Le pavillon de la Ville de Paris

Paris 1925 - Architecture, pavilions
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6813
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Le pavillon de la Ville de Paris

Message par worldfairs » 16 avr. 2018 07:42 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 21 juin 1925

Sous les arbres du Cours-la-Reine, un peu avant d'arriver à hauteur du Petit-Palais en venant de la Place de la Concorde, on trouve un endroit délicieux, un lieu de repos qui serait presque un lieu de recueillement si la foule n’y était pas toujours nombreuse, c’est là l’endroit le plus charmant de l’Exposition et où s’élève le superbe Pavillon de la Ville de Paris, œuvre de M. Roger Bouvard, entouré de jardins fleuris dus à M. Forestier, Inspecteur général de l’Art du Jardin à l'Exposition et à M. Vacherot, Jardinier en chef de la Ville de Paris. On peut dire que bien qu’habitué aux beautés des jardins de la Capitale, on est cependant étonné et ravi par des fleurs aussi jolies qui n’ont jamais été prodiguées avec une telle profusion cl avec une méthode si admirablement ordonnée.

villedeparis.jpg

Nous ne pouvons qu’évoquer le souvenir de l’ancien "Pavillon de la Ville de, Paris" élevé à l’Exposition de 1878 dû au Maître Joseph Antoine Bouvard, construit à cette époque dans un genre tout nouveau, ce qui faisait écrire par Jourdain que cel architecte avait su trouver une architecture nouvelle et avait su associer d une façon heureuse la céramique à la charpente métallique. Le Maître avait créé, en effet, cette architecture des Expositions qui permettrait plus tard de faire avec les charpentes des constructions grandioses et, en 1889, il construisait le Dôme Central, au Champ-de-Mars, d’un ensemble si décoratif et aux proportions vraiment colossales; son talent incontesté devait plus tard lui faire diriger les Services d’Architecture des parcs et des fêtes de l’Exposition Universelle de 1900. Combien il doit être cher à son fils, M. Roger Bouvard de voir aujourd’hui sou pavillon s’élevant, par un curieux hasard, presque au même endroit que celui construit par son père au Cours la-Reine il y a quarante-sept ans.

M. Roger Bouvard a été conduit, en effet, par le hasard à construire l'élégant pavillon de la Ville à cet emplacement. Le 3 mai 1923 la Commission des Expositions de la Capitale avait décidé que l'emplacement était en principe dans le triangle compris entre les berges de la Seine, la Place de la Concorde et l’avenue Duthuit. De l’examen fait plus tard tant par le Président Dervillé que par le Service des Expositions, il résulta que seul pouvait être utilisée dans la partie indiquée la pelouse se trouvant entre l’Avenue Duthuit et le Cours-la-Reine parce qu’il n’y avait aucun arbre à déplacer. En cherchant certaines dispositions appropriées au plan de cette pelouse on pouvait trouver la surface nécessaire à l’Exposition de la Ville.

Le programme imposé à l’architecte était : 1° de trouver un bâtiment définitif à exécuter à l’occasion de l’Exposition et servant par la suite d’annexe au Petit-Palais; 2° d’étudier un projet de pavillon provisoire uniquement destiné à abriter les Services de la ville pour l’Exposition de 1925.

Au commencement de novembre 1923 après de nombreuses discussions avec les Services compétents les deux projets furent présentés, ils répondaient aux conditions imposées. En vue de ménager les perspectives des Champs-Elysées, l’architecte avait cru devoir composer le Palais par deux Galeries formant ailes et réunies par un Atrium central avec motif d’architecture et jardins laissant passer la vue du Cours-la-Reine aux Champs-Elysées. Après examen la Commission d’esthétique émit un avis favorable à la conception architecturale mais nettement défavorable à l’hypothèse d’un pavillon définitif sur l’emplacement projeté.

villedeparis1.jpg

La Commission des Expositions de la Ville de Paris eL le Conseil Municipal décidèrent alors le principe du Pavillon Provisoire.

De nouvelles études furent demandées à l’architecte en vue de présenter deux solutions : la première comme celle des projets précédents percée en son milieu, l’autre comportant au contraire un motif central décoré avec vestibule d’entrée et Salon d’honneur du Conseil Municipal pour les réceptions officielles, les projets furent établis et la préférence accordée au deuxième projet, c’est-à-dire avec motif décoratif central reliant les deux ailes.

