main-d’œuvre la plus élémentaire et de tâcher de tirer l’expression maximum de ces moyens primordiaux.

La technique base du bois est celle de la menuiserie : bâtis montants en construction d’opposition, en évitant l'onglet le plus possible, et les panneaux toujours assemblés en veinure.

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Le pavillon des Alpes-Maritimes - Chambre d'été

La décoration intérieure est complétée par les œuvres d’un groupe d’artistes de la région, au talent toujours inspiré par les fleurs et le soleil de leur beau pays, c’est-à dire avec une coloration toujours délicate et fraîche. On a l’impression que MM. Ch. Dalmas et M. Dalmas ont été aussi inspirés par les teintes de la côte d’Azur et de la Provence dans les coloris apportés à la décoration de leurs intérieurs.

Le Vestibule ou hall d’entrée est entièrement de ton gris perle couvert de petites mouchetures d’argent; la plinthe, les baguettes aux arêtes arrondies entourant les portes et les fenêtres, le bandeau arrondi formant corniche au plafond sont également argentés. La porte donnant accès au bureau est droite avec deux vantaux pleins argentés décorés par un petit panneau en creux sculpté, aux fleurs modernes d’un ton argenté plus vif. Du vestibule part un escalier en marbre blanc orné à son départ d’un dé en marbre gris, poli avec partie haute à cannelures dont les creux non polis paraissent blancs, ce dé est surmonté d’une tête en bronze de Barbedienne. L’élégante rampe en fer forgé a été exécutée comme toute la ferronnerie par M. Raingo. Sous l’escalier, dans une partie ouverte par deux arcades à plein cintre, soutenues par un pilastre octogonal mosaïqué d’argent, est un ravissant sofa couvert de coussins de soie aux ornements modernes de couleurs vives ou sombres.

Ce vestibule est décoré par deux panneaux sur toile marouflée dans un faible creux, ils sont dus à un excellent artiste, M. Martin Sauvaigo, qui peint dans un genre nouveau fort agréable et extrêmement décoratif.

Le vestibule est éclairé du côté du mur opposé à la porte d’entrée principale par une ouverture carrée garnie en verre cathédrale blanc avec gros traits noirs limitant des ornements aux bords estompés de blanc laiteux. L’escalier est éclairé par trois fenêtres, hautes et étroites à plein cintre garnies de verre blanc dépoli avec de grandes bandes arrondies transparentes couvertes d’une façon fort originale par une ornementation en bois découpé et argenté représentant en silhouette des cactus et des aloès surmontés de leur étrange floraison. Le mosaïqué est orné par un grand motif central jaune entouré de grandes écailles modernes grises, bordées de noir.

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Le pavillon des Alpes-Maritimes - Salle à manger

La Salle à manger est éclairée par une grande porte donnant sur la galerie et par deux fenêtres à plein cintre, sa coloration générale est jaune avec plinthe d’un rouge foncé de même couleur que les meubles, les fenêtres, les portes; les larges baguettes les encadrant sont de couleur jaune avec filets de même ton que la plinthe. Elle est décorée par une large frise moderne de Clément Goyenèche, aux traits du même ton que les meubles sur fond crème, exécutée en sgraffites. La salle à manger est ouverte sur le salon par une grande baie encadrée d’une façon originale par des montants moulurés à redans, avec socle bas supportant un linteau assez plat. Cet encadrement et son socle sont en ton pierre poché avec traits d’appareil peints en couleur blanche. Le plafond blanc est entouré par des bandeaux gris formant une corniche large et plate.

Les meubles sont en acajou, ciré et patiné avec panneaux sculptés ornés de fleurs modernes et avec des ferrures en cuivre doré très originales. Le service sur table assorti à la salle à manger est en faïence de ton jaune foncé avec filet et fleur rouge, les verres et les carafes de forme originale sont aussi ornés d’un filet et d'une fleur émaillés rouges et semblables à ceux du service. Partout sur la table et sur les meubles sont exposées des céramiques diverses de Provence exécutées par les meilleurs artistes.