Le bâtiment prévu dans ce projet couvrait 1.200 mètres carrés au lieu de 1.000 mètres dans le projet avec atrium, il permettait donc une disposition plus avantageuse pour les objets exposés.

Pendant qu’il procédait à l’étude du Pavillon, M. Roger Bouvard soumit à la Commission des Expositions une idée qu’il avait déjà présentée et qui consistait à demander aux écoles professionnelles de la Ville de Paris non pas seulement d’exposer des objets accrochés au mur mais de constituer des ensembles de décoration et d’aménagements intérieurs. Cette idée ayant particulièrement retenu l’attention de la Commission, il fut décidé qu’on ferait appel aux écoles et que l’effort serait limité au concours de celles-ci.

Avant toute description, nous avons tenu à exposer dans quelles conditions ce bâtiment avait été construit parce que nous nous réservons de revenir sur son existence passagère.

Ce pavillon si élégant, si délicatement beau s’élève au centre d’un vaste rectangle allongé, au milieu de grands jardins ombragés garnis de fontaines, de statues et de pergolas. Son importance est telle qu’il est impossible de donner une reproduction photographique de l’ensemble qui disparaît presque sous les feuillages, nous prions nos lecteurs de se reporter à notre article paru dans le numéro du 3 mai de la Construction Moderne qui donne en frontispice une perspective il une partie de celle grande construction.

villedeparis2.jpg

La partie centrale est précédée d'un perron à trois marches sur lequel se détache très légèrement deux gros socles émergeant de quelques centimètres au-dessus du seuil de ce perron central. La porte principale est entre des pilastres larges et hauts à soubassements dont la saillie est adoucie par une partie supérieure en pente évitant le dépôt des eaux de pluie. La porte est encadrée par une série de cinq bandeaux formant rentrant vers l’intérieur et a ses angles supérieurs à pans lui donnant une ouverture mi-hexagonale. L’ensemble de la porte et des cinq bandeaux qui l'entourent est encadré par un joli motif décoratif composé de grandes fleurs sculptées. Un grand bandeau assez large couronne ce motif et sépare l’ensemble, de la porte et du motif sculpté qui l’entoure et la surmonte d’un grand panneau rectangulaire en marbre légèrement en retrait. Ce grand panneau de marbre d’un joli ton café au lait tacheté et veiné de rose a, en sa partie centrale et placé légèrement en creux, un joli motif carré en bronze doré représentant les Armes de la Ville de Paris de très belle composition moderne avec branches de lauriers et de chêne aux feuilles couvrant presque entièrement le fond. Le panneau de marbre porte, en outre, au-dessous de ce motif l’inscription « Ville de Paris » en lettres bâtons très légèrement creuses d’un dessin très simple. Toute cette partie centrale du pavillon est entourée et couronnée par de simples bandeaux plats à arêtes vives formant corniche soutenant un large entablement. Cet entablement est enfin surmonté d’une sorte d’attique dont le milieu long et bas forme une jardinière garnie de buis (buxus simper virens); de chaque côté de cet attique, les dés d’angles portent sur leur façade une jardinière en saillie et en pierre à trois bandeaux inférieurs formant cul-de-lampe garnie d’hortensias roses.

La grille de la grande porte d’entrée en fer forgé a été exécutée par la Maison Bagués, elle est d’une composition très heureuse, simple et d’un ton bleu foncé verdâtre très agréable. De chaque côté de cette entrée sur les deux grands blocs plats limitant les marches du perron un socle supporte un grand vase de forme nouvelle.

Ces deux vases dus à la générosité de la Maison Gentil et Bourdet font honneur à cet important Etablissement, ils ont été composés par MM. Aubry et Bande et obtenus par la technique de MM. J. Gobled et H. Marcot. Ils sont d’un ton gris foncé avec coulures bleu turquoise, c’est-à-dire d’une couleur extrêmement riche, de forme allongée et très haute à éléments verticaux et géométriques, ces éléments sont à arêtes aplaties garnies de perles longues avec parties creuses triangulaires remplies par trois motifs géométriques arrondis et cannelés formant trois chutes terminées chacune par une grosse perle pendante. Le long des vases et de chaque côté s’allonge et s’élève une sorte de plan plat à ressauts aux naissances inférieures arrondies formant une longue anse surmontée par des écailles végétales. L'ensemble est réellement beau et d’une composition essentiellement nouvelle.

De chaque côté de la Partie Centrale s’étend une aile, le départ en est curieux et l’architecte M. Roger Bouvard a eu une idée extrêmement originale en plaçant les façades de ces ailes à un alignement très en avant de celui de celle partie centrale pour obtenir un bel encadrement au perron de l’Entrée principale ornée des deux vases de MM. Gentil et Bourdet. La partie centrale se détache en avant par un décrochement de cinquante centimètres d’une partie latérale à angle droit ayant également cinquante centimètres de laquelle part ensuite un pan de façade ouvert à 45° la rattachant à chaque aile. Cette partie formant encadrement au perron a un soubassement semblable à celui de la partie centrale et une large frise en marbre de même couleur et de même nature que le panneau de marbre surmontant la porte d’entrée, la frise est décorée en son milieu par un motif carré en bronze doré plat orné par des éléments géométriques et des fleurs de composition moderne. De chaque côté, enfin, s’étend une aile très longue encadrée à chaque extrémité de sa façade principale par un grand et large panneau s’élevant jusqu’à la corniche, lequel est orné à sa partie inférieure par un grand bas-relief sculpté. Ces quatre grands motifs décoratifs à personnages ont été composés et exécutés par Marcel Romaine et Pierre Le Faguays, ils sonL dans une note très moderne et d’un effet très agréable. Chaque aile est percée par trois grandes baies avec partie supérieure mi-hexagonale et a une longue frise en marbre de même nature et de même ton que celui du panneau surmontant la grande porte d’entrée, c’est-à-dire de marbre jaune cale au lait tacheté et veiné rose. La frise est limitée en sa partie inférieure par un large bandeau épousant la forme de la partie supérieure des baies et est enrichie sur la façade principale de chaque aile par quatre ornements carrés en bronze doré semblables à ceux des pans de retour précédemment décrits. Chaque baie, enfin, a ses côtés ornés par un montant à quatre rainures formant cinq bandeaux verticaux surmonté d’un motif sculpté et carré à décoration florale moderne le rattachant au bandeau inférieur à la frise de marbre. Ces trois baies formant fenêtres ont de très belles grilles d’appuis en fer forgé au Ion bleu foncé verdâtre exécutées par la Maison Baguès.

Les façades latérales du « Pavillon de la Ville de Paris » comportent en leur milieu des parties avancées, ouvertes sur chacun de leurs trois jJans par une porte principale. Ces trois portes ont des grilles en fer forgé exécutées par la Maison Bagués. L’ensemble de ces façades latérales est naturellement de même composition que les autres parties du Pavillon avec même frise et même soubassement surmonté d’une partie en pente pour éviter le dépôt des eaux de pluie.

La façade arrière du Pavillon est extrêmement simple, et sans autre ouverture qu’une petite porte de secours, car elle longe une voie publique el ne peut être vue par les visiteurs de l’Exposition.

Les ailes sont entourées eL couronnées par deux simples bandeaux plats à arêtes vives formant corniche, soutenant un large entablement semblable à celui de la partie centrale. Cet entablement est surmonté d’un unique avec parties basses formant jardinières et couronnées de buis.

villedeparis3.jpg

L’élégant Pavillon de la Ville de Paris est digne de notre Capitale. L’ensemble est incontestablement ravissant. En composant cette grande construction, l’architecte M. Roger Bouvard a démontré nettement qu’on pouvait faire de « l’architecture nouvelle » sans avoir recours à des idées vraiment bizarres et souvent inspirées par ce que nous avons vu en Allemagne à Carlsrühe, à Munich et même à Metz où les Allemands ont fait des choses vraiment effarantes. Il est même curieux de constater que beaucoup d’architectes modernes, auteurs de constructions vraiment osées reconnaissent la beauté du Pavillon dù à cet architecte.

Nous avons remarqué la caractéristique de l'architecture de M. Roger Bouvard et il est important de la signaler. Il n’y a aucune partie arrondie dans tous les détails des façades de ce Pavillon, toutes les lignes et les formes sont, droites, les filets, les bandeaux sont même souvent de sections cariées et cependant tout est extrêmement délicat. Il y a donc là une architecture essentiellement nouvelle. D’ailleurs nous nous proposons de publier des travaux de cet artiste en espérant que son extrême amabilité pourra vaincre sa grande modestie.