Le Salon a une porte donnant sur la galerie et est éclairé par trois fenêtres droites s’ouvrant dans la partie ronde. Le ton des murs est vert Nil avec une large corniche galbée, de même nuance, encadrant un plafond en creux de couleur crème, ayant en son milieu un joli plafonnier très plat en verre blanc dépoli avec un cadre vert et jaune assorti au salon. La partie arrondie est limitée par une sorte de séparation en bois avec montants et traverses de même section carrée, formant des petits cadres ajourés avec panneaux à la partie inférieure des côtés, entourant une large baie de forme gracieuse décorée en sa partie supérieure par un panneau ajouré et sculpté. La partie arrondie est également de ton vert Nil, mais son plafond jaune crème est encadré par une corniche formée de trois bandeaux, complètement différente de la corniche de la partie rectangulaire du salon. Les plinthes, la partie en menuiserie formant séparation, les baguettes sont de ton vert olive comme les crémones des fenêtres qui ont leurs poignées et leurs garnitures dorées tranchant sur la couleur vert Nil des fenêtres encadrées délicieusement par des grands rideaux d’un ton violet pâle.

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Le pavillon des Alpes-Maritimes - Illustration

Les meubles fort jolis sont en acajou, avec panneaux en loupe d’orme décorés par un motif rond en marqueterie jaune composée de fleurs, les fauteuils et le canapé sont garnis de coussins en velours frappé, de ton loutre, décoré de grands ornements modernes. Le canapé se détache sur un fond formé par une riche tenture en soie brochées de la Maison Dauphin, aux tons atténués de vieil or, de vert émeraude, de bronze dans une gamme discrète. Les coussins et tapis de la Maison Martine complètent ce bel ensemble.

Il est impossible de citer toutes les œuvres d’art placées dans ce salon, on doit mentionner cependant d’une façon toute particulière les deux panneaux hauts et étroits disposés dans des riches cadres argentés et sculptés dûs à M. Paul Audra, directeur de l’Ecole des Arts Décoratifs de Nice et représentant chacun une femme nue au milieu de fleurs, aux tons foncés, en « peinture à fresque antique à la technique pompéienne retrouvée ».

Le Bureau est orné par des panneaux tapissés en papier à fond gris perle avec ornements modernes, au trait de ton marron encadrés par de larges baguettes de même couleur.

Le Palier de l’Etage est composé d’une manière semblable à celle du vestibule.

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Le pavillon des Alpes-Maritimes - Entrée principale

La Chambre à coucher, située à l’extrémité du bâtiment, est d’une belle composition, les parements sont de ton pierre poché jaune, moucheté de petites touches d'or. La partie arrondie formant boudoir est limitée par l’encadrement d’une grande baie ouverte sur la chambre et ayant sur chacun de ses côtés, une colonne sans chapiteau et sans base soutenant le linteau. Le plafond blanc de la chambre est entouré par une corniche large et plate formée par trois bandeaux de section rectangulaire de même couleur que les parements. La partie ronde de la chambre a ses parements de même ton, mais uni et décoré de grands ornements tracés en larges filets d'or, son plafond est entouré d’un simple bandeau en quart de rond et de même ton que les murs. Les croisées et la porte sont peintes en jaune pâle avec crémones noires, poignées et garnitures argentées. Les rideaux sont en soie crème unie, ornés à leur partie inférieure par des perles rondes en bois marron pendant au-dessous d’un galon vieil or très étroit. Les grands rideaux encadrant les trois fenêtres droites et la porte sont en soie granitée vieil or et bordés par un galon de couleur sombre assortie au tissu. Le soubassement entourant la chambre et les côtés de l’encadrement de la baie formé par les colonnes est de ton gris fer légèrement jaunâtre.