Pour compléter cette belle construction, pour en rehausser encore tout l’éclat le service des Jardins dirigé par M. Forestier a composé un véritable cadre fleuri orné de plantes vertes. Sur chaque aile se détache quatre lauriers (laurus) taillés en pyramides très effilées et deux autres en boules au droit des panneaux sculptés ; le long des soubassements, par conséquent sauf devant les baies et les portes, une longue bordure de fusains d’environ 0,80 de hauteur sert de fond à un long massif fleuri composé de lignes d’hortensias bleus et de lignes plus rapprochées de cinéraires violets. Ce long massif fleuri encadrant totalement le pavillon est limité par une pente gazonnée.

En entrant par la Porte principale, située naturellement au centre du Pavillon, on pénètre dans le "Vestibule d’honneur". Il est d’un ton général blanc crème et de composition extrêmement simple et distinguée. Les Pilastres de faible saillie n’ont pas de chapiteaux, leur partie supérieure est décorée simplement par trois petits bandeaux légèrement bombés et presque serrés l’un contre l’autre; l’architrave à même saillie que les pilastres a environ quarante centimètres de hauteur, elle est surmontée par une très large frise. Cette frise de couleur très sombre, presque noire, est presque complètement couverte par de larges mouchetures barbelées et dorées, elle est embellie par treize motifs carrés de ton vieil or sculptés à la moderne. Au-dessus de la frise deux filets de section carrée couronnent l’ensemble du vestibule et soutiennent un vélum tendu, de couleur jaune soufre. En face de la Porte d’Entrée principale s’ouvre une grande porte à deux vantaux garnis de glaces avec parties latérales à grandes glaces longues et étroites et impostes; cette porte a été composée et exécutée en fer forgé poli par l’Ecole Dorian, elle est enrichie par des motifs placés au centre des glaces et des becs-de-cane composés et ciselés par l’Ecole Boulle, mais fondus au dehors. Les motifs sont sur chaque vantail une femme portant un panier de fruits et sur l’imposte une femme couchée auprès d’une biche qui s’élance, ces figures sont de composition moderne, mais inspirées de l’Orient. Cette grande porte d’entrée donne accès au Salon de Réception du Conseil Municipal, elle est flanquée de chaque côté par une grande baie vitrée descendant très bas, garnie de glaces. Chaque baie est bordée en sa partie inférieure et sur toute sa longueur par une jardinière du même ton que les murs, ornée de petits motifs en bois sculpté et doré de composition moderne, garnie de rosiers, d’azalées roses et de fougères diverses. Le Vestibule est meublé de deux banquettes en chêne avec dossiers et accoudoirs droits composées et exécutées par Boulle.

De chaque côté du Vestibule une porte avec portière en velours vieil or donne accès à chacune des ailes du Pavillon.

villedeparis4.jpg

On pénètre ensuite par la Grande Porte, faisant vis-à-vis à celle de l’Entrée principale, dans le « Salon de réception du Conseil Municipal », cette salle est par sa destination la plus somptueuse du Pavillon. Le Salon est d’un ton pierre poché, le grand côté opposé à celui ouvert par la grande porte d’entrée et les baies est à deux pans coupés. Les dix pilastres qui encadrent les éléments, ouvertures ou panneaux, sont extrêmement simples, unis, sans chapiteaux, ornés sobrement à leur partie supérieure par une très mince bande guillochée, haute d’environ sept centimètres et dorée. Les pilastres soutiennent un très large bandeau (d’environ 80 centimètres) avec un large entablement aux mutules de très faible hauteur, au-dessus de cet entablement on retrouve le nu des murs et à une hauteur d’environ soixante centimètres un couronnement débordant très fortement, soutenant un vélum tendu jaune pâle. Chaque pan coupé est occupé en son milieu par une porte assez haute et relativement étroite de même couleur que la plinthe du salon, c’est-à-dire ton crème ; chaque porte comprend un haut panneau de faible saillie sans aucune moulure, à tranche, dorée et est enrichie par un motif en bois sculpté et doré composé et exécuté par l’Ecole Boulle, représentant une femme portant une corbeille de fruits semblable à celle en bronze doré décorant le cintre de chacun des vantaux de la grande porte du Salon. Chaque porte est encadrée par une baguette avec cannelures, en bois doré fabriquée par la même école. Deux grandes glaces étamées à plein cintre, formées par des petits éléments retenus par des boulons en bronze doré occupent les extrémités du grand côté de la salle elles portent à leur partie inférieure une grande crédence en bois sculpté et doré formant culs-de-lampe, garnie d’un plateau en marbre semblable à celui des autres meubles. Les murs et parties pleines au-dessus des baies et des portes sont tapissés de tentures en soie brochée, dont le dessin a été composé par l'Ecole Boulle, de ton vieux mauve et gris avec ornements floraux et nœuds de rubans de couleurs grise assez foncé et vieil or. Les dix pilastres portent une applique lumineuse en bronze doré avec grande vasque et cinq chutes d’eau en cascades en verre de Lalique. Deux portes fermées par des portières en velours font communiquer le Salon de réception avec chacune des ailes du Pavillon. Le mobilier extrêmement riche a été exécuté par les Elèves de l’Ecole Boulle et est comparable à celui sortant de chez nos meilleurs spécialistes. Il se compose d’un grand meuble bibliothèque en palissandre, avec partie centrale rehaussée d’un grand et riche médaillon rond en bronze doré aux armes de la Ville de Paris avec attributs de l’architecture, de la musique, de la peinture et de la sculpture, d’un cabinet en amarante, avec intérieur plaqué en érable gris, d’une commode à pieds en amarante, d’une grande table en palissandre avec dessus et marbre très riche foncé et verni comme celui des dessus des crédences et de la commode, de deux grands canapés, chaises et fauteuils garnis en soie brochée grise aux ornements gris foncé et violets composés par l'Ecole Boulle qui a exécuté également les statuts, plateaux, coupes, pendule, qui complètent la décoration. Le tapis lui-même a été composé par l’Ecole Boulle, mais fait par une fabrique des Pyrénées.

En pénétrant dans l’aile droite on trouve une première salle présentant la matière pédagogique de trois écoles professionnelles de garçons : Diderot, Dorian et Boulle, c’est-à-dire les méthodes d’enseignement technique de la mécanique, du fer forgé, de la menuiserie, de l’ébénisterie, du bronze d’art depuis le croquis et le plan grandeur jusqu’à l’exécution définitive. Au milieu de cette salle et en entrant, on voit le bureau de renseignements et de vente. Meublé par l'Ecole Boulle, il figure le cabinet type d’un publicitaire de goût. Le Service de renseignements, de sténo-dactylographie est assuré par des jeunes filles de l’Ecole Municipale de Commerce. Deux allées bordées par une ligne de boutiques conduisent à l’extrémité de l’aile droite, l'une est occupée par la Couture, la Lingerie, la Mode, les Textiles, l’autre par le Livre, la Tenture, le Marais avec sa production si parisienne. Enfin à l'extrémité de cette aile se trouve une sorte de lieu de repos agrémenté de plantes vertes, garni de chaises et de fauteuils, s’éclairant par les trois portes donnant sur le joli jardin créé par l’architecte Laprade.

villedeparis5.jpg

Quand on se dirige, au contraire, du vestibule d’entrée dans l’aile gauche du Pavillon, on arrive dans une sorte de hall, de jardin couvert d'un ensemble agréable où nous retrouvons l’inspiration de M. Roger Bouvard. Ce hall est à plan octogonal avec quatre grands côtés et quatre autres plus petits. L’un des grands côtés comprend deux portes s’ouvrant l’une sur le Vestibule d’Entrée du Pavillon, l'autre sur son Salon de Réception, l’autre côté qui lui fait face permet d’accéder par une grande entrée à deux colonnes intermédiaires dans une partie originale de l’Exposition de la ville. Le troisième côté complètement fermé est bordé, par un long banc en ciment de formes très géométriques, avec dossier décoré en son milieu par un écusson en cuivre rouge ornementé par une composition florale et accoudoirs surmontés chacun d’un chat blanc en plâtre ces trois objets ont été composés et exécutés pour l'école des arts appliqués des garçons. Au-dessus de ce banc, le mur est revêtu de carreaux de faïence formant un grand panneau aux éléments extrêmement simples, chaque carreau étant décoré par deux tons limités par la diagonale. Le quatrième grand côté qui lui fait face, est, au contraire percé d’une grande porte à grille très simple, garnie de glaces granitées dépolies et légèrement bleutées. De chaque côté de la porte, on voit sur un socle élevé et mince un singe blanc exécuté par l'Ecole des Arts appliqués des garçons et une sorte de petit bac mosaïque servant de bassin à deux petites fontaines qui laissent échapper un mince filet d’eau d'un ornement à formes géométriques d'un ensemble carré en cuivre patiné. En face et sur les côtés du banc dont nous avons parlé est un autre petit bac mosaïque servant de jardinière.