Les meubles sont en érable et frêne, marquetés d’amarante, de citronnier et d’acajou vernis. Le lit a la forme d’un large canapé, se détache devant un grand panneau décoratif peint à l’huile par Mlle Bordes, sur une tuile marouflée dans un léger creux aux ornements modernes représentant des oiseaux, des fleurs et des feuillages inspirés par les marqueteries des meubles. Ce panneau en couleur encadre une grande glace octogonale.

La Salle de Bains a son sol dallé en marbre blanc, ses murs revêtus, à une hauteur de 2 mètres environ, en marbre blanc aux veines vertes très serrées. La baignoire blanche est encastrée dans un grand massif revêtu entièrement en même marbre. Les revêtements sont bordés par une étroite baguette dorée placée au-dessous de la partie haute des parements teintée en rose thé avec semis de petits anneaux or de différents diamètres. Le plafond est également de nuance rose thé, mais sans semis. La baignoire est placée sous une sorte de niche à partie centrale demi-hexagonale formant un plafond lumineux garni de cinq glaces en verre dépoli. La salle est éclairée par une grande fenêtre garnie d’une glace avec larges bandes verticales dépolies ou transparentes sur laquelle est représentée une femme nue à genoux et se lavant, dessinée simplement par un trait rose. Des glaces avec encadrements dorés, des tablettes, un lavabo ovale avec pied central en céramique complète l’aménagement de la Salle de Bains.

La Chambre d’Eté est plus fraîche grâce à l’emploi d’un carrelage formant des bandeaux alternés rouges ou jaune crème encadrant une partie centrale rectangulaire jaune. Les murs ont un grand arrondi d’environ un mètre de hauteur, terminé par un encadrement du plafond formé par des bandeaux à pans, le plafond est légèrement en creux, tout cet ensemble est de ton crème.
Les murs sont tapissés par un papier crème très clair avec décoration en Irait vert représentant des feuillages et des oiseaux. La plinthe, les baguettes, la fenêtre et les deux portes à plein cintre donnant sur la terrasse sont d’un ton vert bleu foncé.

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Le pavillon des Alpes-Maritimes - Vestibule d'entrée

Les meubles sont en chêne ciré avec panneaux et ferrures en fer forgé.
Le Salon d’Eté a ses parements d’un ton rose thé avec léger arrondi au plafond; celui-ci à fond blanc est encadré par trois bandeaux en relief rose thé sur fond blanc. La plinthe, les baguettes entourant la porte d’entrée et la fenêtre droite sont de couleur bleue très foncée, presque noire, assortie aux tissus. Le côté de la plus grande longueur comporte une sorte de niche rectangulaire d’environ trente centimètres de profondeur pour l’emplacement du canapé.

Les meubles sont en noyer sculpté et ciré avec garnitures en cuivre découpé, les fauteuils sont en paille verte, le canapé est encadré à chaque extrémité par une étagère basse et garni par des coussins en tissu imprimé, décoré d’ornements tirés de la flore d’un ton indigo couvrant presque entièrement le fond blanc du tissu, la niche rectangulaire précitée formant fond au canapé est agrémentée par un tissu semblable. Les trumeaux étroits de chaque côté de la niche sont ornés chacun par une petite glace haute et étroite, avec cadre sculpté et argenté surmonté d’une lampe avec abat-jour rond en soie verte. La crémone de la croisée est de couleur noire avec bouton et garnitures à pans en vieil argent.
Le sol du salon d’été est en carrelage céramique donnant un ensemble jaune et formant au devant du canapé un tapis rectangulaire entouré d’une bordure de carreaux rouges encadrant une sorte de damier de carreaux rouges et jaunes.

Les céramiques qui constituent une des principales industries d’art de la région des Alpes-Maritimes ont été réparties dans les différentes pièces de la villa aux places qu’elles doivent occuper dans une habitation, contribuant ainsi à la décoration et laissant disponible la Galerie du Potier où un salon de thé a été installé.

Les parois de cette Grande Galerie sont revêtues de marbre gris jusqu’à une hauteur de 2 m. 10 environ, limité par une baguette arrondie et dorée qui entoure aussi les trois grandes portes à plein cintre s’ouvrant sur la terrasse. Les grilles en fer forgé de ces grandes portes à imposte, à deux vantaux et à encadrement garnis de glaces sont d’une composition élégante, l’ornementation est portée sur les impostes et obtenue par des ; inégaux encadrant un grand rectangle décoratif orné par des vases et des fleurs exécutés avec des fers formant un léger trait de décoration. La partie supérieure des parois de la salle est peinte en ton rose thé avec un semis de points d’or couvrant un semis de points bruns, ces semis prenant naissance au-dessus du marbre et se dégradant pour s’éteindre à une certaine hauteur. Les parois se terminent par un grand arrondi montant jusqu’au plafond rectangulaire de couleur crème au creux d’environ dix centimètres. Sur ce plafond se détachent deux plafonniers formés par deux étoiles superposées, en verre dépoli et à pans sans aucune armature apparente, ornés à leur partie inférieure par un boulon central côtelé et argenté. Les trumeaux du mur côté jardin sont décorés par un joli motif sculpté de fleurs modernes, encadré par une petite draperie avec chutes constituant un grand ornement doré tranchant sur le ton gris du marbre et le ton rose du mur. L’extrémité de la galerie est ornée par un grand panneau décoratif couvrant presque tout le mur et dû à M. Edouard Fer, représentant « Nice et la Mer », avec un premier plan de fleurs, de fruits, de plantes, d’aloès, de cactus et trois Niçoises avec encadrement rehaussé de fleurs. L’extrémité opposée à ce grand panneau est percée d’une porte avec deux vantaux à panneaux pleins et argentés rehaussés par un étroit motif argenté et sculpté; cette porte donne accès au bureau et est semblable à celle décrite au vestibule d’entrée, s’ouvrant aussi sur ce bureau. Elle est surmontée d’un grand et beau motif de décoration formant fronton dans un léger creux en plein cintre représentant des fleurs et des pigeons posés sur des gradins dorés se détachant sur un fond bleu assez foncé. Le sol est en mosaïque aux ornements formés de morceaux irréguliers assez grands ou, au contraire, par de petits celles du pavillon et de ses fontaines par Ebel.

L’aménagement en salon de thé apporte encore un charme particulier à celte galerie et au jardin. Les labiés et les chaises sont très basses et peintes en blanc, avec de jolies nappes blanches aux bandeaux jaunes bordés de filets noirs. Dans le jardin les parasols sont à fond très pâle, couvert de fleurs aux nuances très douces et frangés de jaune presque orange. Des arbres descendent de longs cordons soutenant chacun une lanterne de forme nouvelle et différente comme sa couleur.

Il nous reste enfin à mentionner un joli petit kiosque construit avec le même goût, situé à proximité du pavillon et contenant « le Diorama de Cannes », dû à un excellent artiste, M. Duboscq. Du haut des terrasses et de l’Escalier du Vieux Cannes, la vue s’étend sur toute la longueur de la Promenade de la Croisette, bordant la plage et sur la ville qui s’étage avec le premier plan formé par le Petit Port où sont amarrés les yachts.
Après une telle description il nous paraît inutile d’insister sur le talent de MM. Ch. Dalmas et M. Dalmas, architectes délégués de la Société des Architectes du Sud-Est et sur la valeur des artistes qui ont participé à la décoration ou à l’aménagement du pavillon. Qu’il nous soit permis d’exprimer un regret, celui de n’avoir pu les citer tous, tous auteurs d’œuvres charmantes.
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Message par worldfairs » 09 juin 2018 06:12 pm

Plans du pavillon des Alpes-Maritimes

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Plan du pavillon des Alpes-Maritimes - Rez-de-chaussée
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Plan du pavillon des Alpes-Maritimes - Etage
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