Les quatre autres côtés plus petits du hall formant pans coupés sont percés au rez-de-chaussée par une baie ouvrant sur un petit salon d'exposition placé en angle du hall et à l’étage par le prolongement de cette baie se terminant par un arc en plein cintre. Cette autre baie du premier étage est fermée par une tenture et ornée par une grille de balcon basse en fer forgé, à trois pans comme le linteau surmontant celle du rez-de-chaussée formant un agréable couronnement à la baie du salon. Les grands côtés ont une frise ornée de fresques représentant quatre des grandes époques de l'histoire de la robe. Celle irise est limitée à sa partie inférieure par un bandeau qui ne se prolonge pas sur les petits pans coupés. Ce joli hall est aussi couronné par un vélum tendu horizontalement. En son cintre se trouve un jardin circulaire limité par une allée au fin gravier. On descend au niveau de l’allée par des perrons à trois marches. La partie centrale haute aussi de trois marches a quatre perrons aux marches arrondies encadrées par deux piédestaux supportant chacun un vase. Les huit piédestaux sont tous différents l’un de l’autre, mais ont un ensemble à peu près semblable et sont de même hauteur. Les vases aussi sont différents, ils sont en cuivre martelé et décoré et ont été exécutés par l’Ecole des Arts appliqués. Les quatre massifs formant un cadre interrompu par les escaliers sont constitués par des bordures minces et taillées de buis limitant des lignes de bégonias rouges Triomphe de Boulogne, avec fougères. Au centre du jardin s’élève une jolie fontaine à deux vasques circulaires et concentriques, la vasque extérieure est très basse et formée par un simple bandeau, la vasque centrale est haute avec épaisseur à quatre incurvations ayant chacune une rigole peu profonde pour l’écoulement de l’eau; la fontaine proprement dite a un socle rond très sobrement ornementé avec partie supérieure octogonale à quatre gargouilles très simples, elle est surmontée d’une statue haute de quarante centimètres dorée représentant une baigneuse avec cheveux coupés à la Ninon et avec draperie. Cette fontaine est entourée par une allée de gravier fin sur laquelle des personnages de cire signés Imans présentent la robe d’après-midi, création et exécution des différentes écoles professionnelles de jeunes filles. Dans les quatre pans coupés du hall on peut admirer quatre pièces, chacune précédées d’un perron à trois marches encadré de deux grosses potiches en céramique garnies d’hortensias bleus, ce sont l'antichambre, le boudoir, le studio, le petit salon meublés avec soin par les écoles Boulle, Arts appliqués, Dorian et Diderot et comportant tous les accessoires susceptibles de donner l’ambiance complète. Elles permettent de présenter d’une, façon particulièrement vivante la toilette et les préoccupations diverses de la Parisienne aux heures principales de la journée. Toutes les écoles, y compris l’école d’horticulture pour le jardin encadrant la terrasse et la fontaine, ont collaboré à cet ensemble qui est, avec le salon officiel, la partie importante de l'Exposition de la Ville de Paris.

Pour terminer, nous ne pouvons que regretter que l’Administration de la Ville et la fameuse Commission n’aient pas cru devoir, doter la Capitale d’un Pavillon durable qui aurait été pour elle et pour beaucoup un Souvenir de l’Exposition de 1925. On dit, mais est-ce l’écho d’un bruit exact, que l’Administration du Petit-Palais désirait une annexe durable pour ses expositions, qu’elle la voulait grande, que M. Roger Bouvard ne disposant que d’un crédit insuffisant et ne pouvant faire aussi grand qu’elle le désirait, l’Administration du Petit-Palais ne voulut rien connaître autre qu’un pavillon provisoire. Nous voulons bien penser que ce n’est pas exact, mais si cela est, c’est profondément regrettable et... nous sommes généralement bien informé !
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1925 - Architecture, pavillons »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité